CHAPITRE XII
Mer, les nouveaux époux, convaincus d'avoir exercé trop tôt leurs droits, étaient à jamais diffamés par une condamnation solennelle qui les obligeait à faire acte de pénitence devant toute leur paroisse. Ainsi, le mariage devenait un mal au lieu d'être Je remède : il divulguait la faute au lieu de l'effacer.
Le clergé anglican continua d'exiger la dlme catholique. Jacques l" décida qu'il percevrait :
1° La dlme sur le poisson. Le pêcheur doit la donner au ministre de sa paroisse^ en quelque lieu ou avec quelque sorte de filets qu'il ait péché ;
^'^ La dlme des agneaux, toisons, pirons, cochons de lait, veaux et poulains ;
3" La dime des chanvres et de& lins ;
A° La dlme des grains, du froment, du blé, de l'avoine, du sarrasin, des pois, des fèves, — sans préjudice des droits du seigneur;
5* La dime des labours des terres navales. On appelle terres navales les champs en friche de temps immémorial labourés pour la première fois ;
G"" La dime personnelle. Chaque chef de famille dut à la Saint-Jean payer trois sous au recteur da sa paroisse.
Enfin, r anglicanisme se proclama, comme le catholicisme, religion de l'Etat*. Il se déclara infaillible. Ainsi le dogme nouveau ne se montrait pas plus tolérant que le dogme passée La discipline calviniste, que les lies de la Manche avaient reçue des premiers prédicateurs protestants, fut sévèrement proscrite à Jersey, comn^e dans
toute rAngleterre. Les persécutions contre les puritains recommencèrent. Ce fut alors que le donjon de Montorgueil servit de prison au principal représentant du calvinisme en Angleterre, le fameux avocat Prynne, auteur de YHistriomastix. Prynne avait été condamné, comme libelliste, h être chassé du barreau, è être mis au pilori sur les deux principales places de Londres, à avoir sur chacune de ces places une oreille coupée, i payer cinq mille livres sterling (125,000 fr.) d'amende au roi et h être emprisonné perpétuellement. C'est ainsi que les délits de presse étaient punis dans ce temps-là. Le crime de Prynne, dans VHi$lrioma$tix, était d'avoir attaqué les plaisirs à la mode de son temps, la chasse, la danse, les jeux de hasard, les réjouissances publiques, — les fêtes de Noël, les feux de joie, les mats, toutes pratiques de la superstition. Son crime encore était d'avoir attaqué le théâtre, les comédies, les intermèdes, la musique, tous les arts enûn, Il s'indignait de ce que la plus mauvaise comédie s'achetait plus cher que le meilleur sermon, et de ce qu'un certain Shakespeare était mieux imprimé que la Bible. A l'en croire, les acteurs étaient papistes pour la plupart et d'une corruption désespérante. Satan avait les théâtres pour chapelles. Mais vous comprenez que, devant la justice de son temps, ce n'étaient pas les principaux crimes de l'écrivain puritain. Les juges d'alors n'avaient pas à ce point la passion de l'art de condamner un homme pour avoir médit du théâtre et manqué de respect è Shakespeare. Ce crime de lèse-majesté envers