‹ La NormandieChapitre 46 sur 118 · I.A NO KM \M>1K · texte numérisé non relu

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oi;iviiles, oniéos de viliaii\ jtciiils avec arl, i;ran(ls mciiltles de; loiilc espèce, reliefs vils el i^racieux ; miroirs de verre, miroirs de iiiélal, l'auleuils à bras, recouveils de tapisseries, dossiers i^rillés, bancs de vingt pieds, bousses traînantes, — des lits immenses', — salles de parade, cbambres de parement : la cliamlire ronge, rose, Itlene, — liicbambre du

revenant; tapisseries snr les(iiielles sont représentées par nne aiguille patiente les personnages de l'Écriture sainte. Dans celte lorleresse,la vie est réglée comme celle du monastère, mais plus joyeuse. La cour, dès le malin, se remplit de varlets, d'écuyers, de piqueurs, de pages. On monte à cbeval, on joue au\ barres, aux quilles, aux palets ; on fait parler les oiseaux parleurs , on excile les singes ; le fou de monseigneur est célèbre par ses reparties piquantes. Le soir venu, c'esl l'aumônier qui se charge des plaisirs de la veillée. L'aumônier est un voyageur aux pays lointains: il a beaucoup vu, il sait beaucoup, donc il a beaucoup à dire. Nous avons aussi le grand commandeur de Uliodes qui a visité la terre sainte et voyagé dans les trois parties du monde. Les jours de fête, nous voyons arriver les jongleurs, les sauteurs, les concerts de trompes, de trompettes, de flûtes, de cbalumeaux, de tambours, de harpe, de luth, de sonnettes, de rebecs. La vie se passe, non pas sans de grandes alertes. Quand le page sonne la cloche et annonce l'ennemi, tout au loin, soudain les ponts se lèvent, les herses tombent, les portes se ferment; on court aux créneaux, aux màchecoulis, aux bascules. Si l'ennemi parvient à entrer dans le château, tous ces hommes seront égorgés ce soir.

Puisque uous sommes au milieu des châteaux, des églises, sur les places publiques, daus les chaumières du moyen âge, vous plaîl-il (|ue nous y restions un inslanl? Restons-y, uous y serons en bonne compagnie avec M. Amans-Alexis Monleil, l'ami des ruines, le chercheur infatigable des plus curieux détails de la vie publique el privée d'aulrefois. Frère Jehan, le cordelier de Tours ', est à coup siir un bel esprit naïf, honnête, intelligent. Tout cordelier qu'il est, il rend justice aux bénédictins, aux dominicains, aux carmes, aux chartreux. Il voit tout, il est un peu partout, il sait un peu plus que tout; vous pouvez lui adresser toutes les ((ucslions les plus entourées de nuages, il vous répondra sans hésiter. Il fait à chacun sa part de blâme et sa part d'hommages. Les bénédictins défrichent la terre; les frères pontifes, institués par saint Benezel, bâtissent les ponts; les villes ne sont guère habitées que par les artisans et les marchands: les grandes villes s'appellent : Paris, Lyon, Rouen, Bordeaux. Dans ces populeuses cités se fabriquent ces piles de robes, de manteaux, de housses de chanvre ou de coton, d'aumusses, de bonnets, de chaperons, de souliers, de bottines, de housseaux; toutes sortes de draperies, de toiles, de cuirs; toutes sortes d'ouvrages de fer, de cuivre, d'étain, de bois, d'ivoire ou de verre-; escarcelles brodées, ceintures argentées, dorées; chandeliers, lampes, tasses, hanaps, miroirs, reliquaires, chapelets, bénitiers, cloches, casques, épées, lances, arbalètes. Dans chaque ville bien administrée, vous rencontrez la halle au beurre, aux œufs, aux poissons, au fromage; l'étape au vin; une boucherie pour le mouton, une autre pour le veau, une autre pour le bœuf. Les mendiants n'ont qu'une certaine heure, chaque jour, pour mendier. Les trompettes sonnent au lever du jour. L'office commence de bonne heure dans les églises: messes, grand'messes; autour du cierge pascal est attachée la chronique des événements historiques, les cycles, les épactes, les phases lunaires : c'est le journal de ce siècle. Dans les réfectoires, plus d'un prédicateur choisit l'heure du dîner pour essayer son éloquence naissante sur les moines assemblés. A midi, les crieurs de vin s'en vont dans les rues en criant : Buvez! buvez! A la porte des églises, sont étalés les livres et les grands rouleaux de parchemin contenant l'annonce des livres à vendre: c'est le journal de la librairie. Sur les remparts, les citoyens s'exercent à l'arc et à l'arbalète ; on sonne les cloches au moindre prétexte, pour les enterrements, pour les naissances, pour les relevailles, pour l'exlrême-onction. De nombreux ménétriers, à la nuit tombante, remplissent les carrefours de

' HrsToiiiK DES Français hes hivers états ((|iialorzièrnc sicric).

