‹ La NormandieChapitre 106 sur 118 · LA NO II M A N I) I K · texte numérisé non relu

LA NO II M A N I) I K

iU\ la hcitiilV' (lu lien (!t de la fraîeliciu' des eaux, (^cllc riche ahliaye avail donné lion an diclun :

De (im'l(|ii(' (('ttc <|iie le sent xciilc, L'abbaye <hi lîoc, a tente.

— Ecouis élîiil nne des qnalre haronnies de l'altbaye dn Bec. Son église a le mérite dnne date certaine; commencée en 1310, elle lui achevée en 1313; i)onr toni ornement, l'église, snr les piliers latéranx de son portail, porte la slalne d'I^^ngnerrand de Marigny et la statne de sa troisième femme, Ali})s de Mons. Placée dans une plaine bien disposée, l'église d'Econis montre tout au loin les deux clochers de son portail. La révolution a brisé les statues et le tombeau de Mai'igny ; sur le tombeau d'Enguerrand de Marigny, Charles de Valois, l'ennemi d'Euguerrand, s'accusait de cet injuste supplice dont il était l'auteur. — Jean de Marigny, archevèipie de Rouen, Blanche de Gamaches, Pieri'e de BoncberoUes , Marguerite de Chàtillou , Françoise Hallevain , avaient leurs tombeaux dans l'église d'Ecouis. Parmi ces épitaphes, on lisait, non sans horreur, l'épitapbe de Berthe, fille du comte de Chàtillon-sur-Marne. Berihe épousa le châtelain d'Ecouis, elle en eut un fils après un an de mariage; le fils, envoyé dans l'Artois , suivit la fortune de Charles VIII en Italie , et lui sauva la vie à Fornoue. A Bourges, il vil la dame d'Ecouis ; il en fut amoureux une beure, et la dame accoucha d'une fille chez la duchesse de Bar. Dix-huit ans après, le jeune homme, enfant de l'inceste, épousait Cécile; et (|uand ils se reconmuent incestueux, ils mournrent de honte et de douleur. On leur a fait l'épitapbe suivante : « Ci-gît l'enfant, ci-gît le père; ci-gît la « mère, ci-gît le frère; ci-gît la femme et le mari : ce ne sont que deux corps « ici! Anno Domini 1502. >> Parmi les rares antiquités mérovingiennes et carlovingiennes de la Haute-Normandie , le département d'Evreux avait conservé l'église de Saint-Samson , une église du sixième siècle , cent ans avant que Saint-Filbert et Saint-Wandrille eussent enrichi la rive droite de la Seine de ces chefs-d'œuvi-e de l'art chrétien. Un jour ({ue Childebert chassait dans la foret de Bretonne, chère aux Mérovingiens, saint Samson,unévêque gaulois, vint au roi, lui demandant justice pour les pauvres opprimés. Childebert accueillit le saint évèque avec respect; mais, après avoir agréé sa demande, il le pria à son tour de délivrer la contrée d'un serpent caché dans une caverne voisine. — Saint Samson ordonna au serpent de traverser la Seine. Childebert reconnaissant éleva cette abbaye en riionneur de saint Samson. — Eh bien! ce monument antérieur aux hommes du N(M'd qui en ont respecté si peu, il

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est iMiiiiic i'iiult' (liiii pou (rassislaiice ! Nous avons loi'l de laiil crier coiilrc les (Iriiiolissours , nous sommes aussi im|»it(»yal>los (ju Cux. — Dans un lion travail sur les ant'uiuitvs ik'l''Eun'\ M. Lcprévosl a raconl('' irune façon Irt-s-iiilêressank! les découverlcs récemmcnl faites dans le diocèse d'Evreux : il a toiil vu e( (oui décril, atiueducs, bains, mosaïques, mtmailles, oi-iiiines; il a suivi pas à [las les deux voies romaines; il V(Uis dt''eril les nu-dailles romaines, les nuinumenls druidiciues , si rares dans IKure, si eonuuuns dans l'Oine, dans la Manche ou le Pays Char- Iraiu ; le dolmen de la forèl d'Évreux, les vases cl les bracelets en or, el la tasse crargeiit du cliami) de Heuqueville; l'Antonin, le Va/crien et la Markinna du chemin de la Meilleraie ; curieux vestiges qui prêtent à ces contrées la majesté de Ihistoire. Si bien que, même dans ces gras pâturages , il nous semble ipie de lenqis à autre nous allons apercevoir derrière la haie, à l'ombre de la ferme, quelque soldat de César fort inquiet de savoir quelle est la route de Jullobona à Mediolamcm.

