‹ La NormandieChapitre 43 sur 118 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

l,;i féodalité. — Los origines. — L'autorité pontificale. — Le château fort. — Les usages. — Les munns

féodales. — Arts et métiers, commerce, foires. — .\griculture. — Anecdotes. —Mariages. —

Fêtes. — Cérémonies religieuses. — Halles et marchés. — La vie de chSteau. — La vie du

cloître. — Le noble. — Le bourgeois — Le vilain. — Le serf. — Les prisons. —

Les habits, les armes. — Récapitulation liistori(|ije.

Reveinons quelcpie peu sur uos pas. Unt; l'ois sorlis des diverses civilisations qui ont dominé l'iiistoire moderne, civilisalions gauloise, romaine, gallo-romaine, franque, gallo-franque, nous entrons dans la civilisation purement française, dans le onzième siècle, à l'instant même où la France va être divisée, grâce à l'élément féodal, en plusieurs souverainetés, indépendantes l'une de l'autre. Heure solennelle et féconde , durant la([uellc ces peuples divers se mêlent à leur insu; alors le passé s'en va pour faire place à l'avenir. Dans ces débris de différents peuples,

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loiir à 1(1111' vaincus cl vaiiKiiicurs, vous pouvez eiilrcvoir les éléments il'iiitr iKilioii, comme dil M. Guizol. Pendant trois siècles, du onzième au treizième siècle, nous sommes dominés par le régime féodal. Ces rudes époques une fois accomplies, vous arrivez enfin aux deux forces qui ont créé la nation française : la royauté, la bouri-eoisie. Grâce à Dieu, avec la féodalité la vie reparaît dans l'histoire moderne. « Des mœurs pleines « de splendeur et de naïveté, des crimes et des vertus, des croyances « ardentes, des faits héroïques, des souvenirs merveilleux, d'immenses « résultats matériels et moraux, scientifiques et politiques, » voilà ce (|ue présente l'histoire féodale. La féodalité, c'est le point de départ de la langue française; là connnence noire poésie, là notre histoire; la Il tléralure nationale, si digne de notre étude attentive, l'art cl les souvenirs d'aulrefois, n'ont pas d'autres commencements. Les anciennes grandes familles de la France et de l'Europe ont un berceau féodal. Les croisades, la chevalerie, l'âge héroïque delà France, apparliennent à l'époque féodale. La propriété se fonde, la propriété devient souveraine; les institutions diverses s'unissent l'une à l'autre, d'une façon intelligente et durable: institulions législatives, judiciaires, militaires. L'ordre fait place au chaos; la France est une nation sauvée, à l'instant même où l'histoire en désespère. Car vous n'avez pas eu besoin d'en êlre avertis, pour vous indigner de la stupeur et de rhébétement de ces rois et de ce peuple de France que la mort de Charlemagne avait fait tomber dans cctle inertie fatale. Vous vous êtes demandé déjà plus d'une fois comment donc le grand empereur a pu laisser de pareils successeurs. Hélas ! ce ne sont pas les hommes seulement qui ont manqué à ce vaste empire, c'est l'empire même. Quand Charlemagne est mort, son vaste domaine se brise en trois royaumes, et chacun de ces trois royaumes se partage en plusieurs Étals, lesquels États se divisent encore, jusqu'à ce (|u'enfin chaque ville devienne comme un royaume à part. Ainsi se brise la société civile d'abord ; ainsi se brise ensuite la société ecclésiastique. Dès les premiers jours de la féodalité, la hiérarchie religieuse perd de sa force; chaque église nobéitplus qu'à son évêqne,qui n'obéit à personne; toute chapelle a ses lois, tout monastère devient, pour ainsi dire, un royaume à pari. Cette division funeste favorisera, au delà de tout ce qu'on peut dire, l'invasion des peuples du Nord, Normands, Hongrois, Sarrasins. Quand tout d'un coup les barbares tombèrent au milieu de tons ces petits royaumes séparés, rien ne fut prêt pour les recevoir: pas uni! armée, pas un château fort, pas une sentinelle sur le bord des mers et des neuves. LesNormauds, vous les avez vus, poussaient leurs frêles barques a

