‹ La Normandie inconnueChapitre 96 sur 111 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ouvrirent tous de grands yeux ; mais quelques-^uns, les plus hardis, suivirent le conseil, couvrirent leurs bateaux d'un pont de quelques planches et mirept i la voile sur le lieu indiqué. La pêche de la morue répandit ainsi une légère aisance dans Tlle pendant la première moitié du xvn'' siècle. Malheureusement les Malouins et les Granvillais devinrent jaloux des Jersiais qui leur faisaient concurrence. Sur leur réclamation, le héros du régime prohibitif, le ministre de Louis XIV, Colbert, haussa démesurément le droit sur les poissons importés par navire étranger. Cette restriction à la liberté du commerce ferma aux pêciieurs de Jersey leur principal débouché qui était la France. Sous Jacques II, il n'y avait plus que trois ou quatre navires qui fissent la pèche de Terre-Neuve.

Jersey n'avait alors qu un petit port, le port de Saint- Aubin, et si mauvais, qu'au dire du chroniqueur Chevalier, les marins jersiais préféraient souvent aller hiverner à Saint-Malo. L'argent était rare, on ne pouvait en trouver qu'à des prix formidables; car F intérêt légal était de 10 à IS p. OiO. La terre avait si peu de valeur, qu'en 1713, 150 perches d'un terrain situé aujourd'hui dans un des principaux quartiers de la ville de Saint- Hélier furent achetées par un monsieur Lemprière, moyennant 32 francs. Les habitants, à cette époque, ne buvaient que de l'hydromel ou du cidre, et le vin était un luxe seigneurial. La faim courait les rues et tendait partout les mains. Et pourtant, de l'aveu de M. Falle,

rile n'était habitée que par deux mille personnes.

Aujourd'hui» sous T empire de la liberté, il ne naît pi us de mendiants è Jersey ; les seules misères y viennent d'Irlande et d'Angleterre. La ville de Saint-Hélier, qui ne comptait, au calcul de l'historien Falle, que 401 maisons, réunit aujourd'hui 5,000 toits. L'Ile, qui n avait que 2,000 habitants, en a aujourd'hui .60,000. Au lieu d'un port, elle en a cinq : Rosel, Gorey, Saint-Aubin, Sainte Catherine et Saint-Hélier ; et ce dernier, quoique tout récemment fondé, est, par son commerce, le septième port de l'Angleterre. L'île, qui n avait que trente voiles au commencement du xvn* siècle, envoie aujourd'hui dans toutes les mers du globe plus de quatre cents . bâtiments montés par trois mille marins.

La marine jersiaise est devenue un considérable agent de circulation dans le mouvement du commerce universel. Ainsi, elle porte au Brésil la morue qu'elle a péchée à Terre-Neuve et elle prend en échange du sucre et du café. Puis elle revient en Europe avec ce chargement nouveau. En échange des produits du Brésil, elle prend en Suède et en Norwége du sapin et du bois de chéoe, elle prend en Russie des cordages, du suif, du chanvre et du lin; elle redescend la Baltique et prend, toujours en échange du sucre et du café, — du blé et de l'orge en Prusse, en Danemark, à Hamboui^, du genièvre, du fromage et des tuiles en Hollande, — et retourne alors dans TAmérique du sud échanger ces denrées du nord contre les denrées des tropiques. Elle porte

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