‹ La NormandieChapitre 41 sur 118 · I.A NOiniANDIK · texte numérisé non relu

I.A NOiniANDIK

(léju)li léijcr; les limiières les plus vives soni prodiiiles par le verre dans loule sa Iraiisparciice, et qui n'a lieu que sur des lignes Irès-élroiles, et de manière à ne pas nuire à rharnionie générale de la verrière. De nonihreuses verrières, à celle é|)oque, sont exéculées en grisaille pour loul ce qui esl le fond, roriuMiient, la ni()saï(|ue ; le verre reslanl colorié pour loul le reste. Ces verrières nionoclironies sont d'un bel et grand effet. En un luol, les vilraux du Ireizièine siècle sont les plus beaux vitraux du moyen âge. Les légendes y sont représentées Irès-simplemenl, sans aucune espèce de perspeclive. Placées sur le premier rang comme autant de statues, les ligures peintes prennent une fermeté de ton, favorable à la ilécoration des grands édifices.

Au quatorzième siècle, l'art dn verrier se perd en mille efforts sans grandeur. Ce n'est plus la mosaïque ferme, noble, serrée, ramenant tout l'effet de la verrière à une même surlace, et se liant à merveille aux formes simples et graves de rarcbiteclure ; la peinture ambitieuse s'empare du détail tout entier; l'ornement est dédaigné pour les grandes compositions. Ce Ji'est plus une décoration, c'est un tableau. Les lignes de plomb, si favorables à la vigueur des contours, deviennent plus rares; ne faut-il pas céder la place à l'œuvre des peintres? En même temps, les dais, les pinacles qui couronnent les figures isolées, prennent dans ces tableaux une importance relative. Il y a phisd'arl, peut-être, mais aussi plus de confusion, moins de simplicité, moins de grandeur. Les couleurs brillantes sont encore d'une admirable vivacité, mais les Ions jaune et vert pâle, trop répandus, et donnant trop de passage à la lumière, commencent à jeter du vague dans ces omvres moins nettes que vigoureuses. Un siècle plus tard, cène sont que grands dessins d'arcbitecture dans lesquels s'agitent des personnages sans nombre. Plus de mosaïque, elle est remplacée par des feuilles maigres et découpées, copiées sur le feuillage étricjué des sculpteurs de la même époque. Le peintre oublie tout à fait qu'il travaille à l'ornement d'une église, il compose des tableaux pour son propre compte, il s'isole de l'ensemble, il devient le maître absolu de son travail, et il profile de sa liberté, pour dessiner à sa fantaisie des temples, des manoirs, des jardins, des paysages, dans lesquels la forme est comptée pour beaucoup, au grand détriment de l'idée chrétienne : voilà où en est arrivé l'art primitif ! Maintenantle vague et l'idéal du moyen âge se rapprocbent, tant qu'ils peuvent s'en approcher, de l'art palpable de l'antiquité. A ce moment aussi, l'unité disparait de l'œuvre; chacun veut commander, personne ne veut plus obéir. l*ein- Ires, verriers, sculpteurs, ils échappent à la loi supi-ème de rarrhitecte

l'.M» I. A NOIiMANDIi:.

(jiii, ;in Loiiimeiicf'iiienl de l'ail, les nienuil Ions, les nus et les autres, eld'îiiie main si feniie, à la grandeur et an l»ul de Tari, — rnnilé, (jui e&t véritablement la beauté.