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Paris, à Oilt'aiis, à l'oiiloiisc, sans leiicoiili't'i' (rubstacles. Ces Huiles ai"iiiées arrivaient, contre les villes épouvantées, comme autant de forteresses mobiles sur lesquelles les pirates entassaient leurs prisonniers et leur hulin. Personne, à celle heure, ne sait plus où est la France, où est le roi lie France, où est la nation, ('/est ({n'en elïet, il n'y a pas de nation ; le roi n'a pas un soldat à opposer aux barbares, pas un capitaine pour les combattre. Les soldats de Cbarlemagne étaient morts, le courage des hommes libres était épuisé, les villes n'avaient plus de remparts, plus de milices, plus de magistrats, plus de légions ; le laboureur, éperdu et sans défense, abandonnait ses bestiaux et ses moissons à ces ravageurs de provinces, trop heureux de trouver une retraite dans la profondeur inaccessible des forêts. Les monastères étaient livrés au pillage, les églises élaient ravagées, et pas un des genlilshommes de la France n'osait tirer son épée tremblante contre les hommes du Nord. Voilà comment les pirates se trouvèrent les maîtres dans la Gaule : et bien en pril à l'Angleterre des rois Saxons, qu'Alfred le Grand les eût chassés de sa redoutable épée. Toujours est-il ((ue, grâce à celle absence d'unité , d'autorité, de fraternité, dans les populations chrétiennes, les barbares étaient partout, au Midi, au Nord , en France , à Constanlinople , en Islande , au Groenland et même en Russie , où le Normand Ruric fonda la première monarchie de la Russie.

Tristes époques! Iristes surtout pour la classe moyenne, pour le bourgeois, pour le laboureur; car avec la puissance royale disparaissait l'aulorilé de la bourgeoisie. Nous vivons sous le règne de la force ; bien plus, nous vivons sous le règne de la peur. Quiconque ne peut pas défendre sa terre n'a plus le droit de la posséder. Aces causes, les hommes et les villes ne sont plus occupés qu'à se cacher derrière des remparts. On ne se lie plus à son courage personnel, on s'abrite en tremblant à l'ombre secourable des hautes citadelles. Que faire alors? Que devenir? A quelle puissance légitime avoir recours? Le royaume tout entier échappe à l'unité fondée par Cbarlemagne; la royauté même n'est plus qu'une fiction, car celui-là n'est pas un roi qui ne peut pas protéger et défendre les peuples que lui a confiés la Providence. Réduits à toute extrémité par l'envahissement des ambitions environnantes, les rois avaient tout donné : leurs vassaux, leurs domaines, leur royaume, leur couronne, et enfin ils avaient fini par tendre leurs mains suppliantes à l'Église souveraine et toute-puissante, en lui criant d'une voix épouvantée : Sauvez-nous, uous périssons ! Ma\^ l'Eglise, dans ce fractionnement universel, étaitdevenue, elle aussi, une aristocratie féodale; lesévc-

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ques s'étaient laits, cuiiiine autant de seigneurs, dans leurs forteresses, dans leurs tours, indépendants du souverain pontife, chacun prétendant être le maître dans son évêclié, dans sa chapelle, dans sa cathédrale. Ainsi se sépara l'Eglise grecque de l'Eglise latine; mais là s'arrête cette division funeste. La papauté fut plus intelligente que la royauté; elle se défendit à outrance ; elle se fit ohéir par les plus rehelles, elle se mit au-dessus même des conciles ; et comme les peuples éperdus ne savaient plus guère à qui ils devaient ohéir les peuples retrouvèrent avec joie celle autorité souveraine qui avait surnagé dans le naufrage universel de l'autorité et du devoir.

Cependant laissez venir enfin quelques hommes dignes de prendre en leurs mains puissantes la protection et la défense des Gaules envahies; laissez venir, pour tenir tête aux Normands envahisseurs, Roherl le Fort, fils de Saxon, le chef des Capétiens, mort glorieusement à celte peine; laissez la féodalité, non pas s'établir (elle existe de fait), mais se régler; laissez le duc et le comte agir, non plus seulement comme un magistrat ou un propriétaire, mais en véritable souverain. Attendez que la race de Charlemagne, odieuse aux Français, ait été remplacée par la famille de Eudes, comte de Paris et duc de France, et soudain vous verrez renaître, avec la jeune dynastie, avec ces nouveaux souverains pleins de courage et d'ardeur, avec celte multitude infinie de passions, d'intérêts, d'ambitions, le courage, l'énergie et la vaillance des anciens jours. A la place de cette France désolée, pillée, ravagée de toutes parts, vous retrouvez quatre-vingts Etats féodaux qui veulent vivre et qui comprennent la nécessité de la défense. Ce qu'on appelle le royaume de France est contenu entre la Meuse et la Loire; mais cependant, de toutes parts, les diverses parties de ce royaume démembré, abandonnées à leurs propres forces, se couvrent de châteaux et de soldats. Le seigneur, devenu roi dans son domaine, élève sa tour sur la montagne, et soudain, à l'abri de cette tour féodale, le laboureur cultive son champ, l'artisan exerce son métier, le bourgeois se remet à vivre de sa vie occupée, prudente, prévoyante. Déjà vous allez retrouver des hommes prêts à se battre, des courages généreux et dévoués. On fabrique de nouveau des casques, des cuirasses, et surtout des charrues et des épées. Viennent maintenant, du fond de leurs forêts, du milieu de leurs marécages, de leurs plaines arides, tous ces peuples sans foi et sans loi qu'attirent de si loin la richesse, la culture et le soleil, et ces sauvages envahisseurs de toute terre rencontreront des hommes unis par le lien féodal, armés pour les bien recevoir. Désormais, donc, la France, la Germanie, Tllalie, le nord de

