‹ La NormandieChapitre 13 sur 118 · I. \ NouM ANDii · texte numérisé non relu

I. \ NouM ANDii

('Uiil un |»t'u le parent de ce pnissanl eni|>ereiii' irAlleni;ii;ne, Henri le Noir. L'empereur, i»enr venir en aide aux Elals du sainl-siéi;e, avait donné an pape bon iu)uihre de soldats alleuiaiids auxcpiels s'étaient réunis les (]ani|)aniens, les Apnliens, les liahilanls d'Aneône. Celte l'ois lesiSorniands étaient traités coinnie des ennemis de l'Ei^lise; celle guerre élail une véritable croisade; comment en effet résister au |»onlife, à l'excommunication, aux rancunes de l'Italie enlière? I^es Normands bésilenl; ils voudraient à tout prix calmer le pontife, ils demandent la paix, ils l'implorent; que Léon IX dicle ses lois, il sera obéi ! Celui-ci, fier de cette arnu''e nombreuse, et n'écoutant (jue ses instincis guerriers, ne veut se rendre à aucune proposition, alors la bataille commence; on se ballit dans la plaine, près deCivitella; llomfroiconnnandaitles Normands; il avait sous ses ordres Uicbard, deuxième comte d'Averse, et Robert Guiscard, son frère, le dernier Tancrède arrivé récemment en Italie. L'armée de Léon IX, pa[)e,prit la fuite au premier cboc; les Allemands résislcrenl plus longtemps, mais enfin ils cédèrent à leur tour. La déroule fut complète; le vieux ponlife, que traliissait le sort des armes, eut grande peine à s'enfuir dans la citadelle de Civitella, mais il en fut cbassé par la garnison même, tant était grande la terreur des Normands! SenlemenI, lorsque le vieillard couronné francbit les portes de celte cité inliospitalière, les vainqueurs se jetèrent à genoux aux pieds du [tonlife, ini|»iorant sa bénédiction cl leur pardon pour tant d'offenses. Ils disaient leur

iiu'd culpà delà victoire, et ils le disaient Immblemenl comme devrais cbi'é liens. Le vieillard bénit ses vainipieurs agenouillés; il leur donn;

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riuveslitiin; au nom de saint Pierre (lOoô, el ce lui là le premier acle de supériorilé du sainl-siége sur le royaume des Deux-Siciles), nonseulement du territoire qu'ils possédaieni, mais d(! toule la (erre (ju'ils pourraient acquérir, soit en Calal»re, soit dans la Sicile. Heureusement que, sous le nom de Léon IX, le moine Ilildebrand, le grand pape qui va bientôt s'appeler Grégoire VII, gouvernait les affaires de l'Église '. Hildcbrand, qui n'avait pas approuvé cette guerre contre ces Normands dont il voulait faire les défenseurs du trône de saint Pierre, sut mettre à profit, même la défaite de Civilella. Malgré tous ces respects très-sincères, Léon IX était resté entre les mains des soldats de Homfroi ; Hildcbrand redemanda aux Normands le pontife qu'ils retenaient prisonnier, el dans la suite, quand il fut pape ta son tour, il expliqua celte investiture de la Fouille, de la (lalabre et de la Sicile, en soulenanl que par cela même qu'il avait donné l'inveslilurede ces royaumes, le souverain pontife était devenu et restait à tout jamais le seigneur suzerain de ces domaines octroyés par lui. Ceci démontré, el maintenant que la Fouille leur était soumise, maintenant qu'ils étaient reconnus les maîtres légitimes de ces conquêtes, rendues sacrées aux rois chrétiens par l'approbation du chef de l'Église, les Normands veulent prendre la Calabre. Homfroi chargea de celle nouvelle avenlure son jeune frère, nouvellement arrivé de Coutances, Robert Guiscard, Robert Guiscard le véritable fondateur de l'empire des Normands en Italie. Il avait l'habileté des politiques, l'audace des conquérants : ambitieux, mais d'un génie égal ta son ambition ; la princesse Anne Comnène, dans ce livre qu'elle écrivait sur les marches chancelantes du trône paternel, a tracé le portrait de ce terrible Guisctird, et l'on pourrait dire sans la calomnier, que l'illustre princesse avait été touchée, plus qu'il n'eût fallu peut-être, de la bonne gnice de son héros. — » La peau rousse, les cheveux blonds, les larges épaules, la foudre dans le regard, le tonnerre dans la voix. » — Il était arrivé <lans l'Apulie que toutes les parts étaient faites, il eut bien vite fait sa part. A la mort de Homfroi, son frère, qui laissait deux fils pour hériter de sa couronne ducale, Robert Guiscard, sans trop sinquiéler de ses neveux, fut nommé duc d'Apulie et de Calabre par le droit de l'élection normande! Désormais, dans cette armée triomphante, Guiscard n'avait qu'un rivtil, Roger son frère, jeune et beau, très-aimé des soldats, libéral et brave. De Roger son rival, Robert Guiscard fil un de ses capitaines. Déjà, Guiscard touchait de l'épée son royaume des Deux-Siciles. — « Çà, dit-il à Roger, lui montranlla Sicile, voilà la balaille ! » — La nuit

