‹ La NormandieChapitre 4 sur 118 · I. A NOK.M ANDIK. ir · texte numérisé non relu

I. A NOK.M ANDIK. ir

» favoris, t'inlirassc Ariioiild (|iii lui lail \un\ visai;!', cl sous le masque " (ruii Itou accueil couvre la desloyaulé dt; sou cieur. Apres plusieuis H disc(»urs el dillicullez |)ro|)osees par le Flauiaud poui' alloui;ei- le " leuips, el avancer l'heure de sou mauvais desseiu, ou Huit par s'ac- " corder; puis, les alliances failes el les complimeuls rendus, les « princes se separenl comuu' bons amis , el séparez les Normands '< joyeux se jellenl dans une nacelle el leur duc dans l'autre, qui vo- " guoil assez lenlemenl. Bause le Court, lils du comte de Candtray, « Ilioul de Coslcntiu son omle, Henri et Uoberl leurs partisans, '< apostez par le Flamaïul pour l'exécution de sa perlidie, l'asseurenl « aloi's que leur prince luy voulait dire chose d'inqiortauce, laquelle " n'esloil venue en sa mémoire pendant leur traité; à leur simple pa- " rôle Guillaume aussi despouillé de tout soupçon que desarmé, entre " dans l'isle, el reçoit sur la teste un grand coup d'aviron, que IJause le « Court luy déchargea, el ses complices liranl les dagues qu'ils avoienl " cachées sous leurs habits de buffetin, luy donnèrent les coups de " mort. Les comtes de Bretagne el les plus courageux de Normandie « voyoient la lin tragique de leur prince, mais la rivière n'estant point '< gueable, ils ne pouvoienl passer pour le secourir el courir après ces " perfides : donques deplorans leur mal-heur, el la perte d'un si bon <' duc, ils apportèrent son corps à Rouen ou les derniers devoirs luy " lurent rendus dans la cathédrale, »

Voilà comment, après un règne heureux de vingt-cinq années, Guillaume Longue-Epée, victime d'un guel-apens abominable, laissa la Normandie à son jeune lils (jui avait à peine dix ans. Le jeune duc s'appelait Richard, plus lard ou l'appela Richard-sans-Peur. Richard a été le digne lils de son père el de son graiul-père. Il eut pour tuteurs Bernard le Danois, vicomte de Rouen; Raoul, seigneur de la Roche-Tesson , le comte de Briquebec, et enfin , Osmond de Cenlvilles. Ces dignes maîtres n'eurent pas besoin d'enseigner au jeune prince la vaillance el le courage. A peine la Normandie eut elle juré foi el hounuage à Richard, que le roi de France, ce même Louis IV à qui Guillaume Longue-Êjiée hmùI fait retrouver deux fois son royaume envahi , s'en vint à lloueu , sous prétexte de venger le meurtre du duc de Normandie, sou ami et sou prolecleur. L'esjtoir secret du roi, c'était de reprendre cette province opulente el brave que la peur avait arrachée à Charles le Simple; mais déjà en si peu de temps, depuis qu'elle s'élail séparée du royaume de France, la Normandie était devenue vérilablemcnl un loyainue à pari. S<'s deux i)remiers ducs, Rollou el

