‹ La NormandieChapitre 100 sur 118 · L A N O II M A N D I E · texte numérisé non relu

L A N O II M A N D I E

les Tancarville, où il y a de la gloire à gagner. — l/al»l)aye a[>pailient au style lombard. — Lcure. De ce petit endroit est ])arli le comte de Tiicliomont, ce Tudor (1485) qui était venu chercher des soldats normands pour se faire couronner roi d'Angleterre , et les Normands prouvèrent, cette fois encore, qu'ils savaient depuis loFig-lemps ce UM'Ilcrlà. — MontiviUiers n"a été d'abord (prime abbave maitresse de la valb'-e

entière; le cimetière a sa galerie comme le Cam|)0-Santo de Pise. — Harjleur. Le nom d'Harfleur est bien souvent dans cette histoire; ce petit port vit partir et vil arriver bien des soldats, bien des flottes: c'est de là qu'on partait pour ne pas revenir toujoui's : en ce temps-là la ville était riche, fêtée, formidable; elle avait des remparts, elle avait une tour, elle était le port, elle était le havre; terre féodale afl'rancliic de toute redevance , on y venait de l'Angleterre , de la Caslille, de la Londtardie, du Portugal. Hai-flcnr a soutenu bien des sièges, elle s'est vaillamment défendue; au plus fort de toutes les misères de l'invasion

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aii^laiso, elle osl loslOc IVaiicaise. Ti'(i|> soiivciil xisili'c pai' la ^iicriv , llarlloiir a Irouv»' cepciidanl le iiutyen de si; (•uiislriiire une belle église, mais le pieux momiiiieiil esl resti' iiiacliev»' dans les guerres. I?ar iiii litre (riioiMieur, on lappelail. la réjtubl'uiuc iVllarjlcur. lU'-piililiipie dllai- \\vn\\roD(uimc d'Yveioi; les rois de Ffaiiee n'oiil jamais retiisê daccepler une bonne plaisanlerii;. — l.a rérocaiioii de râlit de !\aitt('.s a été la rnine de celte industrieuse eilé ; elle a dé|ieuidé ce rivage; elle a arrêté les utiles travaux. En fondant le port du Havre, François I'''' avait ôlé à la ville d"llarlleui' la mer qui la l'aisail vivre; Louis XIV lui ôta lindusliie )[ui avait remi»lacé la mer : avec la liberté la vie est revenue dans cette petite l'épublitjue (pu- rien n"a pu vaincre, nidde petit coin de la patrie uoiinandi; d(uit le luun ne uu)urra pas! — Quoi encore' Le cliàteau du liée, au bord de s(ui lac lim[)ide: la s(UH'ce de Sainte-Cdotilde à Ii(dteville: .^.'aguéglise, cbel-dieuvre brisé, sculptures insultées, ogives perdues! — Est-ce tout':* l*as encore. Eirctai, ce beau petit village pècbeur, décrit avec tant de goût et de bonbeur par Alpbonse Karr le |toëtc. Fccimtp : \v monastère a pour s(ui l'oudateiir Hicbard I"; Fici

(■hiu/jus le Ch(U)ip dnjifiuicr. — On dit (pie 1(> toi! de l'église a ('li' appiulilà [)ar la mer, ijui avait été le cbercber à (loutances. Hicbard M appelait labbave de Fécamp sa chère fille. Là son père, Hichard 1", a voulu èlre enterré sous les gouttières. Fécamp, dans le moycMi âge, marclie

âSO LA NOIliMANDIE.