Au seizième siècle, la verrière, n'éeliappe pas plus ipie le resie de l'oruemenl à l'influence des l'ormes anliijues. Les vitraux sont hrodés à linlini, les détails se perdent dans les détails; on se croirait dans les ornements deTAlhambra, dans la mos(iuée d'Abdérame. Les vitraux s'éclaircissenl et laissent tomber nu jour inattendu dans ces ténèbres à demi éclairées, si favorables à la prière. A force de vouloir régner et marcbeitout à l'aise dans ses caprices, le dessin cbassedu vitrail les admirables couleurs qui lui donnaient tant de vivacité et tant d'éclat. Vous arrivez ainsi jus(iu'à la verrière blanclie et grise du dix-builième siècle : ombres obscures, ligures environnées de tons noirs et opaques, tableaux njal indiqués. — Un siècle plus tard, bêlas! vous n avez plus, en fait de verrières, que du verre blanc; les verres ne sont plus coloriés en table, les rares peintures des vitraux ne sont plus que de grandes ('•baucbes, exécutées par la métbode en apprêt. Quelques encadrements de mauvais goût rompent seuls la inonoloni(! de l'édilice rajeuni et couvert, dubaut en bas, d'un épais badigeon. Voilà donc, en effet, à quoi ontabouti les efforts, les cbefs-d'œuvre excellents de; l'ait cbrétien! Ainsi ont été abolies les plus délicates beautés de la simple et majestueuse arcliitecture des plus riclies monuments gotbiques. Hare perfection de formes souvent insaisissables, pour les yeux vulgaires, que nos sauveurs de monuments n'ont su ni comprendre ni respecter. Uavages sans lin, au dedans, au debors; démolisseurs sans pitié, arrangeurs ignorants (|ui brisent et qui dégradent, sous prétexte de réparer et de sauver. Les belles fenêtres traversées parles gracieux com|)artiments(lu style ogival, secondaire ou tertiaire, on les défonce, sous prétexte de laisser entrer le soleil. — Une église resplendit de beaux trèfles et de belles losesdu treizième ou du quatorzième siècle, ou la masque parla façade d'un grenier à foin. Au fond de l'abside, et tout a\itour de l'autel, régnaient des fenêtres symboliques, on boucbe ces fenêtres pour placer le Chemin de la Croix, colorié cbez les graveurs de la rue Saint-Jacques. De gracieuses colonettes, dont le soc grêle et délicat s'élance du pavé jusqu'aux arceaux des voûtes, on les entoure de boiseries mal rabotées, pour asseoir plus commodément messieurs les cbantres et messieurs les enfants de cbœur; ou bien le conseil de fabrique, voulant avoir un banc tout neuf, fait briser à coups de marteau de belles colonnes appliquées en demir( lief sui' les parois des murailles. i)\\\ voudrait, avec la meilleure

i. A NOIiM \M»li:. l;il

iiilciilioii (In iiioinU', l'oiiipler les clia|iil('itii\ miililés, 1rs luises coupérs, les ni(»nliuvs luiéiiiilics, les onuMiienls i,n-allés, les eliapileaux de la période roinaiie Iraiisfoniiés, par nii eiseaii ii-iioraiil, en eliapileaux de quelque faltuleuse Alhènes d'avant le déluiie, ne viendrait pas à houlde celle rude làelie. Mainlenanl vnnsdirai-je tontes les merveilles des verrières de Notre-Dame de Roue))? Vons dirai-je, en même temps, la grandenr imposante de l'aliside, les quatorze eoloniu's qui l'entourent, les ving:t-einq eliapelles (|ni rèi^nent dans les pourtours, les miracles de l.i chapelle de la Vi(M-ffe? El si vons sortez <le cette I)asili(|uc chrétienne, merveilleuse enln> toutes, comptez donc, si vous l'osez, les sculptures, les chapiteaux, les çialeries à jour, les has-reliefs ! Admirahle édifice Trappe par la fondre, dévoré par les llanuues, assiégé parles ahominahles fureurs des guerres de religion, haltu par les vents, par les orages, par les passions, il selientdehonl eiu'ore, calme et lier, inqiosant et solennel. En vain la révolution de 17!),") Ta dépouillé de ses ornements, de ses saintes reliques; en vain les sans-cnlotles ont vemlu à l'encan les cloches, dont l'unepesait Irenle-six mille livres, l'église a résisté à ces vils ravageurs ; elle ne s'est pas défendue, elle a attendu en silence que le respect des honuues lui vint en aide. Eh! (|n'avons-nous hesoin, nous antres, les historiens, (pii ramassons dans les aimales les noms des héros et des grands honunes, qn"avons-nous hesoin d'aller si loin pour en tant chercher? Les plus grands hounnes de celte Normandie dont nous vous disons les chefs-d'ceuvre, non-seulement ils se sont agenouillés dévotement sui' ces dalles sonores, mais encore lenrs cendi'es vénérahles sont restées ensevelies sous l'abri de ces dalles, hères de porter leni's noms. La ils ont laissé lenr dépouille mortelle ; là ils se sont reposés enhn dans la mort, ces vaillants honunes, ces savants, ces héros, ces chrétiens, l'honneur, la gloire et la force de la Normandie. Roi Ion est couché sons cette voiite qui lui prêta son ahri, le jour de son ltaptênu\ Là l'epose le fils et le successeui' de UoUon, ce Guillaume Linujiie-Épée dont nous vous avons raconté la vie et la mort, tué par trahison, j)rodit(>nè occisus, l'an 9i4. Là fnl porté le c(eur de Cdiarles V, et celui de Kichard Cœur-de- Lion. Là fut enseveli Bedfort, lils, frère, oncle de rois, qui dédaigna de placer la couronne sm- sa tête. Henri le Jeune y repose à côté de son frère Richard. Là était couché, sous son magnificpie tondtean de marbre. Pierie de Rrézé comte de Manlevrier, grand sénéchal d'Anjou, de Poitou et de Normandie, tué à la bataille de Montlhéry, le KJaoûl 1405. Si la Normandie est devenue une province fram'ais(% elle le doit en partie a Pierre deRréz<'' : il a re|)ris les ebàleanx dlTarconrl .de (îisors et ce leiMiblc

