CHAPITRE V
Coiirouiieiiienl di- Guilhiuiuc. — Son rcloui' en Nurniamlie.— liisui-aTtioii des Aiiglo-Saxuiis. — liisurreilioii
des iKinins noniiands. — Revenus du roi. — Hél)eUii)n de Hubert contre son père.
— Dernier voyage du roi d'Angleterre en Normandie.— Ilnerre
avecla Fraïue. — Mortdu Coniiucranl.
Lk jour arrêté pour sou courouncluenl, (îuillaunie le Bâtard , devenu Gu'iWaume h Con g uéraiit , avait entouré des précautions les luieu.K prises cette cérémonie qu'il voulait imposante et solennelle. Il fit fortilier la maison (pfil habitait dans Londres, et quand lui-même il se rendit dans l'abbaye de Wetsminster, il ne sortit qu'après avoir fait mettre sous les armes une forte division de son "- armée (2o décembre). Un i^rand mal-
iii'ur (|ni |»ouviut I(miI conipromcllrc sii;nala celle jouiiu'c ; Normands
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et Saxons reiuplissuieiit de leur altciile curieuse el pussioiuiée l'église de Weslsuiinsler ; le duc Oiiillauuie se tenait au pied de l'aulel ; l'archevè- (jue d'York demande alors aux Anglais, et l'évèque de Constance aux Normands, si en effet ils consentent à reconnaître Guillaume de Normandie pour leur souverain légitime. A ces mois, Anglais et Saxons répondent par des acclamations si bruyantes el si vives, que les Normands restés au dehors, el qui croient à une trahison, mettent soudain le feu à la ville. En même temps, les Saxons, se voyant attaqués à l'improvisle, se défendent avec la rage du désespoir; au dedans et au dehors de Westminster, tout était à feu et à sang, et cependant Guillaume, impassible, veut que la cérémonie s'achève à la clarté même de l'incendie. Il était resté seul avec les prélats et le clergé au pied de l'autel, cl il ne quitta l'église qu'après avoir prêté le serment accoutumé des rois anglo-saxons, entre les mains de l'archevêque d'York, ajoutant d'une voix haute et ferme qu'il sera un roi aussi juste que le plus juste de ses prédécesseurs 1
Cet accident de Londres brûlée et pillée par ses soldats le fit entrer en de sérieuses méditations. Il voulait réunir ses deux peuples sous la même loi,etdéjà il comprenait le double obstacle qu'il aurait à franchir. Et d'ailleurs comment être juste pour les vaincus? Guillaume lui-même avait promis à ses soldats le partage de l'Angleterre, et déjà ils réclamaient la haute paye delà bataille d'Haslings. Alors il fallut bien en venir au partage ; l'Angleterre tout entière fut coupée, divisée, partagée en soixante mille domaines. Ce livre des conquérants devenus propriétaires s'appelle encore aujourd'hui : le Livre du partage. Tout Anglais qui avait pris les armes contre le duc Guillaume était dépouillé de ses terres, de ses revenus. Le roi gardait pour lui les terres et le trésor des anciens rois, l'orfèvrerie des églises, tous les revenus de la couronne anglo-saxonne. Il disposa de toutes les dignités, de toutes les charges publiques, de tous les revenus de l'Église. Il envoya au pape Alexandre une part de ces richesses, et l'étendard de Harold. Au clergé, car il voulait une Eglise forte et politique, qui pût discipliner les Anglo-Saxons, comme avaient été disciplinés les Saxons de Charlemagne, le roi donna des terres sans nombre, des croix, des vases et des élolfes d'or. 11 choisit, pour relever l'Eglise d'Angleterre, les hommes les pluséminents, par la science, par la probité, par la vertu. Le savant Lcnfranc, né à Pavie, et retiré dans l'abbaye du Bec, fut porté au siège épiscopaldeCantorbéry. A ses compagnons qui avaient vendu leurs terres de Normandie, pour l'aider aux premiers frais de la guerre, Guillaume doinia le double de terre en Angle-