l'Espagne, el, i»lus lai'tl, loiile l'A ni; le (cric riieoiiiiée i»ar les Nufiiiaiids, ne seront plus exposés à ces invasions soudaines qui, pendant l'espace de qualre-vini:ts ans, ont changé la face du monde policé. Grâce à Uieu 1 les barliares ne sont plus à craindre. L'Europe se calme, les royaumes se dessinent, les Etals se foiidenl. Les vainqueurs, moins nombreux ({ue les vaincus, ont adopté leur religion et leur langue, en même temps qu'ils habitent leurs maisons et cultivent leurs terres. Le Nord, épuisé d'hommes, ne peut jilus lomber à l'improviste sur le Midi. Chaque vainqueur a pris sa place dans cet univers aulrel'ois romain ; le Ilot humain a roulé toute son écume. Et, certes, il se Taisait temps qu'un peu d'ordre lut apporté dans cet incroyable pèle-mêlc des royaumes et des peuples. Jusqu'cà ce moment de l'histoire, on ne sait auquel entendre : ce sont tour à tour les Suèves el les Vandales qui rranchissent le Uhin, pour se répandre dans les Gaules, et de là en Esj)agne ; tantôt les Visigoths qui prennent l'Espagne sur les Vandales (415); tantôt les Bourguignons qui s'emparent de la Suisse et des provinces occidentales des Gaules (451) ; puis les Francs maîtres de la Belgique, et venant, sous la conduite de Clovis, battre les Uomains. Les Visigoths, les Allemands arrivent bientôt des côtes de l'Allemagne que baigne la mer du Nord. Ardents à la curée, les Saxons et les Angles, que les Bretons ^ appellent à leur aide contre les Ecossais, une fois installés dans la Grande-Bretagne, y fondent un royaume (479). L'Ilalie même, l'Italie, qui depuis le second siècle de l'ère chrétienne, marchait à sa perte, subissait le joug des barbares. Bévolutions sans nombre, terribles; on les croyait à leur fin, quand tout à coup se présente, dans la lutte de ces intérêts et de ces croyances, un peuple nouveau, à peine nommé, inattendu. Il amenait avec lui une religion révélée; il venait, non pas duNord,mais de la merBouge, du golfe Persique, des déserts de l'Arabie; en un mot, sauve qui peut! voici les Arabes de Mahomet ! Les Arabes remettent en question tout ce qu'avaient décidé les barbares; ils reprennent sur les hordes du Nord tout ce que pouvait reprendre un peuple nomade, courageux, fanatique, poussé en avant par les promesses lascives du Coran. Pour ces nouveaux venus dans la bataille du monde, conquérir la terre, c'était gagner le ciel. Une fois lâchés, ils prennent la Perse, la Palestine, la Phénicie, la Mésopotamie, l'Arménie, l'Egypte ; ils ravagent toutes les

' Voir laBr';tagne,chii[)\lyii III, pa^^e 5". On a lùclié d'expliquer les grands niouvenienls quis'opèrenl entre l'une et l'autre Bretagne. Ce cliapiire III, el le chapitre suivant de noire Histoire de Bretagne, comblent très-bien les lacunes qui exislenl dans nos premiers cliapitres de la Normandie, sur les origines des peuples du Nord.

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côtes de l'Asie Mineure, et l'enipereur deConslanlinopIc leur paye un lii- ItuL annuel de trois mille livres d'or. Chemin faisant, ils rencontrent les Maures, et les voilà, Arabes et Maures, qui passent la mer de compagnie. Ils débarquent en Espagne, et dans les plaines de Xérès une seule l)ataille renverse les Visif,^olhs et leur dynastie. En ce temps-là aussi, la France pouvait s'écrier , non pas avec l'orgueil souverain du roi Louis XIV, mais avec toutes sortes d'épouvantes et d'angoisses : // ii'ij a plus de Pyrénées ! Plus de Pyrénées, c'est-à-dire plus de France, plus d'Évangile, plus de royauté, plus de génie français. Mais rassurez-vous. Dieu protège la France ; de son bras tout-puissant Charles-Martel écrase les fils de Mahomet. Voilà un des beaux commencements de la nationalité française et du genre humain chrétien, Charles Martel dans les plaines de Tours !