(le IVoiil avec les althayes du Bec, de Jnniiéges, de Saiiil-Waiidrille, de Saiiil-EvroulL ; l'abbé de Fécarnp portail la niilre; il ("'tait, seigneur suzerain de (rois abbayes; dans l'abbaye Riebard II vouliil être enlerré à son loiir. lîeli-ailesavanle, elle a donné à l'E^^dise doni Maurille; Durand, abbé de Troarn , le foudre des liéréliiiues; l'abbé Jean d'Alix, le LM'and i-uérisseur ; l'abbé de (îrange, le juriseonsulle ; le doclcur Eslolde d'Estouville; le cardinal Jean Balue, itolilitjue de léeole de Louis Xi, niallre de Sixte IV, el niorl trop loi |»onr êlre pape à son leur; Anloine de la Halle, d'une éloquence inspirée, le prieur de Louis XII; Anloine Boliier, le prolecleur des letlres; le cardinal Jean de Lorraine, un des i'ondalcurs de celle illuslre maison , cbef de l'Elal sous qualre rois, roi à Paris, pape dans Avignon; le cardinal de Guise, assassiné avec son Irère/t' BalaJ'ré; le cardinal François de Joyeuse, Henri II de Lorraine, et ce béros morl dans la lour de Ségovie , Henri de Bourbon l'arcbevêque : ce sont là de dignes disciples de la savanle abbaye. Parmi ses abbés, l'abbaye de Fécamp pouvail compter des rois et des princes : Louis-Antoine, prince de Neubourg; Jean-Casimir (saint Casimir), roi de Pologne; là mourut Jean Dufour, l'auteur de la grammaire hébraï- ([ue : Lingiiœ Itebraicœ opiis (jrammaticum. Edouard le Confesseur fut un des protecteurs de ces lieux consacrés par tant d'études sérieuses ; Henri II, Riebard II, Pbilippe-Augnsle , Pbilippe le Bel, tinrent à bon ueur de maintenir el d'augmenter les privilèges de l'abbaye. L'abbé de l'é'camp était, au quinzième siècle, un si haut el si puissant seigneur, qu'à lécliiquier de Normandie il voulait siéger avant l'abbé de Sainl- Oucn... Grandeurs brisées comme tant d'autres! Fécamp devait tomber en même temps que Jumiéges, en même temps que Saint-Wandrille et sous les mêmes fureurs. Tout fut confisqué, les bois, les terres, les joncs marins, les maisons, les marcbés, les prairies, les rucbes, les redevances, les dîmes, l'argent, les droits de chasse , les droits de pêche, de greiïe, de sceau, de tabellionage, les baronnies, les biens claustraux, les manoirs, les manuscrits et les livres ; puis enlin, quand cette maison, qui avait huit siècles de durée, fut dépouillée de foiul en cond)le, la nation de 93 lit vendre ces matériaux apportés là par Guillaume Lonyiief:i)ée. — Pourtant, plus cpie toute autre, l'ombre de celle abltaye était féconde et protectrice. Elle abritait bien des misères, elle donnait 1 aumône à bien des pauvres! Mais (|ue faire? 11 fallut tomber, il fallut nioinir. Depuis Louis XIV el Richelieu, la révolution de ces grandes choses (Hait ilans lair. En (b'iruisanl la proviin-,e, ces mailres absolus avaient renversé, sans le vouloir, le château el l'abbaye. Quand il n'y

