‹ La NormandieChapitre 38 sur 118 · I. A NOKM AiNIUlv · texte numérisé non relu

I. A NOKM AiNIUlv

(lisent sîy/t' moresque, stijle or'unital, — va donc pour inrhitectnre gothique! Elle arrivi' tout de suile après rarcliilecture romane de Iransition. Depuis le dixième sièele, c'esl-à-dire à dater du style roman, dans toute la France, les monuments du moyeu âge sont nombreux ; l'arl gothique s'empare de toute cette civilisation ardente et naïve; il élève les églises et les cliapi lies, les hôtels de ville et les hôpitaux, les monastères et les châteaux forts; l'art golliiiiue est tour à toiu , et tout à la lois, religieux, civil et militaire, (l'est surtout dans le Nord que l'art gothique a construit ses plus beaux ouvrages; notre province de Normandie pourrait représenter à elle seule les plus rares merveilles du style ogival.

Si nous pouvions écrire l'histoire du temple chrétien, nous arriverions à un beau livre. L'Evangile commence dans r(Muhre du cénacle, sans bruit, sans appareil, et connue devait couunencer l'Evangile d'un Dieu né dans retable de IJethléem. La persécution vint bientôt donner à la ]oi nai^sanle l'occasion illustre de ses premiers triomphes. Les chrétiens furent livrés à toutes les calonmies avant que d'élre abandonnés aux tigres de l'arène. Tout l'enqiire ruissela du sang des martyrs. On \it les empereurs animer, eux-mêmes, les juges et les bourreaux. La pudeur des vierges u'<'iail pas inoiiis allaquée (pu- leur croyance. Les

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premiers lemples clirélieiis hàlis par sainU; Ht'lèiie, en l'Iionueur du Dieu éleiMiel, fiireiil renversés de Tond eu eoiiihie; on reelicrcliail les livres sacrés pour en abolir la mémoire, et les cliréliens pouvaient à peine les cacher dans leurs maisons. Eux, cependani, palienls comme loul ce qui est éternel, se réunissaient pour lire Le Livre dans les ténèbres des catacombes. Dans ces ténèbres profondes, l'art chrétien a commencé. Là ils étaient à l'abri de leurs tyrans, là ils ensevelissaient leurs martyrs. Dans ces vastes galeries ont été creusées les premières chapelles; autour de ces chapelles, ont été scnl|)tés des sièges pour les premiers pontifes. Le premier autel chrétien fut un tombeau. Sous ces voûtes sépulcrales, la sculpture du nouveau culte ne reproduit ([ue de douces et chastes images, pour remplacer la Junon impudique et la lascive Vénus. Le Christ, la Vierge sainte, les Apôtres, le bon Pasteur, tenant à la uuiin la houlette, Abraham et David, Jouas et Daniel, tels sont les premiers tableaux de l'Eglise primitive. Du reste, pas une plainte, pas une allusion à la persécution religieuse 1 Sur le ceicueil du chrétien l'artiste jette des fleurs et des couronnes. L'agneau représente le Christ; le cerf rappelle le baptême r(>/?r»î(' le cerf allére dw Psalmiste; le cocj, c'est la vigilance ; la colombe, c'est la pureté de l'àme ; l'àme est un symbole de salut; la lampe, c'est la clarté des catacombes. Ainsi se révélait le génie chrétien au milieu de tant d'obstacles. « Après trois cents ans de <( perséiutions, la haine des persécuteurs n'avait fait que grandir. Les " chrétiens les lassèrent par leur patience. Les peuples, touchés de « leur sainle vie, se convertissaient en foule. Frappé d'une maladie " extraordinaire, Galerius révo([ua ses édits et mourut de la mort i> d'Antiochus, avec une aussi fausse |)énitence. Maximin continua la " persécution; mais Constantin le Grand, prince fort et victorieux, em- -I brassa publiiiiu'ment le christianisme *. »

lîendus à la jiaix et à l'espérance, les chrétiens se réunirent pour la prière dans les basiliques {maisons du ro/). La basilique fut d'abord un tribunal, un forum, une réunion de marchands et de bourgeois. « Les 'I basili(iiu:'s, dit Vitruve, n'avaient jamais moins de largeui'que la hui- " tieme partie de leur longueur, ni plus de la moitié. Les colonnes étaient « aussi hautes que les ailes étaient larges. A chaque boiit des grandes '< basiliques, il y avait des salles hautes, appelées calcidiques. Elles ser- " vaientà tenir les audiences pour rendre la justice. » Quand les juges i'taient parlis, les oisifs de la ville venaient dans la basili<iue promener b'ur oisiveté cl leur ennui. Les vainqueurs des catacombes tirent, de ces