LA NOIÎMAMUI-;

(Miâleaii-(l:ull;ii<l (juc llichard Cœur-de-Moii avait lail imprenable. C'esl lui qui eslenlié dans la ville de lloueu au nom de Charles VII. Le lombeau de son pclit-fils, Louis de Brézé, rpie Jean Goujon eût pu signer, est un souvenir poslbumc de la belle Diane de Poitiers, sa iennne. «0

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Brézé, Diane de Poitiers, la femme, t'a élevé ce tombeau en témoignai;e de sa fidélité. » Jamais les ducs de Normandie, Guillaume Je Conquérant et la Lomiue-Èpée, et leurs habiles maîtres les rois d'Angleterre, n'ont pu rêver, dans leurs magnificences, nue tombe égale à celle de ces deux Brézé, une tond)e comparable au tombeau du cardinal Georges d'Amboise, primat de Normandie. La vie du cardinal d'Amboise est illustre, elle a été utile el grande. Il a été le Léon X de celte province de Normandie, si admirablement disposée à comprendre, à créer les beauxarts el à les nictîre en praliipie. Il mourut à Lyon en 1510, pleuré du roi, pleuré du peuple; Lyon lui lit des obsèques royales; le grand deuil était porté par douze des plus proches parenis, et conduit par le due (le Vidois, le due de Galabrc, el les aulres seigneurs r/// s(H\ij. A ce

i-oiivoi assislaitîiil les aiiil»ass;uk'iirs (rAriii^on, <le Florence, du [lape <'t lie reiiiperetii*. Le eorlége se eouijxisail de deux eeiils iieiililslioiiiiiies, douze cents prélals, douze mille prèlres; le roi Louis XII avait désigné lui-inèine plusieurs d'enlre les seigneurs, clercs et laïques, pour accompagner jusqu'à Uouen le corps de son minisire et de son ami. Le cliar

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était couvert de drap d'or, et li'aiiié par six chevaux housses de drap noir: sur le cercueil hrillait une croix de damas hianc. En toutes les villes où passait le grand eardinal, les villes lui rendaient : hnit et tel ho)ineiir comme à Ui perfunine du roi. Cent porteurs di; l(»rches se relayaient autour du convoi l'imehre qui entra dans Itcmen le t>7 juin, où l'attendaient de nouveaux et suprêmes iKuineiirs. Toute la ville était en deuil, comme si chacun eut perdu son père, i.e doyen des chanoines.

lUi LA NORMAND IK.

selon l'iisii^t' ('Inhli pour les ;irclicvè(|iies ilc Rouen, déposa le corps du (léFuiil eulie les rn;iins d(! l'.iMté de Sainl-Ouen, en disant, selon la forniult! : « Voici celui qu'on noua a baille vif, nous vous le haillons mort. »

