‹ La Normandie inconnueChapitre 93 sur 111 · CHAPITRE XllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XllI

blesse, c'étaient les mouUii« seigneariaiix. Tcwsles tenants des paroisses è Jersey étaient obligés de porter leurs blés à moadre au moulin royal : c'était ce qu'on appelait devoir secquemolle (mouture sècbe) au moulin du roi '. Ils payaient un droit de fabrication. Chose inouïe 1 ceux même qui, n'ayant pas de champ, n'avaient par conséquent pas de grains à faire moudre, étaient obligés d'apporter deux boisseaux de blé, trois fois par an, au meunier de 9a Majesté. Ainsi les tenants des bonvées de la paroisse de Saint-Martin portaient tout leur blé sur une autre paroisse, celle de Saint-Sauveur, au moulin des grands Vaux, où ils devaient sccquemolte. Ceux même qui n'avaient pas de pré dans ces bouvées devaient, sous peine d'amende, apporter deux boisseaux trois fois l'an, à la Toussaint, à Noël et h Pâques. C'étaient là les privilèges des grandes fêtes. Le devoir de porter au moulin banal du roi ne dispensait nullement, au reste, de porter au moulin seigneurial. Ainsi, le bailli Le Geyt raconte que les tenanciers du fief des vingt livres, relevant de la seigneurie de Saint-Ouen, se crurent dis^ pensés par la banalité de porter au moulin de la seigneurie. Ils furent cités pour cela aux Plaids féodaux du ma^ noir et condamnés. L'arrêt fut conUrmé par la Cour royale et par le conseil privé. On commençait toujours par moudre le blé des seigneurs, puis celui des tenants, puis celui des manants.. Les seigneurs étaient crus sur

1 n y avait la verte mouture et la sèche mouture.

9KK Là NORMANDIB INCONNUE.

parole de la quantité de grains qu'ils avaient fournie, et Ton a remarqué qu*en général* quand il y avait erreur de compte, ce n'était pas à leur désavantage. Des droits exorbitants haussèrent ainsi pendant des centaines d'années le prix du pain. Un moulin était une fortune. « il » n'y a pas cinquante ans, écrivait le bailly Le Geyt au siècle dernier, quun moulin passait pour le plus beau revenu \ » La législation féodale était un pacte de famine étemel.

Ainsi, les libertés primordiales, celles même dont la possession ne se sent pas et qui sont comme Tair qu'on respire, la liberté d'aller et de venir, la liberté d'aimer ou de ne pas aimer, la liberté d'avoir un vêtement de teHe ou telle forme, la liberté de travailler, la liberté de se nourrir, la liberté d'échanger, n'existaient pasi Partout le fait social enchaînait le droit naturel !

Le peuple n'était pas libre, et, contradiction douloureuse, il était responsable. C'est contre lui qu'était faite surtout la loi pénale : la moindre infraction à ce code horrible avait pour châtiment la prison, la torture, le ceps, le pilori, la roue, la potence. Le moindre grelot remué au mannequin social, et le roi truand faisait pendre l'homme.. ^

Dans un édit sur la chasse, le bon Henri lY envoyait à la potence un manant pour avoir tué un lapin.

Et ce n'était pas seulement la responsabilité pénale qui

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