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LA NOIIMANDIK. G13
(lu (liiiiiliiis : |MM''li(iii(' cl belle relriiile (»ù se repose (|iiel(|iies heures, eliaiiiie ;iiinée, ce rare, cet cloiiiieul liislorieii (|iii a jclé laiil de clarlés suprêmes sur la iloHl)le liisidire de France el d'An<;lelerre , huiunie d'Etal d'un si ijrand cœur. El (jue laldiaye du Val doit être étonnée de voir cet lioiunie et ses jeinies enl'anls l'cniplacer laiil de moines sans nom el peu lellrés : ahsijiic liitcrh, dil la i'.nUhi ChristUuKi. l/abliaye de liarbery a joué un iiraïul rôle dans la rélormalion <le Tordre AcCîteaux. Abbaye calme et savante, à l'ouverture du vallmi, eutcuu'ée de longues avenues; une eau i)ure remplissait les Ibntaines et les bassins de ses vastes jardins. Que d'églises paroissiales, rien (pu" dans cette contrée du Cinglais! Mutrccy, Sdinl-Lauroit, GrhihoHCij , les DJuiiticrs, Kspins. A chacune de ces petites paroisses se ratlaclieni de grands souvenirs : Esson faisait partie de la dot de Judith de Bretagne: la 3Iuusse ap|»arlenait à la maison d'Harcourt: dans une charte de Richard II, il est fait mention de Fresué-le-Yieux et de Meslay. Arrêtez-vous au bouquet du Cinglais : vous découvrez Caen, la mer et les côtes du Havi'e. L'église de Dounatj appartient au (puit(trziènu? siècle: Fresnaij-le- Pieux é[i\i{ un propre de (jillonned'Harcourl-Beuvron , celte maison ([ui marche à la tête des familles normandes :
Beuvioiia'a (ioiims, inoccies longé eiiiinet intcr Nornianiios.
Urfille (l'église féodale u Cxiste plus , — le clocher de Fontunies ,
— les roches de Moulines, — les ormes de Bray , — ([uaranle-li'ois paroisses, pour tout dir(> , dans ce pays du Cinglais. — Les aldiayes du diocèse de Bayeux ne sont pas moins nomlu'euses que les paroisses : abbaye des Ardennes, de Tordre des Prémontrés i II'21 r. — Tabbaye d'Aunay, de Tordre de Eîteaux lloL: — abbaye de Saint-Laurent de Cordiilon, du commencement du treizième siècle (ordre de Saint-Benoît);
— prieuré de Fontenay-le-Pesnel, de Tordre de Cîteaux; — Saint- Etienne de Fontenay (ordre de Saint-Benoit); — abbaye de Longues; — prieuré du Plessis-tirimauld, foiiih' par Henri II et }»ar plusieurs seigneurs normands au douzième siècle : — al>bayes de Trown , — de Sainte-Marie du Val. Dans toutes ces alibayes bien des chartes ont été retrouvées. Les archives de Bayeux n'ont pas perdu tous les renseignements que j>ouvait lui demander l'histoire. Ou a retrouv('' dans le chartrier de Tévêché la liste des soldats et redevances féodales de Ti'glise de Bayeux , le nom el le nombre des prébendes: les carmélites, les /iVn.v du sae , les béguines, les ursuliues, les filles de la Visitalion. (Test une des grandes joies de Tautiipiaire danaclier à la jMtussière (\v^ bibliotlièipies et des
01 /i LA NOll.M AN l)i 1'.