Le déparinnmt de l'Orne est formé de la partie méridionale de la [irovince de Normandie, du Perche sejiteutrioual et du duché d'Alençon. Le département de l'Orne est une suite ntui interrompue de collines boisées, de vallées cultivées, entourées de quelques landes infertiles: sept rivières priiu^pales et neuf cent onze afUuents fécondent ces riches pâturages qui fournissent à Paris une grande partie de la viande que Paris dévore cliai[ue jour; le minerai, le marbre, le granit, le porphyre, la marne, sont les meilleurs produits de la contrée; elle a des fontaines heureuses pour les santés chancelantes. Le département de l'Orne produit en grande abondance le lin, le chanvre, la luzerne, les bœufs, les chevaux ; il fabri([ue en nombre intini les toiles, les dentelles, les aiguilles. Forges, hauts-foui'neaux , Iréfileries, laminoirs, lilatures, tanneries; le département pourrait adopter la fer v et opiis de Virgile. — Alençon est le cheflieu du département de l'Orne, ville forte au dixième siècle de notre histoire. Guillaume de Bellesmey fit construire un château au coniluent de la Sarlhe et de la Brionne; la ville et le château tmt appartenu tour à tour au comte d'xVnjou, à Guillaume le Coiuiuératif, à Henri 11, et toujours ainsi jusqu'aux guerres de religion. Alençon se rappelle avec reconnaissance M. de Matignon, qui sauva les protestants des fui'eurs de la Saint-Barlhélemy; mais plus tard la révocation de ledit de Nantes ruina cette ville de Calvinistes. La ville est située au milieu d'une plaine fertile; elle est grande et liien bâtie; les plus vieux arbres de la contrée l'entourent de leur antiipie ombrage. L'arromlissement dAleii-

' Anniiaiic de lS.i'>.

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çon n'a guère conservé les traces celUques et gauloises '. La lOche d'Orgères a été prise long-temps pour un monument celtique; c'est la nature qui a fait tous ces frais-là. On prétend, daus le piiys, que le dialilc, évoque à minuit à la roche d'Orgères, ne nian([uait jamais d'apparaître et de donner à <pii l'invoquait deux Ixeufs noirs. — D'autres roches, qui n'ont pas des noms moins formidahles, sont certainement des monuments druidiques. — Sur la hruyère d'Héioup un antiquaire a trouvé une monnaie celtique en or. — Les vieilles pierres des prêtres gaulois sont entourées encore aujourd'hui de i»iété et de respect. A l'endroit où la presqu'île se joint à la plaine, s'élève un véritahle tumulus. Là vivait, il y a douze cents ans, l'ermite de Saint- Emery avec son ami saint Léonard, qui fut assassiné par sa servante. A Comenil , la pierre de la Tremblaie est en grande vénération; des étangs, des hois de chênes, des bruyères, complètent toutes ces superstitions et les expliquent. Une simple chapelle dédiée à la Vierge est célèbre par ses miracles; cette chapelle a nom : la Relier e. — Les monuments romains du canton d'Alençon ont été laissés là par les lieutenants de César. On a ramassé, dans les champs, des médailles : IXonm et Augusto, à Rome et à Cemptrcur ; à Séez, dans un puits, on a trouvé des Trajan, des Aiiionin et des Faustine : nul doute qu'Alençon ne soit d'origine romaine. — Le Camp de César, autrement dit le Châtelicr, est une enceinte ovale disposée sur le penchant d'une bruyère élevée. Là étaient les bastions , ici la tranchée ; du rempart la vue embrasse les bruyères et les hauteurs où s'élevait jadis la ville d'Exmes; la voie romaine d'Évreux et du Pays Chartrain venait aboutir an camp de César. Quant au moyen âge , il a laissé dans ces contrées une empreinle moins eilacée : on le reconnaît à ses ruines. A la butte de Chaunnmt, qui domine les bois d'Ecouves vers Carouges et Séez, vous rencontrez des restes de bastions, puis un fossé, et après le fossé les fondations d'un donjon : cette forteresse est r(euvrc des premiers Normands. Un ermite est venu poseur sa tente chrétienne sur ces débris de la guerre. — Dans ces lieux sauvages vivait et régnait, par son courage et par sa beaulV^ la dame de Mabille, U', patriœ sruimn, le bouclier de la patrie, comme il est dit dans son (''|»ilaphe. Elle s'c'tait bâti une citadelle contre les invasions des Manccaux; lière et hardie , elle avait résisté même aux seigneurs noi-mands , (pii la lireiit assassiner par le chevalier llugiu's de Sagey, dans le château de Dure en Dive — Si nous gagnons l'extrême frontièi'c de la Normaiulie vers le Maine , nous rencontrons ' Antiquités de lit Aormandie, tome IX, page 2.

