‹ La NormandieChapitre 34 sur 118 · I.id LA NUUMANDIK · texte numérisé non relu

I.id LA NUUMANDIK

(Ircsscsinaleriiellos, pai'sa mère, Klisiihclli de Bavière ; ilélailainiahle el lirave. EiiraiiL (rime illuslre maison, ))elil-lils d'im liomiiic i[\\\ avail Iciilé la (loiiiiiialioii universelle, prince légilime, ce jeune homme, ou phitôl eel enlanl, avail de grandes chances à courir. Sa mère n'avait pas voulu s'associer à iManfred, sou oncle, et moins que jamais elle consentait à le jeler dans les hasards d'une royauté imaginaire, maintenant qu'il s'agissait de comhattre un homme de race étrangère, vieilli dans les comi>als, soutenu par l'autorité de l'Eglise et en possession du pouvoir. Pourtant l'Italie s'agitait, au seul nom de ce jeune homme ; les (lilielins (le Toscane et de Lomhardie l'appelaient en Italie pour lui conlier la eomnnme vengeance. Ils voulaient, disaient-ils, réveiller le lionceau endormi; en même temps, ils rappelaient les exactions de Charles d'Anjou, les peuples mécontents ; ils invoquaient les souvenirs de Frédéric II, de Conrad et de Manfred. Pise et Sienne promettaient d'aider le [trétendant, de leurs trésors; persuadée enlin, la mère de Conradin consent à l'entreprise, et son lîls est armé chevalier. Charles d'Anjou, de son côté, assis sur le trône des princes de Souahe, rêvait couuue eux i|u'un jour il s'emparerait de l'empire grec. Il était à Sienne quand il apprit (jue l'héritier de tant de rois, Conradin, arrivait à Vérone, conduit jiar le duc de Bavière, son oncle, et pai' hi comte de Tyrol, son heau-père; dix mille soldats suivaient sa hannière. Charles d'Anjou, à la prière du i)ape, revint à iNaples en toute hâte, et peu s'en fallut (pTon ne chassât du royaume toutes les familles d'origine allemande. De ?s\il)les, Charles repassa en Toscane; déjà la chance lui revenait; en moins de trois mois, le jeun(! Conradin avait été ohligé de licencier une pallie de ses troupes, qu'il ne pouvait pas payer. Trois mille ciii(| ceiits hommes d'armes lui restaient à peine; il venait d'être exconununié par Clément W, et cependant il s'avan(;ail hravement, comme s'il eût marché à une conquête assui'ée. Il est vrai que le nom seul du jeune prince avait j)roduit une grande sensation en Italie. Uome s'était soulevée contre le pontife, les dispositions de la Sicile et des provinces du continent n'étaient paB douteuses; les villes de la Calahre et les Al)ruzz(\s proclamèrent Coni'adin pour leur roi, pendant que les Sarrasins de Lucéi"a, abdiquant une soumission forcée, défiaient Charles d'Anjou et le pape derrière leurs remparts. De son côté, Conradin avançait rapidement ; l'Apulie tout entière se déclarait en sa faveur, il fut reçu par l'allégresse publique ; les peuples avaient pris leurs habits de fête, les villes retentissaient du biiiit des tambours, d(^s clairons et des violes; les rues ('•laicnt ciiiivcrlcs de lapis jH't'cieux. cln^pic maison avait (Malé ce (lu'ellc

