‹ La NormandieChapitre 29 sur 118 · I.A NOKMANDII':. lITi · texte numérisé non relu

I.A NOKMANDII':. lITi

(lisseiil, lit' li's i('lr(»ii\('/-voiis|)as (liiiisl7//a(/r cl dans \' tùiéidc, i-l |Kirl(>iil où se passe l'aiiit)!! épujue? iMèiiie, la clievalcri*' n'a-l-clle [las sur Icsdiviiiilés païennes le lii'aml avanlaue «le savoir pai'ler la langues de l amour naïf, inpénii, cliasle enlin? Dans ces lieaiix poënies du moyen ài^c, ItN lennnes ne sont-elles donc pas pins belles, pins lonclianles et mieux aimcMîs • pie dans tons les poèmes anIitpK's? Ia' eouiai^c d'Ilerenle et d(^ Tliésùe n"a-t-il pas (jnelipu' clios!" de hrntal et de Inrienv (pie n'ont pas les héros de la Tahlc ronde? \ peine vaintpienrs, Hercule et Thésée et, le; honillant Achille, réclament le prix de la victoire, (pi'il saisisse dune helle esclave ou dune coupe d'oi" vainipu'uis, Amadiset Lancelot osent à peine jeter un timide rciiard sur la j)ersonneaimée.I)'ailleursrorii;inemèmedela chevalerie est touchante. Elle a éclaté en [ileiiie barbarie, elle est veime à délaulde toute autre justice ; elle est la sauve garde des [teuples du Nord ; elle em- Itiasse tout d.dturd le midi de l'Angleterre, le nord de la (laule, une partie de la Germanie. A peine née, elle fait entendre des paroles — paroles inconnues dans ces époques sanglantes— de générosité, d'hnmanilé, de pardon. Les romans de chevaleiie qui , comme tontes les poésies, représentent le rêve des âmes honnêtes, vous initient à merveille aux espérances lointaines du moyen âge. Enc'ore aujourd'hui , tant la trace de ces lictions a été vive, nous pouvons dire; les origines de tous les héros du poème. Merlin renchanteur est un enfant des bords de la Twed ; le roi Arthus , c'est l'ombre agrandie , je; veux dire exagérée de (Iharlemagne. Sous le règne du roi Henri lîeauclerc 1 154), Geoffroy de Moniiiouth traduit du bas breton en latin l'histoire du Brut, qui renferme l'origine des rois anglais, descendants de Brutus, lilsd'Enée, qui aborda en Angleterre (le roman du Brut nous l'aflirme), et donna des souverains à ce pays. Dans ce livre vous trouverez l'histoire fabuleuse de ces Mis de Brutus jusqu'à Cawalcader, un des héros du septième siècle. A peine traduit en latin, h; Brut fut traduit en langue romane et en vers par AVace le poète, à la grande satisfaction du roi Henri II, qui se fai.îail redire par ses trouvères les hauts faits de la Table ronde et les belles actions du roi Arthus.

On ne sait pas assez tous les travaux littéraires entrepris et menés a bonne fln sous le règne de cet anglo-normand Henri II. Ha fait composer un corps d'ouvrages de tous les livres épars que racontaient, en les défigurant, les plus habiles trouvères. A ce roi Beauderc, nous devons la conservation et la traduction des plus beaux romans de la Table ronde, un chef-d'œuvre, translaté' en français par le chevalier Luce, seigneur du château du Gast, jirès Salisbury. de même chevalier Luce a traduit le roman du Saint-Graal, du moins en partie ; car celte traduction fut achevée

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parRohcrl t'I Ilf'lys de Boiroii. LcTrislun lui Irunslalé par le chevalier Liice et par iiKîssirc (îasscr le Hloud, un des cousins du roi Henri. Kn même temps, le cliai»elain du r<»i, (laulliier .Mapp, mellail en IVançais, el toujours par onire du roi, le roman de Lancclot du Lac ll(';l\s de Borron a traduit le Merlin; Roher!, son cousin, a traduit le Palamètle ; il a mis en prose les vers de Rolterl Wace ; Rusticien de F'uyse a traduit Mélyadus et Gijron le Courtois.

Et n'est-ce pas, je vous prie, à une dislance si reculée, une iirande louange de la langue française, que ce roi d'Angleterre faisant traduire — en français! — les beaux livres qui charmaient ses loisirs et qui étaient connue l'enseignement de sa cour? C'est à Guillaume le Conquérant, nous l'avons déjà dit, que la langue française devait cette faveur qui se prolongea pendant plusieurs siècles, dans toute l'Angleterre, partageant avec la langue romane toutes les sympathies de ces gentils hommes si jaloux cependant de leur nationalité.