' l.;i Brctafjnc, cli;i|ii(rc V, piiiic lir>, tout le passa;;;*' sur (iiv^oiro VII.

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voniu', Uo^or luonle, lui soixiinlicMiie, (l;ins un \'vè\v esquif; ils li-avcrsenl, sans coup lérir, la (loUc ennemie ipii croisait dans le délroil, et cette fois il tombe sur Messine. Tout s'enfuit, tout est tué; un jeune homme du plus noble sang de l'Italie emportait sa sœur dans ses bras, mais comme il entend (pie le vain(pieur approche, il lue la jeune Hlle en s'écriant : Je te saurc, ma sœur!

Attiré par la llamme de l'incendie, le reste de l'armée normande accourt à cette curée d'un empire, llobert Guiscard complète, à sa façon, les conquêtes de Roger. 3Iaître de la Sicile, Guiscard se trouvait en effet le maître souverain de l'Italie entière ; il n'avait à redouter maintenant, ni l'empereur d'Orient, ni l'empereur d'Allemagne, ni les Sarrasins, ni les Lombards. Sur la terre conquise, le Normand ne pouvait redouter que le Normand. G'est ainsi que le partage delà Sicile pensa devenir entre Roger et Robert Guiscard la cause d'un terrible conflit. Guiscard voulait tout garder, Roger ne voulait rien rendre, c'en est fait, entre les deux frères la guerre est déclarée. Pour commencer par la ruse, en vrai Normand, Robert Guiscard, aidé par un nommé Basile, s introduit dans Geracio, une ville qui était à Roger son frère. Guiscard, (jui croyait surprendre la ville, tombe lui-même entre les uiains des bourgeois qu'il voulait tenter; Basile est mis à mort à l'instant même, Robert Guiscard est jeté en prison. Aussitôt Roger accourt, la fureur dans les yeux, la menace à la bouche; il ordonne à haute voix qu'on lui amène le

prisonnier. On va chercher Robert Guiscard dans son cachot, on l'en-

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Irainc hors de la vill<'. L'iiniice el le ixMiph; alIciKlaiciil dans une aiixiélé immense... mais, à la vue de Hoberl, llogcr lend la main à son IVèrc, el ils s(^ |»réci|nlenldans les l)i"as l'nn de l'autre, avec des larmes, avec de leudres i»aroles de dévoucmciil el de pardon. Ainsi s'étaienl embrassés, dans la forêt de Breleuil, Richard et son frère Robert. Le même jour, Robert Guiscard donnait à Roger la moitié de la (Palabre et le titre de comte; le même jour, arrivait de la Normandie la liancée du comte Roger, la belle Judith, rarrière-pelite-lllle de Richard T' , duc de Normandie, et Roger disait au Guiscard : « Tu vois donc, Robert, qu'il me fallait une couronne de comtesse, pour parer ce beau front. »