«I«''|tôls piihlics (|iu;l(|iriiiic de ces chartes [»i'«'!ci(;ustîs. (Charles an{j;laises, diplômes français, raies parchemins, dont les sohlals faisaient des ifarj^'ousses , (jue les pêcheurs mettaicîiit au houl de h^ui- li^^ne en guise de ver! C(ûa était désigné : livres inutiles, papiers de rebut, et se vendait à hi livre. La convention iiationale, dans un de ses accès de patriotisme, qui a causé tant de l'avages , avait ordonné (7 messidor, an ii ) de hrùler tous les actes t|ui pouvaient lajipeler la d(uninati(jn des Auiflais en France. Pourtant , dans ces parchemins d(uit nous parlons se rencontrent les plus graiuls noms de Thistoire : Yves et Hugues, comtes du Mans ; Lothaire, roi de France ; Conan , diu; de Bretagne ; Richard et R(d)erl , son tils , prince des Normands. Plus d'un arrêt est signé de (^iuillaume et de Mathilde. Les lu"el's, les plaids d'épée , les actes des deux échiquiers de Normandie , les huiles des papes , les décisions des légats du Saiut-Siége, tout se trouve et se retrouve dans ces papiers de rebut. On y a trouvé les preuves de létahlissement d'un bailli des juifs en Normandie , la juridiction des évèques de Coutances sur la presqu'île du Cotentin : des vers latins de Hugues d'Avranches , de Foulques de Caen, vers rimes à trois rimes :
Vita l)r('(';.s, casiistiue /evis, nec spes remen)icH ; Quanta scres, liinc tm\ta feres; sit cura {^M•al^di.
Les poètes mu-mauds avaient confié bien des colères restées enfouies dans ces papiers de rebut, et plus d'un poëme sans fin, le Tombel de la Chartreuse, par exemple, qui n*a pas moins de quinze mille vers. Val-Dieu, Saint-Evroult, Séez , Lisieux , le Mont-Saint-Michel et les maisons religieuses de la Manche pourraient fournir encore, à cette heure, un supplément à VAnglia sacra. Ainsi s'annonce par les plus curieux souvenirs celte ville de Bayeux ; souvenirs romains, vestiges saxons, ruines normandes, (luillaume disait des Normands de Bayeux ;
Orgueilleux sont Normands et tiers, Yantéords et bombanciers.
Fier et vantard, superbe et bon vivant. Encore aujourd'hui, la verveine gauloise est vénérée dans le Bessin ; les fontaines sont entourées de respect. Le véritable représentant du moyen âge à Bayeux , c'est la cathédrale. Elle fut bàlie au onzième siècle sur l'emplacement d'une vieille église ; à la dédicace du jtieux inoiunnent assistaient (juillaume et Mathilde, et ses fils Guillaimie et Robert, Lanfranc de Cantorbéry, Thomas, archevêque <1 York. Depuis ces premiers jours, le sol s'est exhaussé, et dans cette (cuvre où l'on entrait de plain-pied, il faut descendre. Une peinture du
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»|!iiiizit'in(' siècle sur les luiiriiillcs de la «'liapcllc Sdiilcri'aiiic, les luisles (le (|ii('l(|iu's évèqut's à la voùlc du <'li(i'nr, les bas-i'elids des |»(»rtrs, Icis sont les oriK'iiKMils |»riiici|taux do celle l)asili{|ue « ijne le poli des [tierres « décore à rinléricuir, iiendanl ((U "an deliors elle se disliiiyiie par les « sculptures de ses statues. >> Les sculptures, nouvellement retrouvées, siMil eu ellel un siiécinien très-intéressaul du onzième siècle. Ici un lutinnu^ à {it'uuux lenani un sint-e allaclié à une chaîne; là un (hècpie dans ses lialiils poulilicaux , écrasant un serpent sous ses pieds; plus loin un oiseau, un li(ui , un évoque, un iirillon à tète d'aigle : c'est en- <'ore un synibole, un mystère. La cathédrale a ses hiéroglyphes tout comn)e les temples de Thèhes et de Memphis. — Eh hicn ! ce monument hisliu'icpie louteu pierres, ces peintures, ces sculjttures, cesiriscriplions, ces lond>eaux , voilà quelque chose de plus durahle et de plus lin : — une tapisserie, l'œuvre dune aiguille patiente, l'histoire du