Presque en même temps, les poêles de la France, de leur côté, obéissant pour ainsi dire à leur insu , à l'impulsion de ce prince anglo-normand , se mirent à imiter les livres que Henri Beauclerc faisait traduire. Voilà comment la France elle-même a produit des poëmes (1191) qui ressemblent aux poëmes aimés de l'Angleterre : Percerai le Gallois, le Chevalier dit Lion , Guillaume d'Ânyleterre , autant de poëmes du poète français Chrestien de Troyes, qui, pour accomplir ces travaux, mettait doublement à profit les traductions du bas breton el du latin. Et notez bien que dans ces poëmes, composés, colportés, récités, traduits en Angleterre, imités en France, c'est la France qui joue le beau rôle, ce sont les chevaliers français Lancelot, Méliandus, Tristan, qui mettent en fuite les chevaliers de l'Angleterre. C'est qu'en effet, les inventeurs, et surtout les admirateurs primitifs de ces poëmes, étaient des Normands, Mis de Normands connue le prince qui faisait traduire et mettre en ordre ces distractions héroïques delà bataille et des affaires; même du côté de ce roi d'AngleteiTe, de ce Normand, roi par la grâce de Dieu el de Guillaume le Conquérant, le penchant était resté tout français.

Ainsi c'est à l'Angleterre el à la France réunies que nous devons tous ces beaux poëmes. En dépit même des exploits incroyables que le poëte prèle aux chevaliers de la France, l'Angleterre est bien loin d'être sacriliée. H est vrai ([ue, dans les romans de la Table ronde, Lancelot et Tristan, les deux héros, sont Français ; mais en revanche , les deux blanches el touchantes héroïnes. Genièvre el Yseull, sont deux Anglaises, el enfin Gauvnin, Perceval, Yvaiu, fbevaliers anglais placés sous le secoiui plan, bril-

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Ifiil encore crim vif eclal auldiir du jiallatliiiMi liei-oiqiie du Sainl-Graal.

Et quels livres! (Juids loiii^s réeils 1 t|uelle suile inliiiie de l)alailles el d'histoires galaiiles! Le Parceval de Clireslien de Troyes n'a pas moins <le viuiil-deux mille cent soixante-dix-lmil vers. Le Lancelol en prose ne l'emplirait pas moins de douze Itunes in-S". Beaux livres naïfs, que \cromati lie la Rose a pensé emporter dans l'emmi qu'il ikuis a ins|>iré à nous tous; car, à force d'entendre dire et répéler que c'était le chef-d'œuvre des romans et des poëmes de chevalerie, nous avons presque enveloppé tous les heaux pt»émes (|ui l'avaient pri'cédé' dans le même dédain. Mais laissons là le roman de la Rose; en fait de chevalerie eri'ante et de poëmes de chevalerie, il faut s'en tenir, et c'est le plus sur, aux trois grandes familles épiques du moyen âge : les chevaliers de la Tahle ronde, les Aniadis, Charlemagne et ses héros. Et maintenant revenons à notre double histoire de France et de Norniandie ; laissons là nos héros fabuleux, Arthus, roi delà (irande-Bretagne, (ils du roi Uter ; Merlin, protecteur d'Arthus, Merlin, l'honnête et naïf enchanteur ; la Dame du Lac; Genièvre, fenmie d'Arthus; Morgain, sa sœur ; Gauvain el Gauric, et tous les fils du roi d'Orcanie ; Lancelot du Lac et son cousin Lyonel : abandonnons à leurs travaux amoun»ux et sanglants Méliandus, Tristan de Léonais ; Mas, roi de Cornouailles ; Houël, roi de la Petite-Bretagne : laissons passer dans le poème, connue ils ont passé dans l'histoire, Pharaniond, roi de France, et Clodion son fils, el les autres chevaliers de la Table ronde : Palamède, (iauvain et ses quatre frères, Messire Lac, Sacrémor, Bréhus Sans-Pitié, le Boi pêcheur , Croppart, roi de Hongrie, troupe brillante de héros el de Itelles âmes, dans laquelle vous ne rencontrez, pour déparer cet ensemble de sincère dévouement et d'héroï- «lues vertus, que le Bréhus Sans-Pitié, et Méléagant le Chevalier fourbe. Voilà les noms favoris de la brillante et ingénieuse poésie du moyen âge. Et vous aussi, les belles princesses dont les beaux yeux animent de leur feu doux et charmant toute cette histoire des condiats et des amours : Vseult aux blanches mnius, qu'il ne faut pas confondre avec Yseult aux cheveux blonds; et vous, Isaure, amie de Clodion; Ismène, maîtresse d'Arthus ; Zamire, fille de Pharamiuid : beaux astres , qui avez resplendi dans cette nuit profonde du moyen âge, nous ne voulions pas vous quitter sans vous rendre ce qui vous est dii dans nos hommages, dans notre reconnaissance, dans nos respects !