LA .\()i;.MAM»ii;. i:ii

avait (le plus inagiiilit[iic: courtines, (liajts d'or et de soie; le jeune |>iiiice i'ul reeu avec un enlUousiasuie universel, Ilouie entière applaudit à etjeune homme, et le ptuMa ti'ioni[)liant au (^apit(dr ; dans les Irésms du ponlil'e, Coni'adin trouva plus d'or et plus d'arijent (pTil n'eu l'allail pour paver ses soldats; eu même temps (]lia ri es d'Anjou, eoniprcnant ([u'il fallait eu Unir, vint eaniper sur la eolline d'AlIta,à une demi-lieue de l'ennemi; les deux armées restèrent séparées par le ruisseau du Sallo et [)arun marais ([ui avait donné son m)m h la plaine: CaDipas Palanlinus. Ainsi, au milieu de l'Ahruzze soulevée, A(iuil.i restait le seul l'el'uye deCliarles d'Anjou, en cas de défaite. Lui, cependant, il l'edoultle d'activité et de zèle, et enlin, le i23 août l'i()8, « l'aicjJe ri les lis ayant des droits éijaiix^n comme dit un poêle provençal, (jui ne veut pas se compromettre, ils allèrent en plaine pour vider leur iiuerellc. La bataille fui bien disputé(! ; un vieux chevalier, Allard de Saint-Valéry, (pii revenait de la terre sainte, ht trois armées des trois mille six cents hommes d'armes de Charles d'Anjou. Ici les Provençaux, plus loin les Français ([ui devaient les appuyer; dans un vallon, les huit cents chevaliers d'élite, euibuscade commandée par le roi Charles en personne. Telle était l'armée i^uelfe. Les (libelins s'étaient également divisés en deux parties, les Allemands, les Italiens, les Espaiiuols. D'abord Conradin franchit le ruisseau, il met en pleine déroute les Français et les Provençaux, et il tue de sa main un chevalier qui portail l'armure, bien connue, de Charles d'Anjou. Cet homme mort, Conradin croit que sa victoire est assurée, ses soldats courent au pillage, luimême, accablé de fatigue, il se repose au pied d'un arbre; c'est alors que la réserve placée en embuscade tombe sur cette armée prise à l'improviste; la victoire, de Conradin passe à Charles d'Anjou, et Conradii; s'estime heureux de se tirer de celte bagarre. Il voulait gagner la mer, s'embarquer pour la Sicile, recommencer la lutte, il fut trahi par les mariniers auxquels il s'adressa. Un pirate livra au vainqueur le malheureux jeune honune chargé de fers. i^Iaintenanl le roi angevin était le maître. Il fit à Rome une entrée triomphale , et châtia cruellement les amis de Conradin. Ces malheureux furent enfermés dans une palissade et brûlés vifs, vingt-qnatie barons de ('alabre furent envoyés au supplice, les Gibelins étaient perdus, on les brûlait, on les égorgeait, on leur arrachait les yeux; désormais la Sicile n'est plus qu'une proie à dévorer. Clément IV lui-même resta épouvanté de ces fureurs, et il écrivait au frère du roi de France : < Comment donc se fait-il (|ue Charles d'Anjou n'entende pas tinter à ses oreilles le râle des mourants et le cri des vierges que ses soldats déshoimrent? » Inutile et vaine dt'clamatiou.

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C-liarlcs (rAiijou niarrluiil obsliiiémeiil dans celle i-diile saiii^Iaiilo. Il livrait Coiiradiii, son caplil", à une coniniission niililaiie, el le panvre enlaiil condamné se bornait à demander an itonlile la réconcilialinn de l'Église ! La mort du dernier liérilier de la maison de Sonabe inellail lin sans donte à la lullc de la papauté avec l'empire, mais ce Iriomplie trop complet fil peur au pontife. Il accorda au captif la paix de l'Eglise ; il eût voulu le sauver, mais Cbarles d'Anjou refusa de rendre sa victime, (iondamné à mourir, Conradin fit son leslament,etle lundi 29 octobre, au matin, il fut conduit, avec Frédéric d'Aulricbe, son cousin, et six de ses compagnons d'infortune, sur la place du marché, au milieu d'une foule immense. A l'angle delà place, entre le consistoire des juifs el un cours d'eau qui se jetait dans la uier, l'écliafaud était dressé. Au Ireizième siècle, la place du Marché, àNaples, n'était pas fermée du côté du golfe, comme elle l'est aujourd'hui, par une ligne de bâlimenls, elGonradin put contempler, de son dernier regard, cette baie enchantée, ce beau pays qui était son légitime héritage. Charles d'Anjou lui-même, entouré de sa cour, voulut assister au supplice. L'infortuné délacha son manteau, se mita genoux pour prier, et, se relevant, s'écria à deux reprises : « 0 manière! 0 ma mèn; !... »