Louis XII pieui'a Georges d'Aniboise jusqu'à la lin de son règne. Pour comble d'éloges, à la nouvelle de celle grande perle que faisait le royaume de France, le pape Jules II s'écria : « Béni soit Oieu, lue voici seul pape (( en lin ! Laudato sia Dio, perché adesso solo ïo papa ! »

Le cardinal (leorges d'AniItoise laissait à son neveu, Georges d'Amlioise, avec l'agrément du roi, rarchevêclié de Rouen, son poudficat et toute sa déferre, laquelle prisée à deux millions d'or, ensemble les meubles de Gaillon et l'accommodement delà maison; et à tous ses neveux des richesses sans nombre : quinze mille ducals d'or, cinquante marcs de vaisselle d'argent, sa vaisselle dorée, sa belle coupe, prisée vingt mille écus, trente mille livres à sa nièce, cent mille écuscà sa sœur, cent uiille livres aux quatre ordres mendiants, et de quoi marier cinquante lilles, sans compter son patriiuoine, ses acquêts el conquêts. Il fut un des plus grands seigneurs de son temps; plus tard, Son Eminence le cardinal d(^ Uichelicu se rappellera toute cette magnificence ; et pourtant, à sa mori, cet homme puissant destinéà la papauté, il disait à Jean, son inlirmier : <( Frère Jean... que u'ai-je été toute ma vie frère Jean? »

Une autre merveille inestimable de l'architecture gothique, un chefd'œuvre de grâce et d'élégance, le consummatum est de l'art chrétien, c'est l'antique abbaye de Sainl-Ouen. L'abbaye de Sainl-Ouen est le plus rare monument religieux delà Normandie. Le quatorzième siècle, dans l'univers catholique, n'a rien produit de plus complet el de plus parfait. Ou dirait, à le voir encore si simple et si magnilique, ce rare monument, de quelque chef-d'œuvre sorti de terre par miracle, ou bien déposé là par des architectes invisibles. Les deux siècles qu'on a mis à conslruire Sainl-Ouen sont restés obéissants jusqu'à la lin aux plans arrêtés parla volonté el parle génie de l'illustre abbé Jean Roussel, surnommé Marc d'argent, qui eu posa la première pierre en 1518. La vieille église, fondée en 533, sous le règne de Clotaire l", avait été brûlée, en 841, par les Normands (toujours la même torche; païens qui croyaient venger leurs dieux!). Quiind Rollon, leur chef, eut courbé sa tête sous les eaux du biiplème, son premier soin fui de rebâtir l'abbaye de Sainl-Ouen el de rappeler les reliques du saint que les fidèles avaient cachées dans les retraites les plus inaccessibles de la province. Rendu à l'autel qui lui est consacré, saint Ouen, le protecteur de la cité, dont il avait été l'évêque vénéré, ramena avec lui, dans ranli(|ue abbaye, l'ancienne ferveur;

