I. A NOiiM AMHi;. I
cl loiiles les l'orces ilc rciiiiiercur cl ilii roi. Le leiuleiiiaiii de ses noces, rcmpercur disnil à sa jouuc feinnic : Coiuluisez-vons saç/enicnt, car <;o?/,s lirez lin indlr dans roire vrnirr. C'est une grande liistoii'c, celle liisloire tle Frédéric II, cxconiimmié par Gréiioire IX; c'est un grand fait, celte lutte du ponlife et de reuipereur, cette ligue lombarde qui s'oppose à la toute-puissance impériale, les terres de l'Eglise envahies, le pontife Grégoire IX blâmé par saint Louis lui-même, et enliii l'empereur Iriompliant, convoquant dans les Etats de Naples iuk; réunion de ses barons, et Venise qui arrive au secours du pape, et les prélats de l'Occident s'embarquant, à Gènes, pour Oslie sur les galères de la république, et les (Inelfes et les Gibelins et les Tartares qui tombent sur l'Europe, laissant b' septenlrion aux ossements des morls. Ilonnues à la poitrine robuste, la face maigre et paie, le nez tortu et court, les dents longues et riU'es; toute l'Europe était dans l'ellVoi, seul, Frédéric II osa tenir tôle à cet orage de barbares. El cependant la cour de Rome redoublait de vi(dences ; en plein concile, Innocent IV, digne successeur de Grégoire IX, dépose l'empereur. L'empereur résiste à Innocent, tout comme il a résisté à Grégoire. Alors l'animosité des deux rivaux ne connaît plus de frein ; le pape veut faire égorger l'empereur, l'empereur dénonce le pontife aux rois de l'Europe, l'Italie entière est à feu et h sang, Guelfes et Gibelins s'abandonnent à toutes les violences de la baine. A la fin, c'est l'empereur (jui est le vaincu. Un jour d'biver, le 18 février 124K, comme il cbassait au faucon, non loin de Parme, il est surpris et battu sans rémission. La puissance impériale était perdue désormais en Lombaidie, et ce tcrrii)Ie Frédéric II, renonçant désormais h tant de grands rêves, demandait grâce et pardon au pontife de Home qu'il avait pensé détrôner ! Il voulait,disait-il, partir pour la Palestine, il laissait à sou filsEntio l'empire d'Allemagne, à son fils Henri le royaume des Deux-Siciles; coupant endeux celte imposante puissance réunie sur une seule tête. Innocent IV l'ut inflexilde. Le roi saint Louis lui-même imposa en vain son influence entre le pape et l'empereur, le pape ne voulut rien entendre.
Cependant les Gibelins venaient encore de perdre Modène et P»cggio; Entio, le fils de Frédéric, venait de tomber entre leurs mains. Brave jeune bomme, fils d'un empereur, roi lui-même, poëtc aimé et populaire en Italie, il resta le prisonnier de la ville de Ibdogne. Dans cette prison, où rien ne lui manquait que la liberté, il vécut vingt-lrois ans, et fut enterré en grande pompe dans l'église de Saint-Dominique. C'en était fait, Frédéric II ne devait plus revoir la Lombardie. Il abandonna lui-même celte terre fatale où il avait perdu sa puissance et sa gloiiT. En vain de-
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niandailil firàce cl pitié au successeur de saiul Pierre; ni ses supplications, ni les prières de saint Louis et de Blanche de Castille, sa mère, te roi des rois et la dame des dames, rien ne ])ut loucliei- rindcxilde pontifr. La mort vint, qui arracha Frédéric II à lant de misères. 