‹ La NormandieChapitre 47 sur 118 · LA N OU MA M HE · texte numérisé non relu

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mages et les ledovaiicos dos villageois : lilé, volaille, jaiiihoii, légumes, IViiits, cire el miel, gàleaux,el mèmedesbonquolsdeflenrseldeschapeaux de roses. l\Trmi les gens desa iiionvaiice, celui-ci doil baiser le verrou de la porte du liel", celui-làdoihiuedou/aine de gambades, — d'aulres s'acquillent de leur redevance par des chansons gaillardes; à quelques-uns le u)aître d'Iiôlel lire les oreilles ou donne de légers soufflels. Celle aulorilé du mailre esl divisée à l'inlini : on lui paye l'amende pours'èlre ballu, pours'èlreciuerellé, pourun gros juron. Lestailleurs, les cordonniers el les savetiers desa lerre lui doivent une semaine de leur travail. Telle famille esl chargée de lenir la herse en bon étal, lelle autre a soin du ponllevis; telle femme doit passer une nuilsur trois, au sommet de la tour; lous les hounnes doivent accourir en armes, auprès du seigneur, a la moindre alerte. — Celui qui laisse son champ en jachère pendant trois ans, le seigneur a le droit de le faire cultiver; les pourvoyeurs du château peuvent exiger cinquante jours de crédil; pour chaque pourceau vendu à la boucherie, on doit au seigneur trois deniers ; de chaque bœuf abattu, il a la langue elles pieds. Ilchoisil dansles paniers les plus beaux poissons el les plus beaux légumes. Quand les grenouilles des fossés crient trop haut, le seigneur fait battre l'eau parsesserfs. C'est lui qui marie les lillesdeses domaines, el il leur choisit de beauxmaris, qui puissent faire une belle souche sur ses lerres. Entre eux les seigneurs féodaux se battent, parce que c'est leur droit. Quand il y a guerre entre deux seigneurs, les parents de l'un el de l'autre ne sont obligés de prendre parti que jusqu'au troisième degré; maisThonneurveulque l'on sedéclarela guerre quinzejoursàl'avance. Nousavonsparlé, à leur chapitre, deschevaliers du Temple qui ont tenu une grandeplacedans celte histoire ; frère Jehan expli(|ue à merveille les dilférenlsordres religieux : les vœux, les novices, les maîtres, les diverses provinces, les chevaliers, le grand maître. Autrefois l'ordre du Temple ne possédait pas moins de trente mille manoirs ; Philippe le Bel et le pape Clément, en détruisant les Templiers, ont coupé le bras droit ([ue l'Europe tenait levé contre l'Asie, l'ordre de Uliodes n'est que le bras gauche. — Il y a aussi le chapitre des horloges. L'Allemagne, la Flandre el l'Artois sont les pays des horloges. Dans quelques villes on frappe l'heure avec un marteau, dans d'autres villes on la crie. — Le chapitre des bouHues de guerre esl curieux, plus qu'on ne pourrait dire. Notre savant cordelier s'en moque avec une grâce pleine de charme. A quoi peuvent être bons ces gens de pied chargés de leur colle de mailles, de leurs armes, de leur bagage, surchargés de leur chapeau de fei? A quoi servent, dans une mêlée sérieuse, ces sergents d'armes, toujours prêts a

tourner le dus? Les iirltalélriers, passe encore ; mais ce sonl des li'oiipes peu loyales el peu françaises qui n'onl pas honte de se cacher derrière leur ccn, quand elles ont lancé leur llèche h l'enncnii.