■ Discours sitr rHisioirc tinivcrsrllr.

ir.:

lieux profanes, autant de lieux de ivuuion |i(mr les lidèies. A eciup sTir la loi nouvelle, (|iii allait être la loi de l'univers, aurait pu sV'ni|iarer des temples pau'us dout elle avait jirisé les dieux inutiles; ni;iis les teuipirs païens, eneore tout souillés de san^r et d'ori;i(>, tirent peur aux disi-iplcs de rEvaniiile. Ainsi, au <|uatrièiue ^\i'dc { Sd'nil-Pdtil //c/w des nuir.s).

toute église prit la forme d'une basilique, e'esl- à-dire un vaste emplacement couvert, une haute muraille percée de fenêtres demi-circulaires, un monument plus long i|ue large! Jusqu'au onzième siècle, la basilique chrétienne alTecla la même l'orme : au milieu de l'ahside était assis révêque dans sa chaire ; des deux côtés de la chaire épiscopale se tenaient les prêtres, entourant l'autel, c'est-à-dire une tahle de bois ou de pierre, d'argent ou d'or, sur hupielle se célébraient les saints mvstères. L'aulel était en avant d(! l'abside, et sur l'abside l'eposait le corps de quelque saint martyr, lu rideau était tiré à la célébration des mvstères; les fidèles se tenaient dans la nel", les hommes du côté de l'épîlre, les femmes du côté de l'évangile. Quelques-unes de ces basiliques étaient flanquées d'une espèce de tour carrée, dans laquelle se tenaient les catéchumènes. Au uiilieu de la cour était creusé un réservoir dont l'eau limpide et pure servait au baptême, (l'est là l'origine de ces riches baptistères de Florence, de Pise, de Saint-Jean de Latran, d'Aix en Provence; — ou bien l'église était construite au milieu du ciuietière, alin que les vivants eussent souvenir des morts '.

' «On ganlaii rciichai islii' lanlAt dan^ une i-lia|irll(' sciiarcc ilii m litrc aiUel, t'omiiic

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Cepeiulaiil laissez les fidèles se réunir dans la liasiliiiuc ; laissez-les offrir en cuniniun, sur l'aniel iiriniilif, le sainl sa( riliee ins|tiraleur, l'art viendra Itienlûl avec l'idée, el l'idée avec l'amoiu; pour parler comme Uossnel. Déjà, à la fin du cinquième siècle, le lemple clirélien s'élève a des proportions plus vastes. C'est Iden toujours la hasilicjue, précédée de son porlique, mais déjà le portique est devenu uni; cour (piadrilatère, entourée de colonnes anti(|ues; dans cette cour une fontaine invite les fidèles à l'ahlulion religieuse. La façade de l'église est tournée à l'orient et percée de trois porles, chaque porte correspond à une nef. Les hommes entraient par une porte, les femmes par une autre porte. Nous allons ainsi jus(iu'au dixième siècle par des progrès presque insensibles. D'ahord la nef est élargie de façon à donner au plan de l'édifice la forme d'une croix latine. La chapelle souterraine [la cnjptt'] s'étend sous une grande partie du monument, et devient comme une église cachée sous la terre. Le chœur s'élargit, les autels se multiplient autour de l'aulel principal; /(' maitre-autel. Du onzième au douzième siècle, l'église est hàlie en petites pierres, souvent en hriques ; les belles colonnescylindriques de l'architectiu-e grecque et romaine sont remplacées par de massifs piliers carrés; les fenèlres à plein cintre étaient de petites dimensions, elles élaient sans C(donnes à l'extérieur; les plafonds étaient unis et presque loiijours eu planches. Ce n'est que deux cents ans plus tard que les voûtes se firent en pierre. Les tours et les cloches sont des inventions du neuvème siècle; les tours étaient carrées, peu élevées, terminées par un toit a quali'c pans, souvent séparées de l'édifice comme est la tour de Sa'uit- .fac(iues-la-/{()uclienc\ et la Jour penchée de Fisc, et le Campaiiille de Florence. A l'inléi'ieur, peu d'ornemenis. <Ju('l(|ues mosaïques, desinscruslations en pierres de couleur, des fenêtres fendues surmontées d'un fronton. Ainsi tout le christianisme grandissait à la fois; l'Eglise s'étendait pai- tout le monde. Elle était comme un grand édifice qui avait pour ses colonnes fondamentales les solitaires dans les cloîtres, le clergé régulier partout, et au-dessus de loul, le pape! L'invasion des Noinuinds, leurs lureurs, leurs ravages, arrêtèrent un instant le noble essor imprimé aux beaux-aris par Charlemagne au huitième siècle, impulsion toule-