11 lut emporté par une dyssenlrie, dans le château de Fiorentino, le 20 décemhre 1250, à l'âge de cinquante-six ans. Son corps fut conduit de Fiorentino à ïarenle, cl de Tarenle il arriva par mer à Messine, et de Messine à Talerme, où il fut enterré entre son père Henri VI et sa mère Constance, sous un riche mausolée en porphyre. Ce monument se compose d'une urne ohlongue de grande dimension, que supportent des lions dont les queues s'entrelacent; six colonnes d'un modèle élégant, élevées sur trois marches, supportent un dôme en porphyre, sur lequel sont sculptés des griffons et des aigles. « Nohh^ seigneur, on accourail " de tous les pays pour le voir, car il donnait à tous el était affaljh^ (. envers tous : Irouhadours, musiciens, heaux parleurs, artisles, jou- (I leurs, maîtres d'escrime. » 11 était mieux que cela, il était un grand politique, un sage administrateur, il connaissait les hommes. Ses lettres sont restées comme des modèles, Dante le regarde comme le père de la poésie italienne; il a laissé des vers en langue romane, qui ne son! pas sans grâce et sans charme. Il faisait à merveille les vers latins, iî lisait Arislole dans sa langue, il était expert dans l'art de soigner les chevaux, il comprenait tous les arts, et surtout l'architeclure, qui est l'art des grands rois, et qui peut employer tous les grands artistes. Si la période normande fut féconde en monastères sacrés, en revanche Frédéric II fit élever des châteaux el des maisons de plaisance. Ennemi des papes, il aimait mieux hàlir une citadelle qu'une cathédrale; les palais d(! MelH, de Moulé d'Acquila, de Pézolé avaient été construits par l'empereur Frédéric II. Sur les sommets du mont Gargano, s'élève le château du Mont {Castel del Monte). Durant la domination des Lom- !)nrds, des Grecs et des Normands, cette montagne avait toujours porté un château fort. Là, Rohert Guiscard avait remplacé la tour lomhardepar une tour normande; de cette tour normande Frédéric II avait fait une maison de plaisance. La porte qui regarde vers l'orient est ornée de colonnes, el de sculptures en marhre rose du pays. Deux lions d'un heau style rappellent les armes de la maison de Souahe. La cour est oclangulaire ; au rez-de-chaussée, sont pratiquées huit salles voûtées qui donnent sur la cour au moyen de trois grandes portes. L'édifice est surmonté d'une terrasse en pierres à deux pentes, et depuis tantôt six cents anscette toilurea résisté à tous les ravaires du ciel; telle était cette
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vilhi de Frciloiic II. L'Alleiiiagiie ne vouliil pas croire à la iiiurl de son empereur, elle nevoulul pas renoncer à la proteclionde celle main puissante; elle le Iraila comme elle a Irailé Frédéric Barberousse, elle en lil le héros d'un miracle; elle se raconta à elle-même une légende qui disait que Frédéric II s'était endormi dans une caverne sous la montagne de Cologne, en attendant qu'il lui plaise de reprendre l'empire.
La uiiirl de l'empereur Frédéric fut une grande joie pour le pape Innocent IV. Tout d'al»ord, le pape s'emparait de Naples, il soulevait Capoue, il agissait comme si Frédéric 11 n'avait pas laissé son (ils Man- IVed, jeune et beau comme l'avait été son père. Ce ManIVed commença bien, il se délenditavec courage. On ne peut s'empêcher de s'intéresser à Mil pi'ince (|ui, dans ces longues disputes delà théologie politique sous lesquelles il devait succomber, trouve le moyen d'achever l'église d'Andréa; en même temps il prenait Nohi, il mettait le blocus devant Na[)les; el, la \ille prise, il en faisait raser les remparts. Il mourut, trop vite pour (ju'on sût tout ce qu'il pouvait faire, le 21 mai \2oi, dans l'Apulie. 