‹ La NormandieChapitre 18 sur 118 · I. A NOU.M AMUi · texte numérisé non relu

I. A NOU.M AMUi

([iii riiioiiU'ii elTi'l, car à l<ml prix il lallail liicr les Aiiglo-Saxoiis de Iciiis rcIraiiclionitMils. A ccl iiislaiil sdlciiiirl, le idi llaiolil, jcniio liéros iinuioilel, à l'égal îles plus heureux soldais, oublie loul<' |)iudeucc, il se précipite sur ces fuvards; ses lrou|)es le suivenl eu désordre. C'est alors que le Bâtard revieul sur ses pas. Il péuèlreculiu daus celle uiasse, emportée! par sou propre courage, (a- n'est plus une bataille, c'est une mêlée, c'est uu duel corps à corps. Pour la ti'oisième fois ("iiiillaïune a sou cheval tui'

sous lui, le roi Harold est fi'appé d'une llèclie à l'ceil droit; le coup était morlel ; ses deux frères, Gurlhel Leofwin, tombent au pied de leur étendard, et l'étendard saxon devient un trophée de la victoire. Il était nuit, que l'armée anglo-saxonne se défendait encore. A la lin il fallut renoncer au dernier espoir ; ce qui resta de ces braves gens prit la fuite. Les cavaliers normands en abattirent autant qu'ils en purent rencontrer au bout de leurs longues épées, elle massacre se prolongea bien avant dans la nuit. Avec le roi Harold, périt toute la noblesse du sud de l'Angleterre. La victoire restait donc au duc de Normandie, le plus vaillant homme de cette mémorable journée. Sur le champ de bataille Guillaume s'agenouille pour rendre grâce au Dieu des armées; après quoi il fait l'appel de ses soldats, entre lesquels il partagea les dépouilles de l'ennemi. Cependant les mères et les femmes des compagnons d'Harold vinrent réclamer les corps de ces héros, pour leur rendre les honneurs de la sépulture. D'abord Guillaume répond qu'il fera attacher au gibet le corps d'Harold : « Il a gardé la

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<. cùl(i (le son vivant, il la yardcra après sa niorl ! » Mais enfin, louché par les prières et les sanglots d'une mère au désespoir, Guillaume permet d'ensevelir le corps du roi Ilarold ; il fallut alors que la femme de ce jeune héros que Irahissail la fortune, Edith au cou de cygne, s'en vînt chercher dans cet amas de cadavres le malheureux capitaine qui n'avait pu sauver son pays de tant de douleurs.

Quelle journée fut jamais plus funeste dans les destinées d'un peuple ? Du côté des Saxons, c'était une défaite sans retour. Les peuples, les villes, les serfs, les seigneurs, les comtes {caldormen), les princes, les évêques, les Ihanes, les haillis, les francs tenanciers, tout Tensenihle de la société anglo-saxonne fut envahi par la société normande. C'en est fait, l'Angleterre a tout perdu ; elle est tomhée, pour ne se relever jamais, sous les premiers efforts des conquérants venus de Saint-Valery. Luimême, le duc de Normandie, hien qu'il fût le chevalier le plus hardi et le plus entreprenant de la chrétienté, il paraissait étonné et comme épouvanté de sa victoire. Non, il ne l'avait pas rêvée si grande, si entière, si complète ! Aussi fut-il saisi d'une grande pitié à l'aspect de tant de morts. Un de ses capitaines est assez lâche pour frapper de son épée le cadavre d'Haroldle Saxon : Guillaume chasse cet homme de son armée : Militià fulms . Sur le champ de hatadle, il élève un monastère en l'honneur de la très-sainte Trinité, et de monsieur saint Martin, un des vieux saints de la Gaule. Le maître-autel fut placé au lieu même où se dressait naguère le drapeau des Saxons. Sur la colline qui fait face à la mer, fut élevé le lomheau d'Harold ; les moines du couvent de Saint-Martin eurent l'ordre de prier pour tous les morts.

Ce conquérant Guillaume de Normandie n'est pas moins sage et moins prudent que le duc Rollon son ancêtre. Guillaume, lui aussi, à peine esl-il le maître de sa conquête, qu'il la veut défendre contre les rapines de ses compagnons. Cette hataille d'Hastings donnait au duc de Normandie une autorité nouvelle qu'il se hâta de mettre à profit. Il adresse tout d'ahord ses ordres et ses défenses aux mercenaires de son armée. 11 défend, sous peine de mort, le vol, la violence, 1 incendie, le meurtre. A peine est-il couronné roi, qu'il s'écrie que le peuple vaincu est son peuple, que désormais rien ne pourra séparer le royaume d'Angleterre du duché de Normandie. " Conduisez-vous, disait-il, comme des chrétiens, comme des hommes, et non pas comme des loups altérés de sang. » Non-seulement il mit les honnêtes femmes à l'ahri de toutes violences, mais il écarta de ses soldats les femmes impudiques. « Deiicta quœ fièrent consensu impudicarum, velabantur! » 11 défendit aux soldats

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l'ivresse, les querelles, les iiijiut^s. Lui aussi, loul eouinie le duc Kolluu, il pouvait oublier daus la lorôl sa chaîne d'or cl la retrouver suspendue au inêuie luiissou. Sihieu (pie, par cesclieiiiinssaui;lauls encore, le marchand pouvait voyager sans crainte ; au milieu de ces vaimiueurs à ligures de haudits eut passé une belle fille innocente chargée d'or, elle eût sauvé également sa fortune et sa vertu.