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i-iil plus (le Hoiirtiotiiif, plus de (iiiicmie, «le iNorniaiulic, de Navarre, à ipi(.i hou laisser (lelwuil ces autres IVaeliiuis ipu^. VmnltS du royaume eniraîuailavec elle'^ La eroyanee, diles-vdus? Mais Vollairc, VEncydopcdie, les violenecs de l'esprit , eureul bientôt sapé dans leur hase les derniers fcuidenienis de ces petites monarchies chrétiennes. — Consolezviuis cependant, ainsi le veut la Providence; tout change, rien ne, meurt! Où s'élevait l'ahhaye, la ville s'élève; où se faisait entendre le cantiipu' éternel, l'enclume, etle marteau, et le métier entonnent, chatiue matin, le Te Dcum sonore du travail; ce (pii était la prière devient 1 action ; la contemplali(ui l'ail place au fait; le citoyen a remplacé le moine; la laindle s'élahlit sur les ruines de la commnnauté. — L'église de Fécamp est une nohle église. Figurez-vous un monument sur lequel les siècles chrétiens ont laissé leur empreinte : galeries aux massives sculptures , ouvertures lumineuses, grêles jiiliers, longues ogives, arceaux, colonneltes; il vous faudra descendre douze marches avant de pénétrer dans ces ténèhres aux clartés profondes ; mais le jubé , mais les basreliefs de Richard , mais la précieuse chasse du précieux sany , mais les tombeaux des abbés, et les groupes des chapelles , et les souvenirs de leur passage, laissés en ce lieu par les ducs normands, par le roi Casimir, par Childemagne, la veuve chrétienne, par saint Léger (il était muet, un ange lui rapportait la parole), par Marguerite, la flancée de Guillaume, ils ont été brisés et dispersés par l'orage. Les tombeaux, les cercueils, les ornements, les poussières... le souflle populaire a tout emporté. — Cependant vous pouvez encore admirer ces magnifiques vestiges; les bas-reliefs n'ont pas été brisés tous; les saints évangélistes ornent encore la chapelle de saint Martin; dans la chapelle de Notre- Dame, on a respecté les divers chapitres de la vie du Christ; plus d'une imaue a conservé, sinon sa tète, du moins ses mains, son manteau, son épée; saint Benoît est debout encore; le Christ a échappé aux outrages ; les figures du pilier massif sont restées incrustées dans cette mosaïque savante; les fleurs, les feuillages, la vigne et l'acanthe, la Vierge que les anges enqiortent dans les cieux, et les évangélistes et les chérubins restent encore; quehiues-uns nous sont restés des beaux anges ([ui peuplaient cette pieuse enceinte; la Ligue, la Réforme, 179o, n'ont pas anéanti eonqtlétement les vieux âges; le temps a manqué aux démolisseurs, les bourreaux se sont lassés. — Voilà pour le monastère de Fécamp. La ville est active et laborieuse; on dirait ([u'elle s'est ellemême creusé son nid dans ces grandes falaises. Le Perey est un ([uai naturel (jui borde la mer; l'Océan a l'ail les plus grands Irais du iimt

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de Fik'ainp. — I.a cluipelle de Noirc-Dmnc-dcs-NeifiesQ'^l un des célèbres pèleiliiages de la Noriiiaiidie, i)èlerinage cher aux iiialeluls. — La vaille; de Fécamp, c'est un poëme: le i)Oème de l'aii^riciiUnre et de riiidiistiii', du pré verdoyant et tle l'usine liimante, et du moulin qui tourne et di; l'eau rpii travaille. Du château ducal quelques pans de murailles sont restés, comme pour attester qu'il y avait à cette place un château darchitecture romane. Le vallon est traversé par des ruisseaux jaseurs dont les eaux réunies ont liientôt formé une rivière. Le matelot de Fécamp porte encore l'iiahit du roi Louis XI; les femmes ont la beauté des Cauchoises, et c'est tout dire : la Cauchoise est le type de la grâce et de la lierté normandes; d'une haute taille, d'un frais visaye, d'im timide et lier rei,Mrd, blondes d'un blond cendré, et on comjirend, rien qu'à les voir, ces belles lilles de la création, ([ue leui's mères aient produit et nourri tant de héros. — Le costume de ces reines de la Normandie est populaire dans la France même. Rien n'égale la magnilicence de cette coiffure. Sur ces beaux cheveux relevés avec art, la dame pose un bonnet de drap d'or, et cet or est bordé de dentelle; la dentelle couvre le bonnet, mais elle laisse admirer les cheveux ; le col est chargé d'une chaine d'or; on dirait que la taille souple et lière va briser le lacet qui la serre; le corsage est lacé par devant, et encore faut-il que le lacet soit assez fort pour résister à l'obstacle : le corps est sans manches, les manches de la chemise se relèvent jusque sur l'épaule, et, lixée à celte blanche épaule, la longue manchette en mousseline retondte jusqu'au coude; les gants recouvrent le reste du bras; parlez-nous d'un jupon écarlate et d'un jupon conrt, car nous avons la jand}e line et leste, le cou-de-pied haut et vif, le bas blanc et à jour, sans compter l'esprit du sourire, la pose du geste, la liuesse du regard. — Enlin il est bien nécessaire que le tablier soit dune claire étoffe. — Et nos dixhuit ans, pour ([uoi les complez-vous':' Certes, la mère de Cuillaumc le Conquérant devait être ainsi faite, un an avant ([u'elle mit au jom- ce héros. — A 7?o/ftcc s'ai'rète notre éloipience desciiptive, du moins pour larrondissemenl du Havre. Holhec est la ville (pii travaille, qui gagne son paiu , ([ui n"a pas le teuq)s de pleurer sur le passé ou de rêver à 1 avenir. Là, point de ruines, point de château, point d abbaye , la léodaldé n'a rien à démêler avec Bolbe(; ; même en j)résence de (iuillaume le Conquérant, les travailleurs de Bolbec prenaient la défense du travail. — Tout ce (pic 1 homme peut faire de ses dix doigls, on le fait à Bolbec : toiles de ménage, indiennes, siamoises, couteaux, chapeaux, dentelles; il y a des tanneurs, il y a des corroyeurs, il y a des tisseurs; ses