1! expira en pleurant sur son llls, qu'il laissait exposé à toutes les haines pontilicales, et remplacé par ManIVed, son frère. Manfred tenta tout d'abord de faire la paix avec la cour de Rome. Dans celle paix si triste, ii renonçait à la couronne des Deux-Siciles, el le pape déclarait que ce royaume lui était acquis jusqu'au jour où Conradin, le fils de Maiifred, sera majeur; alors les droits du jeune prince seront examinés par le |)ontife, juge dans sa propre cause, et son royaume lui sera rendu si l.i cour de Home le veut ainsi. Mais le pape Innocent ne jouit pas longtemps de celle dernière victoire, il mourut, très en doute, dit-on, de la légitimité de ses droits. ManIVed met à profit celle mort, il reprend iMelti, Iloni, Barri, Rapallo; il allait ainsi s'emparant peu à peu du royaume de son neveu Conradin, malgré les résistances du nouveau pontife Alexandre YI. Enfin, le 20 septembre 1255 , l'usurpateur faisait, à l'alerme, une entrée presque royale. Celle fois encore, les Sarrasins de Manfred furent impitoyables. Naples, ijui se souvenait du châtiment (juc lui avait infligé Conrad, n'osa pas résister. Bientùl Manfred occupa Capoue et le comté de Fondi. Brave el hardi autant qu'habile, il était reçu comme un maître, car il était de ces hommes qu'on ne peut ni haïr ni aimer à demi ; ainsi il affermit, en peu d'instanis, sa domination sur le continent el dans l'île; il faisait sa paix avec les Vénitiens; puis au printi'uips de 1258, après avoir pacifié l'Apulie, il s'en va visiter la Sicile ; il était à 3Iessiiie au mois d'avril, et de là il se rendit à Païenne, ou il trouva de i^ramls Irésois fidèlcMuenl coiiservt's. En ce moment on vint
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lui <lii(! {\nc son neveu (îonradiii élail mort; aussilôl, sans l'eiiioiilcr à la source de celle nouvelle, le prince de Tarenle, comme i)oui' répondic a la prière de ses barons et des évêques, se lit couronner i-oi dt; Sicile dans la calliédrale de Palerme. IS'était-il pas, au demeurant, le lils de Frédéric II, n'avail-il pas reconquis ces provinces qu'il allait gouverner, u*avail-il pas répondu à la sentence des papes, par un immense déli?
Une fois couronné, Manfred repassa en Calabre, il visita ses lionnes villes; aux ambassadeurs bavarrois qui arrivaient pour l'aire valoir les droits de Conradin, Manfred répondit : « J'ai arraclié ce royaume à la Il baine de deux papes, je garde ma conquête; Conradin régnera après <i moi. » En môme temps il donnait des fêles brillantes, ou bien il l'cndait la juslice à la façon d'un cbevalier, ou bien, jaloux d'imiter {«oberl Guiscard, Boëmond et le grand Uoger, il s'en allait au secours de l'empire grec, convoité par l'ambitieux Micbel Paléologue. Cette fois Manfred fut liallu, et il revint comme un fugitif dans ses domaines d'Apulie le 18 novembre l^oO; alors il songea à relever le parti gibelin, singulièrement compromis dans l'Italie du centre et du nord. C'est le roi 3Ianfred ipii a fait creuser le port de Salerne. Fidèle à la politique de son père, le lils de Frédéric II renouvela l'antique alliance de la Sicile avec le Soudan d'Egypte; il mariait sa fille avec l'infant d'Aragon, don Pedro; il re- [tassait en Apulie au commencement de l'été. Cette fois il songea à éterniser son règne. Déjà, en li2oG, lorsqu'il n'était encore tpie régent pour le compte de Conradin, iVIanfred avait jeté les fondations de la ville de Sipinto, dont il voulait faire la capitale de l'Apulie. Là, il éleva une calliédrale, un cbàleau, de beaux monuments, dont rien n'est resté ipie le mole, qui, depuis six cents ans, repousse les atteintes de l'Adriatique. Cette ville disparue s'appela Manfredonia, la ville de3Ianfred. A la lin de Tannée l:2Gi, Manfred fut excommunié par le pape Urbain IV, (|ui clioisit Cliarles d'Anjou