Quelle histoire ! Certes celui qui vous la raconte ne se lient pas toujours dans les limites de son livre ; mais comment faire ? Le souvenir de ces luttes terribles nous préoccupe toutes les fois qu'il est question de la nationalité normande, de l'établissement normand. Les con(|uêtes et les succès des Arabes ressemblent si fort aux conquêtes, aux triomphes des soldats de Rollon 1 La pusillanimité de l'empire grec nous rappelle d'une si triste façon les lâchetés du règne deCbarles/t^ Simple! D'ailleurs, et nousl'avons déjà dit, l'invasion normande, invasion touleprovidentielle, invasion de barbares destinés à reconnaître la loi du Christ, la loi universelle, n'a pas peu contribué à tirer les Francs, nos pères, de la langueur mortelle dans laquelle ils étaient plongés. Ils dormaient, la voix des hommes duNord lésa réveillés; ils se battaient entre eux, la flamme et le fer desNormands les ont réunis; ils ne savaient à qui obéir, le danger commun leur a fait trouver des maîtres et des rois. C'est même cette résurrection du courage national qui nous fait paraître moins odieux qu'on eut pu le croire tous ces hommes du Nord ; ils nous ont rendu plus que la vie, ils nous ont rendu l'honneur. Ils ont retrempé le courage des aïeux ; ils ont resserré le lien féodal, et cette féodalité même, ce sont les lois normandes qui l'ont réglée. Ne vous étonnez donc pas que nous ayons attendu jusqu'à présent, pour vous expliquer ces trois grands faits ilu moyen âge : la chevalerie, la féodalité, l'art chrétien. Que voulezvous , on est entraîné tout d'abord par le récit, par le nombre, l'importance, l'éclat des événements et des hommes. On se dit : Allons vite, la Normandie nous appelle; et tout de suite, sans même remonter aux origines, on se jette à corps perdu dans le récit ; on s'enivre soi-même de la magnificence des événements, du mouvement impérissable de ces po-

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piilalioiis Icniliks. (Mi racoiilo t'iicorc, ou racoiile toujours, el ce n'csl <|u'a|)iès avoir parcouru ce Ioul; SL'ulicr de gloire, tl(î Iialailles, d'inlelliiifuce, (le laheurs, (jue l'on peut revenir sur ses pas pour étudier, d'un regard plus eahue el plus atleulil', des idées el des faits à peine découverts en passant. D'ailleurs ne sommes-nous pas à l'époque féodale? A ce moment l'histoire n'a pas de centre, elle est partout. On ne saitautjuel entendre |»arnii tous ces royaumes (|ui s'agitent de toutes parts: l'italie. tpii passe aux rois de l'Allemagne (9Gi2); laGermanie, la Lorraine et le royauiuf d'Arles, les deux Bourgognes, le royaume de France, le duché de Narhonne, le comté de Toulouse, le duché de Gascogne, le duché de Guienne, le comté de Flandre, le comté de Vermaudois, le duché de France, le comté d'Anjou, le duché de Bretagne, le duché de Bourgogne, el enlîn le duché de Normandie doul nous écrivons l'histoire, et dont l'hisloire se mêle toujours el se confond quelquefois avec ces duchés, ces comtés, ces royaumes qui l'entourent, et surtout avec le dnche (le Bretmjne, illustre complémenl du duché de Normandie! D'où il suit que le désordre apparent de notre histoire se pourrait justifier sans peine, la mohililé el le morcellement étant une des vicissitudes de l'historien qui s'occupe des époques féodales. L'unité du livre viendra plus tard, quand viendra l'unité du royaume. Ce qu'il nous importait d'étahlir avant d'aller plus loin, c'était l'influence heureuse de l'invasion normande. Elle a sauvé, en les réunissant, les restes misérahles de la population gauloise ; elle a préparé la résistance héréditaire de la race capétienne. Bien plus, l'établissement définitif des Normands dans l'ancien royaume de Neustrie, il faut le considérer comme le premier résultai heureux de l'établissement féodal. Quand le duc Rollon consentit à accepter cette paix qui lui donnait un duché, le duc Bollon lui-même obéissait à son insu à l'inslilution féodale. Avec la paix dont elle avait besoin pour panser ses blessures et pour préparer les destinées à venir, la France gagna ceci à l'établissement des Normands, qu'ils furent les derniers peuples étrangers appelés à l'insigne honneur de constituer la nation française.

