‹ La NormandieChapitre 110 sur 118 · I. A Non M \M)IK · texte numérisé non relu

I. A Non M \M)IK

|tri('rrs, en s;i\oij ! Dans ce l'olraiiclieiiienl, ils ('l.iienl libres, le grnic IVomleiir tle hi nalioii, son bon sens ironi(ine se nianifeslaienl (oui à l'aise. La nation des forèls sombres, les ebevaliers du clair de Inné, les eonjpagnons de llobin-llood, anraienl snl'li, à eux seuls, pour conserver la langue, bien mieux que les académies de l'Europt! ne conscrvenl les idiomes qui leur sont conliés; car, avec la langue proscrite se conservaient les croyances, les c(dères, les vengeances, les mépris de ce peuple mal dompté. Ceci vous explique pourquoi l'Angleterre n'attend plus qu'un Iiomme de génie, Cliaucer, par exemple, pour écbapper à la langue française. Mais cependant, voyez par quel bonlieurdu génie ces deux ou trois poêles normands créent la langue IVançaise : le premier de tous, Robert VVace, un Normand, né à Caen, écrit, avant toute langue formée, ce roman de Rou (|ui contient l'iiisloii-e des Normands depuis la première invasion jusqu'au roi Henri I". Uobert Wace, enfant du douzième siè-. de, a vécu sous les trois Henri. Sou poëme ne contient pas moins de seize mille cinq cent quarante-cinq vers. Il avait été élevé à Paris même, où il avait appris toutes les règles de la hiuifite ro/Hr///r-française, langue savante, éloquente, qui pouvait suflire (et Uobert Wace l'a prouvé) à tout ce qui est la description, la narration, le récit. Le roman de /ion ouvrait la longue série des romans delà Table ronde : il liabituait la langue de l'avenir à tout raconter, à tout décrire. — Api'ès celui-là, et pendant qu'en France cliacun travaille à l'œiivre connuune, arrive un autre Normand, Jean Marot, le père de Clément Marot. Si Jean Marol n'était pas le père de son lils, il se recommanderait encore par ses Voijaijes de Gènes et de Veitise. prose pittoresque, entremêlée de quelqnes vers galamment tournés. François I", maître de toute élégance, estimait Jean Marot, son valet de cliambre; mais (piand parut Clément, poêle à vingt ans, malin pnge éveillé de bonne lieiire au spectacle de tous ces loisirs, le roi sourit d'aise d'entendre ce petit page parler d'amour. Le malin page eu parlait lestement, sans trop de périplirases, en poêle, et, qui mieux est, eu amoureux. Aussi lut-il adopté loul d'abord par cette cour brillante qui ne songeait qu'à la joie. Une l'ois adopté, il sut parler aux belles dames, aux grands seigneurs; il vit de près les ebevaliers, les capitaines; il apprit comment se brodent, se gagnent et se portent les écbarpes amoureuses. Le voyant si bien élevé et le trouvant si peu semblable au poêle Villon, ce mal appris, les plus grandes dames se laissèrent aborder de ce joli nouveau venu qui n'était (|u'un cbanleur. Madame d'Alençon, la sœur du roi, bientôt reine de Navarre, lit de Clément Marot son secrétaire 11 avait le grand arides

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rourlisaiis, (!l col arl-l;i lit pardonner son lalciil an itoëlc. y\nionrrn\, il se mil à aimer, devinez qni? Diane de Poilieis el la reinel\lari;nerile, rien qne celles-là! InsolenI, on le condnisail an Cliàlelet, comme, jilns lard, on devail enfermer le jenne Aronet à la Rasiille. Sa Itonne hnmeiir se ri'pandail snr les forlnnes les pins diverses. Hrave d'aillenrs el lenanl nne épée en homme de bon sens, c'esl-à-dire en lionnne de C(eur ! François I" faisait des vers avec Clêmenl Marot ; Clément Marol, en revanche, se hallait non loin dn roi François; il élail à Pavie, où il fut hicssé, el, ponr comhle de foilnne, il se Ironva en même temps qne le roi de France prisonnier de rEs|Kignc. Ainsi le yentil niaîlre Clément fnt servi à souhait; bien venu à la cour et près des dames, persécnlépar la Sorhonne... pour ses opinions religieuses! Ami d'Elienne Dollct jusqu'au hiicher, mais exclusivement; compagnon de Bonaventnre Desperriers, mais peu jaloux de se luer, comme Ikmaveninre, d'un coup d'épée.

Marot a été le modèle de bien des poêles, le favori de hien des esprils d'élite. J.-B. Rousseau l'admirait, en le copiant. Un jour M. de Tnrenne, allant je ne sais où avec la Fontaine, lui récila, chemin faisant, Frère Liibiii du gentil Clément. Marot sait aborder les dames et les princes; il a possédé tontes les grâces el loule la noblesse de l'épître familière, il est passé maître dans l'épigramme, ce " bon mot de deux rimes orné; •> il lourne avec le même bonheur le rondeau, la chanson, la hallade; le vers de dix syllabes lui obéit comme à son maître, ce vers favori de Vollaire et de laFonlaine; hérilier légitime de Guillaume de Lorris, de .Tean de Menu, d'Alain Charlier et de Villon, il les a aimés, protégés, défendus, glorihés. — Enfui Malherbe vint! Il vint non pas pour faire oublier les charmants poêles d'autrefois, mais pour indiquer à la langue naissante le chemin (pi'il fallait suivre, si elle voulait atteindre quelque jour à la correction de Despréaux, à la divine perfection de Racine. François 3Ialherbe, gentilhomme normand (un de ses aïeux élail à la bataille d'Haslingsl), est né à Caen, l'an l-)55. Il commença par de sévères éludes ce labeur pour le moins aussi granunatical que poétique. Au sortir de l'université de Caen, il s'en fut éludier à Râle, à Heidelberg, et ses éludes achevées, il revint à l'universilé natale; « il (il des « discours dans les écoles pubMijucs, l'épée au côté, ce qui n'élail pas <i sans exemple'. » Il vint à Paris assez lard, quand il eut payé lonl à l'aise son tribut à l'école italienne et latine du fameux poêle Ronsard, dont il devait hilfer Ions les vers dans un jour de colère. Arrivé a Paris, « il ne fréquenta pas la cour; » et pourtant Henri IV savail

' Orifiines de la ville do. Caen. |i:i^f 7A'C>

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