Nous revenons, par un long détour, à Geoffroy Plantagenel , el à son beau-père le roi Henri , qui lui confère lui-même l'ordre de rbevalerie. Cette prise de> armes de (renffroy Plantagenet fui

i IK

LA NOHMANDIK.

ciiloiiic't' (111110 iiiagnilicciicc luulc royale. Quanti le roi Henri l'ciil inlcrrogé sur les devoirs de la chevalerie, (leolTroy lut ploni^r dans un bain, espèce de symbole de la purrlt' clievaleresque ; on lui mil. une tunique d'or, une colle de mailles en acier el un casque oruc de pierreries; on lui chaussa l'éperon d'or, on l'arma de la

lance, el enlin on lui ceignit l'épée, une épée labri(|uéc par ce l'or- -eron mystérieux, dont il est si souvent question dans le poëme des Scandinaves. Le roi donna l'accolade à son gendre; huit jours plus lard, le mariage était célébré au 31ans par l'évêque d'Avranches. Le roi d'Angleterre était alors au comble de la puissance . à sa lille Mathildc , tous les seigneurs anglo-normands avaient prêté serment de lidélilé, tout à la fois pour le duché de Normandie el pour le royaume d'Angleterre; et maintenant que sa fille 31atbilde était mariée au puissant fils du comte d'Anjou, le roi se demandait à lui-même, qui donc |iourrait attenter à la couronne de l'inipéralrice sa fille ?

Pour comble de bonheur, mourut au siège d'Alost, son neveu Guillaume Cliton, pelil-fils de Guillaume le Conquérant. Ce Guillaume avait été le j»rélexte de la ligue formée entre les barons normands pour insurger la Normandie. 11 était par son père, el surtout par son grandpère, l'héritier légitime du duchéde Normandie; il avait été un instant le gendre et l'allié de Foulques, comte d'Anjou, qui s'était vu, presque en même temps, le beau-père du Guillaume liéiilier de l'Angleterre, et

LA NUUMANDIb:. m»

<lii (iuilhiunic li('Mili( r do la Normaiulit'. IVmi s'en l'alliil qui; les parlisaiis (le (înillaimit> CJiloii lU' lui rciulissciil la Ndi'iiiaiulic. Ses parlisansétaieiil iioiiibrrux ; ils se (IciiiaïKlaiciil avec iîKjiiiéliule à qui «loue ils allaient apjiarltMiir après la nioii do Honri I''? Mais enlin, l'Iiahilolo du roi d'Aiijilelerro, les violences de son neveu (Inillaunie, une balaille que perdit le prétendant dans la plaine de Bourglheroude, la prise du eliàteau de Vatleville, dans lequel s'étaient réfugiés les lijiueurs, tous les chels de celte conspiration arrêtés, jugés, condamnés, bannis, privés de leurs l)iens, décapités, avaient Uni par faire du lils de Robert Cuurte-Heusc un ilue de Normandie aussi peu redoutable t(ue Robert lui-même, le prisonnier aveugle de Cardil'. Toutefois, la mort de ce prétendant malliabile el malheureux ajoutait a la puissance du roi d'Angleterre, c'était un drapeau de moins entre les mains des mécontents ; mais comme rien nesl complet en ce monde, et surtout la joie des conquérants, (leoffroy Plantagenet son gendre eul bientôt oublie- la soumission (|u'il devait au roi sou beau-père, (lel impatient jeune homme, marii' à une femme hautaine, qui avait été la femme et la femme obéie d'un empereur, la chassa de l'Anjou et la renvoya à Rouen comme ou uc ferait pas d'une concubine; en même temps il réclamait de son beau-père la Normandie tout entière. Pour soutenir tant d'insolence et de si grandes pnientions, (ieoffro> Plantagenet se mit à la tête de ses Angevins il 155), si bien que le roi Henri P' fut forcé, encore une fois, de reparaître en Normandie, pour mettre ce nouveau prétendant à la raison.

Ce fut là le dernier exploit du roi d'Angleterre, (hi louchait à la lin de novembre de cette même année ! 15o. Le roi était sorti de bon matin pour chercher les plaisirs de la chasse, lorsque tout d'un coup il fut pris d'une grande lièvre, et au même instant il comprit qu'il fallait mourir. Il ujourut comme étaient morts les ducs de Normandie ses prédécesseurs, en chrétien qui se repent, et surtout en politique habile qui voit l'avenir; il fit distribuer aux pauvres et à ses domestiques des aumônes et des récompenses abondantes ; il se confessa à l'archevêque de Rouen, il proclama sa fille Mathilde reine d'Angleterre, el, à défaut de Mathilde, il désigna pour son successeur légitime le fils de Mathilde et de Geoffroy Plantagenet, Henri, un enfant que les Anglais appelaient f//5-^'w/>er<?î/r, c'est-à-dire le fils de l'impératrice. A cet enfant, aussi bien qu'à sa propre fille, le roi Henri P' avait voulu que les Normands prêtassent serment de fidélité, tant c'était là un prince qui tenait à l'avenir de sa race. Il mourut, laissant après lui