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k'ire. Les chevaliers cl les barons eurent des cliâlcaux, des bourgades, des villes entières. Les simples vassaux, eux-mêmes, ne furent pas oubliés dans ce parlajie; et ceux qui en parlant avaient demandé des femmes saxonnes, épousèrent les femmes des vaincus, « par les(|uclles encore il « ac(|uit merveilleusement la yrficc» des dames et gens du pays. » Le plus grand ordre, la plus slricle loyauté (de Normand à Normand) présida à ces partages, et Thorreur en l'ut diminuée par cela même. Un seul Normand, nommé (Inilberl, ne demanda rien pour sa peine. Telle fut la première occupation du nouveau roi d'Angleterre. Les hommes de la race anglaise furent loutà fait envahis par la race norm;inde. Tantôt les vainqueurs ne prenaienl que les maisons, tantôt ils prenaient les maisons et les hommes. Les chàleaiix, les couvents, les églises, devenaient la possession légale du vainqueur. Ainsi, tousces aventuriers normands partis de Sainl- Valery, à la grâce de Dieu et de leur courage, des soldats de fortune qui n'avaient que la cape et l'épée, élaient devenus en peu de temps hauts hommes, illustres barons; leurs noms roturiers élaient des noms de vraie noblesse : Mandeville, lîhun. Malvoisin, Baslard, Bogol, Talbot, Percy, Longue-Épée,Œil-de-Bœuf, Fronl-de-BiEuf,Guillaume leCharlier, Hugues le Tailleur, Guillaume le Tambour. Ceux (|ui voulaient changer de nom prenaient celui de leur village ou de leur ville : Saint-Quentin, Saint-Maur, Saint-Denis, Saint-Malo, Tournay, Châlons, Rochefort, la Rochelle, Cahors. Et voilà ce que fait la vicloire ! Ces gentilshommes de hasard, ces bouviers normands sont devenus la souche de la noblesse anglaise : Rocheforl, Rokely, Chaword. Le premier noble élait le roi. Le gouverneur de province était comte. Après celui-là, venait le vicecomte ou vicomte, et tout le resle des gens de guerre selon leur grade : barons, chevaliers, écuyers : ils étaientnobles, d'abord parcequ'ils étaient les vainqueurs, et ensuite par la grande raison qu'ils étaient Normands el non pas Saxons. Reslaient à suhjuguer le nord et l'ouest de l'Angleterre; mais le nouveau roi d'Angleterre s'inquiétait déjà de cette armée féodale qui, d'un jour à l'autre, pouvait prendre congé de son chef. D'ailleurs la Normandie attendait, avec une joie égale à son orgueil, son chef illustre. Il apportait avec lui deux choses qui ont toujours été les Irès-hien venues dans cette province, de l'argent et de la gloire. Sur le rivage de Pevensey, témoin de son débarquement, Guillaume prit congé de son armée, non pas sans avoir laissé un riche présent à chacun de ses soldats ; un vent favorable le porta sur les côtes de Normandie. Il était parti duc, il revenait roi; il ramenait à sa suite des thanes et des prélats anglais, digne ornement de son triomphe. Devant lui, d'au-
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1res Anglais poiiairiil l'or el Targeiil de la conquèl(\ cl ces adiiiiraliles ornemenls d'orrévrcrie qui s'appelaiciil : opéra (nKilica, les œuvres par excellence. Les Normands acconraieiil de loulcs paris à ce Irioniplic de leur prince légilinic. Pour mieux recevoir leur duc et seigneur, le la-
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l)0ureur quille sa charrue, le prêlre quille l'aulel, la mère oublie son enfant au berceau; on suspendait tout, même le jeûne el l'abstinence du carême, pour mieux fêler l'homme qui rapportait un royaume. En même temps, ils admiraient, d'une admiralion presque naïve, les pompes de ce triomphe, ces Anglais qui avaient le teint blanc et les longs cheveux flottants comme des femmes ; ils se faisaient dire aussi la richesse de la terre anglaise, la fertilité des campagnes, l'opulence des villes, la force des fleuves, le voisinage de la mer, le crédit des marchands, et le nom des gentilshommes; surtout