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raconler à la lois le Normand Guillaume le fiâ/f/rr/ envahissant les Saxons d'Anglelerre, et le Normand Robert Guiscard remplaçant, en Italie, les Sarrasins et les Grecs du Bas-Empire, la lâche est difficile ; et cependant, si nous voulons que noire étude soit entière, il faut suivre jusqu'au bout ce noble sonlierqui nous conduira au IrônedeGrégoire VII, et plus tard à l'échafaud de Conradin. Il ne faut pas s'y tromper, bien que le succès de leur établissement politique et i-uerrier n'ait pas eu la même durée, Uoberl Guiscard et Guillaume le Bâtard s'avancent, pour ainsi dire, du mên)e bond, chacun d'eux dans sa domination et dans sa conquête. Tout àlheure, il nous a fallu quitter, en toute hâte, les Normands de l'Apulie pour les Normands de l'Angleterre, et maintenant que Guillaume le Conquérant est mort à Rouen, que Uobert Guiscard est mort à Céphalonie, parlons de nouveau des Normands d'Italie, et surtoul, puisque le présent chapitre est consacré à l'architecture, recherchons les vestiges de l'art et du génie normand en Italie, dans cette illustre patrie de Ions les arts.
Toutefois l'Iiisloire de Bohémond, le lils du vaillant duc d'Apulie, n'a rien qui dépare ce récit épique. Bohémond, digne de son père, avait la taille, la vigueur et la mâle beauté de ces géants venus de Coulances. Le duc de la Calabre et de la Pouille ne pouvait pas espérer un fils qui fût plus digne de lui et de ses oncles, les soldats de Hauleville. Tout de suite le nom de Bohémond fut célèbre, les Vénitiens et les Grecs du Bas-Empire eurent bientôt appris quel était ce nouveau venu dans les batailles; et cependant, quand mourut Robert Guiscard, le Guiscard laissa l'Apulie et la Calabre, non pas <à son fils aîné, Bohémond, mais à son dernier lils Roger, un enfant qu'il avait eu de sa seconde femme. Bohémond, déshérité par Roger, son frère, répondit, comme nous avons vu les fils de Guillaume le dnuiuérant répondre au testament de leur père, il répondit, les armes à la main. La lutte de Roger et de Bohémond fut terrible; enfin le duc Roger, pour avoir la paix, fut obligé de donner à son frère le comté de Tarente. Bohémond accepta l'accord, en attendant mieux. Un jour donc que le dernier comte de Tarente était à la suite de son frère le duc d'Apulie, sous les murs d'Amalfi révolté, la nouvelle arrive que les Croisés, venus de France, passent par l'Italie pour aller en Palestine; aussitôt Bobémoiul prêche la croisade dans le camp de Roger, et voilà les meilleurs soldats du duc de la Pouille qui luennenl la croix et qui s'en vont, en Palestine, sous les ordres du prince de Tarente! Ils étaient dix mille cavaliers et vingt mille fantassins, les uu'illeurs genlilsbonnnes de la Sicile, de la Calabre et «le la Pouille, qui
soudain se mirent à suivre Boliéuiond, sans j)lus s'inriuiéler du si(''f,'c d'Anialli, el de Uolieil, leur prince léiiilime. — Ils parlent. — Bohénioud en voulait surtout, eituune son jière le (ïiiisnn-il, à l'empire d'Alexis Comnèue; il lui semblait que l'empire d'Orient, (pi'il avait louché de si près, était une royauté à sa convenance. Quand il moula sur ce trône du Bas-Empire, Bohémond ne doulail pas du succès, tant il était habitué à faire trembler ce vil ramas de (îrecs désunis, et en effet l'empereur Alexis accabla Bohémond de ses obéissances el de ses trésors. De Conslautinople, (juil ne pouvait reprendre à lui tout seul, Bohémond s'en fui sous les murs d'Aiilioche, et après sept ans d'un siège pénible, il prend Antioche par la ruse et par le courage. — Anlioche resta à Bohémond pour sa récompense ; eux-mêmes, les princes croisés, ils reconnaissent pour chef de l'armée chrétienne le prince de Tarente, désormais prince de Tarente et d'Antioche.