A dater du jour où des comtes, des barons, des ducs, furent plus puissants que des rois, la royauté ne fut plus en Europe qu'un titre glorieux encore, inutile le plus souvent. La royauté restait isolée de tout le mouvenientdes provinces, elle n'avait aucun rapport avec les nations voisines, aucune autorité sur les seigneurs qui faisaient à leur gré, autour d'eux, entre eux, sans consulter le roi ni personne, la paix et la guerre. Les divers Etats dont se composaient la Germanie, l'Italie et la Gaule, se mêlant et

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se corifuiuhml, cnvuhisscnl l'un sur l'aulre, sans (pie le roi y puisse niel- Ire obstacle. De patrie, il n'y en avait pour personne; où étaient le loil et le pain tle chaque jour, là était la patrie. La loi restait (ixée à la terre (loi féodale), et elle ne suivait pas les hommes. De la liberté on savait le nom à peine; était libre qui possédait; bien plus, celui-là qui possédait était maître. Le régime féodal n'a pas d'autre commencement; il devait sortir grand et fort de ce sanglant pêle-mêle de tant d'éléments mal définis : lois romaines, lois barbares; aristocratie de la Gaule et de la France ; ruines de la civilisation romaine, efforts maladroits de la civilisation franque, sans oublier les cruelles nécessités que chaque heure de ces trois siècles amenait avec elle. La féodalité devait apporter un ordre inconnu dans ces éléments si divers. Pour commencer, elle réunit le vaincu au vainqueur, le Romain au Gaulois; elle donne sa place à chaque homme, à chaque institution, à chaque fait; elle explique à chacun son droit et son devoir : au roi, au prêtre, au peuple; elle les pose l'un devant l'autre, de telle façon que désormais ils pourront s'expliquer à eux-mêmes l'ambition qui va les pousser: roi, peuple, clergé, noblesse, jusqu'à la limite nécessaire de 1789. La féodalité, c'est le double résultat de l'établissement du christianisme et de l'invasion des barbares. Elle remplace leqiouvoir des courtisans et des flatteurs du maître par une foule de petits souverains qui apprennent, avec le commandement, la dignité des hommes libres. Elle crée dans l'ordre intermédiaire, entre les gentilshommes et la bourgeoisie, une classe nombreuse d'hommes forts et courageux, qui savaient obéir, qui savaient commander. Elle se fait sentir même aux serfs, même aux vilains, car elle portait en elle-même les glorieux germes d'une liberté puissante et bien organisée; car ces vilains et ces serfs étaient l'appui le plus redoutable de leurs seigneurs. Entre ceux-ci et celui-là s'établissaient les loyaux et honorables rapports qui unissent les soldats aux capitaines. C'est la féodalité qui a enseigné l'association aux communes, qui a changé les villes asservies en autant de cités libres de choisir leur justice, leurs conseils, leurs magistrats. Elle a donné au commerce et aux manufactures la liberté, qui est la vie de ces grartds efforts des peuples. C'était bien ainsi que l'entendait ce roi anglo-saxon, quand il écrivait ces belles paroles : « Tout trône « ne se soutient que sur trois colonnes : le prêtre, le guerrier et le labou- '( reur. Le prêtre prie jour et nuit pour la prospérité du peuple; leguer- « rier défend le peuple avec son épée; le laboureur cultive la terre et » travaille pour la subsistance de tons. Si l'une de ces trois colonnes « vient à se rompre, le trône est renversé. »

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On penl dire, à siiloiiaiiiir, que la IV'Oilalilé s'esl consliluéc elle-inèiiie; i'll('aélé,parce (lu'cllo ('laiUt'Heaélé un ('U'inenl. Les cent Klals féodaux se composaient, en loul, de linil léudalilés, souveraines de loules les autres : couilé de Flandre, conitt' de Vernianduis, conilé de Paris (le roi de France), «luclié de Normandie, dudié de Uouri;oi;tie, duché d'Aquitaine, comlé de Toulouse, eiilin le duché de Bretagne, trois siècles de iiuerre entre les Urelons et les Normands, que Charles le Simple ' imposa aux deux peuples de Normandie et de Bretagne, par le traité de Saint- Cler, sur l'Fpte. Ces huit souverains avaient d'autres souverains pour vassaux : aux ducs de Normandie uhéirent par'luis les ducs de Bretagne; au roi de France, les comtes d'Anjou, etc.; en même temps, nous l'avons déjà dit, le clergé entrait dans le système féodal, en sa qualité <1e propriétaire. Entre l'ahhé, maître de l'ahhaye, et le seigneur du château, il n'y avait de différence que l'hérédité, car l'un et l'autre ils posséilaieni, ils étaient les mailres, ils avaient druit à l'indépendance individuelle. ]>es uns et les autres, en même temps qu'ils étaient vassaux de leurs suzerains, ils avaient des vassaux dont ils étaient les suzerains. Le fief s'appliquait à toute chose, à l'immeuhle, aiix meuhles, au droit de chasse, au passage des rivières, au four hanal. Qui n'avait pas de terre (et ceci vous expli(jue la conquête et l'importance du partage de l'Angleterre fait par Guillaume) n'était rien et ne j)ouvaitrien être. La terre était tout. Elle passait avant l'homme ; elle décidait de sa vie, de son nom, de sa liherté, de tout lui-même.