ilaiis la (;li;i|)ellc ducale de Dijon ; laiilùl dans des armoires [ilacées derrière raiilei jirincipal, comme à la Saint-Jean d'AuUin ; lainùl comme a la Sainte-Chapelle el à la Sainl- Micliel (lo Dijon; en de petites tours (\n\ se .-ont depuis changées en tahernacles.

<' ynani ;in\ lahernacles, il y en avait de li.xcs ou loul au moins de posés sur l'autel même. Guillaume Durand le dit expressémenl dans son Uationulc divinorum offictoruiii. Il y avait des lahernacles aériens, des suspensoirs ou forjiie de coloinhe al lâchés par une citainelte a la voùlc. » {Dullelin (iichcolofjique, lome 2, p. 5 )

puissante (jui clii.ail encore, niénie deux siècles plus larti , quand débarquèrent , à l'abbaye de Jumiêgcs, les farouches compagnons de Hollon.

Pour bien vous expliquer par quel miracle ces mêmes ?îoi-mands (jui avaient (ont brisé se mirent bientôt à tout reconstruire, il faut vous i"a|)peler ce que dit riiistoire ilc la merveilleuse aptitude de ces hommes dn Nord à recevoir foules les inq)ressions boimes ou mauvaises. D'abord ils obéissent à la nécessité qui les pousse; ils veulent à tout prix se l'aire une place au soleil, par le meurtre, par le pillage, par l'incendie; mais une lois qu'ils ont delà terre à eux, aussitôt ils deviennent des laboureurs. Une fois qu'ils sont un peuple, aussitôt ils se font des lois. Ils ont de grands princes, ils obéissent à leurs princes. Devenus chrétiens par la même force qui pousse dans le christianisme Ions les peuples barbares, ces vagabonds armés qui ont oublié leur religion en oubliant leur patrie, ces mêmes ravageurs de provinces, dont le premier ravage s'est porté sur l'abbaye de Juniiéges et sur l'abbave de Saint-Denis, entourent l'Evangile qu'ils ont reçu, du même dévouement généreux qu'ils ont juré à leurs princes. Le bon sens, autant que le courage, domine le caractère de ce peuple. Il lient à merveille, et d'une nrain également sûre, la truelle, et l'épée et la charrue, ces trois admirables outils du génie et de l'ambition de l'homme; c'est un peuple qui observe, qui étudie, qui marche en avant, tantôt par de soudains bondissements, tantôt d'un pas lent et sûr, comme doivent marcher les progrès de la paix. Toutes les fois qu'il peui se re|)0ser un instant dans les arts et dans les travaux pacifiques, le INormand accepte ce repos, et il l'emploie au prolit de sa gloire. Soldat, il ne demande ({u'un prétexte pour labourer son chanq); l)andit, (|ui vole un royaume, accordez-lui seulement une heure pom" dépouiller sa cuirasse, il va reparaître sous la robe du magistrat. Dans le repos, il rêve les pèlerinages lointains; parti pour la croisade, il s'arrête a prendre des royaumes; aujourd'hui ennemi du pape, le lendemain, prosterné à ses pieds, en lui demamlant l'investiture des terres qu'il va prendre; à cette heure en pleine guerre, l'instant d'après en pleine paix ; brùlantd'uncmain, et de l'autre nuiinbàlissant des villes entières; actif ctcalme, passionné et desang-froid ; artiste au besoin, et poète; soldat et laboureur toujours. Ainsi l'Angleterre fut