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l'église rebâtit' par Uolloiireileviiil le centre coiimimi des prières, désespérances de ce peii[)le réservé à ces i;raiides destinés. A l'exemple de IJulloii leur maître, chacun des nouveaux ducs de Normandie tint à l'iionneurde compléter l'ieuvre de la loi normande. Uieliard 1", ou, si vous aiuïez mieux, l{icliard-s«»6-/*t'»;', et liicliard II, proléi,fèrent le saint iiKtnumenl, jnsipTau jour où le (ils de Uieliard III (on était alors au reloue du Conquérant), ^'icoVàs, (|ualrième abbé de Sainl-Ouen, voulant donnera l'édilice une majesté inconnue, le recommença sur un nouveau plan. Cette œuvre de lantde princes et de tant d'années, à peine achevée, en l'an 1126, l'ut détruite par l'incendie, aussi impitoyable i|ue les premiers Normands. 11 n'y eut ((u'un seul jour entre une ruine complète et un chel'-d'ieuvrequi avait coûté un long siècle de travail, de patience et de génie. Comme nous l'avons dit, ce fut au commencement du quatorzième siècle, grâce au concours <le l'impératrice Mathilde et au roi Henri II, son fils, (|ue l'abbé Jean Uoussel osa entrepremlre cette réédilicdlion complète d'un monument que l'on croyait désormais impossible. Une fois commencée, l'œuvre alla grandissant toujours, en dépit même de tant de révolutions et de tempêtes. Sous l'invasion anglaise, (|ue nous vous raconterons bientôt, les Anglais eux-mêmes respectèrent celle tentative chrétienne. Alexandre de Berneval, sculpteur et peinti'e sur verre, eut riionneur de poser les deux magniliques roses de la croisée. L'une des deux roses, la plus admirable, avait été achevée par un élève d'Alexandre; nous voulons parler de la rose occidentale, d'une magnilicence incroyable, étincelanl chef-d'œuvre dans lecjuel le soleil levant et le soleil du midi, et le soleil du soir, jettent à l'eiivi le rayonnement d(! la lumière éternelle. Mais l'œuvre accomplie, le maître fut jaloux de l'élève; il eut peur de partager sa gloire avec un jeune homme, et, dans sa fureur jalouse, il le tua île ses mains. Le bourreau lit justice du crime, de l'artiste ; pourtant, quand il fut mort, les religieux de Saint-Ouen, louches de pitié, détachèrent son corps du gil)et, et Tensevelirenl dans un coin de l'église sous la rose même qu'il avait faite de ses mains. — Deux abbés de Sainl-Ouen, le cardinal Bohier, ({ni e.stuit u}i grand bastisseur, et le cardinal Cibo, eurent l'honneur d'achever complètement l'œuvre commencée par Jean Houssel, mais ni lun ni l'aulre n'eut le temps d'achever le grand portail de Saint-Ouen. Tel qu'il est cependant, le chef-d'œuvre est complet, il est placé dans une position admirable, au milieu d'un vaste jardin, sous de beaux arbres; on peut l'admirer de toutes parts, tout à l'aise, à la clarté du jour. Entrez, vous vous trouvez tout d'un coup au milieu d'une forêt <lr pierres à l'i-b'-gant feuillage.

^Î)H I.A NOHMANDIÉ.

La loivl porlt' jiis(|iraii ciel ses divers raineaiix eliaiyés des lonaiiyes

L"nbbaye de Suint-Oue

du Seigneur. A liaveis les mille vitraux qui resplendissent coiiinie autant de poënies, et dont le reflet coloré se brise en mille parcelles éclatantes, depuis la voûte qui touche au ciel, jusqu'à la dalle que vous foulez aux pieds, vous distinguez dans un ensemble magnifique, irréprochable, les diverses parties du monument : la nef, le chœur, les bas côtés. Figurez-vous un inunense ovale, entouré de hautes gerbes de colonnes qui se dressent jusqu'au ciel. Ces longues files d'arcades, éclairées magnifiquement par les trois roses de l'occident, du septentrion et du midi, se prolongent dans une grande ligne lumineuse qui vous donne une idée des mystères de l'infini. Jamais la pierre taillée par la main des hommes n'a pu rêver plus de grâce, plus de délicatesse, et en même temps plus de force et plus de majesté. Ce chef-d'œuvre de quatre cent seize pieds de longueur, de soixante-dix-huil pieds de largeur, voûte qui est à cent pieds au-dessus du sol, est éclairé par cent vingt-cincf fenêtres percées sur trois rangs. Ces fenêtres sont ornées de vitraux magnifiques,et sur ces vitraux, d'ingénieux artistes ont représenté les miracles de saint Hduiain. Si vous plongez les yeux dans b* grand bénilier (b-

LA NOH.MANDIK.

marbre placé coiilic le iirciiiiiT pilier du portail occitlciilal, voiisdécouvrez la voùlo de Téulise dans son entière étendue. On/j; chapelles envi-

liitérirur dp laliliaye tic

ronnenl le chœur de l'église ; la grande tour, ijui est un chel-d'œuvre digne de tout le reste, s'élève à cent pieds au dessus du coiublc; elle porte sa couronne travaillée à jour et avec tant de grâce, et avec tant de légèreté! En effet, le moyeu de n'être pas légère, appuyée sur quatre piliers composés chacun d'un groupe de vingl-tpiatre colonnes ! Venez, venez avec nous; rappelez-vous ce que nous vous disions tout à l'heure de ce grand art de l'architecture, et rccomiaissez à ces signes magnifiques la plus belle époque de l'art.