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les ruines (lune rtMloiiInlilc loileressc |ilacée là jtiir (Iculîroy dAnjou , la([iiL'llc lorU'resse a coùU^ bicMi du san^. On V(uis nioiilro (siK^urc; un Ik'U apiiclc la Fosse de la Baiaille, conlrc la([ucllc furent acculés les Auiilais de l'invasion; ils ëlaienl venus quinze mille, avec deux cenis pièces d'arlillerie, pour einporler le l'oii de Sainl-Cénery. Gracieuse ruine aujourdluii! La vieille nunaille a1)iile de beaux jardins , le donjon esL tout couvert de ileurs des chaniiis. — Une aulre Ibrleressc non moins redoutable , ce fut la forteresse d'Alençon , un bloc du dixième siècle , construit par Jean de BellesmellI. Tout est encore debout, et rien n'y maïuiue : créneaux, mâcliecoulis, fenêtres carrées, toit arrondi; sinistre monument dont on a fait une prison. Essaij, Boitron, Saint-Léger sur la Sarlhe, Coariomer, avaient leur cliàteau fort. Les ruines de Conrtomer sont le plus curieux ornement de ce beau pays. — La ville de Séez, enlin, n'était pas la moins défendue; ville beureuse qui s'est débarrassée de ses tours, de ses donjons ; elle a conddé ses ti'istes fossés, brisé ses palissades; elle s'est faite libre. Le cliàteau de Carouges, au contraire, est assez conservé pour vous donner une juste idée du caractère (b; défense particulier aux demeures féodales du ({uatorzième et du ([uinzième siècle. Le cbàteau décrit avec tant d'exactitude par M. Monteil, (ui le dirait copié sur le cbàteau de Carouges. On entre i»ar un donjon carré, llaïupié de quatre tours. Plusieurs portraits lnstori(pies sont conscrv(''s dans le cbàteau : Jean de Carouges , tué en duel pour avoir insulté une femme; le comte de Fiesque, Louis XIY, Charles 1", Marie Leckzinska; Jean le Veneur, tué à Azinconrt : au pied du portrait on a placé l'armure ([ue portait ce vaillant capitaine. A Carouges a couclié Louis XI se rendant au pèlerinage du Mont-Saint-Micbel. — Non biin de là, il faut saluer le château du Matignon qui sauva les protestants : ce cbàteau s'appelle Aurey; il renferme de riches sculptures. L'église contenait le tombeau de François de Sally, tué à Paris. — Le château de Touvois est une miniature féodale. — Les chapelles : Saint-Cénery était une église toute normande et du style roman ; mais , hélas ! la charmante église a été gâtée par les arrangeurs : un alTreux architecte de campagne a percé des fenêtres dans ces murailles solides, il a refait à neuf le portail! -- A la Roche-Mabille vous remarquez des fonts baptismaux par inuuersion. — Saint-Lomer rappelle le onzième siècle; l'église de Conrtomer appartient au style de transition ; Saint-Denis de Sarthou présente d'assez belles sculptures; l'église d'Essay est du onzième siècle : on prendrait sa tour carrée pour un petit donjon féodal. Notre-Dame d'Alençon est un remarquable édilice du ipiinzième siè(de, édifice d'un caractère calme, d'un

