‹ La NormandieChapitre 17 sur 118 · LA NOM M A M) IK · texte numérisé non relu

LA NOM M A M) IK

riaiKuiise ati Val-dcs-IMiiit's, cl peu s'en l'alliil <|ue le roi de France ne fûl (lié |>ar un elievalier eoUenlinois noninié (liiillesen; il avait mis à la rais(ui le jeune Geoffroy Marlel, duc d'Anjou, el Giiillaunie, coiule d'En, le pelitnevcu de Hicliard V ; la lîonrpoi;iic, l'Anjou, le Poitou, l'Auvei-gne, la Bretagne et rAquilaine s'élaienl liyués, mais en vain, contre le Normand, Guillaume avail jeh- contre cette coalition ses meilleurs capitaines : Kaoul, comte d'Eu, IMerre de Gournay, Gantier GifforI, r»oi,'^cr de Morlemer. L'habile Normaml avait poussé le soin jus(|u'à }»lacer, sur le siège épiscopal de Rouen, un luunme à sa dévotion, l'évèqne Maurille ; enfin, dans un dernier effort des Angevins et des Français contre Guillaume, Angevins et Français sont Itrisés sur les bords de la Dive. Et maintenant Guillaume peut partir. La Hotte du Normand se composait de 907 grandes nefs, sans compter les mcnns vaisscUns ^ c'est-à-dire les vaisseaux de transport. On était à la lin du mois de septembre; le rendez-vous général de tontes ces forces est à remboucbure de la Dive, rivière qui se jette dans l'Océan, entre la Touque et l'Orne; le temps était froid et pluvieux, il était contraire; une brise du sud avait poussé la Hotte jnsiju'cà l'emboucburc de la Somme, aii mouillage de Sainl-Valery ; mais le vent tourna au nord-est, et il y resta un mois. L'attente parut longue à celte armée, naguère si belliqueuse ; triste et découragée, elle se répandit en toules sortes de plaintes et de menaces. Le duc Guillaume sentait, chaque jour, s'échapper sacon({uèle : il eut donné la Normandie pour le vent favorai)le qui l'eût poussé en Angleterre. Chaiine jour il allait entemlie la messe à l'église de Saint-Valery, et après la messe, au sortir del'é^lise, il regardait le coq du clocher pour savoir d'où venait le vent? Enlin, à l'approche de l'équinoxe, comme on promenait autour de l'armée la chasse de saint Valéry, soudain, ô miracle ! le soleil se dégage du nuage, le vent souille dans la voile ranimée; l'armée se met en route avec des cris de joie, le vaisseau du Conquérant précédait celte flotte déjà triomphanic. Au sonmiet de son mal le duc avaitdéployé la bannière pontificale, qui guidait l'armée pcndantle jour; il allumait un fanal pour la nuit. On marcha en bon ordre; le duc précédant lonjoui's d'une dcmi-jonruée le reste de la llolle.

Cependant l'Angleterre, à la nouvelle de cette invasion, avait mis sur pied toules ses forces. Ces rudes enfants du Nord : Celtes, Saxons, Danois, qui avaient fait de l'Angleterre leur pairie ou leur refuge, voulurent prendre leur part de la défense connnnne. Déjà nu'me cette armée avait taillé en pièces les Norvégiens el leur chef llardrada, allié du duc de Normandie ; pleins d'espoir dans le courage de leur roi, les Anglo-Saxons