lenrs rauques méloilios. Les eiiranlsile cliœur s'aniusenl à parcoiii'ir la viile, déguisés en évé(|ues; les pèlerins clianleiil les mystères. Qui dil une foire, dit un jour de bouibanee et de jiihilalion : on allume des feux de joie pour la lèle des sainls, el pour célébrer l'entrée des princes dans leur bonne ville. \ [jeine le couvre-feu est-ilsonné, toutce grand bruit de la ville s'apaise et tombe; les boutiques se ferment au plus vite, cbacuii l'entre dans sa maison : tout au plus aux marcbauds de ci'èpes est-il permis de crier leurs crêpes! En même temps commence le guel; le guet se l'ail par métiers; tout dort jusqu'à minuit! Mais à minuit, les cloches se réveillent pour sonner les matines; la cathédrale se renjplit de lumière, vous pouvez entendre le son des orgues el le chant des prêtres.— Chaque ville a ses nouvelles et ses nouvellistes. Les nouvelles les plus recherchées sont celles qui viennent de Londres ou d'Avignon, des cours d'Orient ou d'Occident. La chanson grivoise ne déplaît pas au bon peuple du moyen âge. — Tout bourgeois trompé par sa fenniie, le bourgeois peut la battre, et il n'y manque guère. — Que d'usages incroyables ! que d'usages que nous avons conservés! Maître Landri, le chirurgien, veut disséquer un cadavre, mais il se contentera du cadavre d'un juif. — La femme du harhitr de ïensei(j)ie Ruu(je saigne les gens, c'est son droit ; oui, mais il faut qu'elle observe les jours de lune. Tout prince du sang royal qui entre clans une ville a le droit de délivrer deux prisonniers. Dans son palais, quand le roi dîne, on lui fait de la musique. Le roi se fait frapper une petite monnaie tout exprès pour servir à ses aumônes. Le prévôt, qui, par ordre du feu roi (le roi Jean), assistait à Rouen à la décollation des seigneurs, a le droit de prendre, sur les malfaiteurs qu'il pend ou qu'il décapite, l'anjent de la ceinture, non pas l'autre argent; les (illes de joie de la ville sont obligées de venir faire son lit tous les jours, c'est le droit de sa charge, mais il n'y tient guère depuis qu'il a pris femme et qu'il a des enfants, d'est l'usage dans quelques villes, que, le jour de la deuxième fête de l'àiiues, les l'enunes l)attent leur mari. L'huissier peut dépouiller même de sa robe la femme saisie pour dettes. La veuve qui se remarie paye une amende. Les nouveaux mariés doivent ledroitd'écueUe au sergent. Le seigneur peut dii'e au manant : Découvre ton pot! aUn de s'assurer qu'il n'y a pas de gibier dans le pot du manant. Qui n'est pas payé du loyer de sa maison a le droit d'en faire enlever les portes el les fenêtres, (^hose Irisicla France du moyeu âge ne contient pas moins de cent mille prisons seigneuriales, noires et profondes comme des puits. — Et les souffrances du peuple juif? A chaque accident de l'histoire, <•<> peuple de proscrits se voit

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soumis à des loiiiircs nouvelles. Sniul Px'rn.iinl, lors de In deuxième croisade, les sauve d'une morl ccrlainc; IMiilippe-Auguslc les chasse, Louis IX leur défend de prêter leur ari^enl à inlérêl; on les pille, on les Itrùh;, on les dépouille. Dans les campai^nes, ils soiil, lédnils à l'élal de serfs; dans les villes, on leur assiyne les rues les plus malsaines. — Défenseau juif de faire allailer son enfaiil par une chrétienne, de se hailiuer dans les rivières, de recevoir en gas^e des socs de charrue et des vases d'Éi^lise. Quand on pend le juif, on le pend entre deux chiens; le bien du juif est confisqué après sa mort, el plus souvent durant sa vie.

Les hospices sont soumis à des lois hieii faites. Le malade est tenu, avant tout, de se confesser; mais une fois admis dans ces lieux charitables, le malade est le maître: il commande, on obéit; pas de bonne fête sans que le bourgeois envoie un plat de sa table aux pauvres de l'hô- |ntal. L'ordonnance des repas est curieuse: le repas commence el finit par le fruit ; avant le feslin, le clerc de la paroisse présente l'eau bénite aux convives. Les viandes sont entourées de SiUige et de lavande ; le buffet dressé au milieu de la salle est chargé d'aiguières, de hanaps d'argent et de coupes d'or. — Dans les cuisines, les cheminées n'ont pas moins de douze pieds de large; il y a des chenets qui pèsent cent livres. A ces broches sans lin, rôtissent incessamment, outre le gibier, la venaison et la volaille, des veaux entiers, des moulons, des porcs. Le bouillonnement delà marmite se mêle en égale proportion, à la fumée des viandes. — Mais (pielles clameurs? Qu'ai'rive-t-il? Les habitants du village sont tombés dans une grande liistesse. La fille de leur seigneur se marie, il faudra payer la taille double. La taille se payr double : 4'' quand le seigneur marie sa fille aînée; 2" quand il est nommé chevalier; 5° quand il est pris par les ennemis; enfin, 4° quand il part pour la terre sainte.

Qui de nous ne s'est étonné des souterrains du château de Tancarville? (les souterrains sont un lieu de délices, comparés aux profondeurs et aux lénèbres dans lesquelles étaient plongés les misérables, et cela pour le moindre délit : — pour avoir coupé ses foins ou ses blés, avant la permission d(! son seigneur, — poui' avoir aiguisé le soc de sa chai'rue, sans y être aulorisé, — pour n'avoir pas ])orté exactement l'eau, le bois elles |trovisions au château, — pour avoir laissé les élables manquer de foin <'t de paille, — pour avoir mal nourri les chiens du maître, — pour avoir trouvé un trésor sans en avoir donné sa part au seigneur. Le seii;n('ur, nous l'avons dit, c'esl la loi, c'est la justice. A certains jours il descend lui-même, dans la cour de sonebàleau. |)our recevoii' les boni-

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