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(înillaiiuie, lui avaicul (l(tiiiu'; à la lois la j^luirc iIl's armes et lesiloii- LiMiis (le la paix ; ils l'avaieiil lailc iiidéi)eiKlaiiL(! (;l l'oiic : or, ce sotil là (les profères iiicsliiuables aux(iii(;ls il esl bien (liflii-ile de renoncer. Celle l'ois la iiolile pi'oviiiC(î sï-lail doiiiK-e elle-iiR'ine à ses princes; niorls, ell(! conservait leur mt^nioire ; I^Mil'anl (|ui lui reslail, elle l'enlourail d'un amour malernel. Aussi, lorsijue le roi de France Lî»uis 1\ , Louis d'Ouire-Mer, essaya par de feintes caresses de s'emparer du jeune duc Ui(niard, les Normands, (|ui veillaient sur leur prince, le redemandent à i,M'ands cris, ils veulent le voir ; on le leur montre, ils se calment à celte vue. Le roi, rendu plus sai,^e par celte (^neute, entoure le jeune prince des embûches les mieux cachées. De Rouen il le conduit à Evreiix au milieu des r(îjouissances publiques; d'Evreux le roi mène Richard à Laon pour en l'aire, disait-il, le compagno?i de la bonne noxirriture de son lils Lolliaire; et cependant, (juand il aurait dii venger la mort de son bienlaileur Guillaume Longue-Êpée, Louis IV reconnaît qu'Arnould , le comte de Flandre , a bien mérité de la France en faisant tuer le duc Guillaume. Arnould va plus loin, il représente au roi Louis (|u'il est temps de réunir la province de Noimandie à la France, que la vie d'un enlant ne peut pas cl ne doit pas être un obslacle à si grande entreprise , et toutes les paroles de l'ambitieux qui n'a plus de remords. 11 faut le dire à la louange du loi Louis I\', ces perlides conseils le trouvèrent plein d'hésitations et d'angoisses. Certes la proie était belle et la joie grande de reprendre celle Neuslrie qui unissait la France à l'Océan ; mais aussi assassiner un enlant, c'était un grand crime. Cependant le jeune duc Richard élait gardé à vue; seul avec lui, Osmond, son gouverneur, veillait sur le prince avec la sollicitude d'un père. Dans ce grand danger qui menaçait le lils de la Longue-Êpée, Osmond (conime à l'avance cet Osmond ressemble au Blondel du Cœur de lion!) ne veut pas qu'un seul jour se passe sans que son élève fasse tous ses exercices ; il lui apprend le maniement des armes ; il le fait monter à cheval; il le jette dans tous les luuudles de la chasse : même un jour, Osmond et son élève allèrent si loin, que le roi de France, fort inquiet, fil courir après son prisonnier, et se le lit ramener violemment. Ce jour-là le roi de France était dans une grande colère ; il appela le jeune prince fils de putain, ce qui n'était pas vrai, dit la chronique; il le menaça de le l'aire énerver, un affreux supplice à l'usage des rois détrônés, et en lin de compte le jeune duc fut gardé plus étroitement ([ue jamais. Plus d'exercices, plus de • hfval, plus de chasse animée. Deux gardes sont places à la porte du

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priiire; Osmoiid Ini-niènu' ost soniiiis ;'i ctUc iiu|iiièle surveillance. Dni'ant ces Irisics jounu'cs si reni|>!i('s de Iraliisons, le luteiir el h; ]»upille n'ont pas d'aulre chance de salul t\\\p la fuile. CcpendanI la Normandie élail en prières pour que le ciel lui rendît sou enfani Richard. Lui, intelliijent el plein de courage, il se mel au lil, el refnsani toute nourriture, il devient pâle et hlènie comme un enfant (|ui va mourir. On disait déjà, non sans joie: (Vesl un prince mort! Ses gardes, le vovanl si malade, se reUàchent de leur surveillance. Il y avait fêle au château, les ménestrels chantaient leurs plus heaux airs, on n'avait guère le temps de garder un enfant à l'agonie. Aussitôt Osmond pénètre chez le jeune Richard ; il l'enveloppe dans une holte de foin, cl, le plaçant sur la croupe de son cheval, il emporte an galop son précieux fardeau jusqu'à Senlis. Le comte de Senlis et le seigneur de Coucy, réveillés par cette honne nouvelle, prêtent main-forte au duc Richard. La Normandie tout entière pousse un cri de joie à la nouvelle de celte délivrance. De son c(Mé, le comte de Flandre, Arnould, s'en vient trouver Louis d'Outre-Mer et lui représente qu'il faut absolument se rendre maître de la personne du duc Richard ; « car, disait-il, si nous le laissons en paix retourner parmy ses peuples, « ayant le courage haut comme j'ai appris (|u'il l'a, et la mémoire fres- " che du malheur auquel nous avons voulu le jetter; vous, le retenant » prisonnier à dessein de l'esnerver et le priver de son bien ; moy, ayant 'I trempé (contre les lois de la fidélilé)les mains dans le sang de son père, " sans doute qu'il viendra contre nous à main forte, saccagera nos terres, « ruinera nos villes, et s'il peut nous oslera la vie. D'autre part, si les « Normands et Bretons se liguent avec Hugues le Grand, c'en est fait de « nous, rien ne sera capahle d'arrester le courant de ce torrent; mais « je cognoisque Hugues a l'ame assez pleine d(! convoitise, tentez-le pai' « ce doux charme, et vos affaires prendront un beau chemin. »