Conquérant écrite par sa femme Mathilde, témoin oculaire, témoin modeste de tant de gloire. iNi vos titres, ni vos livres, ni vos poèmes, ni vos parchemins ne valent , pour l'authentii^ité et la naïveté de cette histoire de la conquête, ces images tracées d'une main naïve et ferme par Mathilde, la grande reine. Depuis tantôt huit cents ans, ce précieux momnnent de l'amour et de l'admiration dune fenmie est resté lidèlc à la ville de Bayeux. — Le chàleau avait été hàti par IJichard L'"" : il a ét('' df'-moli; les forlincations ont suivi la destinée du château. La ville est eiu'ore rem[die des petites maisons sculi>tées du quatorziènu' siècle, maisons curieuses qui expliquent toute lépoipie. Une salle hasse : la cheminée est large et profonde , la muraille est tapissée d'images ; la tahie est à la fois une tahle, un pétrin; coffres et lits en hois de chêne; hahiits garnis de cuir; hois de cerfs où pendent honnets, chapeaux et le chapelet à patenôtres; sur le dressoir, la Bihle en langue française, les Quatre Fils Aymond , Ogier le Danois, Merlin, le Calendrier des benjiers, le Roman de la Rose. Derrière la porte un arc et son carquois plein de flèches, épée courte et large, halleharde, pique, cotte de mailles. Le hanc du maître, et, sous le hanc, la paille fraîche pour coucher les chiens; dans la cheiuinée, de heau gros hois vert entrelardé de fagots secs. La ville est hàtie sur la rivière d'Aure , (jui la partage dans toute sa longueur. — L'évêché de Bayeux est le plus ancien de la province. Au temps féodal, toute la terre de la hanlieue était un hien de Jmnc-allen , c'est-à-dire lihre de tout droit seigneurial. — La pêche miraculeuse! Dans le moyen âge. on a péché des haleines sur les côtes du Calvados. Encore aujourd hui ou \ pêche le thon, la laie, la cou(pie, le hard ,
fllf) LA NORMANDIE.
la monic , le iKirciifi , le roii^^el , la plie, la limande, le saumon, l'esturgeon. — J.es belles lilles du Bessin, quand elles entendent les intérèls de leur beauté, portent encore pour coiffure les longues bandes de baliste blanclie, et le jupon rouge, et la croix d'ambre. Si nous avions le temps, iKiiis donnei'ions quelque bel écbantillon du langage normand : Aclabo, acclamation: «^//o^tr, caclier; mjonir, accabler; uijmco, bagard ; limmen, un nouveau marié: besiit, à demi ivre; benilhet, le duvet d un jeune oiseau; hanée, caprice; bleu- bleu, Iduet ; crique, le point du jour: souliban, gourmand; huar, lutin; lurtr, conter sornettes; muzeite, la mésange; mirou, merveilleux; noës, cours d'eau: ohe, défaut: picot, dindon; pctm, liomme grossier: (lucleine^, ponnnes tombées avant d'être mûres: riolct, petit ruisseau : tinterelle, petit clocher: tezi-tezant, tout doucement. — Aimable et naïf argot des opulentes campagne! Tant il est vrai que la langue a sa physionomie, comme les hommes; honnêtement parlée , elle a toutes les apparences honnêtes , elle est élégante , accorte, bienveillante ; elle sent bon. Comparez, par exemple, à l'argot normand l'alfreux argot des cachots et des bagnes, horribles paroles malsaines- , hideuses, borgnes, écloppées, pantelantes; notre argot normand , au contraire , il vous rappelle toutes les émotions de la campagne, les joies du village , les bonheurs de l'automne , les fraîches inspirations du printemps. — Voici ([uelques petits proverbes, caria sagesse des nations est chère au Normand ; il aime cette façon nette et vive de dire une bonne chose : volontiers il se met à l'abri derrière une sentence. Comme il n'est pas grand })arleur, il n'est pas fâché de dire beaucoup en peu de mots :
Année venteuse, Quand il y a du cKitin, Petit paquet et long dieniin Prêtres et bergers Année pomnicuse. 11 y a du lapin. Fatiguent le pèlerin. Sont tous sorciers