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aspecl sérieux : les vitraux, loiiL chargés (l'cmblèmcs ou <riiisloir(;s ]»il»liqucs,rcni|>lissoul la nef d'une elarlé poélique; le porlail (;sl, perréde l)'(tis arches, ('haciiue de ces trois archi^s est surnioulée d'une pyramide: h's sculplurc^s, les t.';aleries, les niches, rien ne niaufpuv, h; tennerre a liris('' la llèche (jui complétait réléij;ance de ce beau monument. La révolution , plus brutale que le tonnerre , a lirisé dans les caveaux de l'église les tombeaux des comtes d'Alençon : on regrette surtout le tombeau du duc René et de sa l'ennne. Dans l'église on voit encore la statue agenouillée de Marguei'ite de t^oiTaine , la fenune de ce duc de Joyeuse que nous avons vu un insiaut gouverneur de Normandie |iour le roi Henri 111. — -Saint-Léonard d'jilençon est du (piinzième siècle. — Scez-, ville é[»iscopale, bâtie sur l'Orne. La cathédrale de Séez appartient au treizième et au quinzièuie siècle. Aux travées simples et austères de la nef, aux colonnes en faisceaux , galeries unies , trèfles , rosaces , colonnes Ilùlées des fenêtres, vous reconnaissez le gotbicpse de jeune date, pendant que l'élégance déjà recherchée de la façade , la tour percée à jour, les gracieuses ouvertures du chceur annoncent le gothifiue fleuri. La cathédrale de Séez est une des plus belles œuvres gothiques de la Basse- Normandie. — Sai)tt-Gennain d'Argentan ne peut guère se comparer à la cathédrale de Séez; pourtant c'est la encore du beau gothique. Les deux flèches qui dominent le [»oitail d'Argentan menaçaient ruine ; M. Alavoine les a raffermies avec un rare bonheur. Argentan est une jolie ville normande, d'un agi'éable aspect. Argentan occupe ce qu'on appelait au moyen Age \e pays d'Exmes, Hulmensh rcyio. Là aussi se rencontrent les pierres druidiques, dolmen, tumulus ; la pierre Aq Gargantua, la longue roche, la butte du Hou; le camp de Bies , tour à tour (jccupé par les Romains, par les Normands : ce sont là autant de vestiges de cette antitjuité que les peuples modernes recherchent comme des titres de nol)lesse. Ainsi, au Chàtelicr, ou camp de César, dans l'arrondissement d'Alençon, il nous faut ajouter, dans rarromlissement d'Argentan, [a camp de Goui, le camp du FouUher, le camp des Romains, dans la ligne d'Exmes à Brières. Ces camps nondn-eux ont tous fourni leurs preuves d'antiquité romaine. — lieUesme \ voisin de la source de l'Oriuj ; l'abbaye n'était pas loin vers le nord. La jdace forte d'Argentan a vu, sur ses nuns et dans ses murs, Cuillaume le CtuKpiérant, son lils Henri et tous les pi'iru-es de cette l'amiHe vaillanti; , et [dus tard notre roi Henri IV. Le vieux château de Jiailleul a foui'ni des rois à l'EcosSe vers la liu du treizième siècle: on y voit encore quelques restes de la sculp-

' Me moi les des Aïitiqvifés de la NoniKiiidic , tome IX , i);ijiP 471».