' « C'est une place occupée par l'évoque qui a toujours déterminé la gauclieel la droilo des églises. Quand l'évèque, aux épociues anciennes, était allé au fond de l'abside, et la face tournée vers le portail, la gauche était le midi ou le côté de l'épitre, la droite était le nord ou le côté de l'évangile, elc ■> (Bulletin du comité historique, t 1, |> \W )

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conquis».'. Dans ce nouveau royaume, gat;n(; à la pointe de Tépée, le Normand porle avec lui toute sa Normandie; il superpose sa province tout entière sur le royaume d'Ani^delcrre ; avecses lois, ses nueurs etsa langue, il y jiorle son génie, sa poésie, son agi'icullure, son architecture, cette architecture déjà renouvelée du onzième siècle, mélange habile du roman et du byzantin.

Nos ancêtres de toutes les provinces de la France, quand une fois ils avaient résolu d'élever une nouvelle cathédrale, apportèrent à cette œuvre importante toutes les ressources de la fortune publi(|U(', toutes les méditations de leur esprit. L'emplacement était choisi au plus bel endroit de la cité, sur quelque haute montagne éclatante, ou bien dans quelque vallée mystérieuse et solitaire; après quoi, on arrêtait les dimensions de l'édifice à venir. Ceci fail, on annonçait à trois reprises, les jours de marché, dans les villes environnantes, que tel édifice serait donné à l'entreprise. Après la dernière sommation, l'architecte, le maçon, le charpentier, tous les corps de métiers étaient admis à proposer leurs plans : ces plans devaient être en reliefs, quelquefois ils étaient dessinés sur vélin; on les déposait entre les mains du maire et des échevins de la ville. L'ouvrage s'adjugeait, au rabais et à l'extinction des feux. D'ordinaire, la ville fournissait les pierres aux maçons, les plus belles pierres ; les bois aux charpentiers, les bois les plus durables; poutres luisantes et travaillées avec art, les forêts des cathédrales. Les pierres taillées à l'avance étaient placées pendant l'hiver, sons des oppi'nlis, pour n'être mises eu œuvre qu'au printemps suivant. Avec grande solennité et le concours de l'évèque, le concours du magistrat, du roi lui-môme, était poi^ée la première pierre de la cathédrale naissante, et ce premier jour était un jour de réjouissance publique: La ville nommait un maître maçon pour surveiller les travaux; ce titre de maçon de la ville était un titre d'honneur difficile à gagner; son salaire était proportionné à son travail; déjà la maçonnerie était payée par toise. L'intérieur de l'édifice n'était pas traité avec moins de soin et moins de goût que le dehors. Uien n'était plus complet, plus varié, plus ingénieux et plus riche que l'ameublement des cathédrales. La richesse des bénitiers était infinie : les plus beaux vases de l'antiquité ont servi à ce pieux usage; plus d'un piédestal, grec ou l'oniain, a supporté la cuve de marbre ou de bronze. Le pavé était souvent une magnifique mosaïque en matières dures et en émail, ou bien de riches compartiments en marbres de diverses couleurs, ou tout au moins se composait-il de belles pierres, profondément gravées par un ciseau in-

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lelliijenl cl révolues ilo inaslics viiionrenseincnl ('((lon's. On cnl dil un riche lapis clciulu dans loul le Icinplc.