Voulez-vous un échantillon du style normand , lisez la parabole de l'enfant prodigue : « Un home aveit deux élans <lont le pu uti<tt li dit un « jour : Men père, bayey mei la part ed bien qui in'revient: et le père « leux en fil le partage. — Deux treis jouours apreux le pu jeune ' des deux éfans ayant prins s'en cas sn'allit fère un viage dans les « pouis étranges où y mongit tout sen cas en liqueris et en bomban- « ces ! )> Quel dommage que nous n'en puissions citer davantage! mais il nous en faut \n'endrc tezi-tczmit . — Dans la rue Saint-Quentin, près du port Sybert, la dame d'Aprigny danse un menuet avec celui qui passe à minuit. — Au clair de lune les fées vêtues de blanc dansent en rond. — C'est une ode il'Horace : f.ratiœ flecrntes! — Le curé avait un irrimoire:
h; valcl du nirc, en lisniil son iiriinoirc, lait \c\\'\v le dialtle, cl vousjui^c/ de la peur! — Nous ci'oyoïis aux i;('auls (|ui liaiilciil les cliàlcaux ahaudonnés, aux r(,'j't'/H/<(/-s' dans les éi;lis(;s, aux feux follets qui éi;ai'eiil le voyaiieur; nous croyons peu aux liitins. On dil d'un lioninie liuiidc : // a peui- lU's lat'ms! — Le goubelin habile récurie et panse le cheval ; les tetkhes, ànies des enfants morts sans haptèntes. — Le lotiji-fidroii , liounue chanijé en loup. — Méliez-vous de tous lesèlreslanlasliiiuesaux avcnls de ^ocl ! — Les étoiles qui [tient portent malheur; la corde de pendit, et surtout les éctis à la vache, poilenl bonheur. — Méliez-vous du nombre 15; i\eVœufde co^ysort un serpent. — Le i;rillon, bonheur de la maison. Au bon temps le Normand dinail à midi, ilsoupaitàhuilheures : l'oie, l'épaule de nmulon, le cochon de lait, le l.ird bouilli, la soupe aux choux, le paon pour les jours de l'ète, faisaientleshonneursdu festin. On buvait beaucoup, on choquait le verre, on chanlait la petite chanson. Eliez-vous de noce? vous éliez servi par le brii)iteu^\c. mari(''. Après la messe de minuil, on faisait l'éveillon; à la dernière gerbe do blé, on faisait le rejihntette. Qui avait gai^né son procès se promenait dans l<'sru<'s avec une branche de laurier chari^ée de rubans. — IJyaucoup de lleins en toute circonstance : la jeune mariée offre des Heurs aux majj;islralsle premier jour de mai ; des Heurs aux pèlerins, aux voyageurs, à ceux (|ui ontoblenu un emploi; dans les maisons, dans les festins, dans les lemples, dans les rues aux jours solennels. Les fêtes s'appellent des assemblées... — Rien n'est frais et joli comme le golfe iVlsapajel ses douces campagnes; lout au rebours, LUIerij se recommande par ses mines de bouille ; Marhjiiij. par ses pierres de laille. — Voici Falaise. Celle fois, nous laissons de côlé les Anglais, les Normands, les sièges, les batailles, les rois qui passent, et même les seigneurs qui possèdent. «Assis surles <( rochers qui contemplent les ruines féodales, ô Falaise! quel charme « dans tous mes souvenirs! Le donjon percé de fenêtres, la brèche ou- « verte, la mousse, tapis des ruines, la cloche et son bruit de fête, elles « blanches filles au costume simple el charmant, lout me rappelait les « jours d'Arlelle, fille d'artisan, mère d'un roi!» Telle est l'exclamation d'un touriste anglais, dont l'enthousiasme pourrait être plus modéré. Falaise estun pêle-mêle pittorescpiedepàlurages, jardins, vergers, bruvères, futaies el taillis, étangs et manoirs. Le chàleaudont nous parlons s'élève à la pointelaplus escarpée de la vieille cité: la situation était bien choisie. Le donjon élait fortement bàli,encarré long; undesanglesdece carré se termine en pointe vers le midi; les remparts de l'ouest el du midi sont (lanqués de hautes tours; la forteresse domine tout le vallon. — On n'en-
ni s LA N()|{ MANDI i;.
