‹ La NormandieChapitre 28 sur 118 · I.A Non M \M)li:. I · texte numérisé non relu

I.A Non M \M)li:. I

Ils t'Iait'Ul It' lieu iliiii [it'iqtlc ;i iiii ;iiiti(' peuple; ils l'Iaieiil la parole, ilsélaiciil le réeil, ils étaient le joiiinal. La poésie et l^'loqnence (Haient (le leur iloinaiiu', la louanije et le hlànieleur appartenaienl en jn'opre ; ce qu'ils voulaient faire p:lorieu\ était glorieux ; ce qu'ils faisaient infâme ('tait infâme. Us avaient des eonsolali<»ns j)our t<Miles les misères, des espérances pour tous les courages. C'est lieau à voir, save'/-vous,^espritde cescoural;euxpoëles, l'imagination de ces inventeurs, le rêve idéal de ces faiseurs de contes, circulant librement à travers tant d'obstacles, tant d'ignorance et de tyrannie, (l'est beau à voir, ce peuple du douzième siècle qui prête l'oreille à ces récits d'héroïsme et d'amour ! Or, ces beaux poèmes, ces touchantes histoires, ces drames terribles, ces chansons joyeuses, ces admirables complaintes du moyen âge, qui lésa produits, je vous prie , sinon la chevalerie? Qui aurait pu suffire à tant de passions, à tant d'avenlnres, à tous ces miracles, sinon la chevalerie et ses héros? Ainsi Homère a composé son poëme avec tous les chefs (|ui étaient devant Trove et derrière ses remparts. Sous le rapport de l'intérêt, de l'émotion, de l'allocution publique, le roman ou la romance, ou, si vous aimez mieux, la ballade, c'est la luème chose. Le l'oman, c'est l'histoire parlée ; la lomance, c'est l'histoire cbantée. Dans la préface du CiV/, le grand Corneille appelle les romanceros : les originaux décousus dcV histoire d' Espagne; et la chose est si vraie, qu'à l'aide des romanceros, dont les premiers remontent aux derniers des rois visigoths, a été écrite plus d'une période de l'histctirc espagnole. A travers cescoujdets chantés ou déclamés sur (pielque accompagnement monotone, le nom du Cid, et celui de Bernard del Carpio, et celui de Fernando Gonzalès, ont traversé tous les âges. L'enfant les savait déjà pour les avoir entendu murmurer par sa nourrice. La romance chevaleresque, tout en conservant une certaine ressemblance avec ces petits poèmes de l'Espagne, n'a rien de servile dans son imitation. Au contraire, elle se donne je ne sais quelle tournure leste et piquante, quel petit air vif et dégagé, qui lui convient à merveille. Grâce à ces efforts populaires du génie européen, vous verrez peu à peu la langue romane se dépouiller de son enveloppe latine pour revêtir les apparences des langues plus jeunes qu'elle a pensé dominer un instant. Le dialecte national se fait jour à travers tous ces obstacles. Les langues suivent la fortune des Etats, et cette langue romane, si habile à s'approprier les tours originaux de chaque nation, fut bientôt parlée et comprise d'un bout à l'autre de l'Europe. Au douzième et au treizième siècle, la langue romane fut la langue de tous les esprits avancés, la langue a<loptée par tous les poètes et par des

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poêles (pii |i(tilai('iil nii IVoiil une coiirtmiK'. (Iiiill.'iiiiiir , comlc de Poitiers, le roi \\\ch^u\ (^(i'ur-<l('-Lio>i , Al|tlioiis(', roi (l'Ar;ii;oii, le daiipliiii tl'AuvcrgiKN l<^ ronile de Toulouse el le r(»iiile de l'oix, el renipereiir Frédéric, oui écril tous leurs vers et lous leurs récils dans la langue romane. Aussi cela s'appelait le parler des gentilsliouinies, h'parlar gen. C'est donc dans la langue romane, c'est-à-dire dans une langue savante et populaire à la l'ois, intelligible aux hommes les plus grossiers, mais que les seuls esprits cultivés savaient bien parler, que lurent écrits lous ces admirables récits de chevalerie, qui ont vécu bien plus longtemps {(ue la chevalerie elle-même. Que disons-nous? Aujourd'hui encore nous entendrions avec joie quelque beau récit de la Table ronde. Aujourd'hui encore, nous croyons aux paladins, aux enchanteurs, aux belles dames qui brodent en silence l'écharpc amoureuse. Oui , nous savons vos noms redoutables ou charmants, héros de la fantaisie de nos pères, Roland, Amadis, Ogier, Trislan, Lancelot, vous, les mailres et les modèles de dutiuesclin, de Bayard , de François V^. En vain, dans un chef-d'œuvre qui est l'honneur de la raillerie humaine, Cervantes a-l-il voulu faire justice de ces poèmes qui ont tant charmé le monde, le monde a ri aux éclats du Don Quichotte; juiis bientôt, comme un enfant qui a brisé son jouet favori et qui en ramasse les d(''bris épars, nous sommes revenus à ces fêles, à ces lourn<»is, à ces fées bieufaisanles, à ces chastes amours, à ces combats de géants, à ces merveilleux enchantements dont nous avait distrait un instant le gros rire de Sancho. Sancho, c'est l'ironie qui ne laisse rien après elle; Don Quichotte, c'est l'héroïsme, l'héroïsme qui vient trop tard, l'héroïsme dont on rit une heure pour l'entourer ensuite, jusqu'à la fin des siècles, d'estime, de bienveillance, d'admiration et de respect. Mais Don Quichotte lui - même , dans son admiration trop complaisante pour les romans de chevalerie, a grand soin d'établir une différence entre les chefs-d'œuvre et les rapsodies. Roland, par exemple, cette charmante fantaisie des plus beaux génies de la France et de l'Italie, devant quel esprit ce beau poëme , fût-ce l'esprit de Malebranche, ne trouverait-il pas grâce et pardon? Cette mythologie du moyen âge, ces chefs-d'œuvre qui pendant cinq cents ans ont amusé, ont occupé, ont éclairé l'Europe, quelle main assez courageuse oserail les jeter aux tlaiumes? Le Tasse et l'Ariosle sont les enfants chéris de celle poésie. A btut prendre, Merlin r(^ncbanteur n'est-il pas un être aussi réel que le dieu Neptune? le roi Aribus est-il donc plus impossible que le bouillant Achille? Les fées qui protègent, les fées qui mau-

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