Les archers ont des arcs trop grands; ils mouillent de leur salive le fer de leur flèche, pour le rendre mortel. Pourquoi solder tous ces fantassins d'Italie, toujours morts de faim et ijrands pillards? Parlez-moi de la cavalerie! malheureusement elle épuise la France, depuis qu'on l'a mise à la solde : un hanueret a vingt sous par jour, le chevalier en a dix, récuyersix. llesl vrai que les Iroupes payées appartiennent au roi davantage, et que l'armée féodale, levée, équipée, soldée par granUs liefs, par liefset par arrière-liefs, est vraiment l'armée française. Frère Jehan, qui s'inquiète de tout, parle aussi de la charge de counélahle. Le pouvoir du connélahleesl ahsolu, il est le roi de l'armée; c'est lui qui donne le cri de la nuit, le mot du guet et le mot de ralliement. Frère Jehan a vu aussi comment se préparaient les traits, les lances, les flèches à feu, les fauchoirs, les haches d'armes, les marteaux d'armes, les massues, les maillets, les épées de toutes les longueurs, les lances de frêne, de pin ou de tremble, les arbalètes de bois ou de corne ; les casques à visière, à mentonnière ; les hausse-cols, les brassards, les gantelets, les cuirasses, les cuissards, les genouillères, les boucliers, les écus, les targes, les rondelles, toutes sortes d'armes et d'armures : de fer, de cuivre, de corne, de cuir. Quand deux armées eu viennent aux mains, on se bat corps à corps, à coups d'épée, à coups de hache, à coups de marteau; c'est un bruit à mt pas s'entendre; c'est une rage, tantôt silencieuse, tantôt pleine de clameurs. C'est que, en elïel, les hommes se sont fortifiés comme les villes, ils ont mis leur tète à l'abri d'une tour d'acier, leur poitrine à l'abri d'une cuirasse. Telle était la guerre, jusqu'au jour où la découverte de frère Pioger Bacon vint apporter celle grande révolution de la poudre à canon, essayée, pour la première fois, dans les plaines de Crécy el d'Azincourt. Frère Jehan vous dira aussi la science de l'agriculture, celle nourricière des arts, des sciences, des forces publi([ues et privées. Le laboureur du moyen âge émotle les lerres avec des maillets de fer; sa charrue est à peu près la charrue des Romains; il sème, il sarcle, il moissonne, comme les pasteurs d'Hésiode el de Virgile. Il sait très-bien faire le vin, il n'est pas Irès-avancé dans l'art de cultiver les arbres; il a grand soin des troupeaux. En un mot, ces grands villages, ces grandes familles de serfs rappellent dans leur euseud)le la vaste culture des anciens Ilomains, à tfin il faut loiijoiirs )evi')iir, dit Montesquieu. Frèie Jehan explique aussi ce

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(|iril t'ii ((tiUiiil au (|iiatorzièiiK' siècle pour se niarior au plus bas pi-ix avec la rciuuie(iu'on aiuiail. Les plus beaux acles de uiariage, passés par- (levaul uolairc, élaieul payés à raisou d'un denier par trois lii;nes; mais en revancbe le notaire écrivait sur son parcbeniin de longs préambules en riionueur de Dieu, de la sainte Vierge et de tous les saints du paradis. A peine marié, il Fallait babiller sa l'emme : robe de toile, cbemise de lin. petites cbausscs, ceinture à clous d'argent, — des plu mes, de l'eau de rose, du musc, un cbapelel de cristal, des beures, et enlin une marmite, une crémaillère, six verres de cristal, du cbarbon ; — l'agréable et l'utile, un jardin dans lequel on plante des cerisiers, des panais, des oignons et des lis. La dame, pour peu qu'elle soit une femme de goût, veut avoir un singe et un perroquet; elle veut monter à cheval, et on mettra des armoiries, bien que son mari n'en ait pas, sur le caparaçon du cbeval. Le détail du ménage de ces braves gens est Irès-curieuxàéludier. Quand le lils de la maison a neuf ans, il s'agit de linslruire. D'abord on l'amuse à la récitation des déclinaisons et des conjugaisons, on lui parle en latin et il ne répond qu'en latin, on lui apprend à chanter dansle Psautier. Peuàpeu, on le lance dans les auteurs latins, dans les auteurs grecs, dans la légende, dans le bréviaire, et comme sa dévotion peut le conduire en terre sainte, on lui fait apprendre même l'arabe. De ces premiers exercices, il passe dans les grandes écoles delà ville. On lui enseigne la rhétorique, la logique, la physique et l'histoire naturelle. On lui parle avec respect des grands poètes de l'antiquité ; mais on se garde bien de lui parler de Dante ou de Pétrarque, poètes nouveaux. On lui apprend l'astronomie et le droit public; quand l'enfant ne sait pas bien sa leçon, on lui donne le fouet : Flagram et iterum fla- (\rnm, et toujours le fouet. A ce moment de la première renaissance des études, l'université de Paris se mêle à toute chose ; puissance moitié laïque, moitié ecclésiastique, elle se divise en quatre facultés : la théologie, le droit canon, la médecine, les arts; elle a pleine autorité sur les écoliers; elle est régie par une législation toute exceptionnelle; la censure des actes du gouvernement lui appartient. Elle contrôle les actions des grands de l'Etat, les discussions du roi avec le pape; la doctrine du clergé séculier et régulier. L'université s'intitule la fiUe uinée des rois. Elle est si puissante, que le pape et le roi lui font la cour. Une autre fois, frère Jehan compare entre elles la vie du cloître et la vie du monde. Il est heureux dans son monastère, il est à l'abri du pillage et du meurtre ; il ne redoute ni les loups ni les autres bêtes féroces ; il n'est pas soumis à cette foule de règles et d'ordonnances, imposées aux