En même temps il jetait à la foule son gant de chevalier conime pour appeler un vengeur! Le bourreau fit tomber d'un coup de glaive cette tête si jeune et si belle. Alors on entendit Frédéric d'Autriche pousser les gémissements d'un lion, et il mourut sans demander pardon à Dieu! Les autres suivirent, la foule était immobile d'épouvante, les chevaliers français osaient seuls témoigner leur indignation au milieu de ces supplices. Le lendemain de cette tragédie sanglante, les poêles, ces vengeurs éternels comme Dieu, prenant la défense du jeune homme égorgé, invoquaient la vengeance divine. 0 prince, ô César! disaient-ils, que fais-tu donc là-haut, voici le fils de ton fils, la tête séparée du Ironc el gisant sur le sable! El loi, Conrad le lout-puissant, voici cette ville de Naples que tu as domptée par les armes et embellie par Ion génie, qui assiste muette et terrifiée au supplice de Ion enfant! Avec la poésie, le merveilleux se mêla, [ilus d'un assistant avait vu voltiger un aigle, autour de l'échafaud de Conradin; c'était l'aigle de la maison de Souabe qui retournait dans le ciel. Charles d'Anjou, féroce jnscpi'à la fin, refusa aux suppliciés la sépulture dans la lerre consacrée, à peine s'il leur accorda pour leur tombeau un monceau de ])ierres; mais en revanche, quand Tf-chafaud fut démoli, il y eut autour de celte lerre rougi(> d'un si nidde sang, comme un cercle mystérieux (pii semblait d(''-

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sii^iicr à la vcni^t'aiirt' des liomiiics cl an cliàliiiuMil de Dieu, le lioiiiivaii (lu (Ici'iiier prince tic Sicile.

Que devcnaieul ccpciulaiil les lidèles Sarrasiiis de Lacéra, conuneiil voul s'accomplir les desliuées de celle race licrdKpie? Us n'claienl pas si lorl vaincus, que (lliarles d'Anjou ne consenlîl à traiter avec eux, leiu" pcrnieltanl de conserver leurs lois, leurs niieurs el leurs liahiludes relifiieuses. Nous reirouvons les Sarrasins, sons les armes, au couunencemenl de l'année 12(17. (élément IV, pour se délivrer de leurs allaqnes, soulève contre eux une croisade nouvelle. Charles d'Anjou, ([uaud le pape est mort, les atlaque vigoureusement (HOD), el ne pouvant les l)reudre par les armes, il les prend par la famine ; enlin, le 28 août, les Sariasins, bâillonnés avec des lanières de cnir, s'en vinrent iniplorei' auprès du roi le [)ardon de sa clémence. Cliarles leur lai>sa la vie, el même, à l'exemple de ses prédécesseurs, il n'aurait pas été lâché d'en faire ses alliés et ses amis, mais après son départ pour la croisade, les Sarrasins se révoltent de nouveau, el il fallut (|u'au prinlompsde 1272, Charles d'Anjou rcparni sons les murs de Lacéi'a soulevée ; celle fois encore le roiaugevin pardonna aux lilsde31ahomel, lui (pii resta impitova- Ide au.x chrétiens ! Après la morl de Charles d'Anjou, (.harles II, son lils, jaloux de signaler sa piété et sou dévouement à la cour romaine, résolut de détruire, dans ses Etais, la secte mahométane. Les Sarrasins se défendirentavec l'énergie du désespoir, mais enlin Lacéra fut emportée; qui fut pris les armes à la main fut égorgé, etdésormais le roi Charles 11 permit de mettre à mort quiconque professerait la loi de Mahomet. Pour effacer la trace de la domination des inlidèles. Lacéra s'appela désornuiis Sancta Maria. Le roifit construire une nouvelle caihédraledans l'enceinte de la ville; la cathédrale était ornée de quatorze colonnes de marbre de vert antique, d'un seul morceau et de la plus parfaite beauté. Malgré tant d'elfoi-ls, Sainte-Marie s'appelle encore Lacéra, et à celte heure, ce qui reste de la citadelle s'appelle la citadelle des Sarrasins.

Pendant que les Sarrasins soutenaient avec obstination une cause à januiis perdue, la postérité de l'empereur Frédéric II disparaissait du monde. Une de ses lilles, Marguerite Plantagenel, mariée à Albert de Thuringe, avait laissé quatre enfants ; mais à la nouvelle de la défaite el de la morl de son beau-père, Albert de Thuringe lenla d'égorger sa femme, el celle-ci eut grand'peine à s'enfuir, la nuit, non pas sans avoir embrassé, une dernière fois, ses enfants. Comme elle tenait dans ses bras son fils aillé, âgé de douze ans, elle le mordit à la joue, afin (|u'il se souvînl des injures destm père; eteu effet FrédéricleJ/o;v/»fnlleplusredonlable