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allendaiiMil ce qui allait voiiir. La llollc luniiiaiulc aiiivail à toiilcs voiles sur les côles de Sussex. On élail au 21) septeiubre de l'anuée lOGO. Les INoruiauds saulèrenl sur le rivai^e ilc Pevensey sans coup l'érii". Le déharquenieut eut lieu dans le plus graïul ordre. « Lors descendireiil loul les « premiers, les archers qui esloienlcourl velus el tondus sur les oreilles, « après yssirent tous les iiciidaruies prêts à coinhatlre, el se mirent eu ba- " taille. Ai)rès sortirent eu dehors les donH'sli(|U('s et chevaux el vivres, « après yssii'ent char[)entiers, massons, ouvi'iers de hras, cpii misrent « louschâleaux el hois à l'eau, prêts à être moules. « Le dernier de tous Guillaume mil le pied sur ces rivaijes qui allaient lui appartenir, le pied lui mam|ue, il lond)e; — mais lui, avec une présence d'esprit dii;ne de Scipion rAIVicain : " Terre! s'êcria-l-il, je te liens de uies deux mains, el par la i;ràce de Dieu, tant (ju'il y eu a, mes compagnous, elle esl à vous. » L'armée poussait des cris de joie ! Alors un des chevaliers s'ap prochaul d'une maisou couverte de chauuu', eu prit une poignée (|u'il apporte au duc : — « Sire, dil-il, je vous haille la saisine de cette terre el « de ce royaume, el je vous promets que aynçois ([u'il soil ung moys, je « vous eu veirai seigneur. " —Guillaume ne hrùla pas ses vaisseaux, coumie le disent quehpies liist(uiens, il était trop sage el trop priulenl pour se faire à lui-même un pareil dommage; ce qui esl vrai, c'est qu'il renvoya sa flotte au duché de Normandie alin d'av(jir de nouveaux renforts. Il avait employé quatre jours pour venir de Saiul-Valery jusqu'à la plaine de Hasiings, où il lit construire un secoiul fort, résolu qu'ilélail d'attendre l'ennemi. — L'ennemi arrivait en toute hâte; c'est-à-dire le roi Harold el ses Saxons vainijucurs du roi de Norwége. l'as un gentilhomme anglo-saxon ne manque à l'appel de son roi. La rencontre sera décisive ; il s'agit aujourd'hui des destinées d'un royaume ; le chef de l'armée normande joue sou duché, Harold joue sa couronne; le peuple anglo-saxon joue sa liberté, sur celle seule liataille. — Ainsi ils savanceiil jusqu'aux plaines de Hastings, sur le terrain cpii s'appelle encore aujourd'hui :/e/('eMc/e /a èa/a.'Y/e. Dansla nuit du 15 octobre, Guillaume annonce à ses Normands que le lendemain sera le grand jour de la conquête. L'armée normande se prépare au combat par lajirière, pendant que les Anglo- Saxons, race de buveurs, clianlaieulla guerre eirauu)ur,en huvanlà longs lrailslevineirhydromel.Quandlejourvinlàluire,Guillaumesavaildéjàsa bataille, l'armée normandeélait debout eltoule prêleàcomballre. L'évêque de Baveux, Odon, le frère utérin du ducGuillaume, moitié prêtre el moitié soldat, voulut dire la messe à ces braves gens, el la messe dite, couvert d'un haubert, il vint se placer à la lèle de la cavalerie. L'armée nor-

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iiiaiidc (''l;iil divisrc en trois colomus ; (Tmi «•ôl(3, les iicns (raniics (l('s coinU's (le P»oiiliii^iie cl de l'onlliicu ; d'aiilre pari, les auxiliaires de la Brela^^iie, du Mans el du l'oiloii : le Iroisièine corps, les clicvaliers normands, marcliaiciil sons la condnile de (inillaunic en personne. Le duc était nionlé sur un i,MMiel d'Espagne ; il adressa à son armée un vil' el énergique discours. « Si je conquiers, vous con(|U(;rrez; si j'ai la terre, vous l'aurez. » Il ajonla que le roi llarold avail Iralii le serment qu'il avait fait à son Seigneur, ce qui était le plus gi-and des ci'imcs. Quand le prince eut parlé, un des Normands, nommé Taillefcr, poêle el soldat plein de caprices fougueux, poussant sou cheval en avant, se mit à clianler le clianl gaulois, le poëine pai" excellence, le dianl de ('liarleniagne, de Rolland el des chevaliers de la Tahle ronde. Il marchail chantant et brandissant son épée, pendant que l'armée normande répétait le refrain de ce chant de guerre. Retranchés dans leur camp, les Anglo- Saxons ne chantaient plus; ils allendaienl; ils avaient l'avantage du terrain; la cavalerie saxonne avait mis pied à terre; l'infaiilerie, composée de bataillons très-épais, s'appuyait an pied de la colline; au centre de l'armée flottait l'étendard royal élincelanl d'or et de pierreries; les soldats, abrilés sous leurs boucliers el protégés par leurs palissades, s'étaient formés enbalaille autour de leur étendard planté en terre : c'élailconime un rempart vivant qui savait réparer ses brèches.

Mais à quoi bon vouloir décrire une de ces mêlées immenses donl les vainqueurs eux-mêmes ont grand'peine îx se rendre coniple? Le salut d'Harold élail sur la colline où sou armée se tenait inattaquable; la victoire, pour Guillaume, était dans la plaine; en vain les archers lancent leurs flèches, les flèches normandes reboiulissent sur les boucliers saxons; la cavalerie bretonne est repoussée à coups de piques. Les Anglais se battaient au cri nalional : Dieu est notre aide! Les Saxons criaient : Croix du Christ ! Les choses en étaient là, lorsqu'un grand cri retentit dans l'armée normande : le chef est mort! Un instant de plus, et l'Angleterre élail sauvée; mais (iuillaume à la voix de slenlor appelle à son aide celle armée chancelante. Et en effet ce jour-là il fui terrible; il était partout, l'épée à la main, la hache au poing, et à chaque coup de hache il abatlail la tête d'un Saxon. — Les Saxons se défendaient toujours. En ce moment le duc de Normandie eut recours à l'une de ces ruses que le connétable du Guesclin remit en honneur à la bataille de Cocherel. Guillaume fait sonner la retraite! — Il veut qu'un désordre apparent se mette dans les rangs de l'armée normande, alin que les Saxons s'imaginent qu'en effel les Normands prennent la fuile, el voilà les Normands

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