L'nmcuhlemenl de l'Eglise clircliciiiic clail dii^nc de loulcs ces iiiai^iiilicences; loiile callicdralc avail son Ircsor. Jelcz-voiis à genoux dcvanl ces chasses hrillanles qui reuferuienl les reliques des saints. Viennent les harhares, soudain une voix criera, aux martyrs, enlerniés <Ians Torel dans l'ivoire : Levez-vous, et suivez ce peuple en deuil (jui n'a plus d'espoir ((ue dans le ciel! Qucd'écrins, que de hannières flollanles, les élenilards de Jésus-Christ! Le trésor de toute cathédrale élail reuii)li de ces magnificences, des crucifix d'or, des calices, des encensoirs, des coffrets à has-reliefs d'ivoire cl d'or nouvellement apportés de la Palcsline, elles chapes brodées, et les tapisseries chargées des images de la liihle, et les chaires, les autels, et les grilles, les stalles, les autels ornés de sculptures etd'incruslalions, les orgues, ces lempêles dignes de remplir les voûtes solennelles de leni's mugissements inspirés; n'oublions ]tas cet ornement sévère, — peul-on dire un ornement? de toute église chrétienne, le tombeau, la pierre sépulcrale, (lar ce lut là une pieuse pensée de nos pères de vouloir être ensevelis dans l'église où ils avaient reçu le baptême. Là ils avaient prié, là ils avaient aiuK'', là ils avaient souffei I. Morts, ils voulaient rester présents à la communion ciu'<''tienne, ils voulaient que leurs enfants, agenouillés sur leurs cendres consolées, priassent le Dieu tout-puissant et rédempteur. Durant de longs siècles a prévalu cette pieuse coutume, et nos vieilles églises leur ont dû bien des monuments précieux : des chefs-d'œuvre, des statues sans nombre, des marbres, des bronzes, des poésies. Puis un beau jour, la philanthropie est venue, etellea renversé ceque les révolutions même avaient laissé debout ! On n'a plus voulu laisser dormir de leur profond sommeil les générations ensevelies sous ces voûtes ; on a prétendu (]ue les morts tuaient les vivanls, comme si les églises de l'Angleterre, encore à celte heure, n'étaient pas l'asile inviolable des tombeaux !

Bientôt, de progrès en progrès, s'avance l'art chrétien, l'ornement sérieux se porte aux parties les plus visibles de l'édifice : frises, arcades, tympans des portes, façades; l'teuvre est itarlout, partout le zèle et la croyance. On compte d'une façon mystique autant (pic pitlores(|ue les colonnes, les chapelles, les arcades, les autels. L'ornemenl est tantôt byzantin, lantôl rustique. La sculpture s'empaie, en maîtresse souveraine, des places les plus apitarenles; elle jelte çà et là dans les rinceaux, dans les entrelacs, sur les archivoltes des portes, des arcades et des fenêtres, sur les corniches, partout, un peu au hasard de son goût et de son génie, les plus curieux ornements, souvent bizarres, élégants déjà : des plantes,

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(les aihiisics, <les cilciHlriors, des étoiles, (1(3S tries sîiillnntes, des (êl( s philes, niniées d'oreilles et de eoriies ; les eàhles, les lors.ides, les losaiii^es, les zigzai^s, les riiieeaiix, les merveilles sans lin, les broderies, leshas-reliels; toutes sortes d'imitations, de souvenirs, — d(^s tentations, des fantaisies, — des rêves! Cependant, au dehors de rf'dilice, le caprice est |)onssé plus loin encoi'e. (le ne sont plus (pie monstres, cliimèi'e>^, lètes i^i'imaçanles, animaux faltuleux, iii'iiïes, diables, âmes dannu''<'s, lenlalions abominables, leuillaiies qui n'appai'liennent à aucune des dores de la création divine ; bien plus, tel est le dévergondage de ces artistes en plein ciel, que plus d'une fois ils jettent sur ces saintes murailles le Irop- plein licencieux et goguenard de leurs passions^ de leurs colères, de leurs amours. Aussi le célèbre docteur Jean Gerson s'en inquiète : " Il n'y a beaulée ne devocion en telles peinctures; v\ cedoiteslrecausiî « d'erreur ou d'indignation, ou indévocion ! » Mais quoi ! le monument emporte dans l'abîme qu'il se creuse là-baut, au luilicu des nuages, ces imaginations el ces fantaisies ; el d'ailleurs l'œuvre est assez grande pour faire oublier ces singuliers détails placés là, dans umnomentdedécouragement ou d'ennui. Et d'ailleurs, du onzième au douzième siècle, les piliers même ont rarement un chapiteau. La colonne est lourde encore et pesante; seulement, et il faut les applaudir très-fort, ces ingénieux artistes conuuencenlà introduire, autour des piliers carrés, pour en masquer la pesanteur, des demi-colonnes réunies en faisceaux. Laissez grandir ces colonneltes légères, el vous arriverez à l'arc national de la Normandie et de la France, l'arc ogival digne de porter les cliefs-d'uMivn; de l'art chrétien. Alors la cathédrale est complète : longues nefs aux jours mystérieux, piliers nombreux comme les arbres des forêts, dalles sonores sous lesquelles reposent les générations endormies, llèches sveltes, lours merveilleuses qui s'élèvent comme par enchantement à la voix du maître de l'tcuvre : Magislcr lapidihus vivis. On dirait (jue le maître de ces pierres obéissantes, tnranlcs, a résolu de repro- «luire les silences et les bruits, les clartés et les ombres de la forêt mystérieuse, (les arêtes chargées de feuillages, ces branches de l'œuvre immense qui pèsent sur les murs et qui se brisent par une inleiruptioii calculée, ces arêles sonores et remplies d'un air chargé d'encens, le sanctuaire (pii brille dans l'ombre, les ailes obscures, les passages, les portes, les chapelles, les cryptes, ces deux tours placées à l'entrée du monmuent, puis enliu, tout au somuuM de ces tours formidables, la cloche vibrante, cette tempête (pii mugit, en un mot cet ensemble immense des plus grandes choses, réuuiesdans la conuuune adoration, produit surl'esl)rit le moins religieux, un elfet irrésistibl<\ Le scepti(pu', (jui n'y voit