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tMiiH'iiii (l'Allici l (le l'Iiiiiiiige. [\i\v aiilrc lillc de i'oiii|M;i(3iir Fi'édérii; 11, niaiicIie-Fleiir, passa son liimible el pieuse vie au l'oud du Gàliiiais, dans un paisilde nionaslère de Monlargis. Dans ce inème nionaslère s'élait réluyiée Eléouore Plaiilat,^enel, fille el sœur de deux rois d'Angleterre, (jui expiait par l'aliandon le g^rand crime d'avoir épousé le cornle de Lcicesler, un sujet plus puissant que son roi ! Une autre fille de l'enipercur, Constance, resta cinquante ans dans un monastère de l'Italie ; quant à la veuve et aux enfants de Manfred, ils furent renfermés, non pas dans le cloître, mais dans une prison plus dure. La veuve deClonradin, lorsque son époux eut perdu le trône dans les plaines de Bénévent, resta seule avec trois serviteurs à peine ; elle s'enfuyait vers l'Epire avec sa fille et trois fils; la tempête la jeta sous la citadelle de Trani, et cette capture compléta la victoire de Charles d'Anjou. Transportée à Naples, Hélène mourut de langueur, et ses enfants furent conduits à San Salvador Delmarre. Charles d'Anjou, maître absolu, convoitait à la fois Tunis et Conslanlinople. Il entraîna son frère sur cette plage aride de Cartilage, où le saint roi mourut dévoré par la peste. Le meurtrier de Conradin se déshonora dans celte campagne en abandonnant, à elle-même, rarmée chrétienne ; et malgré tant d'efforts, l'empire d'Orient lui échappa, car telle était la volonté de la cour de Rome, gouvernée par le pape Nicolas III. Vous 8avez le reste, et comment le lundi de Pâques de l'année 128:2, à Palerme, à l'heure des vêpres, une jeune fille de la noblesse, insultée par un soldat français, soulève toutes les colères de ce peuple, et alors les Français payent, de leur vie, la longue oppression de la Sicile. Cette révolte des Vêpres siciliennes vint en aide aux deux filles de Manfred, Constance el Béalrix : l'une y gagna un royaume, l'autre la liberté. Le roi d'Aragon, (jui avait relevé dans le sangle gant de Conradin, s'empara de la Sicile malgré les foudres du saint -siège ; ils^ furent couronnés lui et sa femme, le 20 novembre 1282. En même temps que les deux flottes de Charles II étaient brisées , son fils aîné tombait entre les mains du nouveau roi, et celui ci exigeait de son captif que Beatrix sortît du château de San Salvadore; les galères catalanes la conduisirent en triomphe à Palerme dans les bras de sa grand'mère Constance, qui la maria au marquis de Saluées. La reine d'Aragon et de Sicile sauva les jours du prince de Salerne, menacés par une population irritée qui voulait venger la mort de Conradin. Quant aux trois fils de Manfred, ils ne purent échapper à leurs destinées. La captivité les jirit au berceau el les conduisit jusqu'à la tombe. Ils furent transportés du château de San Salvador à Caslel-Delmarre. Charles II mourut à Vwj-

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i;ia sans avoir pardonné à srs vi<'linios; ce ne lut nicmc (|u'a|»rès èlr»' resté trente et un ans liés à une lourde chaîne, (jue (lliarles II Uîur (il ôter leurs fers, et voilà comment linissenl les plus illustres conquêtes et les plus grandes maisons ! Ainsi s'achève cette histoire glorieuse et l'uuèbre, tjui connnence aux Normands de Franco, pour s'arrêter aux Fiançais de la Provence et de l'Anjou !