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liirc iioniiiiiKlc. !a; rhalcaii de l''«ii('('-Auvi';iy, sur le IkiimI de rOnic, lui liàli par Anne «les iMonli-oninK^ri: dans l'une des tourelles, la lour des morts, élaieiil déposés les resU^s de iMonlgoiunieri. Le caslel du licpos, à deux lieues de la torél, el llauipu' de quaire tours bien couvertes, est une fanîaisit> du seizième sièrlt>, loul en i^i'anil : le east(d d(; Sdcfj-Kiroii sera Itienlol une ruine. La Krenaye-au-Sauva^c et les Yrctaux s«uil remplis du souvenir de cet illustres nuigistrals, riiouneur du parlement de Normandie : Guillaume Vauquelin , <pii a l'édigé la Couinmc nonnmidc en 1589 : des Ivetaux , le préceitteiir du roi Louis XIII: Jean des ïvelaux le poêle. La Tour ronde est resiée debout, protéi;ée sans doule par la lee Itieulaisanle des Caroui^es. Douce fée, elle se monire encore sur les crc'ueaux, enveloppée dans sa longue robe de lin. Du côlé d'Argentan, sur la Dive , s'élève le cliàteau d'Aubry. Giel , Feiiaakm, les Nocs, Boucy, nuîi'itent à peine un regard. Rabodauges n'est (pi'une maison moderne; mais le cliàteau d'O est un cbel-d'ieuvre du ([uinzième siècle : les nobles souvenirs le pi-olégeut coiilre l'imlirlerence des hommes. On v«uis nuuilre dans le cliàteau d'O la chambre habilée par îsabeaii de Bavière. L'ancien chàleau d'Argenlan , aujourd'hui le tribunal, est un grand bâtiment à Irois jiavillons ; la tour couronnée s'élève au centre de la ville, eounuuu; du (piatorzième siècle. Voilà pour les chàleaux. Les églises sont moins nombreuses. Brlomjc, de construction romane, est ornée de la tète de (iuillaume le Conquérant : la tète ronde, les oreilles saillantes, les tempes énormes. Monty-vouli est de style roman. Le portail et renlablement sont chargés de ligures, et même (juelques-unes de ces scul}»tures annonceraient plutôt le temple de Vénus que la chapelle de la Vierge. Sainl-3Iart.in est plus orné, d'une laçon plus honnête : clochetons, i»ina<-les, dentelures, balustrades: la chapelle de Mesnil-Glaise, sur les roches des bords de l'Orne, renrerme une statue de saint Roch , qui attire de nombreux pèlerins; la chapelle de Crcvecœur n'est pas moins honorée ; Saiut-Loys , Saint- Léonard comptent aussi de noiubreux lidèles. — Entre autres vestiges des temps passés, dans l'abliaye de Saint- Andrê-en-Gouffcrn, de l'ordre de Cîteaux (dans le diocèse de Séez), bnub-e par le iîls de (iuillaume de Bellesme , Ciuillaume de Talven , comte d'Aleuçon et de Ponthieu, ont été trouvées les [dus belles chartes et les mieux conservées de la province: lettres patentes de Henri li , de l'impéralrice Mathilde , de Guiilauuu', comte de Poiilhieii: bulles du pape Lucius 11, du pajte Alexandre 111, d'Urbain 111, de Céleslin 111, et douze cents autres. T(tutes ces chartes sont relatives à l'ahhave de (loull'ern: curieux détails