\vc. jilus au |irt'niicr élai^ciaii second éla 1,-^6(111! ser(;ss«'iil(l(', la nidessedii dixième siècle, vous poiiirez voir encore la salle de Talhot, au i)ied «le lacliapelle Sainl-Prix. — Découvrez-vous en loucliaul le seuil de celleniclie à l'angle du nord, car c'est peut-être dans celle chambre que Guillaume, le plus grand des Normands, a vu le jour. — Un peu plus loin, le cachot d'Albert, duc de Bretagne : — sombres murailles, tourelles, meurtrières, ponts, herse, planchers, voûtes de pierre, escaliers tournants pratiqués dans les murs, un puits profond, doubles créneaux, souterrains. — Sombre majesté de la guerre ! El pourtant, c'est de laque le père de Guillaume entrevit cette belle lille, Ariette, à demi nue, (|ui d'un pied timide interrogeait l'eau de la l'ontaine. Elle était seule, l'eau était claire, le ciel était bleu; elle ne savait pas qu'on la regardât de si haut : et encore quand elle l'eût su ! — Mais, disent les critiques, vous qui parlez, verriez-vous de si loin une belle fille qui se baigne? nous en douions. A (pioi je répondrai (jue je ne suis pas le duc Richard. Arletle, c'est l'histoire de l'empereur Napoléon et de sou Etat. — Voisin mon étoile? disait-il eu montrant le ciel. — Non, disait l'homme. — Eb bien ! moi, je la vois, reprenait l'empereur.
(]elte douce image d'Ariette plane encore sur toutes ces campagnes. Le lemps et les hommes ont brisé le donjon; la jeune et gracieuse beauté de cette belle fille a gardé tout l'éclat printanier des jeunes amours. Blonde, svelte, la couleur d'une fleurd'églanlier, ouverte et franche, ni fière ni humble, belle lilleaccorte, avenante et de bon port. Leducla vit, le duc l'aima; il voulut la voir, elle vint : elle vint tonte parée, robe fraîche et séante à sa taille, beaulé relevée par la crainte, l'espoir, un peu de boute, etcini sail?uu brin d'amour ! L'ami du prince vintcbercherArletleen grand mystère. «Mettez cetlecape, damoiselle, afin qu'on ne vous voie.» Mais elle, la brillante eirhonnête : « Fi ! dit-elle, je nemecacbe pas, j'y vais franchement : on se cache quand on se vend, on se montre quand ou se donne! Allons donc, et devant lousamenezvotrcbaquenée, et qu'on me voie. Après tout, je suis fille de pnidlunnme, et qui me verra passer me saluera.» — Et comme elle avait dit, elle fit. Elle montait une blanche haquenée, tenue parles serviteurs du duc Uichard ; fincorsage, fine et blanche chemise, pelisse grise, robe flottante et non lacée, séante à sa taille, séante à son teint, manteau nouvel et de bon goût : longs cheveux mal arrêtés par un réseau de fin argent; l)elles'il enfui, éhxiuente du regard, du geste, île l'âme. Un sien parent le bon ermite du bois de (iouffern, labéuissail en lui disant : — Va, ma fille! — Son père et sa mèrela regardaient partir, les yeux pleinsdelarmes; ellealors.
LA NOUMANDIK. CI',)
il;iiis nu doux sourire, elle versa une laruie, une seule; el [)uis : Adieu, père ! adieu, mère ! C'est qu'elle sentait dans son cieurque depuis lleelor, ce preux de Troie, qui fut fils de Priani, jamais plus belle jeune lille n'avait mis au monde un enfant, pareil à l'enfant qui fut fait celle nuit-là. Un peu plus loin, à Ponl-l' Kvètiuc, le iils d'Ariette, dans une assemblée des barons normands, leur expliquait sa volonté, la conquête de l'Angleterre! Déjà, sur notre chemin, nous avons rencontré la ville d'HonlU'ur. Au confluent du Noireau et de la Durance, la ville de Condé vend son cidre, son fromage, ses eaux-de-vie, sans trop s'inquiéter de ses deux églises et de son cbàteau ruiné, f'/'/t est là tout luoclie; célèbre, non pas pour ses murailles, pour son clicàteau, pour avoir servi de passage aux Anglais, aux Bretons, mais tout simplement célèbre pour avoir été la patrie d'Olivier Bancelin, le père des vaux de Vii-c. La chanson normande, et partant la chanson française, n'a pas d'autre patrie, (^et heureux petit rivage tout rempli aujoui'd'hui de travail, cette douce rivière laborieuse entre toutes, quand