C'est par la propriété du sol que la féodalité a commencé. Soit par politique, soit la crainte, soit la faveur, les rois donnaient une partie de leurs terres à ceux qu'ils aimaient ou qu'ils craignaient le plus, non pas sans imposer, avec cette terre donnée, certaines obligations générales. Qui recevait la terre, était tenu de prêter serment de fidélité et d'obéissance : ainsi se composait le /î^f. D'abord le fief fut personnel, c'està-dire qu'à la mort de l'usufruitier, le fief revenait au souverain, qui le gardait ou en disposait à son gré. Charles le Chauve créa les Oefs héréditaires, c'était créer en même temps une royauté pauvre, au milieu de vassaux devenus riches. Du même coup, les chefs du gouvernementoude l'armée: ducs, comtes, margraves, firent un titre héréditaire, une propriété de famille, du titre de leurs fonctions; si bien que les rois de France, lorsqu'ils n'eurent plus de terres à distribuer, furent privés loul à la fois de la distribution de ces terres et de ces titres, maintenant que le père les léguait à son fils, comme un bien patrimonial. Naturel-

' Voir notre histoire île Bretagne. Nous croyons avoir cxpliniu', d'une façon nette et claire, ees rapports d'une suzeraineté assez conl'use (dans les histoires) entre t.A ^'oRM^^•nIE çt i.\ BnKiAGNr:.

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lenieDlcl (|ii;tml elle n'ciil plus rien à donner, la royauléassisUi, satis y pouvoir rien changer, à celle organisation féodale d'une républin.ue do geiiUlslîomnies, chacun dans Ions ces dangers renaissants chaque jour, ne songeant plus qu'à senieltre à l'ahrijou tout au moins à <levenir le vassal de (piel(|ue seigncni", assez puissant pour le protéger et le défendi'e.

Ce litre de vassal, qui nous l'erail tant de peur aujourd'hui, n'avait rien qui entraîncàtridée d'esclavage ou de déshonneur. Les rois de France étaient les vassaux de l'ahbaye de Saint-Denis, pour leVexin. L'oriflamme [or et flamme!) que les rois de France allaient chercher eux-mêmes avant la bataille, ce fut d'abord, tout simplement, la bannière de l'ablvé. Au reste, le vassal restait toujours le maître de rompre le lien féodal; seulement ses vassaux, à lui, étaient les maîtres de choisir entre les deux seigneurs. Quanta la position de ceux qui n'ont pas de terre, et qui, en conséquence, appartiennent au propriétaire du sol, la position est toute différente. Qui n'est pas propriétaire est vilain ; le seigneur féodal est, tout à la fois, le seigneur et le souverain de son vassal. Souverain, il exige l'impôt ; propriétaire, il taxe la terre. Le vilain, cependant, a des droits que n'a pas le serf; il ne peut être taxé que jusqu'à concurrence d'une certaine somme; il peut être imposé, mais non pas: hors des droites, redevances. Ne plaignons pas lro|) le vilain [le vilUi(jeois), c'est le peuple: des communesjc'est le peui)le de Louis le Gros et de Louis XI; plus tard il sera le bourgeois, jusqu'à ce qu'il devienne le grand seigneur delà révolulion de juillet, le propriétaire de ces châteaux, de ces abbayes, de ces citadelles féodales,dont le citoyen de 1850, vainqueur sur tous les cbauîps de bataille du droit et du devoir, a fait une maison de plaisance pour sa femme et pour ses enfants. C'est lui, lui le vainqueur,(pii foule aux pieds ces ruines féodales ! c'est lui, lui seul, qui a sauvé les débris de l'art au moyen âge ! c'est lui qui est le roi, qui est le maître, qui est le législateur, qui est le poëte, lui, le Guillaume Couquérant de la l'évolution de juillet. Quant aux serfs, «leur sire peut leur prendre tout ce qu'ils ont, « et les corps tenir en prison toutes les fois qu'il lui plaît, soit a tort, soit « à droit, et il n'est tenu d'en rendre compte à personne, fors à Dieu !» Toutefois même, la condition du serf est loin de se pouvoir comparer à la condition de l'esclave days la société païenne. Le serfapparlienlà la terre, non au seigneur; on peut le vendre avec la terre, on ne peut pas le vendre sans la terre ; il est attaché à la (jlèbe, non au seigneur ; il a un nom, une famille, il est chrétien, il est, devant Dieu, l'égal de son maître et seigneur; il peut même devenir le maître de son maître, sous la robe du moine, sous l'étole du prêtre ! C'est l'esclavage encore, si l'on veut, mais non pas resclavagc antique ipii lue l'ànie, (jui bi'ise b' corps, qui fait de

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riioinme aclu'lô ;iu inafohé, un iiai;ii«'' dans la lialaille, un vil jitiuM, xww. ÎK'le sans nom tnic l'on peut srpai'cr de sa reniclle ol de ses petits ! Dans la servitude leodalc, l'Iioiuiiu^ reste nu lioninu", et, grâce à Nolre-Seiyiienr Jésus-dluisl, lu eslioinme! (|uoi(pu! serfl cela suflit pour ([ue tu deviennes la nation IVançaisi^ à ton tour !