nui jctlt'iil nii p'and jour sur les mœurs, les habitudes el les volontés (lu moyeu âge'. On sait même quel était le cérémonial de rinstallalion des évèques de Séez dans les (juatre derniers siècles -. L'évêque , ses bulles à la main , se rendait à Séez, dans rald)aye de Saint-Martin. Le lendemain le prélat , vêtu d'un habit de cavalier, lépée au côté , la hotte au pied, l'éperon au talon, montait un cheval de bataille, et s'en allait, dans cet accoutrement guerrier, jusqu'à la porte d'Alençon; là, il prenait une soutane, un manteau long, un tricorne, et il changeait son cheval contre une mule pacifique. Arrivé sur la place de la cathédrale, l'évêque était débotté et revêtu de ses habits pontificaux; il allait ainsi, marchant sur du linge blanc, jusqu'à la porte de l'église. La porte était fermée; l'évêque demandait à entrer, ses bulles à la main : alors arrivait le prieur de l'église, qui faisait jurer au prélat qu'il conserverait les biens de l'église, qu'il défendrait ses immunités; et l'évêque, la main sur l'Évangile, jurait : — Juro liœc omnia ! — A Bailleul, Robert de Bellesme avait élevé un fort contre les excursions des seigneurs d'Exmes. — Notre-Dame du Bois Saînt-Ëvroidt se glorifie d'Orderic Vital , l'illustre historien de la Normandie. Otez les œuvres d'Orderic Vital, et cette histoire brillante de Normandie et d'Angleterre n'est plus que confusion et ténèbres. — Exmes est un lieu de batailles. — Le château de Gau appartenait à Raoul, connétable de Normandie. — Du Guesclin a passé par Clos-la-Ferrîcre, qu'il a fait démanteler. — Le haras du Pin attire à ses courses les plus beaux chevaux du Calvados, de l'Eure, de la Manche , de l'Orne , du Pas-de-Calais , de la Sarthe , de la Seine supérieure. ■ — A Ranci se livra, en 1432, ce combat de trente Français contre trente Anglais, à la gloire des champions de la France. Vhnoulins à lui seul produit chaque année pour quatre millions de toile de cretonne. — Domfront n'était d'abord que l'ermitage de Saint-Front. Guillaume, seigneur de Bellesme, lit bâtir la forteresse en l'an 1011 ; Guillaume 1" fut enterré dans l'église Notre-Dame sur l'Eau, qu'il avait fait bâtir. — A propos du château de Domfront, vous n'avez qu'à vous répéter la même histoire de sièges, de batailles, de citadelles réparées :

Puis refist li reis ses ch;\tean\ Maillorz e plus forts e plus beaux, Et plus seurs et meuz gardés %

jusqu'à ce qu'un plus fort les renverse. Dans la forteresse de D(uiifront, le maréchal de Matignon s'empara de Montgoiumeri, le meurtrier invo-

' Mémoires des AntUinilvs de la Normandie, tome Vil, page 470. ^ Mémoires des Ardiqnilés de la Normandie, tome X, page 33.5. ' Chroniques de saint Benoît et de saint Mare.

LA NOll.M A M)l i:. (i(i!»

loiilaii'c (le Henri II , à qui la reine (-allieriiie lil (ranclicr la hMe. Dom- IVont, sur sa hauleur piltoresque, domine loul ce pays de loièls , de coteaux, de bruyères, de marais : la ville est trisie, mal hàlic, d('i»eu|d(''e; la eathédrale tond)e en ruines : la ituerre a visité trop souvent ce roelier formidable (pir baii^ne la pelite rivière de Varennes. — A Tinebebray, sous la source du Noireau, le due li(d)erl pei'dit cette bataille de 1 KM), qui le livra à son frère Henri dAui^leterre. — De tous ces villages, le plus joli, c'est Haiinolles. Bai^ncdles s'abrite au fond du vallon de Tenë ; son lac est entouré de beaux arbres et d'allées pleines d'arbres et de silence; la soui'ce thermale jaillit au pied d'mi roclier pittoresque, non loin de la petite rivière de Vée, qui ser|)eule (buncmeul sur les rochers dont elle est la fraicheur et la poésie. Baynolles, un l)eau lieu de repos, de santé, de douce et calme oisiveté. — L'arrondissement de Mortagne ^ n'est pas moins fécoinl en précieux renseignements : Bouiwvnl est célèbre par ses pierres druidi(pu?s: la Garenne dWUuije contient plusieurs pierres inclinées. La fontaine de la Herse, dans la forêt de Bellesme, était dédiée à Vénus, à Mars, à Mercure : Ve)tcri, Marii, Mercurioque sacrum. A Duneau , près Corneray , se rencontrent les châteaux de César, an nord et au sud , qui divisent les bassins de la Seine et de la Loire. Les Romains avaient établi, à partir des murs d'Orléans , deux grandes routes parallèles qui conduisaient au bord de l'Océan : la route du nord, par Condé-sur-Iton; la route du sud, jtar l'Armorique : un embranchement de la roule tournait vers le nordest par Exmes, et Fontaine-les-Bassets . Plus d'une forteresse défendait cette voie romaine : le Camp , le Grand camp , le chùteuu de la Pline ; remontant le passage de l'Eure, Marminvillc , détruit en 1303, au dire de Froissard.