pas lo Diou de rEvani^ile, y voil du moins le ironie de riioniinc dans ce Hu'il a de divin. — T/csl Irop i;i'aiid |i(»nr v loiicr des Uoninu's, se dil le see|>li<iue ; c'esl Irop inipai lail et tr(>|i i^rnssier peni" relui (pii esl moi I fxtr puissanie sur la Cfoix, se dil le ehrélien : el r'esl le clirélien ipii a raison.

(les luaîlrosdaus le yrand œuvre, car la callu'di'ale a liàlirélail vi'aimenl If (jrandœurrc, devaienl luulsavoir.Hisloriens, philosophes, ai'lisles, arlisaus: cœuis simples, âmes élevées, législateurs, aslrouomcs, musiciens, soldais, médecins même pourconnailre la (jualilé de l'air, ilsélaienl loul ( ela, el pourlanl c'esl à peine si quelques-uns de ces noms vénérahles oui été sauvés par la reconnaissance des peuples, Indelyrand, (|iii a hàli Noire-Dame de llouen; Hieilduarl, l'archilecle de Saint-f'rre à Cdiarlres; Limheryer, Jean de Beauce, Uoherl de Coucy, Eudes de jMonlreuil, a qui l'on doil le chœur de Beauvais; Uoherl de Luzarches, Monlreau, (|ui encore? Hugues Lehégic, Renaud de Cormonl, Jean de (llielles, ces héros pacifiques, ces archilecles inspirés du Sainl-Espril, ponvaienl s'écrier eux aussi ; Si quœrin monumenluin, circitmnpicc ! Tu veux un monument, lêcc les yeux! Qui donc sail ces noms-là aujourd'hui? El pourlanl, ces couquéranls ignorés du domaine religieux el poélique, ilsélaienl l'àme de celle œuvre immense; ilsélaienl (après Dieu) les vérilahles créateurs de ces rares merveilles. A leur voix, loujours écoulées, soudain accouraienl de loules paris, el lidèles jusqu'à la morl, les lâches exceptés, une armée iVccoliers tailleurs de pierre; ces manœuvres chrétiens élevaient, en chantant les canli(|ues, cette suite infinie de cha|)ileauN, d'arcades, d'arlivoles, de galeries, de portiques. Sous le ciseau ins[)iré de ces pieux manœuvres que la reine des cieux payait d'un sourire, s'élevait le saint monument à la grande louange el reconnaissance des l)enples. Quoi de plus juste! la cathédrale était l'asile, le repos, le herceau, la loujhe aussi; elle était le livre ouveil à tous les lidèles, elle racontait le supplice des martyrs, la gloire des vierf;es, les miracles de la légende; elle donnait la gloire, elle donnait l'inlamie; elle Taisait l'apothéose des lions, elle livrait le méchant aux supplices de l'enrer.

