‹ La NormandieChapitre 21 sur 118 · I.A NOKMANIHIv · texte numérisé non relu

I.A NOKMANIHIv

père voulait à lois son ancien duché cl son nouveau royaume. « Il n'esl pas la coulunie de se déposséder avant d'èlre mort, » disait-il ; il tenait à la Normandie i»arce qu'il y était né, à l'Aiigleterre parce qu'il l'avait contiuise. Le roi, pour toute réponse, ciiassa son lils de sa présence, et le lils d'un si puissant monanjue se mit à courir le monde, la Flandre, la Lorraine, l'Allemagne, la France, rA(|uilaine, vivani avec des l)ateleurs et des courtisanes, menant, pendant cinq ans, la vie d'un vagabond et d'un parasite. Uohert était l'enlant chéri de sa mèreMathilde, qui lui Taisait passer de fortes sommes; le roi laissait la mère venir en aide à l'enfant, mais quand il surprenait les envoyés de sa femme, sa colère retombait sur eux. Lorsqu'il fut à bout de ses ressources, Robert se fut enfermer dans le château de Gerbois qui était au roi de France, et de là, lui et sa bande, ils vivaient de pillage. Guillaume s'en vint lui-même pour châtier sou lils; le père et le lils se rencontrèrent couverts de leurs armures : Robert blesse son père à la main, et le renverse de son cheval; mais, reconnaissant le roi Guillaume à celte voix pleine de colère, il |)ril la fuite, épouvanté, comme si le père eût succombé sous les coups de son lils !

L'an 1()8o, le roi Guillaume fit une perle (pii lui fut plus sensible que l'ingratitude même de son lils Robert; il perdit Mathilde, sa femme, une femme simple et bonne, qui était restée modesie cl chrétienne dans celle haute forlune. La mort de celte noble dame (jiii a laissé (dans la tapis-

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s(>rie de Hayciix ) iliisloire de la i'on((iuHc, (racée par iiiie aiguille patiente cl laborieuse, lit un i^rand vide dans la vie du Conquérant. Malliildeeiiseiiiuail à son mari la modération, la patience, le sang-froid. — 3Iaintcnanl ce ne sont plus les peuples conquis, ce sont les conrpiérants cux-niènies que (iuillaunic; va dompter cl soumettre à l'impôL; les/ compagnons de ce priiu:e exilé avaient vieilli de bonne heure ; la fatigue avait brisé leur corps, la fortune avait énervé leur âme. Ils trouvèrent cependant qu'il était dur et cruel, à leur ancien conqi;ignon, Guillaume le Bdlanl, de leur faire payer le prix de la con(|uéte commune. Le roi, disaient-ils, voulait donc s'approprier à lui seul, la fortune de tous'.' De son coté, le roi disait à ses soldats devenus vieux : » Mais il s'agit de conserver notre conquête; qui donc vous défendra, vous qui n'avez plus la force de tenir une épée ; qui donc protégera vos troupeaux et vos domaines? » Sans s'inquiéter des rumeurs, il fit dresser, pour ainsi dire, l'état civil de son royaume ; il voulut savoir ce qu'étaient devenues, entre les mains des soldats normands, les terres qu'ils s'étaient partagées? ce que rapportaient les villes, les hameaux, les bourgades? quelle était la position de chaque soldat, de cha(|U(! chef, des barons et des comtes? combien de terres labourables, de bois, de pâturages, de tenanciers cl sous-tenanciers? quelle était la valeur de la terre avant la conquête, et ce qu'elle vaut à présent? Il voulut savoir aussi ce que payaient aux rois saxons ces mêmes terres? En un mol, il voulut que la conquête tout entière fût écrite dans les registres du royaume (108G). Par ce moyen le roi normand conlirmaità tout jamais l'expropriation de l'Angleterre, en même temps qu'il pouvait revenir sur la première prise de possession. Grâce à celte haute et minutieuse révision, il ôlail à qui il lui convenait de les ôter, les terres ou fiefs dont s'étaient emparés les vainqueurs dans la première hâte de la victoire; conuue aussi il s'appliquait à lui-même, les impôts des terres qu'il ne reprenait pas; se posant ainsi comme l'héritier légitime des rois anglosaxons. Par celte habileté qui ferait honneur aux plus savants financiers de l'Europe moderne, le roi d'Angleterre put remplir ses coffres à mille sources abondantes : r les rentes des terres de la couronne ; "2" les biens des pupilles qu'il revendait (le bien et l'Iiérilière) à beaux deniers comptants ; 3° les aubaines et confiscations; 4° les droits payés par les plaideurs et les amendes; o° les péages, les foires, les marchés, les ponts, les ports, autant de droits pour l'échiquier. Le revenu de ce vassal de la France se montait à l'énorme somme, pour ce temps-là, de lOGI livres sterling, la livre i-eprésen(ant trois livres nominales d'anjoui'd'hui.