Cette alliance des Tancrède avec le sang des ducs de Normandie jetait un éclat inattendusur cette maison de Ilauteville qui, en si peu de temps, comptait cinq grands capitaines, trois victoires presque fabuleuses, et pour conquêtes, la Touille, la Calabre, la Sicile. Le comte Roger, dans une pompe souveraine, ouvrit à sa jeune fenune la ville de Traîna, et une fois sa femme installée, il s'en va lui-même mettre lesiége devant Nicosie. C'était une faute à Roger, de faire parade de son amour et de son bonheur dans cette ville de Traîna, habitée par ces mêmes Grecs dont les femmes et les filles avaient subi les insolences du vainqueur. — Plus le danger était grand, plus le pétulant jeune homme était à l'aise. Traîna se révolte, il la châtie; cinq mille Sarrasins viennent l'assiéger à leur tour, et le voilà qui va au-devant de cette armée : meluendus quam meluens. — Son cheval est tué sous lui, il revient à pied dans cette foule armée, mais, par une réflexion soudaine, il s'en va, au plus fort de la mêlée, cbercber la selle de son cheval. — C'est l'histoire d'Ajax lils de Télamon.

Palerme se soumit, tout comme le reste de la Sicile; les Arabes jurèrent obéissance et promirent le tribut. Robert Guiscard, la Sicile domptée, nomma Roger comte de Sicile. Certes, voilà les Normands bien loin de leur point de départ, et vous pensez quels récits cela devait faire, de rembouchure de la Seine jusqu'à la mer, et avec quel orgueil ce nom de Tancrède était répété sur tous ces rivages verdoyants, dans ces églises qui s'élevaient, dans ces palais nouvellement bâtis, dans ce royaume normand qui occupait le monde entier de ses exploits.

Pendant que les Normands fondent le royaume de Naples, de graves événements s'accomplissent. L'empereur Henri IV est monté sur le trône de son père, Henri le Noir; Hildebrand est devenu (irégoire Vil. La lutte entre l'Empire et le sacerdoce allait commencer, lutte solennelle et terrible, cpii ne s'arrêta, juste ciel ! qu'à l'échafaud de Conradin !

LA NOU.M ANDli:. V.)

D'abord le coiubal paraissail impossible enlre un vieux [irèlre desoixanld ans et un jeune lionnne quien availà peine vingl-cinij, et cependant ce! empereur iniloniplé, volonté renne, active, habile, «jui ose défendre les antiiines [iriviléges de sa maison, l'excommunication le va l'rapper au milieu de sa gloire; il est dépo'ssédé de son trône par le pontife romain, et pendant trois jours et trois nuits, aux plus sombres heures de l'hiver, dans la cour du château de Canosse, les pieds nus, le corps à peine cou- \('rld'un ciliée, à jeun el la tèle chargée de cendres, l'empereui", accablé par cette force surhumaine, implore en vain, d'une voix suppliante, le pardon du chef de l'Église ! Soyez siirs cependant que le pape Grégoire Yll, tout intrépide qu'il était, n'aurait jamais essayé celte résistance impossible contre l'empereur d'Allemagne, si le pape n'avait })as en, à ses côtés, en Italie, chez lui, pour le défendre, ces chrétiens de la Normandie, que lui-même il avait délivrés de la vassalité de l'empereur d'Allemagne, en leur accordant l'investiture de la Pouille, de la Calabre, de la Sicile. Dans la pensée de Grégoire VH, les Normands d'Italie étaient les véritables défenseurs de la puissance pontilieale; il comptait sur leur courage, il comptait sur leur dévouement; à chaque instant, on le voit, Grégoire VII s'occu[)e ou s'in([uiète de ses bons amis et alliés, lesNormamls. Tantôt il les voudrait plus nombreux et plus forts, tantôt il s'inquiète de celte puissance si voisine de la sienne; aujourd'hui il excommunie « les Noru)ands qui s'efforcent d'envahir les terres de « Saint-Pierre, la iMarche d'Aucôiie, le duché de Spolelo, Bénévent, et « la Sabine. •■> Le lendemain il appelle à son aide ses fils bien-aimés: Robert, prince deCapoue, UoberlGuiscard, duc de la Pouille. Bien plus, à Bénévent même, se rencontrent ces deux hommes si grands, celui-ci par le courage, celui-là par la volonté , Grégoire VII et Robert Guiscard. Robert s'agenouille humblement devant le pontife, Robert reçoit le titre de soldat du bienheureux saint Pierre, — le pape le confirme dans la propriété de toute la Pouille et de la Calabre; il lui accorde le droit de porter l'étendard du saint siège apostolique, — et bien plus, s'il est fidèle, on lui prometla couronne du royaume d'Italie : Romani regiii sihi jirom'msse cowuam papa ferebatiir. — Rare et excellent honneur que faisait là Grégoire VII au Guiscard, en l'opposant à l'empereur d'Allemagne. Le duc de la Pouille suffisait à Grégoire VII, pour la défense du trône pontifical; quant, attendre secours du roi de France, Philippe I", ou du nouveau roi d'Angleterre, Guillaume le Conquérant. il n'y fallait pas songer, la hauteur du ])onlife déplaisait au roi de France, elle inquiétait le nouveau roi d'AugUHerre, qui voulait av(»ii-