Mais avant de pousser jusqu'à Londres, le vainqueur d'Hastings voulut attendre la soumission de ce royaume dont il avait tué le roi et l'armée; rien ne vint; au contraire, Londres se mil dans un grand état de défense; Douvres même faisait mine de fermer ses portes, (luillaume s'empara du château de Douvres, et, ceci fait, il marcha sur Londres. On dit qu'il rencontra, en son chemin, une foret qui nutrchait ; cette forêt mobile cachait des archers qui protégeaient la ville de Londres. La ville était disposée à se bien montrer; les Ihanes des comtés voisins étaient accourus pour prendre leur part dans le danger public ; ils avaient placé sur ce trône croulant l'héritier légitime d'Harold, le jeune Edgar, frêle jeune homme, incapable de porter cette couronne, cette épée et cette misère ! Cinq cents cavaliers normands mirent le feu aux faubourgs de la ville, puis, revenant sur leurs pas, ils ravagèrent Surrey, Sussex, les comtés de Hampshire et de Berkshire et le comté de Hertford. Guillaume avait passé la Tamise à Wallingford ; il était sûr d'entrer dans Londres à son premier désir, mais il voulait se conserver cette ville importante; aussi bien la ville, à demi vaincue, envoya au Normand une députation de gentilshommes etd'évcques: Edgar, Edwin, l'archevêque d'York et des notables de la ville. Ces envoyés de la cité apportaient à Guillaume la couronne des rois d'Angleterre, et quel fut leur élonnemenl lorsque le vainqueur parut hésiter à la prendre! En effet, Guillaume veut consulter ses barons et leur demander ce qu ils pensent d'un si vaste royaume ajouté à leur duché de Normandie? Les barons normands s'inclinent devant leur maître; alors Guillaume accepte cette couronne qu'il a tant désirée, et il fixe la cérémonie de son couronnement aux fêtes de Noël.

Dans toute cette négociation, Guillaume se montra plein de sagesse, de prudence, de réserve; il n'était rien moins que sur de son peuple nouveau ; ses compagnons, ses barons de Normandie pouvaient lui manquer; il se gagna les uns par des bienfaits, il contint les autres par le grand mot : Le partage! Il voulut que le jeune Edgar, le dernier des princes saxons, devînt un des amis de sa couronne, et il lui donna une terre digne du lîls de tant de rois. 11 lit construire, dans chaque ville, un château fort; c'est lui qui a bâti la Tour de Londres, avec les belles

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[tiorrcs liiécs de la camitai^iic de (^acii, la vilU; de ses j)i'éréreiices. Tous CCS cliàleaux normands liii'enl liàlis en moins de li'uis mois, el durant nu rude liiver. Celle lois, eu elïel, il ne s'aj,Ml plus d'une invasion lorliiile, d'un peuple qui marche en avant, selon le hasard de ses colèi'es ou des leui|)êtes de la nier, il s'ayit d'une eontiuèlc réglée, d'un peuple uiélliodiquenienl sulijugué; il s'ayil de tailler ec royaume saxon à la normande. Le vaimiueur impose au vaincu ses lois, ses mœurs, sa langue, ses ordres souverains, à ce point (lu'à un signal donné par la cloche du soir, toule lumière était éleinle. A propos de l'Anylelerre, tout comme à propos de la Sicile, il faut hien [trendre yarde à ne pas lomher dans la déclamation; les Normands ont renouvelé l'ilalie; les Normands ont l'ail des Anglais qui, avant eux, n'étaient ni puissants dans la guerre, ni lîdèles dans la paix, Aiujli nec in bello fortes, nec hi pace fidèles, une grande et très-grande ualion ; et maintenant, grâce à la race normande, « les Anglais se font remar(|ue)', entre loutes les nations « policées, par toules les vérins de la paix, par tout le courage de la « guerre. Jam indè Aiicjli )io)i minus belli (jlorià qiiam hnmanitatis cultu, « iuter jloreittissimas orbis christiditi (jeittes in primis lloiiint. » Ainsi parle l'histoire, de même (|ue, à pro|)os de la Sicile, si les Siciliens ont aujourd'hui une patrie, s'ils sont chrétiens, ce sont là autant de hienlaits (jue la Sicile doit aux Normands. Qaod ingénia Nonnaïuionnn acceptum feriDil .

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