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la reiiDiiiniée d'iiii roi qui savait régner. Sous ht règne de ccl lia- Itile |)olili(|uc, vous voyez enfin apparaître les premières et incerlaines poésies nationales. C'élail un es[)rit cultivé, une intelligence

propre à tout comprendre, un homme qui avait le sentiment des grandes choses. Il fut le protecteur de la chevalerie et de la poésie. Mais cef)endant (c'est toujours la même histoire à propos de ces funérailles sans respect ', quand il fui mort, cet homme si puissant, ce fut à grand' peine qu'on lui rendit les honneurs de la sépulture. Cette impératrice à qui il avait fait prêter tant de serments en Normandie, sans compter les serments qu'il avait exigés pour son petit-fils, sa fille Mathilde qu'il avait à plusieurs reprises proclamée reine d'Angleterre, mais sans consulter les barons etlesévêques de l'Angleterre, soit par orgueil d'un homme tout-puissant, soit par l'oubli de privilèges qu'il était dangereux de heurter, elle ne devait pas montei', après son père, sur ce trône qui avait tant coûté au roi Henri ! Ce fut le neveu de Henri, Etienne, fils d'Etienne de Blois, qui courut en toute bâte pour s'emparer du trésor royal et de la couronne d'Angleterre. Les barons et les prélats normands favorisèrent l'usurpation d'Etienne, car, dans l'interrègne de cette royauté toujours contestée, ils avaient besoin du premier venu qui lesrassuràtà l'instant même pour leurs possessions anglaises. De son côté, le mari de Mathilde, Ceftffroy IManlagenet, n'était pas h(»mme à renoncer sans coup

LA NOM.MAMHi; \->\

lérir, aux droits que lui dunnail son mariage. INous avons sii;nalé à |»lusieurs reprises l'orgueil et l'insolence de ce jeune lionnne avec le roi son beau-père, hupélueux, plein de courage, avide, non pas seulement comme un prince, nuiis comme un marchand, tant que vécut le roi Henri V\ (îeolîroy IManlagenel sut arracher au père de Malhilde, •celle femme que GeolVroy traitait comme une servante, des terres, des maisons, de l'argent, des châteaux forts. Dans la vieillesse du roi, le IManlagenel redoubla d'exigences. 11 parlait, disait-il, au nom de sa fennne Malhilde! 11 disait à l'avance que la couronne d'Angleterre lui appartenait aussi bien que la Normandie. Le vieux roi Henri, indigné de lant d'arrogance, ne cherchait qu'un moyen de clhàtier l'insolence de l'Angevin. Dans sa douleur il voulait prendre sa lille Mathilde par la main, la coliduire à Londres, et la faire monter, seule, sur le trône d'Angleterre ; la mort l'arrêta dans ses dernières prévoyances. Il mourut sans pardounerau Plantagenet et tout préoccupé de l'avenir de sa race. Mais quoi ! nos heures sont comptées. IS'cntendez-vous pas toute celle civilisation naissante qui nous appelle ? Déjà les poètes, les artistes, déjà les beaux détails de l'histoire, un instant apaisée, se montrent à nous dans le lointain. Le temps nous manque pour vous raconter l'usurpation et les combats d'Etienne, accouru le premier à la curée de ce vaste royaume. Cet Etienne était lils de ïhibaud, comte de Blois; il appartenait de très-près à Guillaume le Conquérant; il avait trente-trois ans, le bon âge pour la guerre. Comme il était le premier et le plus riche baron de l'Angleterre, il avait prêté, sans hésiter, tous les serments que le roi Henri I"" avait exigés pour sa fille iMathilde. Le roi mort, Etienne passe de l'autre côté du détroit. A peine arrivé, il s'empare des trésors que le feu roi avait cru mettre à l'abri de Geoffroy Plantagenet , sans songer qu'à défaut de Geoffroy, quelque prétendant se présenterait toujours pour s'emparer de ce trône et de cette fortune. Etienne fut reconnu sans conteste roi d'Angleterre ; mais cette usurpation trop facile affaiblit cruellement la redoutable monarchie que les Anglais fondaienl en France, et qui avait tant inquiété la prévoyance et la sagesse de Louis le Gros. Sur ce trône chancelant où il s'était assis par surprise, l'usurpateur Etienne se vit exposé à toutes sortes de révoltes. Les barons normands, propriétaires tout à la fois dans la Normandie et dans l'île de la Grande-Bretagne, et qui, pour ne pas obéir à deux maîtres à la fois, avaient reconnu le roi Etienne, eurent bientôt compris qu'ils s'étaient trop bâtés. En même temps , l'héritière légitime du feu r(»i, Mathilde, duchesse d'Anjou, arrivait à la léle A'\[\\r aimée d'Ani^eviiis