Un établissement romain était à Mézières, témoin les marteaux, le charbon , les fragments , les débris de tous genres ; à Bellegarde était bâti un château; à Bubertré on voit encore les restes des tours : c'est qu'aussi à cette place vous êtes sur la limite de plusieiu's petites nations. — A Sainte-Céronne , on a trouvé des tombeaux romains; les Saxons ont passé par là, et tout brisé. Trourouvre a fourni de riches médailles ; à la Champinière on a retrouvé des conduits destinés à amener l'eau : si bien que Mortagne peut produire au besoin ses titres de noblesse. A Soligny, le moven âge a laissé les ruines d'un couvent de trappistes; pour tout dire, c'est l'abbaye de l'abbé de Rancé : c'est là (pi'il se retira frappé de remords , et qu'il remit en honneur la règle austère de

' Mémoires de In Soricfc du rlcrdc de .XoDiiandie, tome \, patjc iio.

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Cileaiix. A Soligny, Bossuet écrivait à M. de Rancô, en lui adressant l'oraison ruiièbrc de la reine d'Angleterre et de Muéime : « Je vous envoie deux tèles de mort assez touchantes! « Soligny, c'est tout un poëme! — La ville de l'Aigle à elle seule a fourni à lui savant (;t respeclaMe magislrat, M. (ialu'iel Yaiigain, la nialière d(^ tout un gros lomc; '. La Rille, lougueusc rivière, qui prend sa source à cin(j lieues de là, dans les hois de Saint-Wandrille, passe à l'Aigle, à Rugles, à Lyre , à Beauniont-le-Roger; la foret de l'Aigle, la foret du Perche, la foret de Breteuil ci la forêt de Saint-Evroull entourent la ville de l'Aigle. La contrée produit le fer en grande ahondance; le fer produit à son tour les eaux minérales. Full)ert est le premier fondateur et le premier baron de l'Aigle. 11 a construit le château de r Aigle, il y a huit cents ans; mais c'est à peine si l'on a retrouvé l'emplacement du château. Le second baron de l'Aigle, ami autant cpie son père des ducs de Normandie, avait reconstruit ral)baye de Saint-Evroult , renversée par les Normands. Mais le moyen de suivre notre historien conteur dans ces curieux détails auxquels il se complaît avec une bonne foi charmante? C'est toute la galerie du moyen âge qu'il faut passer en revue : Huguenouf , mort à la bataille d'Hastings; Judith d'Avranches , Julienne de Mortagne, Henri d'Avaugour (en 1293, le comté de l'Aigle passe à la maison ducale de Bretagne); la famille (CAuvrag, la famille des Acres. Et toujours la même conclusion pacifique : les travaux de la paix , l'oubli de la guerre , la liberté sous le roi constitutionnel, des rues nouvelles, des maisons superbes , des quais , des ponts , des chaussées , des projets pour les embellissements à venir; en un mot, une cité nouvelle, aérée, pleine de bruit, de soleil, de bien-être, remplaçant la vieille cité féodale; des jardins, des allées d'ormes, un riche hôpital, de vastes marchés, des fontaines, des halles, heureuse histoire du travail, de l'abondance et de la paix!

Avec le pays d'Auge , le Bessin, la campagne de Caen dans la Basse- Normandie, avec une partie du Lieuvain dans la Haute-Normandie, il a été btrmé le département du Calvados. Calvados, ainsi étaient désignées certaines roches à peu de distance des cotes de la Manche. — Ce département du Calvados est une immense plaine entremêlée d'agréables et pittoresques collines et de fertiles vallées , riches en herbages que font pousser à l'cnvi l'eau et le soleil. La vallée d'Auge, la vallée de Corbon et celle de Ponl-l'Evêque , les gras pâturages de Trévières et d'Isigny, le littoral du Bessin, les coteaux du Bocage

' Hisloirr des Antiqvilofi dr In ville de l' Aigle, par M. Gahrirl Yaii}iain. 1 vol. in-8 de .")00 pajios.

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