Au portail occidental, qui est incomplet, vous avez admiré la rosace; au portail du sud, vous remarquerez, non pas sans enthousiasme, cette armée de statuettes, de statues, de chiffres, d'emblèmes, de caprices : au-dessus de la porte, la sainte Vierge est couchée dans son si'pulcre de pierre; rinslant d'après, les anges arrivent, qui la tirent de son d(Miiiei"

I!»S I.A NOIi.MANDIK.

sonimcil, cl (|iii rcuiporleiil dans les saintes (hiiiiciiros ch; l'inlini. Vérilaldt'incnL on dirait ilc ce porclie, ranliclianiltre du ciel : c'est, le clield'dunre de l'arcliitectiire oi^ivale ! (^ontie un pareil cliet-d'œiivre rien n'a pu prévaloir: ni l'invasion de l'étraniicr, nihîs i,Mien'«!S(nviles,ni lesi^uerres religieuses, ni nièn)e les aboniinahles et sliipides insultes des mauvais jours de 1793. n'ont pu aliolir le génie (pii envelop|»(; de sa protection divine ce niouunient sacré. Pourtant les calvinistes de 156^ sont entrés dans l'aldtaye de Saint Ouen ; ils ont brisé les chaires, les balus- Ires, le grand autel; ils ont mis en pièces celle horloge «pii invitait la province à la prière. Avec le plomh de l'orgue ils ont fondu des halles; ils oui hriîlé les hancs, les chapes, les liini(|ues, les chasuldes; ils jettent aux vents les reli(|ues de sainl Ouen, échappées à tant d'orages; ils volent, ils pillent, ils profanent, ils hlasphèment... l'église reste dehoul sous les coups de ces furieux. Les terroristes de 1705, plus sanglants et plus ignobles, n'ont pas été plus habiles à détruire ; en vain ils ont apporté dans ces murailles sacrées l'épouvante et les orgies des révolutions; en vain ils ont placé leur prostituée sur ces autels' — Ils oui blasphémé contre l'Evangile sous ces voûtes solennelles; ils onl hurléleurs cris de mort dans celle enceinte sacrée, où le son de l'orgue se mêlait naguère aux «'liants harmonieux des cantiques; tout ce «|u'ils onl pu briser, ils l'ont brisé; — tout ce qu'ils onl pu souiller, ils l'ont souillé ; loul ce (ju'ils onl pu dérober, ils l'ont dérobé; ils onl fait tour à tour de l'église de Saiul-Ouen, une forge, un club, une place de Grève, un mauvais lieu... .\ l'heuie où nous parlons, ces révolutionnaires, où sont-ils? Ils onl élé dispersés (;ouuue le sable qu'emporte le vent; l'église de Sainl-Ouen reste debout toujours.

Hassurez-vousdonc , et ne craignez pas les méchants plus qu'il ne faut les craindre! Au génie de l'homme, quand l'heure est venue, rien ne fait (dislacle,ni les guerres, ni les invasions, ni les révolutions, ni les schismes, ni les émeutes. l»ésumons-nous cependant avant de rentrer dans le récit historique, que nous avons abandonné un instant pour vous faire 1 histoire de ces arts divers réunis dans un seul, rarchiteclure. Pendant <pie nous vous racontions, de notre mieux, ces inci'oyables merveilles, quels changements sont donc survenus dans celle Europe couverte de sang et d'outrages? La guerre était sans pilié et sans merci ; l'Europe se voyait ravagée par les armées les plus féroces (\\\\ aient épouvanté le monde depuis les hordes d'Allila, (piand soudain, ô miracle! éclate et brille dans un nuage sanglant la chevalerie chrétienne comme une (•toile lespb'udissanle au milieu de l'orage. En même temps, dans ces

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