‹ La Normandie inconnueChapitre 97 sur 111 · CHAPITRE XIII. â · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. â

à Honduras, où elle a deux comptoirs spéciâui, la fariae, les pommes de terre, le lin, le genièvre et revient avec un diargement d'acajou (1,400 tonneaux par an), qu'elle vend en Angleterre. Elle va chercher des vins et de Teau-de-vie en Espagne, en Portugal, en France, des oranges et des limons en Sicile, et retourne les échanger en Angleterre contre le charbon, le fer, les toiles, la quincaillerie. Mettant ainsi en communication le nord et le midi du globe, elle fait la même besogne qu'autrefois la marine vénitienne. Jersey est aujourd'hui commissionnaire de l'Europe et de T Amérique, de même que Venise était jadis commissionnaire de l'Asie et de l'Europe. Venise était, comme Jersey, une petite île et un petit peuple. Et pourtant, grâce à son industrie, ce petit peuple a été un instant si puissant, qu'il a tenu tête à l'Europe entière. Etonnant exemple de la4)atienceet.du labeur humain qui ont fait d'une simple cité une grande nation. Mais si la fortune de Venise a été une leçon pour Jersey, que sa chute aussi lui serve d'enseignement. Si Venise est tombée, c'est que sa fortune, au lieu d'avoir pour base la liberté, était bâtie sur le sable mouvant de l'aristocratie et du privilège. C'est qu'en outre à Venise l'esprit mercantile avait peu à peu éteint le sentiment national. C'est que Venise était une puissance égoïste qui par cupidité en était venue à faire la guerre à une république sœur; c'est que Venise ne s'apercevait pas qu'en ruinant Gênes, elle affaiblissait l'Italie et qu'elle ouvrait la porte à r empereur. L'intérêt a perdu la Venise ita-

lienne et Fa liyrée i ToppressioD étrangère. Avis h la Venise normande.

Que Jersey ne Toublie pas , c'est à la liberté qu'elle doit d'être ce qu'elle est. Si l'estelin de cuivre du laboureur d'autrefois est devenue la guinée d'or aux mains du négociant d'aujourd'hui, c'est à la liberté qu'elle le doit. Si la valeur de son sol a centuplé depuis un siècle, si cette même terre qui, en 1713, se vendait quatre sous la perche dans la ville même de Saint-Bélier, se loue aujourd'hui il livres sterling l'hectare, c'est à la liberté qu'elle le doit. Les navires à qui elle fait porter sur toutes les mers son vieux pavillon normand, cest la liberté qui les a Itfncés I Les champs qu'elle montre avec oi^ueil h la France actuelle, c'est la liberté qui les a défrichés ! I^a liberté a été le laboureur sublime qui a tracé le double sillon de ses navires et de ses charrues.

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