Voilà pour l'onivre et pour la puissance normandes en Italie; vous voyez bien qu'il nous était impossible de ne pas nous arrêter dans celte belle partie du monde qui serait resiée aux fils de Robert Guiscard, si ce beau royaume avait été à l'abri de la puissance temporelle des papes, et maintenant que nous n'avons plus rien à faire en Sicile, revenons à l'art et au travail des Normands dans leur glorieuse et bien-aimée province de Normandie. Cette partie heureuse de notre lâche nous va reposer quelque peu des batailles qui précèdent et des hatailles qui vont suivre. D'ailleurs l'histoire, comme nous la comprenons, ce n'est pas seulement la bataille, ce n'est pas seulement la guerre qui détruit et qui brise, c'est aussi la paix bienfaisante et divine qui bâtit les villes, qui laboure les campagnes, qui élève dans les airs triomphants ces hautes cathédrales a la gloire du Dieu des armées, quand les armées se reposent dans leur triomphe. A coup sûr l'histoire du conqtiérant qui gagne un empire et qui fonde une monarchie a l'intérêt d'un poëme. L'histoire du prince généreux qui ne veut pas marcher plus vite que son peuple, mais au contraire qui lui tend une main amie, n'est pas moins digne de toute notre attention et de toutes nos louanges. Le fer de la charrue est moins brillant que l'épée, et pourtant, du sillon fécondé va jaillir la moisson aux gerbes d'or. L'artiste, quand il passe, fait moins de bruit que le soldat, et pourtant cette armée de soldats, que laisse-t-elle sur son passage? Au contraire, le maçon, pour signaler sa bienvenue sur les champs de bataille, y sème, à force de génie et de sueurs, ces maisons, ces palais, ces châteaux, ces reniparts, ces cathédrales, ces miracles dont les ruines même témoignent, après tant de siècles, qu'en effet ont passé sur cette terre de nobles créatures faites à l'image sainte du Dieu éternel, et non pas à la ressemblance féroce des lions et des tigres; aussi lùcn, grande est notre joie d'oublier un instant l'émotion et les débris du champ de bataille, pour admirer tout à l'aise le travail pacili(iue. A ce moment de l'histoire notre admiration est grande, profonds sont nos respects, d'importantes questions nous agitent. Par quels efforts incrovables de la patience et du génie ces peuples du moyen âge, si pauvres, (piand on les compare aux nations moderiu's. (tnl-ils pu ('-lever lanl de uioniimciils d "une

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splendeur si i-Taiide, (|ue pas niiu nation moderne ne s'est trouvée assez riche, assez liaMIc et assez patiente pour terminer ces œuvres commencées à six siècles de dislance? Comment faisaient ces peuples cliréliens, exposés à tant de misères, pour oser jeter les fondations de ces liantes calliédrales? Par quelles associations de religieux, d'artistes, de manœuvres, parvenaient-ils à l'aclièvement de ces grandes entreprises? Les historiens contemporains n'ont pas daigné nous le dire; ils appellent cela un mirach' ! ((Histoire des miracles qui se sont faicts par l'entremise de la sainte Vierge, dans la première restauration de l'ahhaye de Saint-Pierre sur Dive, environ l'an 1 140, » et rien de plus. C'est donc à nous , quand nous nous trouvons transportés dans quelqu'une de ces liches provinces dont se compose le royaume de France, en Normandie ou en Bretagne par exemple, de rechercher ces origines '.

Ce grand art de l'architecture est aussi vienx que le monde, il a suhi des révolutions aussi importantes que les révolutions du glohe ou du genre humain. L'Egypte, Inère de toutes les sciences, a enseignée ce grand art à la Grèce, et pourtant ce ne fut guère que quatre cents ans avant l'ère chrétienne, que les Grecs de Périclès accomplirent leurs plus exquises merveilles architecturales. Dans l'Italie, et presque au même instant que chez les Grecs, les artistes toscans faisaient de grandes choses, excités et secondés par Tarquin l'Ancien et Tarquin le Superbe, deux rois à la taille de toute royauté.

Jusqu'à la lin de leur domination, les Romains n'ont pas cessé de se montrer de grands hàtisseurs. Pendant trois siècles de leur toute-puissance armée, ils ont construit un nomhre immense de heaux édifices; voûtes hardies posées sur des arcades, l'ornement inestimahle de Rome, lie l'Italie et même des provinces conquises. Parcourez tous les lieux de la domination romaine, à chaque pas d(^ cette course savante, même dans la Normandie, même dans la Bretagne, dans toutes les vieilles provinces longtemps provinces romaines, vous rencontrez des ruines d'une majesté imposante : temples, aqueducs, arcs de triomphe, grandes routes frayées j»ar des géants, pour des géants; des hains, des cirques, des théâtres, des arènes, des statues, des œuvres cpie les harhares des premiers siècles de l'Eglise ont eu grand'peine à hriscr. Lyon, Narhonne,

' D;iiis iioiic livre sur la llrclcujnv, nous avons e\|)li(]ué de noire mieux l'état moral cl»; l'K.^liM; (li's Gaiil(;s, (>l rinlliience |)olili(|iie de l'Évangile; ce cliapiire comi>lèle le présent chapitre sur rarcliilecture religieuse, et réciproquement. M 'inlenant ((ue la calliédraie v>\. liàije, pour (jue le clief-(l'(L'uvre soit ooniplel, ne faut-il pas bien connaître le niysière. l'ordre-, la toule-imissance de la croyance idij^ieuse destinée à rem|dir ces illustres et ex- (cllenle- uicrvcirc^ de j'iirl chrélicn ? — Viiir /u Itn'tafinr. cliapilrc V, pai;e l(»l

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