I.c cliiiiictis i[uo jaiiiii' (v>t ci'lui (Ips hniilcillcs
Il vaut liien mieux cacher son nez dans un ^mnd verre,
Il (vl niicuK assuré i\ucn un casque de guerre.
Si vous vtuilez qu'il parle, même lalin, tenez-lui la bouche toujours fresche : quand il esl sans bi'euvage, sans livrée c'est u}i pdije. c'est sdus fifre uu tubourhi. Par Noé! ce digne patriarche, /es bureurs d'euu ne pnit point bouue fin! O! le bou vin! — Vive la joie, lu probité. el vivent les pommici-s en lleur! On plante des ponimi(;rs au bord des finirlièies pour nous rappeler tpie les moi'ls aimaient à boire. Le bou
LA N()UMAN1>IK 621
liummc -iiérit de la lièvre ; le vin rentl le l<'iiil l)eau. Un jour il ccril une o.le à son nez. » Heau nez eliar-é de rubis ! Ce n'esl pas le nez d'un trisle hèrel Ui verre est le pinceau, le vin est la couleur, y'niiou hoc est bonus! .. Voilà la preuve qu'il savait le latin 1 Déjà, au quatorzième siècle, on céléltrait le bon vieux temps. Nos pères à table chantaient avec leurs compères ; les chàtai-nes, le jambon, et quelque bon conte faisaient l'aiïaire, et enfin, pour toute morale : Ne laissez- point sc'chkr le \mss(i<je (/^.^s- vivres. —Bon et brave homme, ce bancelin ; il est un bon compagnon toujours, il a bien de l'esprit parfois. Sou vaudeville intitulé /é^- Excuses, est un petit drame bien trouvé. Bancelin est à table; il boit « tire-lamjot ! Tout en buvant, Olivier est toujours à dire : Mon hôte, on vous remercie! et plus il boit, plus revient le refrain. L'instant d'après, il entonne un autre refrain : Bihimus satis! à l'Iiôle buvons, pateris plenis. Et, ma foi ! si l'hôle ne se trouve pas bien remercié, il sera dans les difliciUs. Mais le moyen de se fâcher avec un pareil GaU-Bontemps! Pour lui, il ne se fâche jamais, sinon une fois contre le vin : « Vin desloyal, lu m'as mis à povreté, tu m'as fait vendre mon clos; entre dans mon -osier, je me vengerai de toi î » Et en tout ceci pas un mot d'amour, sinon la louange d'une certaine Madeleine :
Kn un j;in!iii il'oiiilir.iiic tout couvc-rt, Au ili;iiul du jour, s'est (rouvé Mailflcuio, Qui, près le pie<l il'uu sycomore vert, Donnait au bord d'une claire fontaine.
Son lit était de thym et marjolaine, Son tétin Irais n'était pas bien cadié
D'amour touché Pour contempler la beauté souveraine, Incontinent je me suis approché.
Sus! sus! qu'elle se réveille!
Voici vin excellent
Qui fait lever l'oreille ;
Il fait mal qui n'en prend...
La belle alors me répond dépiteuse :
Tu ne m'es bon, cherche une autre aniomcuse!
Heureuses chansons'. Pendant qu'Olivier chantait ainsi, la ISormandie était le théâtre de tous les ravages; l'Angleterre et la France se disputaient à main armée la noble province. Enfin l'Angleterre fut battut; à Formigni, le 15 février 1550. Dans ces dernières tempêtes disparut Olivier Bancelin, le poêle charmant, tué parles Anglais, à ce qu'on dit :
llellas ' Olivier Basselin, V,.us soulié gaiement chauler
N'orrons nous poincl de vos nouvelles? Kl desmener joyeuse vie ;
Vous ont les Engloys mys à lin Hl l'^s b^'is compaignons hanter
l'ar une nmit des plus cruelles l'ar le pays do Normandie.
Jusqu'à Sainl-l.ô en (.ontenlui
Onrque ne vit 1('i pèlerin.
