‹ La Normandie inconnueChapitre 94 sur 111 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

pesait sur ce peuple esclave, c'était la responsabilité sodale. Le peuple portait à lui seul le poids de tous : il était responsable de la dlme envers le clergé, de la corvée et des servitudes envers la noblesse^ de Timpôt envers le roi. Il répondait sur sa faim du festin des antres.

Aussi quel était le résultat d'une constitution civile si illogique? L'histoire de l'Europe entière répond uniformément à cette question. La loi du maximum qui a duré tout le moyen âge n'a produit partout qu'une épouvantable misère. Je n'ai pas ici à parler de ses effets en France et en Angleterre. Mais à Jersey le résultat n'était pas meilleur. Un Anglais qui visita l'Ile au commencement du xvu^ siècle, à la suite de lord Danby, commissaire du gouvernement britannique, le docteur Heylin, a fait un livre où il a peint l'état de Jersey à cette époque. Parmi d*autres détails, on y lit ce qui suit : « Les enfants demandent continuellement l'aumône » aux étrangers ; nous en fûmes assaillis. Lord Danby, » causant avec le gouverneur, sir John Peyton, s'éton- )) nait que tant d'êtres humains fussent agglomérés sur » un rocher. — Ce n'est pas étonnant, répondit le gou- » verneur, ils se marient ici et font autant de petits que » des lapins dans un terrier, et depuis trente ans, il n'y » a ni guerre, ni peste, ni famine I » Cet intéressant dialogue avait lieu en 1618. Le gouverneur de Jersey était réduit a implorer la guerre, la peste ou la famine pour faire le bonheur de ses administrés. Voilà les seuls

rejnèdes que trouvait Téconomie politique du temps k la misère générale. On voit que la théorie malthusienne remonte loin. Étrange manière de faire pro^rer Thu* manité que de lui conseiller le suicide I La principale raison que donne le savant docteur Heylin à cette misère effroyable, c'est la haine qu'il attribue aux Jersiais pour le commerce. Rien de plus juste, direz-vous? Mais écoutez la suite : « Cette haine, ajoute le. docteur en » propres termes, préserve la population de la perte des » hommes par les accidents de mer. » Ainsi, le commerce semblait au docteur Heylin un excellent moyen de répandre l'aisance dans Die, non par ses bénéfices, mais par ses accidents, non à cause des cargaisons fructueuses, mais h cause des équipages perdus* Le docteur Heylin voulait enrichir Jersey par des naufrages.

Parlons sérieusement. Les gouvernements empiriques n'apercevaient pas encore la véritable cause de la maladie sociale et ne voyaient pas le vrai remède. Ce remède, la révolution de 1688 le devina : c'était la liberté. Une fois que le peuple eut la liberté d'agir par l'inscription de sqs droits naturels dans la charte anglaise, on vit tout à coup la société malade se lever et se transfigurer.

Il se trouva que la meilleure solution était dans ces mots : laissez faire I au lieu de ces mots : faites faire! « Autrefois, écrit le bailli Le Geyt, la Cour de Jei'sey » mettoit prix sur le sel, sur les gages des manouvriers, » sur la cendre, sur les œufs, sur la chandelle, sur les » souliers, sur la viande. En France, comme en Angle-

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