Les conseils du comte de Flandre ne tombèrent pas dans une sourde oreille. Aussitôt le roi de France fait alliance avec Hugues, con)te de Paris, ce grand politique qui rêvait déjà la couronne de France, sinon pour lui, du moins pour sa race; le comte Hugues et le roi Louis se promettent d'envahir celte terre rebelle et de s'en faire le partage. Ces deux hommes réunis devaient en effet dompter la province. Hugues était im grand capitaine, le roi de France ne manquait pas de bravoure, chacun d'eux pouvait amener des soldats aguerris. Le danger était grand; les Normands du prince lion tenaient à leur terre; comment se défenilre? On se défendra en vrais Normands, pai' la fore»? el par la pru-

(lence. AvanI loul, il faut Itrisrr ralliniicc eiilre le comle lingues et le roi Louis; réunis ils sonl redonlables, divisés ou peut les hallre. Or, voiei rc (urimai-inenl les Normands. Ils erienl tout d'un coup : Vive le roi de France! ils appellent de tous leurs vieux la réunion de la Normandie à la France : c'était, disaient-ils, l'intérêt des deux peuples, un seul roi, un seul royaume, Paris désormais louchera à la mer, mais aussi la Normandie aura Paris pour capitale! — Pour mieux recevoir ce roi attendu avec tant d'impatience, la ville de Rouen prend ses habits de fêle, les cloches remplissent les airs de leurs joyeuses volées, les rues sont jonchées de fleurs, les remparts sont remplis de la plus belle foule, les sohlats et les prêtres se confondent dans la même joie : on eût dit que le prince Uou allait sortir de sa tombe. Hélas! ce n'était pas le prince Uou, ce n'était que le roi de France. A la fin le roi paraît, la ville de Houen ouvre ses portes au roi Louis. Ces habiles Normands s'applaudissaient tout bas du succès de leur admirable tromperie; aussi les meilleurs gentilshommes du duché, dans leur plus splendide appareil, accourentils au-devant du prince, et ils crient : Vivat! Ils sont les premiers à

donnerle signal de robéissanceeldu respect. Ecoule-les, ù roi de France! ils n'ont plus rien des Normands, ils sont Français d'esprit et de cœur; la guerre les lasse; ils appellent la paix; ils ne veulent plus d'aulre capitaine que le roi Louis, ils ne venicnl plus d'autre drapeau que V(\v\-

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thiiiime. '( l\i'<(^'Vfz , lui ilisaicnl-ils, icccvcz une Icilili' pioviiiciî (|ui, « veiiMO tlo vos aïK'èlros, se ranue lil»reiiu;iil sous voire sceplrc. »> Ainsi parlait Hernard le Danois, vicouile de Houcn, le dii;ue chel' de celhmaison d'ilarcMuirl, qui lieinlra unesiiirande plare dans celle histoire ; ainsi parlaient les peuples et les noldes. Le peuple s<'ul élail niécoutenl, il Irouvail (|ue lous ces gens-là manquaient de dii^uilé et de couraiie. Le roi de France, au comble de ses vœu\ et rempli de l'ori^ueil que donne le succès, descendit en la maison du comte d'Harcourt, et le comte à la lin du i-epas adressait à son liole royal un de ces discours pleins d'iiahileté et de réserve, dans lesqu(ds excellenl Tile-Live et Tacite à des délires bien dilïérents : « Oui, je suis triste, disait le comte, tristeet joyeux: " joyeux de voir (|ue désormais la Normandie lleurira sons vostre scep- '( tre, et triste d'entendre que vous soyez despouillé de la plus belle, « plus riche et plus t;raude partie, pour eu investir le comte de l'aris, « agrandir sa maison et servir de marchepied à sou ambition. Tout le " Cauchois, le Vexinet leBray qui vousdemeurent, ne sontqu'un point, « au regard du Koumois, Lieuviu, Ouche, Auge, Bessin, Boscageet Cos- « tenlin, qui sont les greuiei's de llouen, lesquels vous liiy laissez. I)e- « sormais quand Hugues voudra lascher biide à son ambition, enipieter '( vostre sceptre et courir sur le ventre de vos armées, la noblesse cons- « lantinoise luy ouvrira le chemin; vingt mille hommes seront armez au " premier son de la trompette, mais hommes sages et valeureux, et jadis " le bras droit de Longue-Epee. Cherbourg, Saint-Lo, Avranches, (^ous- '< lances, Bayeux, Caen, Lisieux, Alençon, Falaize, Sees, Evreux et les ' meilleures villes de la Normandie sont incloses en ce canton, et penser " les remettre en vos mains après (pi'elles l'auront recogueu pour sei- « gneur, ce seroil croire l'impossible facile. » Et par ces habiles discours, par ces respects apparents, le Normand vint à bout du roi Louis. Le calcul était bon, il reposait sur l'orgueil d'un esprit médiocre. Aussi bien le roi Louis iï Outre-Mer oublie toute prudence. Il se dit en luimême qu'en effet il aurait grand tort de ne pas ressaisir, en entier, le plus beau fleuron de sa couronne, que le comte Hugues est assez redoutable sans qu'on lui fournisse encore l'occasion de s'agrandir. Donc saisissant ce prétexte favorable de reprendre à lui seul, et pour lui seul, sa bonne province de Normandie, le l'oi («crit au comte de Paris, que l'alliance arrêtée est dissoute, puiscpn? aussi bien la Normandie recevait le roi de France à bras ouverts, et qu'ainsi le roi n'avait besoin de personne pour la soumettre. Ces paroles inqnudentes de son allié jetèrent le cmnle de Paris dans un i^raiide fui'eur. Le chef de celle illustre race