Vous le voyez, les aventures du nouveau Bohémond tiennent de la fable. — Il se tire, avec une rare habileté, des positions les plus difficiles. — Prisonnier des Turcs, il persuade à l'émir ipii le tient captif, qu'il vaut mieux relâcher un homme comme Bohémond el s'en faire un ami, que de le vendre, au prix de trois mille besants, à l'empereur Alexis. — Une autre fois, blo( ué de tous côtés par la Hotte ennemie, Bohémond se couche dans un cercueil, et il passe, porté dans une galère en deuil, au milieu de la Hotte grecque, qui pousse des cris de joie, le croyant mort. — Plus que jamais, quand il est de retour en Italie, Bohémond cherche des ennemis à l'empereur Alexis; rien qu'à l'entendre parler de cet empire qui s'écroule et dont les débris pourront former de si belles principautés, les plus indifférents, parmi les princes de l'Europe, se prennent à partager les ambitions du prince de Tarente; lui-même le roi de France, excité par ces belles promesses, il permet à Bohémond de lever des soldais dans son royaume; bien plus, tant le roi de France croit à l'empire d'Orient pour son gendre, il accorde au prince de Tarente la main de sa fille Constance ; ce mariage fut célébré dans la cathédrale de Chartres. Nouvelles espérances pour le Normand qui voulait un trône à tout prix. — Le voilà donc qui redouble de zèle et d'ardeur; il prêche la croisade contre les Grecs du Bas-Empire ; non content des soldats levés en France, il en va demander à l'Angleterre, ma^s le roi Guillaume ne veut pas prêter ses hommes au lils de Kobert Guiscard. — Qu'importe ? La parole commence à devenir toute-puissante, et Bohémond lui-même, du haut de la chaire, promet à qui le voudra suivre, des villes, des châteaux, des terres... des promesses de conquérant. — Ce
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lui (Idiic ;i (|tii siiivriiiU'cl liomiuc (|iii avail à prendre tiii empire : TEspagiie el rilalie, loul coiiime la Fraiiee, répoiuleiil à l'appel ilii prince (rAiilioclie... Eli bitMi ! l'empire grec se délendil mieux (|tie ne s'était défendue l'AngletcMre des Saxons. L'armée de IJoliémond, si nombreuse, ])èle-mèle d'Italiens, d'Anglais, d'Allemands, de Français, força son chef à demander la paix à ce même empereur qu'il devait d(';trôner. — Ici même, aventure étrange! la princ(!sstî Anne (".onmèue, lille d'Alexis, cette pédante el lidèle narratrice des petits faits du Bas-Empire, bel esprit d'une précieuse dans le corps d'une co(|uelte, se mêla admirer ce Holiémond l'ennemi acharné de son père; elle se trouve éblouie de sa mâle beauté; elle célèbre «celle taille élancée et celle large poitrine, ces bras nerveux! » Elle ne peut se lasseï' d'admirer « l'éclat de ces yeux bleus qui respirent la vengeance. .. Ses cheveux étaient blonds el courts, son visage coloré, son regard ferme el rapide ! .sa bonne mine avait quelque chose de doux et de charmant. » Toutes ces aventures du prince de Tarente se terminent par une mort prématurée, dans la Pouille, en ! 1 1 1 ; on lui éleva nu tombeau à (lanosa ; son lils, ({ui avait cin(f ans à peine, meurt après son père; ainsi s'arrête celte grande branche des Normands de Coulances. Evidemment le prince de Tarenle esl inorl pour avoir voulu être chef d'un empire, en sa (pialilé de Normand. — Tancrèdc, son cousin, esl un héros |)lus conqilel el moins bruyant que Bobémond. Il était le lils d(; la Normande Emma, la lille de ceTancrède de Hauleville, (pii était lui-même le père de Robert Guiscard, diu" de Calabre. Brave, généreux, modeste, hardi, intrépide, avid«^ de gloire, croyant en Dieu, tel esl Tancrède. Il traita les Grecs comme les avaient traités ses oncles el son grand-père, avec un mépris incroyable, se faisant jour, l'épée à la main, au milieu de toute une armée. Seulemenl il eut sur ses oncles cet avantage, (pi'il eut pcuir l'argent le mépris d'un gentilhomme : « Mou lrés(U', disail-il, ce sont mes soldais; « qu'ils remplissent lenis bourses, je garde pour moi la fatigue, la grêle « el la pluie !-» Faisait-il une belle action, il défendait, à ses compagnons, d'en rien dire, car il aimait la gloire pour elle-même et non pas pour les autres. — Tancrède esl un des héros de la Jérusalem délivrée! Un joui-, — le siège de Jérusalem commençait, — Tancrède rencontre un vieil crmilc cpii ly salue : — « Salut à loi ! Tancrède, le digne des- '< cendaul de cetiuiscard (jui a l'ail trembler l'cMiipiregrec, (|ui a dompté « toute la Bulgarie jusqu'au UeuveVardaris!»— Au siège de.lénisalem. la première tour ipii fut prise fui emportée d'assaul par Tancrède, et elle s'appelle encore la lour de Tancrède. — Enliu, loué soit Dieu ! le I i jiiil-