‹ La Normandie inconnueChapitre 80 sur 111 · CHAPITRE Xti. âSS · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xti. âSS

penser est on besoin pins grand ^u^re qœ d'avoir k liberté d'agir. T^es diurnes pèsent fius que les ehatiMS; De là les révoltes qui éclatèrent pendant le xvi' siècle en Allemagne, en Angleterre, en Saède, en Suisse, en France, au cri de Lntber. Le peuple de Jersey se leviai comme tous les autres à ce cri.

Avant cette époque, le peuple n était pas mat tre de sa consdence. Il ne pensait que ce que la théocratie lui disait de penser, et la théocratie lui faisait épeler les vérités étemelles dans une langue morte. Le peuple ne pouvait prier qu'en latin. H ne comprenait pas même sa prière I

Il n'avait pas plus de volonté que de conscience. Quand il voulait se diriger dans la vie, il fallait qu'il allât se mettre à genoux devant le prêtre et qu'il fît voir k celui-ci le fond de son cœur. Alors le prêtre dépouillait et mettait à nu ce pauvre moi prosterné, et il le relevait et il disait: Marche! voilà ton chemin I Et ce moïse met-

tait en marche sur la route indiquée, le regard toujours, fixé vers le confessionnal.

Lorsque le laïque allait, suivant les prescriptions 4e l'Eglise, s'asseoir à la table du Christ, le prêtre, enfermé, dans un sanctuaire impénétrable, laissait le laïque sur la dalle en dehors du chœur ; là il lui offrait seulement le. pain, c est-à-dire le corps, et il se réservait à lui seul le vin, c'est-à-dire le sang, Tesprit, Tàme divine. 11 apportait ainsi des distinctions aristocratiques au banquet de Tégalité suprême. Le clergé interdisait à l'homme qui

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s'était uni h une femme le droit de prêcher la vérité. Il voulait que Thomme choisit entre la foi et l'amour, entre la famille et Dieu. Tout prêtre devait être célibataire.

Le droit d'invoquer Dieu dans la langue usuelle, l'abolition de la confession, la communion sous les deui espèces, la suppression du célibat ecclésiastique, la lecture sacrée permise au laïque, tels furent les principes proclamés par tous les protestants depuis Luther jusqu'à Calvin, depuis Zwingle jusqu'à Carlostadt.

Tel est le sens général de la réforme religieuse au XVI* siècle. Mon intention n'est pas de traiter ici un sujet qui se rattache è Thistoire de l'Europe. Je dirai seulement en quelques mots comment s'accomplit à Jersey , cette révolution spirituelle.

Chose digne de remarque, c'est par la France et non par l'Angleterre que Jersey a été initiée au protestantisme. Les réformes jugées nécessaires par Henri Vf II à la suite de sa passion pour Anne de Boleyn n ont rien changé dans Tlle. Jersey continua même sous Edouard Vf, quand la persécution faisait rage, à faire partie du diocèse catholique de Coutances. Ce fut sous Elisabeth, vers l'époque de la Saint-Barthélémy, que des huguenots persécutés s'enfuirent de la Basse-Norroandie, ayant à leur tête le fameux comte de Nontgomery, et vinrent prêcher dans les lies de la Manche la doctrine calviniste pure. Le mouvement qui se produisit simultanément en Angleterre, où Elisabeth avait aboli définitivement le papisme, encouragea les Jersiais à accepter les idées des

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proscrits. Les premières familles du pays, les Carteret, les Soalemont» les Lemprière, les Héraalt, les Poingdextre, etc. /se convertireùt et prêchèrent d'exemple. La réforme fut à Jersey beaucoup plus radicale qu'en Angleterre: elle s'établit selon le rite puritain et égalitaire du législateur de Genève. La hiérarchie ecclésiastique fut abolie; dans les églises, toutes les images, toutes les statues des saints furent brisées, et c'est de cette époque que datent ces dégradations des monuments religieux dont le philosophe a aujourd'hui tant de peine à consoler l'artiste. Les cloches de toutes les églises furent vendues 15 livres tournois les cent livres de poids, et la vente produisit 4,114 livres de France, avec lesquelles on acheta des canons.

La nouvelle Église se constitua selon la discipline genevoise. Toutes les lies de la Manche furent réunies en un seul diocèse, qui fut gouverné par trois assemblées subordonnées les unes aux autres : 1"" le consistoire, véritable assemblée primaire propre à chaque paroisse, où se réunissaient tous les dimanches le ministre et les anciens ; 2* le colloque, assemblée de l'Ile entière, où se réunissaient quatre fois par an tous les ministres et tous les anciens des paroisses, et qui recevait les rapports des consistoires; S"" le synode, assemblée générale de toutes les lies de la Manche, où se réunissaient une fois par an, alternativement k Jersey* et h Guernesey, les ministres de Jersey, de Guernesey, d'Aurigny et deSerk, ainsi que

les députés des colloques. Le synode avait un pouvoir

disciplinaire sur tous les colloques. Comme on le voit, la réforme presbytérienne substituait le gouvernement des assemblées au gouvernement des individus, tout en conservant la hiérarchie Le consistoire répondait au curé, le colloque au doyen, le synode à Tévêque. Cette organisation religieuse fut sanctionnée par la reine Elisabeth, et par Jacques I'' même, au commencement du XVII* siècle.

Mais cette forme presque républicaine ne pouvait être longtemps compatible avec les idées absolutistes de la dynastie des Stuarts. Un acte d'uniformité ramena les îles de la Manche, émancipées dans le puritanisme, à la tutelle spirituelle de la Couronne. Ei\ vertu, des constitutions ecclésiastiques rédigées spécialement pour les Jles de la Manche, Jacques I" y établit la religion anglicane, religion mixte qui tient à la fois du protestantisme et du catholicisme, l/anglicanisme tient du protestantisme pur par les principes mêmes de la doctrine, l'abolition de la messe, du célibat des prêtres, de la confession, par la substitution de la communion sous les deux espèces à la communion sous une seule, et de la langue usuelle au latin, parla suppression du chœur et de Tautel dans l'église, par la destruction des cierges et des images, par Tanathème à la musique et à Tart. L'anglicanisme tient du catholicisme en ce sens qu'il a comme lui une hiérarchie aristocratique, archidiacres, doyens, évoques, firchevêques, pape; qu'il conserve au clergé son pouvoir politique par le maintien des Lords spirituels à la Chambre-Haute, qu'il continue

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