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houri^eois : rèi;loinciil.s pour la venle du blé, jioui' la veille du viu, pour l'aduiinislraliou des l'orêls. Relenues et droits de lous genres : impôts, cédules, copie, sentences, sergents. — Parmi les arts libéraux, il faut placer la copie des livres. On avait des écrivains en lettres IVançaises, en toutes sortes de caractères ou d'écritures, (Iliaque page, cluupie ligne, occupait le nièuie espace, avait la même l'oriue. Les plus habiles artistes étaient employés aux miniatures des manuscrits; ornements, bordures, dentelles, rien n'y manquait. Le travail du peintre était divisé à ce point, que chaque peintre avait sa làclie cl n'en sortait pas. L'un faisait les ailes d'un oiseau, l'autre la tète, l'autre les yeiix. Le livre orné, puis vérilié, on le reliait en planches de chêne ou de noyer, cl ces planches étaient recouvertes du plus beau drap ou du plus beau cuir : ces beaux livres ainsi parés étaient hors de prix, à ce point, que plus d'un clerc a changé la ferme de son père contre un exemplaire de saint Augustin.

Dans ce couvent de cordeliers, chaque frère cordelier raconte ses misères; l'un a mené la vie du berger; il a eu froid, il a eu chaud, il a eu faim. Il a quitté la bergerie et il s'est réfugié dans une église, on l'a fait enfant de chœur. Enfant de chœur, on lui enseigne la musique, mais il ne veut chanter que le chant du pape Grégoire ; on eu fait un bedeau ; de bedeau il devient sonneur; mais comme il avait le sommeil dur, on en fait un dépensier; dépensier, il était chargé des bonnets, des souliers, de la distribution du pain, du vin et de l'argent. Il a soin de la sacristie, où il faitporter des nattes dans l'hiver, de la verdure durant l'été. Là s'arrêtent les progrès de ce digne frère. Les opinions scientiliques du quatorzième siècle sont aussi débattues avec une rare sagacité. On leur a dit, par exemple, qu'il y avait des bêtes qui n'ont pas de sang, que l'haleine de l'âne chassait le venin du scorpion, (jue lescerfsviventcentans, que le sang du cheval est un poison; ils ont lu cela dans Pline, dans Aristote : le moyen de douter? Ils savent aussi que le lézard estl'ami de l'homme. Heureux qui peut tuer un basilic, celui-là pourra faire de l'or. Avez-vous entendu dire combienles grands chemins étaient dangereux? les Pastoureaux, lesMaillotins, les Jacques, tour à tour vaincus et vainqueurs, se répandent dansles campagnes. Quels grands progrès a faits la médecine! quels grands progrès a faits la chirurgie! Nous avons vu entrer, à Rouen, le roi de France, grande foule d'hommes et de chevaux. Tous les seigneurs avaient des habits armoriés; ils portaient deux épées, l'une à droite, l'autre à gauche. On rencontrait dans les rues, pleines jusqu'aux toits, les livrées desdiverses provinces, des casques de toutes les formes, des manteaux de