vivait Olivier Bancelin, elles n'étaient occupées, la vallée et la rive, qu'à répéter les gais refrains de ce bel esprit d'une gaieté si charmante. Certes, l'époque était rude, la guerre menaçante, l'Anglais impitoyable ; mais la ville était si calme, les jeunes lilles si belles, Olivier Bancelin, si heureux et si jeune ! A vingt ans, quand on est poëte, on ferait des chansons amoureuses au milieu de la bataille; l'amour et la poésie parlent plus haut que la guerre; une belle fille (jui passe en jetant un coup d'œil agaçant fait oublier la trompette d'alarme. Ainsi était fait Olivier Bancelin; il était né un chanteur! il avait en lui-même un peu de l'inspiration des vieux poètes qui ont chanté l'amour, le vin, la beauté, la liberté. Le premier chansonnier que nous ayons rencontré en notre chemin, c'est Thibaut, comte de Champagne, roi de Navarre, le digne disciple de Chrestien de Troyes; nous vous avons cité des chansons satiriques des croisades ; saint Bernard lui-même, et le docte Abailard avant sa misère, avaient fait des chansons galantes. Déjà la chanson était une puissance; elle disposait de la louange et du blâme. Sou tenue par le rhythmc tout-puissant, la chanson pénétrait dans les Ames les plus grossières. L'homme se plait à répéter toul baul ce ipi'il a appi'is, à se ch;iruier luimême aux accents de sa voix : lel qui ne dirail pas deux vers île suilccn parlant, va chanter sans se tromper les longs couplets d'uiu' longue romance. — Les vers d'Homère étaient chaulés, etaussi les Iragédies de Sophocle. — Donnez-moi les chansons d'un j)euple,et je vais vous ('crire sou bisloire: la chanson est le courage à la guerre, elle est l'espérance en amour, elle est la gaieté du festin, elle est l'histoire; elle pi'otége les chevaliers, les
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helles (lames, les lonniois, les manoirs, les eliaiimirres ; elle st^rl le roi cl le pàlrc, la grande ilamc el sa vassale: elle berce renlanl dans son berceau, le vieillard dans son lil ; elle esl la prière aussi el le canliqiie, l'élégie el le Irioniplie. Noire ami le bas Normand Bancelin n'en savail pas si long quand il obéissait à l'inspiralion poélique. Il élail le propriétaire d'un moulin à foulon, liumble moulin placé dans un bel endroit de celle vallée poétique, entre la Vire el la Virène, deux rivières qui clianlaienl la nuil el le jour. Pour être née dans ce joli endroit, la cbanson d'Olivier n'est pas assez tendre, elle célèbre le cidre el le vin bien plus que les beaux yeux ; assez d'autres avant lui avaient chanté les langueurs de l'amour ou célébré les saints de la légende. Ni amoureux ni dévot, mais franc buveur et joyeux compère, tel était Olivier lîaucclin. Il était pauvre, partant il était gai ; il avait souvent faim et souvent soif, donc il était un bon convive ; il avait vu et senti la mer, donc il aimait les aventures. Ses commentateurs prétendent qu'il savait le latin et même un peu de grec! A quoi bon cependant ce latin el ce grec? Si quelque poésie au monde se peut passer de ces grandes éludes, à coup sûr c'est la chanson! Témoin Collé, Désaugiers, Béranger. L'étude n'a que faire ici ; un peu de gaieté nous suflit , el avec la gaieté les meilleurs sentiments du cteur de rhomme, sans lesquels le sourire n'est qu'une laide grimace, le contentement un mensonge, la douce ivresse des festins une triste parodie. Par ce même motif qui a fait adopter toutes les chansons heureuses, oui été adoptées les chansons d'Olivier Hancelin. Us sont tous les mêmes ces chers prodigues, ils ont en haine l'avarice; aussi les premières chansons de Bancelin s'attaquent nux avares. — A bas l'avare ! il a peur de perdre la fumée de son feu ; il porte ses souliers à sa ceinture, il boit de l'eau pour ménager son cidre ; il meuri, le chardon pousse sur sa tombe. Ce n'est pas ainsi qu'Olivier veut vivre el mourir. Il est un Virois et compagnon (jalois, autant dire bas Normand, et il s'en vante. Il dit comme Horace :