‹ La Normandie inconnueChapitre 83 sur 111 · CHAPITRE Xlf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlf

le génie leur était beaucoup moins sensible que le crime de lèse-majesté envers la monarchie. Or, Prynne, dans VHistriomastix, attaquait formellement l'aristocratie ecclésiastique et la papauté royale. Ses attaques contre le théâtre ne choquèrent les juges que parce qu- elles parurent injurieuses au roi Charles I*' et h la reine Henriette, qui aimaient passionnément la comédie et qui la jouaient parfois. Voilà pourquoi Prynne avait été traduit devant la Chambre étoilée, et, sur son refus de faire une rétractation, condamné au pilori, h la mutilation et è la prison perpétuelle. Enfermé plusieurs années au triste château de Montorgueil, il arrivait parfois, dans les longues soirées d'hiver, que le malheureux détenu était pris d'ennui; alors, la femme du gouverneur, M"* dôCarteref, arrivait avec un jeu de cartes, faisait avec Prynné une partie, et s'en revenait toute triomphante d'avoir forcé un puritaine jouer!

Prynne ne sortit de prison que lors du triomphe du Parlement sur la Couronne. Le captif dé Montorgueil devint alors membre de la Chambre des Communes. Les idées jusque-là proscrites devinrent victorieuses. Ce fut alors au calvinisme à persécuter l'anglicanisme. Il est, en effet, dans l'essence de toute religion écrite de se croire la seule vraie, et d'être, à ce titre, intolérante et exclusive. Le calvinisme remplaça Tanglicanisme jusqu'au moment où l'anglicanisme le remplaça à'sbn tour. Après Cromweli, la Restauration.

La pensée humaine, il faut le dire hautement, ne fut

pas plus libre avec le calvinisme qu'elle ne l'avait été avec l'anglicanisme. Elle eut devant elle un champ plus large, mais limité encore. La liberté de conscience a été une conséquence de la réforme, mais une conséquence involontaire. Ainsi, pour ne parler que de Jersey, en 1562, en plein travail de réformation, deux femmes furent brûlées vives ; l'une, à Saint-Hélier : elle se nommait Anne, de la paroisse de Saint-Brelade ; l'autre, à Saint-Ouen : elle se nommait Micbelle la Blanche. Je lis un arrêt de la Cour royale, en date du 15 février 1583/ par lequel une dame, Marion Gorbel, ayant, aprè$ ia morU été reconnue coupable du crime de sortilège, ses héritiers furent déshérités au profit de la Couronne. Beaucoup plus tard, en octobre 1625, une femme, âgée de soixante ans, nommée Marie Filleul, de la paroisse de Saint-Clément, fut traduite comme sorcière devant le grand jury du pays, composé de vingtquatre hommes, puis déclarée coupable par ces vingtquatre hommes unanimes, et, enfin, condamnée par la Cour royale a à estre pendue et estranglée à un posteau » élevé de hauteur compétente, sy à ce que mort s'en » suive, et par aprez bruslée et son corps réduit en cen- » dres, sy à entière consommation, ses biens confisqués D au Roy et aux seigneurs à quy il appartient. » Ces horribles jugements avaient pour considérant ces mots de l'Ëxode : Tu ne souffriras point de sorciers parmi toil La justice de Thomme se couvrait de la parole divine. Monstruosité I on concluait à la potence au nom de la Bible I

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