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totili's les f(iiik'iirs, cl les plus riches anmii'cs. A ces aniiiii'cs iii;ii;iiiiiqiies oui liMvailh'', poiii" leur ))ai-| de palinicc cl de uéiiic. le fnr-crDii,

le coutelier, le runrhisseiir, rorlévre, le graveur, le peiiilre cnliii. — Le jour où le roi uolre sii'e dînait à riiôlel de ville a ('-lé un qrand jour. Aux (jualre coins de la salle, montés sur deshtcufs couverisdedrap d'écarlale, cpialre sonneurs de trompes sonnaient une nouvelle fanfare, à chaque service. Le repas commencé, deux gentilshommes sont venus prendre place à la lahle du roi ; aussitôt Téouyer tranchant a coupé la nappe devant les nouveaux venus; ces deux messiies avaient man((ué à l'honneui'. La science du moyen âge, connue toutes les sciences qui commencent, est pleine d'orgueil et d'ouli'ecuidance ; laissez-la dire, elle n'a plus de découvertes à faire dans la vaste étendue du ciel, grâce au roi Alphonse, ({ui le premier a dressé les lahles aslronoujiques. Le moyen âge s(^ vante d'avoir parcouru sur ses navires le monde entier, à la suite de Marc Paul et de Mandeville ; iljnreparArislole ! et par ses disciples : Aheilard ', Alhert le Grand, ScolîDans la théologie, on se porte avec ardeur autour de saint (irégoire de Nazianze, de saint Thomas d'Aquin, de saint Anselme ; la législation, greflée sur celle du droit romain, s'enorgueillit des travaux de Uarlhole, de B.d, de Bouteller. Les historiens s'appellent Eginhard, Mathieu Paris, Jean Froissard, Nantis, sans ouldier ce digne Ordei'ic ^'ital

' L'iiistoire (le la philosophie scohistifjtie est raconlée, tf)iil ;iu loii;.;', diiis i.\ lîaETAi.NK, nu rhapitre IX, intitulé : Abeilard. C'est un cliapitre à lire iivei- soin, -.i l'on veut Mvoir une justi: iili'i^ (les élurlcs philosophiques du douzième au ipidorzionu^ siècle,