pour l'aider à cbasser le fils de Frédéric II. (>liarles d'Anjou, le frère de saint Louis, esprit ferme et triste, avait promis un jour à sa femme, Béatrix , comtesse de Provence, de lui donner une couronne, plus belle (jne celles de ses sœurs, (^liailes d'Anjou accepta volontiers le tronc que le pape Urbain IV lui j)roposait. La mort d'Urbain IV ne suspendit pas les projets et les vengeances de la cour de Ilome ; Clément IV devait contimier son prédécesseur. Il aiipcllc (îliarlesd'Anjou en Sicile, et Cbarlcs d'Anjou d'accourir. Il amenait avec lui ciiMl mille clievaliers,lalleur de la noblesse d'Anjou et de Provence, (piinze mille fantassins, dix mille arbalétriers ; une tempête le jeta sur les cotes de Toscane, mais cette tempête avait dissipé' en même temps la Mol te si-
ciliciuio. Monlr sur lUie bannK', cl suivi de ses lioiniucs d'aiiiiL-s, le [tré- Iciidanl arrive à Uoiiie même, où il s'élaltlil dans un des palais du ponlil'e. Quinze jours après, le 2S juin, il recevait dans la calliédrale de Lalran la couronne des Deux- Siciles. Pendant ce temps, l'armée des croisés, ramassée à Lyon aux frais de l'Eglise, s'était mise en marche contre ManlVed. ManlVed, de son côté, à la tête de ses Sarrasins, avait envahi les États du pape ; il était à Tivoli, et de là il menaçait la campagne de Rome. La ferme altitude de Charles d'Anjou arrêta Manfred. Encore une fois, la fortune de Manfred allait changer. Ses soldats refusent de le suivre contre le pape; il y va seul avec ses Sarrasins. Rome (■'lait prise, si Charles d'Anjou ne l'eut secourue, et certes il était temps. Sous les murs de Bénévenl, Charles d'Anjou et Manfred se rencontrent enfin. La bataille fut livrée le vendredi, t2t) février ItifK). Manfred lit à ses (lihelins une harangue touchanle ; Charles d'Anjou parla en peu de mots. La bataille fut d'abord à Manfred, mais bientôt la furie française l'emporta. Manfred vit s'enfuir, des premiers, son oncle, son cousin, son beau-frère, ses vassaux, et lui-môme, emporté par son courage dans cette mêlée, il tomba sous les coups d'un soldat sans nom. <- Faut-il perdre ainsi la Sicile, » disait Manfred en tombant. Les gentilshommes français, touchés de pilié, rendirent les derniers devoirs à ce fils de tant de rois, celui dont il est dit dans le poëme du Dante : « Je suis Manfred, petit-fils de l'impératrice Constance. » Mais le pape Clément IV fit déterrer les os de l'excommunié, et voilà pourquoi Dante ajoute encoie : « Sans le pontife, mes os seraient encore à la tête de pont près de Bénévenl, et sous la garde des lourdes pierres. Maintenant la pluie les mouille, le vent les remue hors du royaume , presque au bord du Verde, où on les jeta sous la malédiction des torches éteintes; mais l'amour divin n'est pas tellement banni qu'il ne puisse revenir. Tant que l'espérance est verte, elle peut donner sa Heur. »
Manfred mort, Rénovent est livré au pillage ; au pillage se joignit le meurtre ; huit jours durant, la ville entière fut mise à feu et à sang. De Bénévent Charles d'Anjou se porta sur Naples, où il entra monté sur un char à la façon des triomphateurs antiques. Bientôl, (|uand ils virent que les Français étaient insatiables, les Apuliens regrettent le roi Manfed. « 0 Manfred, disaient-ils, nous te pleurons, maintenani que lu es mort. » Clément IV lui-même se rei)entit d'avoir appelé en Italie ces loups dévorants. Alors ces peuples au désespoir tournèrenl leurs regards et leurs espérances vers le jeune Conradin, (jui \enail d'avoir (juinze ans. Il avait «'lé ('levé, avec toutes sortes de soins cl de leii-