‹ La NormandieChapitre 14 sur 118 · I.A NOK.M AMH K · texte numérisé non relu

I.A NOK.M AMH K

coudt' IVmiiic (lu (lue de la l'oiiillc. I^cs Aiii;l(»-Sa\oiis (Miliaiiicrciil dans leur l'iiilc le rcslo de l'aniKH; i;i'(M'(|iU'; la ville de l)iii'az/u oii\ril eiiliii ses portes à son iiiailre el seii;iu'iir Iloliei l (luiseard.

Sans nul doule, si le couile lloberl lui l'eslé à la lêle de celle anM(''(^ liioni[)lianle, il plac^ail sur sa l(Me la couronne (ri^rienl, il obéissait jus- <|ii'au li(»ul à l'impulsion du duc (îuilUuune de Nui'uiandie. (luillauuK! s'(''tait l'ait roi d'Aniilelei're, l>(d)erl (îuiscard se l'ùl proclamé empereur d'Orient. Mais entre les deux con(piérants, si le courape était le ujème, la position ('tait liien dilTérente. Le (\)nqHéra)il avait derrière lui sou rempart naturel, la Normaiulie, qui lui envoyait de l'or, du fer, de l'ai'genl el des hommes, la Normandie obéissante, enthousiaste, dévouée; lloberl Guiscai'd était enloui'é de jalousies, de révoltes, de guerres intestines; il avait à conserver un l'oyauiue con(|uis à la pointe de l'épée, el non-seulement il fallait se défendre soi-uième, mais encore fallait il prendre eu main la défense du souverain pontife dréyoirc VII, assiéi^é dans Ilome par Tempereur Henri Vil ; (irégoire ap[)elait le duc de la l'ouille à soit aide. Kn cffel, l'empereur d'AUemaiiiie avait déchiré le cilice et le pardon de Canosse, il avait secoué les cendres de ses cheveux, el pour châtier l'oriineil de l'évèiiue de Home, il était entré eu Italie; il marchait sur Uome, à grandes enjambées, sûr de la |)rendre; Home manquait de soldats, mais elle était défendue par son pontife, mais elhattendait Robert (niiscard, mais l'armée allemande resta deux longues années, sous ces murailles, exposée à tous les revers, pendant que l'empereur mettait à feu el a sang les domaines de la comtesse Mathihle. — Dans ces calamités, Grégoire VII resta le puiiiije-i'Dijicretir ! Assiégé dans sa ville, en butte à la haine de la moitié de l'Europe, il était calme; il veillait sur la chrétienté; il attendait son ami, son frère, son serviteur le Normand Robert Guiscard. — L'empereur cependant s'irritait de lant d'obstacles; il multipliait les assauts au dehors, les trahisons iiu dedans, il était dansles faubourgs de Rome: — encore un jour, encore une heure, et le souverain pontife, Grégoire VII, va tomber, vieillard sans défense, entre les mains de son implacable ennemi ! Ce fut alors, enfin, qu'on vil jtaraîlre au loin le prince de la Touille et son armée; alors a\!issi l'empereur comprit qu'il fallait renoncer à la vengeance. Rome el le ponlih^ lui échappaient; des hauteurs du chàleau Saint-Ange qu'environnait la plus vile populace, Grégoire VII vit s'éloigner cet ennemi sans pitié ; — il fuit. — Robert Guiscard entre, dix jours après, dans cette ville à bon droit épouvantée. Véi'itable armée du uioven âge, ce vil ramas des plus affreux soldats (|ui se précipitent dans la ville éternelle! Pendanl un

52 I.A .N(JHM.\M)IK.

moisd'épouvaiile, (ririceiidie eUle pillage, IloIjcrKiiiisciinl fut le niailre (Jans Home, à ce |»()iiil ((u'il lit vendre eomme esclaves les partisans de renipereiir! Maisenlin ce prince, arrivé comme un lion courageux, el dans la gloire du triomphe, disait le cardinal d'Aragon, fortissimus leu. (jlonosii.s triiimplKitor, rendit sa ville à Grégoire VII. Onand il vit revenir de rilalie l'empereur irrité, Grégoire VII se conlia une dernière lois à ce terrible allié qui l'accompagna jusqu'au château de Salerne. Là, mourut le pontife accablé de tristesse, mais son courage n'avait pas fléchi; il s'occupa, jusqu'à la fin, de l'administration de cette autorité pontificale dont il est le plus illustre fondateur; il avait soixante-treize ans, il avait régné douze ans el trois jours, il fut enterré à Salerne par les soins de Robert Guiscard, dans l'église de Saint-Matthieu. — On ne mit pas d'épitaphe sur son tombeau.

Nous dirons, en deux mots, comment finit Robert Guiscard. Il avait laissé à Durazzo son fils Bohémond, qui devait ramènera son )>ère les débris de l'armée que celui-ci lui avait confiée. Une nouvelle expédition fut résolue pour l'année suivante, mais cette fois la chance avait tourné. Venise avait voulu reprendre sa revanche du siège de Durazzo, la guerre ne fut plus qu'une suite inutile de défaites et de victoires ; et d'ailleurs, il y avait assez longtemps que se battait le duc Robert Guiscard , il était fatigué de tant de grandes choses accomplies; la mort était proche; il comprenait confusément que ce royaume qu'il avait fondé n'appartiendrait pas sans conteste aux Tancrède à venir. Il mourut à Céphalonie: sa mort fut calme et fière : sous les tristes pressentiments qui l'agilaienl, ce graïul courage n'avait pas faibli. Les soldats du prince Robert Guiscard rapportèrent en Italie le corps de leur général. — Leduc d'Apulie laissait après lui, pour hériter, sinon de ses domaines, du moins de sa ruse, de son esprit et de son courage, son fils Bohémond, un des vainqueurs de Durazzo. Bohémond avait la haute taille de ces géants normands arrivés de Coulances; évidenuuent il était né pour devenir le maître quelque part, et cependant ce fut le fils de son père, les enfants de l'héroïne Sichegaïlte, Roger Bursa (telle était la volonté du Guiscard), qui resta le nuiître en Italie, à la place du duc de la Fouille. Roger se fit couronner à Palerme, laissant à son frère Robémond la principauté de Tarente, et en perspective l'empire d'Orient, cet empire qui était l'ambition des Normands d'Italie, tout comme l'île de la Grande-Bretagne était le rêve des Normands de la France. Et pour le dire en passant, pendant (|ue Guillaume le ('oufiucrant fondait des villes, bâtissait des châteaux el des églises dans son nouveau royaimic, Roger, Bohémond, Guiscard, tous

Page 1