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(|ui a saiiYi', à lui s<'iil, les preiiiicrs clia|Mlr('s de l'Iiisloirc; (1<; Nurmaii- (lie. L'élociucncc esl i'C'|)i'('seiiléo par Jean (icrsmi el Jraii Petit. La poi^sic, abattue sons la liaclie des coïKiiit'raiiis du Nm'd, j<'IIe ses nniiveaiix rejetons à i'aliri des autels et des cliàlcaiix loris, et la France elleniènie jirêle une oreille cliarniée anx vers de Dantt; et de l'élrarque. La France du Midi et celle dn Nord reconnaissent des poëtes sortis de leur sein. Quelle adniii'alilc l'ète a donnée le roi IMiilippe le Bel , (juand ses fils lurent armés chevaliers! 11 fit représenter, sur un vaste Ihéàlre. les professions sérieuses de la vie humaine, les artisans, les médecins, les !?ens de justice. Adam, notre premier père, voyait passer cette longue suite d'enfants dans cet étrange appareil. — Cette passion du théâtre s'en va grandissant toujours. La comédie, la tragédie, léchant, marchent de front. Les mystères chrétiens et les fables antiques exercent également l'émotion du spectateur. O qui gâte quelque peu ce triomphe des enfants de la joie et de la comédie, c'est ({u'ils sont soumis à des exceptions cruelles. l*ar exemple, les joueurs d'instrumeiiis ne doivent porter ni robe de fourrure, ni chaperon; ils doivent jouer de leurs instruments, tête nue. Si l'on en demande dix el qu'il en vienne vingt, on n'en paye que dix; et, ensuite, que de peine et de souffle, pour souffler dans les hautbois, pour animer la trompette marine, pour tirer du rebec ces sons si doux el si purs! Et la harpe et la guitare, quelle dextérité elles demandent! sans compl(M* que tout nuisicieu est soumis au roi des ménes- Iriers, Ces hornmes-là, cependant, ont deviné plusieurs des grands mystères de la musique; ils comptent au nombre de leurs compositeurs, Adam de Halle et Guillaume de Macheau. Après les musiciens, les danseurs. Quels beaux danseurs les jeunes seigneurs du roi Charles VI, et comme ils on tété tirés deleur joie, par l'incendie du dernier bal! L'histoire des duels eu champ clos tient une longue place; Louis VII avait défemlu le duel, toutes les fois que l'objet de la contestation s'élevait .à moins de cinq sous. Saint Louis l'avait aboli dans ses domaines, c'est-à-dire dans la moitié de la France; cependant on se battait toujours. Les cérémonies du duel étaient solennelles et compliquées. Il fallait ((ue les deux champions prêtassent serment, chacun de son côté, que sa cause était juste. Le prêtre leur adressait un discours, |)our les avertir qu'on n'entrait point armé dans le royaume des cieux; ou leur donnait le crucifix à baiser, et enfin les hérauts criaient : f.aissez aller! laissez aller ! On se battait à cheval avec tontes ses armes, la grande épée et la petite épée, appelée : la miséricorde! Ou se battait de n(d)le à noble. Quand le noble avait daigné accepter un duid avec im vilain, le vilain avait pour toute

;uMiu', un liàliMi. Les poêles iiièiicul iiiicvie eViaiite. (Juaiid la iiiiiiiiée parail longue aux belles dames cliàlelaines, elles font niunler les Irouliadoiiis lie Provence (lui leur clianlenl des romances, (jui leur vendent les deriiieis arièls de la cour d'amour, ornésdevignelles enluminées. — De j)ai' le roi Philippe-Auguste! peine dt; (juatre sous d'auiende conli'e les Idasphémateurs! De par It; roi Louis IX! lesenlanls ([ui auront blasphémé seront louetlés publiipu'menl. — La l'oire est ouverte, et tout le monde y court, chacun avec sa cape, son bàlon, sa calebasse, sa miche. A llouen, le jour de la foire du pre, c'est le prieur, ce sont les chanoines de iS'olre-Dame, monli's sur de grands chevaux, (pii fout l'ouverture de la foiie, où Ion porte toutes les marchandises de la ville; ou ne peut vendre, on ne peut acheter (ju'à la l'oire; chaque bouli(jue l'estant lermée tant (pie dure la foire. Chacun des jours de ce vaste marclu' est consaci'é à une marchandise s[)éciale; les étoffes, les cuirs, les peaux, les draps, les cristiuix; les chevaux se veuileut le deiiiiei- jour. Les conleslalions enli'e marchands sont jugc'es à l'instant même par un tribunal de prud'hommes. Tant (jue dure la foire, pas un marchand ne peut èti'e arrêté; ni à l'aller, ni au retour; chacun lui doit aide et assistance. — Ouel bonhenrl le frère IMerre (pii était en Palestine est revenu de ce lointain pèlerinage. Il est entré dans l'église du couvent des cordeliers, pendant que la couununauté était à vêpres. Il a parcouru la terre sainte dans tous les sens : de ïri|)oli à Sidon, de Sidon à Damas, de Tyr cà Bethléem, de Bethléem à Jérusalem. 0 profanation! il a vu les Sarrasins tenir leur uiarché |)ul)lic dans le jardin des Oliviers; il h'S a vus qui se baignaient dans la piscine de Siloé! Il a été obligé de payer les mahométans, pour obtenir la permission de s'agenouiller au saint sépulcre. 0 profanation ! le Mont-Calvaire est chargé de uiosquées! A d(! pareils récits, qui enllammaient les imaginations et les courages, chacun <le s'écrier : 31ort aux Sarrasins! — Hier, dans la rue, nous avons rencontré une vieille bénédictine du Maine chassée de son couvent par les Bretons et par les Anglais. Il est vrai que cette abbaye de bénédictines (■tait bien mal bu'tiliée ; les courtines étaient trop lai'ges, les tours ne S(î protégeaient pas mutuellement, les fossés man(piaient d'eau, les vassaux (le madame l'abbesse manquaient de courage. A cette heure, le monastère est à l'abandon; «es pillards d'Anglais et ces affamés Bretons mangent et boivent tout le long du jour. Hélas! on n'a plus le même l'espect pour les couvents. Autrefois, appartenaient au couvent : les [tins beaux lruits,les meiileiu'es leries, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer: ynliicies nt'/i, jiisccs niaris.