celui qu'ils admiraient le plus dans ce triomphe, c'était \e Conquérant! Ils ne pouvaient se lasser de le voir tel qu'il était, calme, sérieux, abordable à tous, bon à qui obéissait, terrible aux rebelles. Jamais un homme plus entouré d'honneur, el portant, d'un front plus liaui, une plus belle couronne et mieux gagnée, n'avait traversé cette grande province. Jamais volonté plus ferme n'avait administré une plus belle conquête. Dans toute l'Europe l'admiralion el l'élomiemenl étaient les mêmes que dans la Normandie. Quand il se fut bien montré à ses sujets de la Normandie, où il laissa, aulanl qu'il en put laisser, les plus avides
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iijtM'cciiaiies ilc son iU'iiice. Avaiil de (initier rAnijIcIcnc pour passer en Normandie, le Conquénmt avait coiilié son nouveau royaume à Guillaume Fitz-Osl»ern et a l'évèque de Rayeux, Odon, ([ui s'était si bien montré à Hastiiii^s. Filz-Oshern était rovijiieïl des JS'onnaiuls et la teneur des Anglais. Odoii, frère naturel de Guillaume, en était aimé comme un frère. Quand ils se virent les maîtres dans le royaume conquis, ces deux hommes s'abandomièrenl aux plus cruelles exactions de la victoire; il n'y eut plus, dans toute l'Auiileterre, de justice pour personne; si les chers étaient inicpies, les soldats, à leiu' exemple, tombaient sur l'honneur et sur la fortune des vaincus. Bientôt s'éleva dans le royaume conquis comme un immense cri d'indiirnation et de douleur. Dans l'ouest, Edric le Sauvage, soutenu du Breton Bitliwatlan; dans l'ouest, les gens du comté de Kent, assistés d'Euslache, comte de Boulogne, agitaient ce royaume de mécontents. Quand il apprend ces tristes nouvelles et la maladresse coupable des deux gouverneurs, Guillaume accourt en toute hâte, et, dans une assemblée solennelle de Normands et d'Anglais, il renouvelle les serments qu'il a laits à Westminster, le jour où l'Angleterre lui fut donnée.
Pourtant, aulondderàme, la colère du roi était grande; il s'inquiétait de ces résistances, et, pour faire un terrible exemple, il s'en va mettre le siège devant Exeter, La ville était bien pourvue de courage et de remparts, elle abhorrait la conquête, était résolue à tout souffrir plutôt (|U(; de prêter au Concjuérant serment de fidélité. Guillaume arrive; les portes de la ville sont fermées; Guillaume assiège Exeter, et après dix-huit jours de siège, quand la ville est prise, le vainqueur éloigne son armée, il accorde à ces bourgeois intrépides la sauvegarde de leurs vies et de leurs personnes. Le Cornwall pacifié, le roi Guillaume retourne à Winchester pour attendre la duchesse Mathilde, qui fut couronnée à la Pentecôte suivante. Bientôt les mêmes agitations reparaissent dans le noi'd du royaume; Edwin, à qui Guillaunie refusait la main de sa fille, en.dépit de la promesse jurée, soulève toute la contrée comprise entre la Mer et les confins de l'Ecosse. Guillaume accourt contre la révolte, il la brise, et il pardonne à Edwin humilié. Où il passait armé, le conquérant était le maître; mais comment venir à bout du [»ays ouvert? counnent relancer les fugitifs dans le fourré des bois épais, dans la profondeur des vallées, au sommet des montagnes? Cependant York se soulève avec grand lunuilte; la garnison normande est mise en pièces; le gouverneur normand est égorgé; en même temps, les Ecossais du roi Mal- "olm arrivent à l'aide de la ville révoltée; de son côté, le roi Guillaume
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lie se lait pas allciulre ; ilenlrc dans la ville, il l'abandonne au pillage : tout y jtassa, niênio la callicdrale; puis, (juauil il a imposé silence à la révolte, et lait ronslruire une nouvelle tour, (luillauine s'en vient rejoindre la reine à Winelicster.