La statuaire a suivi et devait suivi'e naturellement les progrès el les travaux de rarchilecture; l'une el l'autre, elles nous sont venues des premières églises du Bas-Empire. L'art hyzanlin s'est fait sentir à la statuaire chétienne ; vous la reconnaîtrez à l'exacte proportion des ligures, aux plis parallèles des draperies, à sa chaste tunique, à son manteau hrodé de perles. Les pieds et les genoux manquent de perspective; la chaussure est pointue, les yeux sont saillants el bien fendus, les sourcils arquf's, on dirait que l(>s cheveux ont été fails avec un peigne.

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I*eii à peu, celle sciil|>lure byziiiiliiic, (jiii déjà coiiiporle la plus giaud»; liucsse L'I les plus c\(juises (l(''licalessesj.le l'arl, lienl sa place dans loules les calliédrales. La beaulé nalive de ces belles lêles, la grâce un peu écourtéedeces vêlements, l'honnèle el chaste Iranquillilù de ces nobles pierres, (|ui sont comme l'expression religieuse du douzième siècle, deviennent l'urnemenL le plus rare des calliédrales, la consécralion la plus louchante des tombeaux. La Vierge, au douzième siècle, esl déjà empreinte d'une hcaulé idéale el charmante; c'est vraiment la reine des cieux ; aux longs vêtements, aux cheveux ondoyants, au visage doux el calme, le Iront orné d'un diadème d'or. Elle lienl dans ses mains l'enlant Jésus qu'elle regarde avec un amour tout divin ; c'est le douzième siècle qui a produit ces naïfs cbcls-d'œuvre. Belle époque ! Elle a été le commencement solennel des beaux-arts de l'Europe moderne; la chevalerie, la poésie, l'archi lecture gothique n'ont pas d'autre point de départ; à ce moment le monde ancien disparaît, épuisé par ses propres excès, dévasté par les barbares, brisé môme par les fanatiques qui font tomber, sous le marteau impitoyable, l'Apollon, la Minerve, la Vénus, enfants vaincus des Polyclèle et des Scopas, dont le seizième siècle doit ramasser tantôt, avec tant d'admiration dévouée, les aimables débris.

Au (|uat<trzième siècle l'ogive l'ègne en maîtresse souveraine, c'est son bel instant; au delà il n'y a plus que découragement el décadence. Parcourez lesédilices de celte grande époque, ce ne sont qu'ogives équilatérales, fenêtres eflilées, feuillages délicats, larges arcades, Irèlles aux feuilles arrondies. Pour comprimer les voûtes élancées de ces nefs et de ces chœui's, rai'chilecture gothi(|ue pei'fecliomie l'emploi des arcs-boutants. ('es arcs de\ieMnenl bienlùt des arcades aériennes d'une grâce vigoul'euse et hardie ; elles s'élèvent autour des nefs et des absides. En même temps les colonnes prennent plus d'élancement et d'élégance; l'édilice moMlanl, elles montent avec lui, supportant, dans les grandes nefs, les arceaux des voûtes. De piogrès en progi'ès, les graïutes arcades reposent sur des arcades gai'uies de colonnetlcs, la voûte est formée de voûtes partielles ogivales, dont les arêtes restent lixées à des arceaux cioisés. (jncicpies-uns de ces arceaux sont parallèles entre eux, et travei'senl les nefs en ligne droite, tout en rui'manl l'ogive. Les ornements des clefs de voûte se varient à l'inlini. 0 mii'acle! depuis bientôt six cents ans, ces voûtes résistent à tous les vents de l'orage, à toutes les malédictions des honunes, à loules les fureurs des révolutions.

En (|iiel(|ues mots nous avons expliqué les principales décorations de l'art gollii(|ue. (les feuilles recourbées en volutes sont [ta crochets : ces aicailes en ogive, apjdiiiuées sur la muraille, sont les nicadcs shniilrcs .

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