622 LA N0KMAM)1E.
Ce poëte norniaiid nous ramène nalurellenienl à la ville lilléraire, à la ville de la poésie, de la philosophie, de tous les arts, la ville de (^aen, que nous avons déjà parcourue dans tous les sens. Encore à celle heure, elle a quelque chose d'athénien qui surprend et qui charme. Ces helles eaux, ce tapis de douce verdure, ces vieux arbres, ces monuments tout empreints d'une antiquité vénérable, le souvenir de tant d'historiens et de tant de poètes, la protection de ces grands hommes : Guillaume le ConquérantetMalhilde, Charles VII, Uoger deMontgommeri, Guillaume de Bonne-Ame, Robert, ducdeNormandie, Philipped'Ilarcourt, Ilenrill, Henri VI, Hugues de Lonchamp, Roger, évêque d'York, Robert, comte deLeicesler, Marie, duchesse d'Orléans et de Valois, Philippe le Hardi,. Philippe de Valois et Philippe le Bel, Robert Marmion, le pape Jean XXII et le pape Clément VI, le roi Louis XI, Charles VIII, Louis de Rrézé, Louis XII, Charles IX, la sagesse et l'esprit de ce savant évéque d'Avranches, qui a réuni dans son livre des Origines les titres épars de cette grande et sage cité : ce sont là autant de motifs impérieux pour que nous fassions de cette ville la capitale de la Normandie littéraire et poétique. Il nous semble, en effet, que dans ces murs tout remplis d'air, d'espace, de poésie, les poêles et les artistes normands ont dû se donner rendezvous pour naître et pour mourir. S'ils sont nés dans une autre partie de la province, c'est par hasard; leur véritable patrie, la voilà. Là esl le silence, là le recueillement poétique, la fertile campagne, les ombrages frais, l'élude qui a besoin de calme! Ainsi quand vous passez par la Bologne italienne, rien qu'à regarder cette longue suite d'arcades, ces écoles, ces musées, ces bibliothèques, ces rues désertes, ces amphilhéàtres, vous vous dites que c'était là le terrain neutre et calme de l'Italie, pendant que tout le reste de l'Italie se battait à outrance. Laissez-nous donc évoquer dans cette capitale de la basse Normandie tous les hommes en dehors du mouvement politique, ceux qui ont tenu la plume, non l'épée, qui ont été des rêveurs et non pas des marchands. « C'est une vieille coutume à Caen, que les honnêtes gens « se rassemblent ' en quelque place de la ville pour se voir et s'entre- (( tenir des affaires publiques et des leurs particulières. Caen a retenu « constamment cet usage de temps inunéiuorial, et le carrefour de Saintce Pierre a toujours été le lieu du rendez-vous. Le concours y était plus « grand au lundi, jour auquel la poste apportait les lettres du dehors et « la Gazette. Plusieurs personnes curieuses se trouvant dans celte place « pour avoir le plaisir de celle lecture, et la rigiu^ur tlu temps les in-
' Origines de ta ville de Caen.
I, \ NOUMANDII': 625
u l'oimiiodaiU quelquelois, M. de Briciix, qui (''l;iit lU; leur nonilirc, leur « oUVil sa maison, siliiée dans la même idace.On raccepla;(;L la commo- (( dilé du lieu laisail qu'après la leelure de la Cuzette et le débit des <( luuivclles, on passait volontiers à des eonversalions savantes, au grand « plaisir et même au profit des assistants. » Telle lut l'origine de l'Académie de Caen. Après la mort de M. de lîrieux, les membres de cette compagnie se réunirent cbez M. de Ségrais. Là, s'il vous plait, nous réunirons tous les beaux esprits qui ontélé l'illustration et la gloire de cette province. Nous verrons la langue qui sera pins lard la langue de Corneille cl dt; Bossuet obéir au génie de ces hommes inspirés. Au quatorzième siècle déjà a cojnmencé cette œuvre immense de la langue l'rançaise, et pour la faire, ce n'est pas trop de celte double nation. Le Vonquérant, dans son voyage non interronq)u de Londres à Phuh'u, à Caen et partout, a réuni ces âmes et ces intelligences que séparait l'Océan : decesinvasions réciproques, de ce courant perpétuel d'alliances ou d'hostilités durant tout le moyen âge, est résultée cette tentative étrange des troubadours cl des trouvères français, écoutés tout à la fois en deçà cl au delà de la mer. (Kuvre double. D'une part, les gens venus de France à la suite de Guillaume apportent avec eux, en Angicteri'e, la langue, les lois, les mœurs, la poésie de leur pays; et peu (hMemps après, la nation anglonormande s'empare de la France et couronne son roi à Paris. Entre la lani:ue des deux nations s'établit une lutte toute poétique ; c'esl toujours la langue du vainijucurquidomine la langue du vaincu : avecGuillaume l'Angleterre parle le français; avec Henri V, la France revient au vieil idiome tentonique. Home, eu ellet, a laissé en Angleterre peu de traces de son passage; l'Angleterre a résisté jusqu'à la lin an génie de Ronui autant ([u'à ses armes. De l'idiome latin ces tiers Bretons ne voulaient pas, tant ils savaient que c'est par le langage que se prolonge la soumission des peuples. Lhujuum romauam uhhorrehuut . A peine les Bomains sont-ils partis après quatre cents ans d'une occupation difllcile, rappelés à l'aide de Bome par l'invasion des barbares, que les Bretons redeviennent tout de suite les Bretons primitifs. Tout disparait de hi langue et de la civilisation romaines dans ce peuple délivré de ces généraux romains, de ces soldais romains, et surtout de ces collecteurs de l'impôt universel au bénéfice de Bome. En même temps une puissance plus humaine s'emparait peu à peu de la féroce Bretagne, l'Evangile : les premiers chrétiens et les Bretons se rencontrèrent dans leur commune haine pour ces Bomains qui pesaient éi;alement sur les consciences et sur les peuples. Et comme, d'ailleurs, toutes ces nations
(12/, LA NOHMA.NJJli:.
diverses superposi'-cssiir celle lerre sauvage, Saxons, Danois, NoiMnands, n'avaienl guère le lenipsde s'ai)andonner à l'espril, aux sopliisiucs, aux paradoxes de l'Église d'Orient, ils restèrent fidèles à l'Evangile des premiers missionnaires, et fidèles aussi à l'idiome national. Quand les Normands, transformés en Français « comme des voleurs qui prendraient les habits desgens qu'ils onltués,» débarquèrent à la suiledeGuillaume, ils amenèrent avec eux des hommes venus de toutes les parlies de la France, et à eux tous, les vaincus elles vain(|ueurs, ils inventèrent le normand-saxon, c'esl-à-dire que, malgré tous ces mélanges, le fond de la langue créée par Alfred le Grand resta immuable. Après la bataille d'Hastings, tout croule devant l'épée de Guillaume; la race saxonne, l'Église saxonne, tout disparaît comme la paille qu'emporte lèvent du nord; Guillaume prend tous les titres, les honuiies, les femmes, les églises, les trésors, les monastères; il arrache du ciel les saints de l'Église saxonne. Bien plus, quand le vainqueur annonce que la langue saxonne est proscrite, la langue saxonne fait silence; les peuples domptés parlent en français, mais ils pensent en saxon ; les trouvères venus de Rouen, de Caen et de France s'empressent d'enseigner aux vaincus la lan"^ue etla poésie quiplailauxvainqueurs. Cependant, quand après tant de guerres infinieset tant de rois qui passentenravageurs,la Normandie redevient la France; quand Philippe-Auguste a réuni ce que Charles /(' Simple avait séparé, soudain, après trois siècles, celte langue française enseignée dans toutes les écoles d'Angleterre, parlée à la cour, cette langue qui était la langue des gentilshommes, succombe sous le «lédain delà nation anglaise. L'accent saxon reparaît le premier ; dans ces familles vaincues depuis trois cents ans, le génie tudesque se réveille. Oh ! quelle joie, enfin , de revenir à la vieille langue; de parler lout haut l'idiome national, de ne plus se cacher pour chanter le Saper jlnm'nia Ba- Inilonis des nations vaincues ! Le saxon, le pur saxon, lalangued'Alfred, s'était protégé, défendu, maintenu intact de tout alliage normand. A cet obstacle s'était brisée la puissance du Conquérant ; là s'élail rencontrée la vanité de ses tentatives! Homme d'une rare précaution, il avait ordonné que son éloge fût écrit en langue normande dans les histoires; l'écrivain avait obéi, mais sous la louange normande, il avait écrit la haine saxonne qui devait se retrouver plus tard, quand la nation saxonne, devenue la nation anglaise, se mettrait à déchilïrer ces terribles palimpsestes. La langue nationale, c'était la seule arme (|ui resta taux vaincus! Dans cette langue proscrite, ils s'entendaient, ils s'aimaient, ils s'entretenaient de leurs espérances. Que disons-nous ! ils adressaient aux saintsde leur croyance leurs