‹ La NormandieChapitre 39 sur 118 · I.A NOIi.MANiJiK · texte numérisé non relu

I.A NOIi.MANiJiK

If.' lUHdcU', c'i'sl celle petile pyramide coui'oiiiiée de cloclieloiis, atiloiir des galeries de la Façade, el aussi au-dessus des uiclies portées sur les dais i|ui pi'olé^enl les slalucs. Le dais lofuie uu courouuenieiil en saillie, ciselé dans lonles ses parlies, el proléi;eanl les statues |)lacées dans leurs niches. Les baUistrades cuuronnenl les murs des cathédrales; elles sonl |)lacées au-dessus des chapelles latérales et du grand condjie, elles l'oriiient des galeries directes qui permettent de faire le tour de l'édilie.A l'intérieur, les balustrades sont composées d'arcs à ogives ou à plein cintre, et souvent ornées de trèlles ou de quatre leuilles. Les lours, du haut desquelles tombe Yangclus eu douce harmonie, sont terminées par des llèches octogones. Les clochetons sont autant de petites tours terminées, les unes par une flèche octogone, les autres par une tour carrée ; ils occupenl , dans les grands nionnmenls, les angles des hautes murailles el jettenl une gracieuse variété dans les ornemenls d(i, l'édifice. Les bas-reliefs el les statues sonl semés, avec une exquise profusion, sur les parois latéraux des portes, sur les contre-forts à l'exlérieui', — dans des niches pratiquées tout exprés, — dans les nombreuses*arcades des galeries au-dessus des portails.

A force "de suivre l'art dans sa rapide transformation, nous voyons tléjà apparaître les comparlinuMits llamboyants qui envahiront plus tard rarcbilecture du quinzième siècle; en même temps les fenêtres s'élargissent; elles passent de l'ogive évasée à l'ogive surbaissée. L'ouverture est divisée par plusieurs colonnes, le tympan est coupé par une véritable dentelle de pierre; les rost'i, o lira nt les mêmes dessins que les fenêtres, n'ont jamais été plus riches, plus élégantes, [dus complètes. Les ornemenls accusent plus de dignité et plus d'ensemble dans le détail; les Irèjles sont employés plus fréquemment, mais avec moins de profondeur et de saillie; les quatre feuilles, environnées d'un cercle, composent ce qu'on appelle les quatre feuilles encadrées; les rosaces sont répandues sur les murailles, comme autant de reflets des grandes rosaces aux vitraux magnifiques ; les pinacles sonl plus nombreux, les dais plus élevés et plus ornés, les crochets ne se comptent plus, les baies de tours sonl découpées, comme les fenêtres, de trèfles, de (|ualre feuilles, de rosaces, [lélas ! déjà la sculpture a perdu de sa naïveté et de son inspii-alion ; l'ouvrier laïque commence à remplacer les prêtres sculpteurs; déjà la foi est moins grande, la croyance moins sincère. Les ouvrages de ce siècle se ressentent des agitations et des doutes qui l'agitent. De temps a autre, se monlre encore la luiïvelé du douzième siècle, comme reparaît parfois uu refrain naïf dans les complications variées d'une symphonie; mais <"'en est fait, rarchileclure du moyen âge vienl d'accomplir

il'i I.A NOUMANDIlv

lescIiei"s-(r(i'iivi(!(|ircllc|)oi(ailoni^eriiR', nous passons à un autre sly le (jui est pui'ouicnl el simjilcnienl de la décadence : le stijlc jUntihoijaKl, le style uiultironne, loullu, hérissé, l'art chargé de losanj^es, de zigzags, inventions lamentables qui déjà manquent de simplicité, de goût, de génie. L'ornement est répandu avec une profusion presque insensée, les colonnes cl les pilastres sont remplacés par des colonnettes si déliées el si minces, (|u'on les prendrait pour des chênevotles^ disait Girardon. — Cette fois la vue n'est plus charmée par la grandeur el par la perfection des ornements, elle est éblouie par le noml)re des pinacles, des monlures, des guirlandes, des feuillages frisés, déchiquetés, futiles ambitions d'archilectes aux abois ! — Le chapiteau s'accourcit de plus en plus; les arcs s'étendent au delà de la ligne des centres; les arcades des voûtes se croisent en tous sens, comme autant de branches d'arbres (jue n'émondent plus les mains savantes du jardinier. Les portes, de forme ogivale encore, se surchargent d'un encadrement carré; les fenêtres, moins élevées et jdus larges, ont perdu la pureté de l'ogive régulière. L'ornementation s'appesantit sous les lignes tourmentées du gothique flamboyant. Nous tombons, et de bien haut ! dans le tour de force, dans la passion pour les ornements bizarres, dans les elTels à tout prix, dans la recherche de l'inconnu. 0 ciel ! nous lond)oiis dans le grotesque et le fantastique ! De son côté, la statuaire s'éloigne encore davantage de son ingénuité primilive, sinon de son charme; elle est plus habile, elle est moins naïve; elle est plus ornée, elle est moins vraie; ces hgures viennent de la terre, et non plus du ciel. Nous sommes ainsi arrivés en plein quinzième siècle : feuillages coupés à jour, écussons, armoiries, emblèmes, pendentifs trèsallongés et couverts de broderies, festons trilobés suspendus aux voussures des portes, des fenêtres, des arcades, des arcs-boulanls , aux arceaux des voûtes; panneaux tapissant les murs; ceps de vignes, entrelacs, arabes((ues, rinceaux; et, parmi ces animaux sans nom et sans forme, — des chimères, — la salamandre elTrontée de François V\ «jui grimpe au hasard dans cette forêt échevelée; tout vous annonce la renaissance, Vdge d'or du grand Léon, Aussi, rien (|u'à voir le style llam- I)oyant poussé à ses dernières conséquences, vous comprenez que l'arl gothique est arrivé à son dernier effort; il a construit tout ce (pi'il avail à construire, en France, en Allemagne, dans la Belgi(|ue, en Angleterre, en Bretagne en Normandie, partout.

Mais, ce long travail des siècles et de la croyance, à quelles misères, à (pielles profanations n'a-t-il pas été exposé? Celle fois ce n'est pas Attila, le plus ajl'reux de tous les hommes, (|ui brise, qui brûle el (|ui renverse; ce sont des chréliens qui portent leurs mains violentes cl criminelles ,

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