Rude année, d'un travail incroyable ! La patience de ce grand honinie, qui lient tôle à tout un peuple, n'a jamais été mise à des épreuves plus violentes. York à peine dompté, arrive, du Danemark, la flotte de Suénon, car toutes les nations des bords de la Baltique avaient voulu venir en aide à leurs frères de la race saxonne. La flotte se composait de deux cent quarante voiles ; l'armée danoise appelait à elle le peuple anglosaxon : <' Chassons l'ennemi , égorgeons le Normand, soyons libres! » Sous les murs d'York, trois mille Normands sont mis à mort. Quand il apprend ce désastre, le roi Guillaume, qui chassait dans la forêt de Dean, jure, par la splendeur de Dieu! que pas un Norlhumbre n'échappera à sa colère. C'est que déjà le Conquérant avait préparé sa terrible et sanglante revanche : du Rhin auTage, il s'était cherché des soldats; et alors le voila q.ui marche à l'ennemi. Il était temps, en effet, que le Conquérant se mît en marche; l'exemple d'York gagnait de toutes parts. Guillaume avait hâte d'en finir; il achète la neutralité des Danois, qui, en effet, restent immobiles dans les eaux du Huniber. En vain l'hiver se fait sentir, en vain les torrents s'opposent à la marche de son armée , Guillaume arrive, et prend d'assaut la ville d'York. Ceci fait, il entre dans la ville, il envoie chercher sa couronne royale à Winchester, et il passe à York même, avec toute sa cour, les fêtes de Noël.
Ce fut alors, et seulement alors, que Guillaume le Conquérant, poussé à bout par ces révoltes, conçut le projet terrible d'agir enfin par l'épouvante. Isolé qu'il était dans cette nation indomptée, il voulut qu'un grand espace restât vide entre les peuples saxons et cette poignée de Normands, afin que du moins le Normand puisse savoir d'où viendra l'ennemi? 0 malheur! la dévastation commence; l'ordre est donné, — ordre trop tôt suivi, — de tout piller, de tout renverser, de tout égorger, de tout arrêter, de tout détruire. Rien, rien ne fut épargné, ni le blé dans la terre, ni la charrue dans la ferme, ni l'enfant dans le sein de sa mère. Pas un village ne resta debout, pas un monastère, pas un arpent de culture entre York et Dublin ; il faudra dix ans pour que la charrue ose tenter de nouveau ce sol dévasté; cent ans après que le Conquérant eut passé par là, en ravageant, le pays étaitencore jonché de ruines. Cette sanglante expédition porta ses fruits : la révolte fut noyée dans le sang, et les chefs anglais renoncèrent à ces luttes sans espoir, qui coulaient
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conl niillt' lionnnes à l'Aniilolorro. Sa vi(»lo!icc accomplie, (liiillaiiiiu' revient à York par un ahoniinaltle seiilier de sani; , de neii;e et d(; mines rnmanles. Un inslanl, et Tinslanl lut leniltle, celle aiinrccl ce capitaine se crurent perdus dans les i^laces. Peu de jours sullirenl au repos de ces terrildes coujpaiiuons, et (îuillaunie les mena d'York à Cliester. C'élail loin; il lallail franchir les hautes inonlai^nes (jui séparent les deux côlés de l'ile. Alors, voyant ijue leur chel' est inlaliiiahle, ces hommes hésilenl, ils savent (jue leurs l'emmes les rappellent dans l'opulente Normandie; eux-mêmes, d'ailleurs, ils avaient hesoin de repos : la neige, la pluie, la grêle, la faim, supporler toutes ces misères (puuid ou a pris mi royaume, c'était bien dur! Us se phiignaienl, mais tout bas. louant à leur chel", il méprise ces plaintes, il poursuit son chemin par ces orages, il marche à la tète de l'armée, pins souvent à pied qu'à cheval; il a l'obstination et l'entèlement du génie. Enfin, parvenu à Salishurv, il congédie son armée... et l'armée regrette de se sé[iarer du con(|uéiant !
