‹ La Normandie inconnueChapitre 86 sur 111 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Toulez-vous voir Jersey-Cythère peint par on Watleau bas-normand? Lisez ce premier Saint- Aubin :

GAZETTE DE L'ILE DE JERSEY

« Saint-Aubin, 9 septembre 1786.

» Mercredi, 6 du courant, un dîner élégant fut donné » aux dames par les amis du peuple ; toutes les paroisses « de cette ile se réunii*ent dans cette occasion pour fêter » les amazones de la liberté. Les jeux, les ris, les grâces » et le coquin d'amour vinrent à leur suite et rendirent » ce repas voluptueux et charmant. Vers les trois heures )) et demie, soixante-dix dames, parées avec goût, seren- » dirent avec leurs cavaliers aux magasins de Pierre-Jean » Villeneuve, écuyer; la table fut servie sous les soins » du sieur Lys, traiteur du jour; ses apprêts flrenthon- » neur à sa longue expérience, mais particulièrement la » grillade ; jamais cochons mieux apprêtés, mieux risso- » lés» avec une peau plus croustillante n'ont passé sous la » dent. Durant ce repas, la musique du soixante dixième » régiment joua des airs appétissants qui facilitèrent » grandement la digestion des estomacs foibles. L'on » but ensuite quantité de santés galantes et appropriées à » cette rencontre, telles que celle-ci : Puissent les Jer- » sim ne porter jamais d autres chatnes que celles des ^ belles l L'après-dîner fut égayé par des chansons. Ma- ^ dame Ricard surtout reçut les applaudissements dus h » sa belle voix et à sa complaisance; plusieurs suivirent

» SOD exemple. Les jolis propos yinrejat ensuite ; et l'enï> jouement s'empara tellement des convives que chacun » oublioit son café, lorsqu'on vint avertir qu'il étoit prêt » chez MM. Galland ; les cavaliers y escortèrent les dames, » et la musique, durant cette marche, joua les plus ten- » dres airs. La collation faite, on proposa la promenade ; ^ alors, les cavaliers, chapeaux bas, les dames, robes » traînantes, marchantes (ne) toutes deux à deux, flrent » la procession dans la ville, captivèrent tous les regards T» et gagnèrent l'admiration des spectateurs ; jamais n Saint-Aubin ne vit tant de beautés, tant d'agréments » ni tant de charmes rassemblés à la fois : le son des » instruments annonçoit de loin nos belles amazones et x> donnoit de la dignité à leur démarche ; Ton fut de » cette manière jusqu'à la corderie, et Ton retourna ¥ ensuite avec le même cérémonial au travers de la ville, » tantôt marchant h la malbrouk et tantôt d'un pas I» lent ; Ton regagna le magasin Villeneuve où l'on dansa » joyeux et content jusqu'à une heure du matin. »

Nous venons de voir le côté riant du bon vieux temps. Voyons maintenant le côté sombre. Voici une peinture fidèle de l'oppression féodale.

GAZETTE DE LILE DE JERSEY

« Samedi, 31 décembre 1791.

» Les seigneurs de Jersey ont suivi et même devancé » ^ les exemples des despotes. Us ont eu des justices sei-

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