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pour rt'prciulie l;i Nonnandic d'ahord , cleiisuile rAnglelerrc, pciidanl (|ue CieollVoy IManlageiiet,son mari, retenu daiisrAnjoiipailesintrigiics d'Elieiine, assistait de loin aux combats de sa femme. Malheureuse province ! Abandonnée par ses deux maîtres, la Normandie se vit bientôt couverte de mille petites guerres lamentables. Tous ces bommes de la féodalilé, que la pui.ssance royale ne maintenait plus dans le respect, se mirent à venger, chacun de son côté, ses offenses personnelles. Chaque seigneur avait à lui sa bande armée; chaque ville avait sa milice: on se battait pour un arpent de blé, on se battait pour un l)on mot. Ces belles campagnes, aujourd'hui si florissantes, elles étaient pleines de carnage. Ces calmes hauteurs, aujourd'hui toutes chargées de maisons de plaisance, elles succombaient sous le poids des châteaux forts. La rivière heureuse et libre que sillonne de ses deux ailes cadencées le bateau à vapeur , elle était à chaque pas interceptée par des chaînes tendues d'un rivage à un autre rivage. Ingrats que nous sommes! nous ne faisons pas assez souvent ces sortes de retour sur nous-mêmes , quand nous prêtons une oreille épouvantée aux tunmltes et aux ravages de l'histoire. Nous ne rendons pas au ciel cl aux hommes toute la reconnaissance qu'ils ont méritée, à l'heure où les hommes ont remplacé la guerre par la paix féconde, l'épée sanglante par le soc nourricier de la charrue, le blasphème par la prière, le baron féodal par des institutions libres, les armées d'archers et de vagabonds par un honnête garde champêtre, bon homme inoffensif, qui suffit à la tranquillité de toute la contrée. Après neuf mois de cet interrègne, vous voyez revenir les Angevins, ils ramènent avec eux l'incendie et le pillage ; ils ont à leur tête des chefs dignes d'eux : le sanguinaire Guillaume X, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine; le terrible Geoffroy de Vendôme , Guillaume, fils du comte de Nevers, et l'affreux Guillaume de l^onthieu ! Ces gens-là étaient de fer. Ils ne connaissaient de la guerre que ses cruautés et ses licences. Rollon, Rollon le Danois avait laissé son âme errante dans ces domaines conquis par ses compagnons de pillage; on arrivait, on brûlait tout. La Normandie, cette province mère des rois, conquérante d'un royaume, et qui en avait fondé tout au loin, n'eut pas mieux demandé que d'obéir à la reine Mathilde ; mais quand elle se vit couverte de sang, couverte de ruines, pillée, saccagée et brûlée vive par le mari de sa duchesse, la province se défendit à outrance. Oui, certes, le temps est passé où le paysan normand courbait la tête ; cette fois il l'a relevée. 11 prend sesarmes; il se précipitesur ces fiers barons, inviolables dans leur armure; il les pousse, il les presse, il les obsède; bref, le paysan

mel en fiiilc lo soigneur. (icollVoy el ses i (unpagnuns reculent, hi Sarllie est repassée par celle armée en déroule. (leollVuy |»arli, arriva de Londres le roi Etienne. Depuis deux ans la IN'ormandii; résistait au Plantagenel, non pas par dévouement au roi d'Angleterre, mais par haine pour la maison d'Anjou. A peine Etienne eul-il mis le pied dans la province, (ju'il se présenta comme le pi'ince choisi par le clergé, par les harons, choisi par le peuple. Hoi élu, il est vrai, mais pour mouler plus vile sur sou trône, il avait hrisé tous les liens de l'autorité royale ; il avait perdu, sui- le royaume d'Angleterre, cette domination ahsolue dont Guillaume el ses successeurs avaient donné l'exemple aux rois à venir, et celle royauté d'un jour fut pavée par rinunilialion de la tête couronnée. Voilà donc ce qui remplaçait la royauté fonilée par le conquérant ! Maintenant celte royauté s'achetait à |)ri\ d'or; elle se délendait non pas elle-même, la lance au pied, l'épée au poing, mais elle se faisait défendre par des soldats salariés, gens sans aveu, handits pris au hasard, vile milice, toute en dehors des lois de la chevalerie. Cet ahaissemcnt considérable de la royauté anglonormande entraîna avec elle la dépréciation de la propriété en Angleterre aussi bien qu'en Normandie. En effet, avantque ces soldats de grands chemins n'eussent usurpé le métier des gentilshommes, qui disait un chevalier disait en même temps un propriétaire du sol ; la terre donnait Ions les droits, même celui de se battre... Mais où donc est l'inlérèl d'un possesseur de la terre, maintenant que le droit de tenir une épée va passer à des mercenaires sans feu ni lieu?

Ceci est toute une révolution dans l'art de la guerre, que vous verrez s'accomplir, surtout après les balailles funestes de Crécy el d'Azincourl. Une fois à la tête de ces bandes mercenaires, le général n'est plus un général d'armée qui pousse en avant debons et loyaux soldats, c'est un faiseur d'affaires, un marchand de coupe-jarrels, qui est obligé de rendre compte de ses moindres démarches à des associés avides. On ne se bat pas pour la gloire, mais pour le gain ; il ne s'agit plus de débattre les grands intérêts de la paix et de la guerre, mais bien de savoir ce que l'on perd ou ce que l'on gagne à livrer la bataille. A ces hésilalions des soldats qui se battent pour le gain, non pour l'honneur, Etienne se vil exposé tout le premier. Une fois dans la Normandie, ces vils salariés se regardent entre eux et se demandent si en effet il faut se battre. De leur côté, les soldatsde Geoffroy ne sont guère plus disposés à en venir aux mains. Pourquoi se battre, en effet? A quoi bon ? Ouest la colère de ces gens-là? Où est l'enthousiasme? Où est le dévouement? Queleurimporte, après tout, que ce soitElienne (UiGeoffroy Plantageuet qui hérile de Henri 1"? routbien délibéré, pas