Pour cette fois, (Tuillaume de Normandie restait le maître souverain de rAnglelerre; il était vraiment le roi, de la Manche aux frontières de l'Ecosse. 11 avait assuré chaque part de sa concpiête par une forteresse, par une garnison, par des otages; et maintenant (|uc tout obéit, Guillaume est décidé à tout envahir : seulement il lui reste à réprimer le roi d'Ecosse, Malcolm, l'appui des mécontents. A ces causes, Guillaume traverse le Forth, il entre en Ecosse, et il allait plus loin si le roi Malcolm n'eût imploré le pardon du Conquérant. Guillaume pardonne à Malcolm; désormais le roi d'Ecosse ne sera plus (|ue le vassal du roi d'Angleterre. Ainsi, plus d'espoir pour les Anglais, même du côté de l'Ecosse; il fallait accepter le joug; il fallait obéir à la nouvelle dynastie; la nationalité saxonne disparaissait, à jamais écrasée. Etrange spectacle cependant; sur cette terre, dans cette ile de la Grande- Bretagne, vit et respire le peuple indigène, et ce peuple indigène est gouverné par un souverain étranger, par un peuple étranger, par des gentilshommes venus tout armés, de l'autre côté de l'Océan 1 lîoi normand, comtes et vassaux noi-mands, évê([ues noi'uiands. Et chacun de ces Normands, pour se protéger et se défendre conti'e les indigènes, appelait à son aide des étrangers; et ces étrangers ()I)tenaient de piéférence l'adoption, les charges, les emplois, les favems, la conliance des maîtres de la terre! Peuple infortuné! misèi'c prcdonde ! avilissement incroyable! Le roi étranger domiait à ses compagnons, à ses serviteurs, h ses es<;laves, les villes et les consciences des peuples vaincus! Une si
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l)(iiiss(''s;"i Iioiil (liins leur lionneiir, leur fcninic violcM!, leur jeune fille voire (l.ins la maison [>alernclle, les malheureux Saxons demandenl justice! le roi normand l'erme l'oreille. A quoi l»or., en elïel, donner tort aux capilaines venus de Coulances, de Rouen ou dedaen, el raison à un vil vassal qui n'a pas même une épée pour appuyer sa plainte? Toul l'ut pris par le Normand : tout y passa; les grandes familles de la dynastie aniilo-saxonne disparurent dans ce pillage universel. Le roi lui-même élait le |>lus grand propriétaire du royaume, car il avait réuni aux biens des rois saxons, les domaines confisqués sur les Ihanes anglais. Guillaume ne possédait pasn)oins de quatorze cent trente-deux manoirs dans le royaume d'Angleterre. Son l'rère Odon tenait deux cents manoirs dans le seul comté de Kent et deux cent cinquante dans les autres comtés. Geoffroy, évêque de Coulances, laissait, à sa mort, deux centqualre-vingtsmanoirs à Roger Mowhray, son neveu. Robert, comte de Morlagne, frère de Guillaume et d'Odon, eut pour sa part dans la conquête neuf cent soixante- Ireize manoirs; Alain Fergenl, le vaillant comte de Rrelagne, en eut (jualre ienl (]uarante-deux ; Guillaume Wai'enne deux cent quatrevingt-dix-buit. Le plus mallrailé des principaux capitaines de la con- (jnète, ce l'ut lîobeit de Clare : il n'eut que cent soixante et onze manoirs pour sa part. Les dignités suivirent; on n'entendit plus parler de I bancs et d'alderinens, mais de comtes , de cbevaliers et de barons : Odon, comle de Kent; Hugues d'Avrancbes, comte de Cbester, avec juridiction royale dans leurs comtés respectifs; Filz-Clsbern, comte de Hereford; Ralpb Guades, comle de Norfolk; Alain de Rretagne, comle (le l'iicbemonl; et ces dignités étaient bérédilaires, aussi bien que les domaines. Ges bien<, si vile acquis, les seigneurs normands les donnèrent volontiers à leurs plus procbes serviteurs. Par exemple, le comte-évéque, de tous ces domaines sans nombre, en garde à peine dix ou douze; Hugues d'Avrancbes se ruine à traîner avec lui une armée de vassaux. Ces vassaux, enricbis par le don de la terre, coupent la terre à leur tour, pour avoii" des vassaux à eux, qui deviennent des sous-vassaux de leur seigneur, et ainsi à l'infini, jus(|u'à ce (|uc le dernier occupant de la glèbe fût devenu un peu moins qu'une bêle de somme. Le roi exigeait le service militaire de son vassal direct; le tenancier en cbef, à l'exemple du souverain, l'exigeait de ses vassaux; à cbaquc division de sa terre, le seigneur créait un fief de clicidUcr. En outre, le devoir des tenanciers militaires élait de se rendre à la cour du souverain aux trois grandes fêtes de l'année, et toutes les fois qu'ils étaient appelés autour du trône. Le l'oi les consultait dans les grandes affaires; ils compo-