I.A NOiniANDlK
\illt'sl>rùl(''('s,(liiiis l'i's i"L'in[)arls cii nmics, (jiiaïul luiil»^ cilé csl aliiincc de I'oikI en coiiihlc, (iiiaiid cliatiiu? maison est chaiicchuite, (|iiaii(l ces iiiallieiircnx peuples, prèlaiil une oreille éiiouvaiilée, recouiiaisseul le maître u<>uveau(|ui va leur venir, aux moissons (|ni s'agitent d'Iiorreur dans les champs, aux lleuves qui remontent juscju'à leur source, et surtout au bruit du Irr, « homme de fer, la tèU- coiivei'te d'un casque de fer, « gantelets de fer. poitrine de fer, ai'mure de lei', lance de fer, épée dc^ « fer, cuissai'ds de f(>r, hollines de fer; son cheval avait la couleur et la « force du fer; le 1er courait les champs et les chemins, el le peuple « criait : 0 fer ! Ali ! que de fer ! 0 fernnn! fJeii fernim ! » Eh hieu, à peine avait-elle passé, cette; tiMupète (pii hi'isait tontes choses, rpie soudain, et comme par encliantemenl. s'élevaient les plus inestimahles chefs-d'œuvre de l'architecture gothicpu'. (l'est cpien effet, celte fois encore, Dieu a pitié de l'espèce humaine. Il veut la sauver, comme il voudra la sauver toujours. Ecoutez ! |)rèlez r(U'eille, c'est l'heure solennell(> où se rév«'ilient toutes ces intelligences ahruties par la guerre; le sentiment de l'art el le sentiment poétique se sont révélés enfin h ces âmes si rudement trempées. Les villes se retuplissent d'hospices, d'hôtels, de maisons magnifiques, d'églises aux tourelles élaricées; on ('dève des remparts, des prisons, des salles capitulaires. Dans les Gaules, aussi bien que dans l'Italie, h's monuments de l'art chrétien obéissent à la révolution la plus entière qu'aient jamais suhie les heaux-aris. C'est l'ail nouveau (jui se révèle enfin ; c'est l'Evangile ([ui se dégage des traditions du paganisme; c'est Notre-Seigneur .Tésus-rju'isl (pii veut avoir des temples construits à l'image de son Evangile, et non pins habiter les temples de Jupiter. La fin du monde, ([ue les plus savants avaient prédite pour les premières années du onzième siècle, la lin du monde, «pii avait jeté dans les âmes une si profonde terreur, élait mise désormais au rang des terreurs imaginaires. Non, le monde ne devait pas sitôt finir ! INon, l'I*]vangile ne devait pas, après un règne éphémère de mille années, céder la place au néant que le Elirisl a vaincu ! Maintenant l'homme, rassuré sur l'avenir de sa race el de sa croyance, ne songeait plus qu'à embellir cet univers qui lui restait.
Revenons cependant <à notre histoire. Nous ne sommes encore arrivés, ni au roi Louis XI, ni au roi Eliarles VIII, (pii devait causer tant de peur à l'Italie, — Eharles VIII ([ui déjà se demandait s'il n'irait pas jusqu'à Athènes; ni au roi Louis XII. Mais les grands lionunes, les grands rois, les vaillants cajtitaines, les préla's et les magistrats illustres, el même les belles dames, perles brillanl<'s de l'Iiisloire, peuvent venir mainte-
1, A NOH.MANDiK.
tiaiil, et ils Iroiiveroiil des palais, des églises, des Irihunaux, des maisons, des châleaiix, des jardins anx eaux jaillissantes, disposés à les recevoir. Qu'ils se montrent enfin, le théâtre est prêt à recevoir tous les liéros du drame historique. Et comme tout se tient dans les arts, bien des faits curieux vont surgir dans ces villes nouvellement bâties; des batailles sans nombre vont se livrer autour de ces formidables remparts. Plus que jamais, à ce moment, l'histoire de la Normandie se présente sous sa double face : la province qui bientôt sera française et le royaume d'Angleterre ; l'île et la terre ferme ; le peuple conquérant et le peuple conquis, le conflit terrible de tant d'intérêts divers ; une histoire, en un mot, que Montesquieu parait avoir tracée à l'avance quand il a dit ' : -< Nous ne connaissons que quatre grands changements en Europe, " depuis rétablissement des colonies grecque et phénicienne : le K premier, causé par les conquêtes des Romains; le second, parles " inondations des barbares qui détruisirent ces mêmes Romains; le « troisième, par les victoires de Charlemagne, et le dernier, par les " invasions des Normands. »
Et il ajoute, sans doute pour donner du cœur aux historiens à venir : <( Si l'on examine bien ceci, on trouvera dans ces changements une force « générale répandue dans tous les États de l'Enrope. » Ce qu'il nous reste à démontrer.
' Dr l'Esprit des lois, livio VII, clinp. i.
^ li '' ''k~^ . '"' il