Dans une société ainsi constituée, le i^ouverncnienl était facile et peu ooiileux, déiiaiié qu'il était des deux |dus jurandes dépenses des nations modernes: l'armée et radministration civile, (lluupie lief était comme un l'ovaume où la l'oyanté était absolue, absolue comme la propriété. Le maître était la loi ; il faisait à son gré la paix ou la i,qierre ; on obéissait, parce que l'obéissance élail dans l'intérêt i^énéral. S{uilement, et (juand le despotismedii seigneur fut poussé troiiloin, il arriva que les babilants des villes se réunirent à leur tour contre leurs seigneurs; alors se forma, dans ces villes anoblies par leur résistance, nue espèce de féodalité bourgeoise, ricbe, puissante, bonorée, intelligente surtout, et laborieuse, et elle sut luettre à probt, avec au'ant de constance que d'babilelé et de boubeur, l'indépendance individuelle, (pu est l'élément féodal. (ïbac«n des ujembres d'une cité, pours'affrancbir du droit féodal, apportait, sans bésiter, sa vie, sa fortune, sou courage. L'association, généreuse gardienne et sévère conservatrice des mœurs, remplissait les villes, cultivait les campagnes, fécondait les éléments du génie national. Protégée et défendue par ces volontés unanimes, la famille se formait et grandissait au foyer domestique. L'art el la poésie endieliiss.'iient de leur mieux, cette vie bien commencée. La pbilosopbie, la tbéologie, les langues anciennes étaient devenues la passion dominante des intelligences les plus avancées et les plus vives; pendant que, au-dessus de ces bommes qui se préparent à accomplir leurs destinées, au-dessus de ces royaumes qui se fondent, pour dominer ces arts naïfs encore, efforts déjà puissants du génie de la paix et du génie de la guerre, éclate et brille dans sa calme splendeur, celte puissance suprême, celte forcée toute-puissante, qui a sauvé d'une entière barbarie l'Europe du moyen âge; je veux parler de l'Eglise catbolique, le centre commun des peuples épars dans le monde, le point de ralliement de tant de nations errantes, attirant à elle, dans sa marclie imiuense à travers les nations, les cro\ances, les âmes, les esprits et les cœurs.

Nous vous avons raconté le commencement douloureux et glorieux du cbristianisme, expliquons en quelques lignes comment s'est fondée cette puissance qui domine toutes les autres. Parmi les évoques de l'Eglise primitive, l'évoque de Home, le successeur de saint Pierre, marcba naturellement le premier. Au quatrième et au cinipiième siècle de l'ère cbrélienne,

