‹ La Normandie inconnueChapitre 90 sur 111 · CHAPITRE XIII. Sgi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. Sgi

En 1587, tine jeune GUe, nommée Suzanne Gavey, avait été fiancée par son père et par sa mère à *au sieur Simon Bisson. Au moment d'épouser son fiancé, soit découverte de défauts jusque-là inconnus, soit affection pour un autre, Suzanne se sentit contre Simon une aversion insurmontable et refusa de prononcer le oui éternel. Prières, menaces, voies de fait même S tout fut employé par les parents pour vaincre cette résistance.; mais fout échoua. Suzanne fut alors traduite devant la Cour ecclésiastique et condamnée comme parjure h Texcommunication majeure ^. Suzanne ne céda pas. La justice spirituelle la livra alors au bras séculier. Suzanne Gavey comparut donc devant la Cour royale. Un jugement, rendu le ^22 août 1593, la condamna à aller, le dimanche suivant, au temple de Sainte-Marie, sa paroisse, et là, à la fin du prêche, devant tous les fidèles assemblés, à s'agenouiller, puis à demander pardon à Simon Bisson de son obstination passée, et à le supplier hum-

1 Le Coutumier de Normandie , au chap. de Simple querelle , donne à tout père de famille le droit de battre son serviteur, son neveu, sa fille ou sa femme, sans être tenu de faire loi.

2 11 y a deux degrés d'excommunication, Fun à sacris, c'est Texcommunication mineure; l'autre, à sacris et socielate fxdelium^ c'est l'excommiinication majeure. Celle-ci est si rigoureuse que celui qui ne ferait que parler, même secrètement, à l'excommunié, serait lui-même excommunié. Les Canons de Jersey portent que le magistrat civil doit prêter son bras pour mettre eu prison celui qui est frappé de cette dernière excommunication jusqu'à ce qu'il soit absous. Le Vieux Coutumier de Normandie règle que toute action en justice, toute audience de cour est interdite à l'excommunié. Celui-ci ne pouvait que se défendre. Pour qu'il pût témoigner, il lui fallait obtenir une absolution suspensive, après quoi il retombait sous le coup de Texcommu- DÎCAtion.

m LA NORMANDIE INCONNUE.

blement dt l'aeeepter pour époose. Ce jugement se terminait par ces mots : « Sur telle paine que si elle défault » d'accomplir pénitemment de point en point ce quy est » dessus, qu'elle soit pugnie par le fouet comme une 1» rebelle et incorrigible. »

Ce fut ainsi que» sous peine du fouet/ miss Suzanne Gavey devint mistress Simon Bisson.

Voilà comment était comprise la liberté d'aimer.

Le 22 septembre 1636, la Cour« siégeant en cbefsplaids, fit un règlement qui défendait à qui que ce fût, bomme ou femme, de mettre des vêtements au-dessus de sa condition, et qui interdisait aux femmes d'orner leurs bonnets de dentelles coûtant plus de quinze sols la ▼erge, ainsi que de porter des coiffes de taffetas dont l'usage était réservé aux demoiselles de qualité. Les chefs de famille étaient faits responsables des contraventions en cette matière, et les contrevenants devaient être punis selon le bon plaisir des magistrats. Quelque temps après cette ordonnance, une dame de Lemprière, châtelaine de Rosel, aperçut, un dimanche, pendant le * service divin, une paysanne qui avait à son bonnet de magnifiques dentelles. Elle courut à elle à la sortie de l'église, et là, devant tout le monde, elle lui arracha violemment son bonnet en l'accablant d'injures. Cela ne révolta personne.

Voilà comment était comprise la liberté de se vêtir.

Quant à la liberté du commerce et à la liberté du travail , voici comment elles étaient pratiquées. Je

Page 1