,v^ 1. \ NOUMANDIK

CiilHMiciiiic «iiii a (luiiiu" laiil (!<■ rois .-l l-uil <1<' grands lioiniiies a la France, riail un de ces anihilieux pleins de génie el de courage qui inél>risenl de lonles lenrs forces les vaincs paroles cl les promesses nienlenses. Le conile de Paris, par la Iraliison de son allié le roi de France, se voyait soudain arrêté dans sa conquête. Des villes prises il fallait soi-lir; ilugues en sortit, mais non pas sans ravager el dévasler loules choses sur son passage, renversanl les maisons, brùlanl les moissons, enlevant les plus belles richesses des pauvres reliç/leux , comme dit la chroniipie, el plein d'indignation contre Louis tVOuIre-Mer. La ruse du Normand avait réussi au delà de son espérance. De ces deux alliés, il ;ivail fait deux ennemis mortels. De toute la haine qu'il portait au roi de France, Hugues le (Irand se prit à aimer le jeune duc de Normandie. Il jure, et il ne jurait pas en vain, qu'il rétablira le lils de Guillaume Longue-Êpée dans ses domaines et (ju'il en chassera le roi Louis IV ! Cependant, le roi Louis, poussant l'imprudence à l'excès, traitait la Normandie comme un pays conquis; il chassait les Normands de leur terre; il dépouillait le hls de l'héritage de son père; il osa toucher même aux hiens d'Église! Cette avide et brutale tyrannie d'un prince inhabile à régner fut poussée si loin, que lorsipie les Danois débarquèrent sur vingt-deux navires, pour venir en aide à leurs frères les Normands, la Normandie n'aurait pas pu attendre les Danois plus longtemps.

Le chef de ces nouveaux venus du Danemark avait nom Aigrold. C'était un soldat à la taille de tous les hommes du Nord; aussi dans sa première rencontre avec le roi de France, Aigrold lit le roi prisonnier, et d'un pareil captif le Danois tint si peu de compte, que peu s'en fallut que le roi n'échappât à toute celte armée qui l'entourait :

n Ceux-ci (les Français), tous occis, ou mis en déroule, les Danois,

« Coslentinois et Dessins, commencèrent à désarmer et dépouiller les

. morts; lors les cavaliers commis en la garde du roy prisonnier, épris

u d'un désir de butiner comme les autres, l'abandonnèrent pour aller au

« pillage; luy se voyant seul, prend l'occasion au poil, et se sauve, sans

u estre co^nieu ny couru, par le milieu des Normands. Ils se reliroit

'. desja vers la forestde Touque, quand un caualier rouënnois le reco-

« gneut el le prist ; Louys tombé d'un péril en l'autre , pour éviter la

.. mort, conjure le caualier de le sauver et le conduire à Laon, avec pro-

„ messe de luy donner de grandes richesses el des plus belles charges

u de sa cour : le caualier, aveuglé pour ne pas dire charmé de si belles

.. promesses, oublie tout aussi tosl la (idelité qu'il devoil au bien de son

.. légitime prince et de sa patrie, et luv promet de le sauver; pour ce

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