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lin de ces vils soldais ne voulut en venir aux mains; el voilà Geoffroy, cl voilà Etienne ({ui s'en vont, chacun de son côté, faute de combattants. Ktienne part, il laisse la Normandie s'administrer à sa guise. Il se crut un grand politique pour avoir soulevé toutes les passions, toutes les colères, toutes les haines de la province; ainsi fait l'enfant qui trouble l'eau du lac avec un bâton. Cependant l'anarchie élail à son comble : à qui donc obéir ?à quel prince, à quel roi? Plus d'un baron normand avait suivi Etienne en Angleterre pour l'aidera prendre la couronne, plus d'un baron anglais était resté en Normandie pour le trahir: entre autres, Robert comte de Glocester, de Bayeux et de Caeu ; il était le fils naturel du feu roi, et il prit parti pour la (ille de son père. De son côté, Mathilde, insolente et fière, se jette avec rage dans tous les hasards de la bataille. Elle passe la mer, elle trouve sur le rivage le duc de Glocester, qui lui tend la main; elle voit arriver pour la recevoir, tout le clergé de l'Angleterre, mécontent du roi Etienne. Alors la lutte recommence de l'autre côté de l'Océan : l'Angleterre est en feu; la Normandie, qui assiste de loin à ces guerres civiles, attend, sans trop d'impatience, ce qui va venir. Etienne, habile et brave, fait une résistance vigoureuse. Rien ne lui manquait pour se bien défendre, sinon l'autorité sur les vassaux de la couronne d'Angleterre, qui maintenant étaient devenus les égaux du roi. D'autre part, cette impératrice Mathilde se montrait la digne fille de son père, tant les émotions de la guerre civile avaient réveillé les colères de cette femme. Elle se battait avec la rage de Plantagenet lui-même et avec le même mépris pour la conscience et pour les biens des Anglais. — Des deux côtés la lutte était égale : Etienne mal obéi , Mathilde odieuse ; Etienne défendu par son frère Henri, évêque de Winchester et légal du pape , Mathilde soutenue par cet habile Robert, comte de Glo- (•estei-, son frère. Des deux côtés l'habileté était la même : é^al le courage, égale la furie; et tant d'efforts, tant de persévérance pour opprimer tous ensemble l'Angleterre ! Ainsi furent perdus les efforts du roi Guillaume et du roi Henri I". Cinquante années de patience, décourage, d'intelligence, de volonté, de génie, pour arriver à cette guerre civile de Normands contre Normands, tant rêvée par les Saxons! 31ais les vieux Saxons n'étaient plus là pour mettre à profit les dissensions intestines de leurs vainqueurs.

Nous ne suivrons pas Mathilde et Etienne dans les chances diverses et monotones de celle guerre civile. D'abord Etienne est fait prisonnier par Mathilde, qui le traite sans pitié ; Mathilde à son tour, abandonnée de ses partisans, est réduite à fuir devant Etienne; dans sa l'uile elle

LA NOIi.M ANDIK \-i:i

est couverlo d'ironies cl (rinsiilles |);ir les liouri-eois de Londres, qu'elle avail coniplés pour rien. A eliaque défaite, Eliennc prenait sa revanche, et peut-être, à la fin, eiU-il conservé ce trône tant disputé, si Geoffroy d'Anjou, pour venir en aide à Matliilde, n'eùl pas reparu tout d'un coup en Normandie. Celle fois (14 janvier H44), le Plantagenel passe la Seine près de Vernon; il arrive sous les murs de llouen ; les bourgeois lui ouvrent la ville, la citadelle tenait pour Etienne, faute de vivres la citadelle se rend au Planlagenel. Enfin, avec l'aide du roi de France Lonis VU, qui retint pour sa peine le château de Gisors, Geoffroy d'Anjou s'enqiare du duché de Normandie. En ce moment la monarchie anglaise se trouvait divisée par les deux maisons rivales qui avaient soulevé tant de guerres civiles. Etienne n'avait plus, sur le continent, que son comté de Boulogne; Geoffroy Plantagenel avait à lui la Noruuinnie, le Maine, lAujou, la Touraine : c'était de quoi attendre. Sa femme 3Ialhilde, vaincue de toutes paris dans son royaume d'Angleterre, vinlle rejoindre, amenant avec elle le jeune Henri, cet enfant l'ohjel de tanl de sollicitudes, que son grand-père avail destiné à régner après lui.