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lin pape a lui, dans son royannie. Ainsi riilliance entre (lié^oire \ il ri Uobcrl Guiseard se conselidail, même par les auilnlions et les mauvais vouloirs (pii s'opposaient à l'avidilé du eapilaine età l'anihition du ponlile. Notez bien que les Normands d'Italie, lorscpie ainsi ils venaieul en aide à la cour de Home, obéissaient à un sentiment de rivalité jalouse contre les Normands de France. Guillaume de Normandie, du haut de sa fortune récente, regardait comme une trahison les succès de Uoberl Guiseard; bien plus, et telle était l'inquiétude que donnait au conquérant la puissance normande en Italie, qu'il ne voulut pas permettre a sou propre frère Eudes, évèque de Bayeux, de remplacer Grégoire Vil sur le trône poulifical, tant il comprit que le Normand, quel qu'il fùl. général ou pontife, qui réunirait autour de sa personne les Normands de France et les Normands d'Italie, les amis du roi d'Angleterre et du duc de la Pouille, serait eu effet plus grand et plus puissant, à lui seul, que Guillaume I" et Robert Guiseard.

Robert (iuiscard, de son côté, avait entrepris de grands travaux qu'il ne put pas mener à bonne fin. Il avait marié sa fille au fils de l'empereur d'Orient, et son gendre avait été mutilé comme un vil eunuque, et celte famille des Duncas avait été chassée du trône par Nicépbore Boloniate, qui lui-même avait été renversé par Alexis Comnène; à ces nouvelles, Robert Guiseard était parti pour l'Orient, décidé à venir à bout de l'empire grec. Il avait assiégé, il avait pris, malgré Venise, malgré toutes les forces de l'empire d'Orient, la ville de Durazzo, et méme,ô sujeld'un étonnemeut qui ressemble à la stupeur (Durazzo et Londres prises à peu près en même temps par des soldats de Normandie)! il y avait, rangé en bataille, contre le duc normand Robert Guiseard, un corps tout entier d'Anglo-Saxons. Ces Anglo-Saxons s'étaient trouvés naguère à la bataille de Hastings, ils avaient-vu tomber leur jeune roi Harold; chassés, par Guillaume le Conquérant, de celte terre, où il n'y avait plus pour eux que de l'esclavage, ils étaient venus se mettre à la solde de l'empereur d'Orient; et voici que, à leur première bataille hors de l'Angleterre devenue une province normande, les premiers ennemis qu'ils avaient à combattre, c'étaient des Normands ! « Eh quoi! devaient se dire ces Anglo-Saxons, encore des Normands! Des Normands partout, des Normands toujours ! Hier ils ont pris l'Angleterre, et les voilà qui réclament maintenant l'empire d'Orient, les armes à la main ! ■> Aussi le premier choc fut terrible. D'abord les compagnons de Robert Guiseard ne purent soutenir tant de furie, mais bientôt ils reviennent à la charge, commandés cette l'ois par une fennne n(»rmande, par la comtesse Sichegaïlte, se-

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