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HLiuuiiE S'isr. iijEWiPir lUwiiiAirfi , éiuinmir...

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iit'iililsIioMiiHos, SOS hauts I)arons s'appellent Poiichet, Fauqucl, Keillini^er; ces niailres et ces i;;enlilsli(niimcs vénérés ont pour armes la navette l'I le rouleau ; trois cent einquanle mille pièces (rindienne représentent leurs coïKjuèles de chaque année; par Tinduslrie, lîolhec rè^ne dans les vallées laboiieuses de Deville, de Darnelal, de Fécainp , de Lillehonne, ulile, bienveillante, libérale suzeraineté du travail sur le travail. Si vous voulez le savoir, demandez-le à la statistique, elle vous dira toutes les exportations et tontes les importations infinies dont le Havre est le passage, l'entrepôt, le commissionnaire, le consignalaire dévoué. Autant vaudrait nonuiier les productions des deux nutndes dans leurs IriiiisloruuUions inlînies; tout passe par là, depuis le diamant jusqu'au grain de moutarde, depuis le casse-tète du sauvage jusqu'aux admirables pianos d'Erard. Terrible nomenclature, dont le bruit seul vous donne le vertige ; mais cela vous fera comprendre mieux que nous ne saurions dire ((uelle est Timiiortance du Havre, cette merveille de l'Océan.

N'oublions pas ce charmant royaume, Yvetot, dont Béranger a écrit l'histoire. Quel roi plus inolTensif et plus charmant? Quelle monarchie plus doucement tempérée ])ar la bonne grâce et par la bonne humeur? Fi-aicbes et calmes prairies , doux ombrages , riches vergers , fertilité , abondance, bien-être, paysages, fermes nombreuses ; quel l'oi régna jamais sur un plus doux royaume, plus facile à gouverner? quel royaume fut jamais gouverné par un roi plus facile à satisfaire?

Kt couronné par Jeanneton D'un simple l)onnet de cofoii !

Que si VOUS nous demandez d'où vient l'origine de ce royaume inattendu, il nous faudrait bien du temps pour vous répondre. Il nous faudrait remonter aux prétentions les plus violentes des seigneurs féodaux, quand existait ce qu'on appelait alors les fiefs au soleil. C'est que ces ambitieux irentilshonnnes leconnaissaient ne tenir leurs fiefs ou seic:neuries « de personne antre que de Dieu et du soleil. » De ces petits royaumes l'histoire est pleine; l'Allemagne en possédait aussi bien que la France. Un jour que l'empereur Frédéric Barberousse traversait la ville de Tongue, le seigneur de Threnchingen , assis devant sa maison, refusa de se lever sur le passage de l'empereur. A peine s'il poi'ta la main à son chapeau, par jum'c courtoisie; et connne l'empereur demandait qui était cet homme si peu respectueux pour Sa Majesté luqx'riale, on lui répondit que le baron de Threnchingen était iud(''|ieudant de reuq)ereur, car il ne tenait sa terre que de Dieu! Ce baron de Threnchingen était le roi d'Yvetot de l'Allemaûne. Le rovaume d'Yvelot tient dans

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