Nous sommes arrivés, non pas sans peine, aux premiers jours du règne de Louish Jeune. Règne bien commencé, règne qui4inil mal. Louis le Gros cependant, et il faul bien rendre quelques respects à ce prince habile et prévoyant, avait donné à son fils de sérieux exen)plesde bonne administration et de politique. Comme il avait rencontré en son chemin la chevalerie naissante, Louis le Gros avail compris que désormais, pour bien faire, le roi de France devait marcher à la lêle de la chevalerie. C'est ce roi-là qui, le premier, a placé la famille des rois de France à la hauteur du rôle qui leur convenait le mieux. Avec Louis le Gros, la France, que nous ne rencontrions plus nulle part, reparaît enfin dans les affaires de l'Europe ; car, vous vous l'avez vu, le onzième siècle tout entier appartient à l'Angleterre, à la Normandie, à l'Eglise, à l'Empire, sans qu'il soit question de la France. A peine si les quatre premiers rois de la race capétienne, fils indignes de Hugues le Grand, tiennent leur place dans la liste chronologique de ces rois inutiles, qui n'ont laissé que leurs noms. Avec le roi Louis le Gros, l'histoire de la France se rattache à l'histoire de la monarchie ; le roi se fait sentir; il est devenu vraiment le fonctionnaire public : il sait où est sa force , où est son peuple, il sait qui gouverne avec lui. Dieu soit loué qui veut agrandir la France ! Les rois de la troisième race vont se montrer dignes de cette haute fortune; maintenant que, grâce à Louis le Gros, cette royauté de France est en marche, elle ira mai'chnnt toujours, de Louis le<iros à Louis XI, de François I" à Henri IV.

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(le Louis /cGrawt/eiiliii jusqu'à l'abîme où duiveiits'engloulir les tiavjuix, le gLMiie et les elïorls d'une royauté vaincue à jamais.

Désormais la présence réelle du roi de France dans les affaires de l'Europe va jeter un nouvel intérêt sur l'histoire que nous racontons; désormais aussi le roi d'Angleterre trouvera un roi à qui parler. Avec Louis le Gros commence la lutte delà royauté française, non-seulement contre les grands vassaux de la France, maiscontre les petits tyrans (jui la couvraient d'esclavage et de misère. A celte lutte, plus honorable que brillante, plus utile qu'héroïque, Louis le Gros s'était préparé de bonne heure, par le travail de l'esprit, par les exercices du corps, par tons les arts du chevalier accompli. Brave, actif, hardi, courageux, il avait fait ses premières armes contre son redoutable vassal Guillaume le Roux, (jui voulait reprendre le Vexin, Mantes et Pontoise. Ennemi généreux de l'injustice, le roi de France avait déclaré net et ferme, (|u'il ne voulait pas souffrir plus longtemps les violences des liarons et des comtes dont les forteresses pesaient sur les campagnes; ces gentilshommes faisaieni un véritable métier de bandits, ils dévalisaient les passants sur les grands chemins, ils ruinaient les moines dans les abbayes, ils dévoraient le blé et l'herbe des laboureurs; le roi mit à la raison les plus féroces, et entre autres le seigneur Bouchard de Montmorenci, le chef de celte illustre maison qui pendant si longtemps a marché la première, après la maison royale de France. En ce temps-là, le peuple appelait le roiLouis : Louis l'Éveillé. Et, en effet, il fallait être alerte pour dompter l'un après l'autre ces seigneurs révoltés, pour défendre ces églises menacées , pour rétablir entre les deux villes principales du roi de France, Orléans et Paris, les communications interrompues par tant de forteresses, de ponis-levis, tant de péages. — Et en même temps, que d'inquiétudes devait donner au roi de France cette Normandie, unie à l'Angleterre, sons le même sceptre et défendue par la même épée! Quel ennemi plus redoutable que ce roi d'Angleterre, placé au centre mêuje de la France ! L'œuvre de Louis le Gros fut longue, pénible, utile, peu glorieuse, nous parlons de cette gloire qui vient tout de suite, parles grandes batailles. Il fallut d'abord entreprendre et terminer toutes sortes de petites guerres avec de petites armées, dompter l'un, relever l'autre; tendre une main favorable aux bourgeois et aux laboureurs, protéger le commerce, encourager les fabriques, cl pour couronner tant d'efforts, prononcer à haute voix ce mot magique, ce mot sauveur : affranchissement ! Gar les conuuunes, poussées à bout par le brigandage des seigneurs, s'élaicnl associées enlin, cl elles s'étaient mises à se défendre. Aux villes

qui les pouvaienl inainlenir, le roi accordait des charles. Oui que vous soyez, ballez des mains! C'est la liherlé (jui commence, la liberté de 1789!