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ol la valtnii' de rari;ciil claiil dix luis aussi i;raiule (lue dans les teuips modernes.

Avec cel argent, le conquérant adielail des liouinies; avec ces Ikuiinies choisis partout, il se faisait obéir de ses anciens compagnons d'armes. Les Bretons du comte de Norfolk se révoltent ' ; il confisque les terres qu'il a données aux Bretons et à leur chef, Filz-Oshern murmure et se plaint; il est condamné à une prison perpétuelle. Le comte de Waltheof, le descendant des rois saxons, est condamné et mis à mort pour non-révélation de complot (le crime de M. de (linij-Mars sous Louis XIII), misprision of Ireason; mais de ce meurtre il ne faut pas accuser le l'oi Guillaume ; la honte en est retombée sur la femme du comte, Judith, qui voulait épouser un baron normand, et cette Judith, Guillaume l'a châtiée, la laissant dans la pauvreté et l'abandon d'une femme déshonorée! Il n'y eut pas jusqu'à ce prélat, qui fut un des capitaines de la bataille d'Hastings, Odon, frère naturel de Guillaume, ipie Guillaume n'ait été forcé de châtier. Quand il vit les Normands de Robert Guiscard maîtres de l'Italie, et les Normands de Guillaume maîtres de l'Angleterre, l'évèque de Bayeux voulut monter sur le trône pontifical ; l'idée était grande ; Guillaume la trouva trop grande, et il fit jeter en prison, non pas, disaitil, l'évêque de Bayeux, mais le comte de Kent, ftloins que jamais on résiste au conquérant ; il se fait rendre par les Gallois plusieurs centaines de prisonniers anglais; il fait rentrer dans le devoir le roi d'Ecosse; les Danois eux-mêmes, quand ils reviennent sm* une flotte de soixante navires, laquelle flotte doit être appuyée par une flotte de six cents voiles, la flotte du comte de Flandres, impuissant et jaloux ennemi de tant de grandeur; lèvent, la mer etl'argent les chassent tout au loin. Voilà par (juels progi'ès invincibles la conquête s'étendait d'un bout à l'autre du royaume d'Angleterre; aussi, lorsqu'à la fin de l'annéelOHB, se réunirent à Salisbury tous les vainqueurs ou fils de conquérants, ils se trouvèrent au nond)re de soixante mille soldats; chaque soldai possédant une portion de terre suffisante à l'entretien d'un cheval et à l'achat d'une armure. L'homme glorieux et tout-puissant autour duquel s'agitait cette réunion, cpii a été le commencement de la nation anglaise, recevait le serment des vaincus et le serment des vainqueurs. « Je suis votre homme lige! Mon « corps et ma vie, je vous les dois ! Laterrequeje tiens, je la tiens de vous! » Le serment n'a jamais parlé un langage plus dévoué et plus soumis. De son côté, lui, le roi, il leur donnait ses ordres souverains : « Vous res-

' Voir, dans iioUc liisloire <lt' Itrrtafjxc, la rcvolle <lii conilo de Xorl'olk, |>aj.;cs liiS et suivantes.

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