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quand Rome, Home la souveraine du genre humain, fui jugée par ses indignes empereurs, trop éloignée du centre du monde, il arriva, à la gloire impérissable de l'Evangile éleriiel, .|ue celle I\omc des nalions et des Césars, la Rometles Bi'ulus,des Scii>ion,des Paul Emile, — la tête du viande, n'cul plus d'aulre appui, plus d'aulre défenseur (jue son évê(iue, cel humble prêtre de Jésus-Chrisl armé de son bàlou pasloral. A la place, de lanl d'armées donU'hisloire esl remplie, (juand les barbares arrivaieiil jus(iu'aux portes de la ville éternelle, les barbares rencontraient ce vieillard, père du peuple, ami du pauvre, soutien du faible, qui défendait avec une bénédiclion, leCapitole! Attila lui-même, dont le nom revient toujours dans ce récil comme le souvenir d'une indicible épouvante, Attila, aux portes de llome, recule devant le pontife qui ]deure et qui prie. A ces causes, cette puissance morale de l'évêque de Rome grandit, à mesure que s'en va l'autorité de l'empereur perdu dans l'Orient ! Et comme les peuples de l'Italie n'avaient pas toujours le temps d'envoyer chercher le bon plaisir del'empereur qui était à Constantinople, alors ils s'adressaient à leur évêque. Même il arriva ([u'un jour l'évêque de Rome fut consulté par Pépin d'Héristal, cet homme brave et hardi, sur les droits que sou intelligence et son courage lui donnaient au trône de France? L'évêque réponditen donnantle trônedeFranceà Pépin. Ason tour, leponlifedemande au nouveau roi de France ce qu'il pense de l'usurpation dcsLond)ards'> Le roi Pépin répond au pontife en chassant les Loml)ardsde l'exarchat de Ravenne. Tel fut le commencement delà souveraineté du saint-siége. Charlemagne agrandit encore (et les Lombards en lirent les frais) ces faibles commencements de la souveraineté pontificale. Le pontife, de son côté, reconnut Charlemagne pour le maître de Rome, sans plus s'inquiéter de l'empereur grec. Par ces hardiesses habiles et nécessaires, l'évêque de Rome obéissait à un maître qu'il s'était donné, à un empereur qu'il avait reconnu cuqierenr. Cependant les évêques d'Anlioche, d'Alexandrie, de Jérusalem, cédaient la place aux sectateurs de Mahomet, et le siège de Rome grandissait de tout l'abaissement de ces évêchés en deuil. Bientôt le pontife romain n'eut plus d'égal dans la hiérarchie ecclésiastique, sinon le patriarche de Constantinople assis, pour ainsi dire, sur les degrés de l'empire d'Orient. Ce fut alors que les deux églises se séparèrent, l'Eglise latine s'étant faite indépendante de l'Eglise grecque, si bien que la primauté de l'Eglise chrétienne devait rester au pontife de Rome. Désormais le pape esl plus que l'empereur; il ne lui manque plus qu'une armée. Aussitôt, par miracle, l'éternelle armée pontificale s'organiseel prolonge dansle monde chrétien, par la fondation desordres nionasliques, sainte phalange des esprits les plusédairés, des volontés

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les [tins fermes, des dévouenienls les plus complets, (juc renfeniuiil l'Eiirop'^ au uioyeii àtie. Saint Benoît est un aussi grand ori;anisateur que Cliarlemaiîiie. Il a créé la vie monasli(iue. A la prière du moine, saint Uenoît a ajouté le travail. Parlons avec reconnaissance, parlons avec respect, des disciples de saint Benoit. Ils ont été les bienfaiteurs de leur siècle; partis du Monl-Cassin, leur jtremier séjour, ils se sont répandus dans l'Europe, priant, Iravaillanl, donnant le saint exemple des plus austères et des plus utiles vertus. Us ont été la science, ils ont été l'agricullure, ils out été l'honneur de ces époques malheureuses. Que de forêts ils ont défrichées! Que de marécages ils ont desséchés! Que de fruits et de fleurs et d'eaux limpides ils ont ré|)andus dans ces landes stériles! Zèle ardent, activité iniatigahle, intrépide hienfaisance (|ui ne savait pas .d'obstacles. Les bénédictins ont été comme autant de philosophes chrétiens à qui rien n'était caché des misères, des inquiétudes, et des doutes de l'huma nilé. Ils s'en allaient à travers les barbares, pour obéir à l'Evangile qui dit : Ite doceiites : Allez en enseignant, et leursvoix éloquentes ralliaient, mèmeles barbares païens, autour de l'idée chrétienne. Telle a été l'œuvre des orateurs du Monl-Cassin, nourris de la féconde doctrine de leurs maîtres : Colomban et Gallns, ces apôtres des Bavarois et des Souabes; Kilian et AVildehrod, les évangélistes des Francs et des Frisons; Boniface, cet autre saint Jean Bouche-d'Or, l'archevêque tout-puissant qui a laissé en Allemagne tant de cathédrales et tant de souvenirs ; Ansgare et Audeberl, les prédicateurs de la Suède, autant de disciples de saint Benoît, autant de cœurs inspirés par les ardeurs de sa charité éloquente'. Et enfin, à toutes ces causes de l'agrandissement de la puissance ponlilicale : les barbares, qui respectent la Bome chrétienne, — l'éloignemeul de Conslantinople, — l'ambition de Pépin et le génie deCharlemagne, et sa reconnaissance pour l'Eglise, — les missionnaires partout, il faut ajouter, pour vous eNpli(|uer rétablissement de la puissance apostolique et romaine, legéniede quebpies-unsde ces hommes extraordinaires que Dieu a crééset mis au monde pour commander aux autres hommes, parexemple, GrégoireYIl, l'irrésistible volonté qui sut mettre à prolllle travail moral et politique de tant d'années ell'éloquence de tant de Pères de l'Eglise, afin de mieux cimenter la puissance pontificale. GrégoireVII était né,;i coup sûr, pour être le maîlie. llavaitl'intelligence, il avait le coup d'œil, il avait la volonté. Tout d'abod il affirma, et il fallut bien le croire, puisiju'il le disait ainsi, (pu' l'élection du pape serait désormais indépendante du choix de l'empereur, (l'était, disait-il,

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