Du sang! toujours et partout du sang! Voilà bien des guerres que nous vous racontons, bien des misères dont nous sommes les témoins , mais si vous saviez de quelles cruaulés nous vous faisons grâce! Nous n'avons même pas parlé du roi d'Ecosse David, ravageant l'Angleterre pour le comple de Malbilde, et « les Écossais, comme des bêles fauves, <> massacrant également les jeunes gens et les vieillards, faisant périr « les femmes enceintes dont ils ouvraient le ventre pour en retirer les (( petits'. » Que si nous passons du massacre général aux crimes des individus, la férocilé n'est pas moins grande. Savez-vous, par exemple, une plus affreuse bisloire que cette bisloire de la tour d'Ivry, avec laquelle on n'a pas encore, que nous sachions, composé roman ou tragédie? A l'instant même où les barons normands, jusqu'alors dévoués au roi d'Angleterre, Hugues de Gournay, Etienne, comte d'Aumale, Henri, comte d'Eu, Uenaud deBailleul, Uobeitde Neubourg, levaient l'étendard de la révolte; à l'instant même où le comte de Flandre portait dans le duché de Normandie le fer et la flamme, Henri P"", renfermé dans la tour de liouen, voit arriver à lui Eustache de Breteuil, à qui il avait donné sa fille Julianne en mariage. Eustache, d'une voix plus haute qu'il ne convenait, demande à son beau-père la tour d'Ivry. Le roi d'Angleterre promet à son gendre qu'il ne donnera la tour à personne, sinon à lui, comte de Breteuil. — " Seulement, dit-il, il faut attendre. Remettre la tour à la garde des Normands, serait une imprudence, je me méfie de tout ce qui n'est pas Anglais ou Breton ; donc patience. Et cependant, moi, Henri, j'ordonne à Raoul de Harenc, gouverneur de la tour, qu'il remette entre tes mains, comme otage, son fils Raoul, tandis que toi, comte de Breteuil, tu remettras entre mes mains tes deux filles. ><

Ce qui est convenu s'exécute... Le gouverneur Raoul remet son fils au comte de Breteuil, le comte de Breteuil conduit au roi Henri ses deux filles. Le roi était le grand-père de ces deux enfants, que pouvaient-elles redouter entre ses mains'^ Voilà ce que se dit le comte de Breteuil, et du même pas il s'en va sous les murs d'Ivry. Il appelle Harenc le gouverneur, et lui montrant son fils Raoul entre deux bourreaux : — H Rends-loi, cria-t-il, Harenc, ou ton fils est mort ! » Harenc no peut pas croire à tant de lâche cruauté, et il répond qu'il ne rendra pas

' Onleric Vilal , lonic XIII.

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la luiir. A celle réponse, Eiislaclie de Breleuil lil arracher les deux yeux au lilsde Harenc! El, ces deux yeux crevés, il les envoie à Raoul de Harenc : Reconnais-lu les yeux de Ion fds? Quand ce père infortuné est revenu de sa première douleur, il quille la forleresse, il s'en va à llouen, el sous les yeux du roi il déposa ce sanglanl téiiioii;nage de la lerociléel de la Iraliison du couile de Breleuil; pour loule réponse, le roi Henri abandonne à son serviteur Harenc les deux petites filles de Julianne! Harenc fait arracher les deux yeux el couper le nez aux deux enfants du roi son maître, puis, revenu dans sa tour, il jette au comte de Breleuil le résultat sanylanl de ces mutilations abominables. — El l'on parle de la férocité des tigres! — Ce lut alors que la lille même du roi Henri P', celte malheureuse Julianne poursuivie par son père, fut forcée de demander grâce, faute de pain! Le roi permit à sa fille de sortir de la citadelle où elle s'était enfermée, mais il fallut franchir le fossé plein d'eau et plein de boue; il fallut lever sa robe jusqu'au genou devant tous ces soldats, qui partageaient l'hilarité de leur maître ! Je m'arrête, ne voulant pas vous attrister davantage par ces abominables récits ramassés dans le latin barbare et férocement ingénu d'Orderic Vital'.

C'est surtout à la lecture de ces crimes incroyables de l'histoire que l'on peut comprendre quelle est la toute-puissance de la poésie, et comment un poêle de la taille de Shakspear est en effet le seul historien digne de raconter certaines lamentations, certaines misères. Voilà donc trois pauvres enfants, deux petites filles du sang royal, mutilés pour la possession d'une citadelle ! 3Iais cependant, si vous voulez bien vous rendre compte de ces atroces cruautés, si vous voulez apprendre par quelles tortures sont attendus tant de jeunes princes, Arthur de Bretagne, les enfants d'Edouard, Jane Grey, les fds des Dieux, venez avec nous tlansle château de Norlhampton, triste prison habitée par le jeune Arthur, cet enfant de la noble Bretagne, pleuré par elle, comme le dernier espoir de son indépendance et de sa liberté -.

C'est là encore une scène pleine de pitié , de deuil et de terreur; c'est là encore une de ces créations shakspeariennes, dans lesi|uelles sont représentées ad vivum ces époques horribles ; les plus grands crimes et les plus illustres vertus de l'histoire y jouent leur

■ Livre XII.

' Dans noire nouveau travail, inlilulé la Bretagne, nous racontons tout an long (an chapitre vu) ce moment solennel dans les souvenirs du peuple breton; les deux histoires de Kretagne et de Normandie, qu'il est impossible de séparer, ne se sont jamais tenues de plus prés qu'à ce moment.

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