Frère Jehan, ou si \ous aimez mieux frère Monleil, dom Monlei!,

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coiiiiail ;'i loiid les dinV-iTiils iik-iIlts avtîc les(|ii('ls il cuiiijjusc son livre de iM'iifMlicliii. — Les l)ar!)i(is n'oiil leur hoiiliiiiie aclialaiidi'-t; ([ue le diinaiiclH;. Les lioisseliers l'ont les pelles, les éeuelles, les [dais de bois, (loiiiploiis (jue de sorle de jiaiiis! Le pain orilinairc : l'aiine, eau, sel el levain; le pain éeliaudé, cuil dans l'eau eliaude; le pain broyé à deux bûlons; le ])ain moUel; le pain i)élri avec du beurre, avec des (cufs el de l'ail (pain de Noël), le pain d'épice. —Les plus riclies broderies viennenl de Lyon. — Les meilleures chandelles de cire sont labricpiées au iMans; on ne pèse pas la chandelle, on la mesure. — L'hisloire des chnpeau.K est ioule une histoire. Grands chapeaux ornés de rubans et de plumes; mais on ne porte plus de chapeaux, on ne porte que des cha perons. Tout le monde est coiffé de drap, le feulre est aboli par la mode. Depuis l»ien peu de temps on a mis eu usage le charbon de terre, el quelle fortune l'Angleterre a découverte ce jour-là, dont elle ne se doutait guère! Les charpentiers de la grande cognée vous bâtissent une ville tout en bois en moins de huit jours. Les charpentiers de la petite cognée excellent dans les œuvres les plus ingénieuses : boiseries de lit à dessins grillés, bancs à dossier, chaises, prie-Dieu, ornements, lambris en bois d'Irlande, coffres, bahuts. Le chasublicr est habile à reproduire, sur les habits des prêtres, les plus charmants produits de la campagne : épis dorés, fruits d'or, oiseaux de l'Asie. Les plus rudes chaudronniers viennent de l'Auvergne, et leurs beaux ouvrages sont décorés de bas-reliefs. Les coffres des gentilshommes, on les orne de peintures. Le cordonnier fait des souliers de toutes les couleurs et de toutes les formes. Un illustre fondeur de cloches, c'est Jean Jouvance. L'orfèvrerie est poussée aux résullals les plus magniliques. — Défense aux oyers de faii-e rôtir de vieilles oies. — Le papier se fait avec du chiffon de chanvre; le parchemin, avec des peaux de brebis et d'agneau. Les plombiers fondent les canaux. Le meilleur sucre est blanc, pesant et dur. L'art du sellier produit les plus rares magnificences : selles garnies de veloui's, selles à dossiers ; les tanneurs, les tapissiers en basse lisse et haute lisse; les teinturiers, les tisserands en lil, en laine, en coton, en soie ; les tombiers, faiseurs de tombe de métal, de marbre, de pierre incruslée d'émail; cpie de métiers différents! — Le cimetière n'est pas h; même poui" tous : cimelière des adultes, des enfants, des hôpilaiix , des uialadreries, des lépreux, des juifs. Le métier de tonnelier, métier facile, et aussi celui des vanniers. — Les verriers, ceux ((ui font l'ornement des dres.soirs, candélabres, hassins, plats, écnelies, aiguières, etc. — Dans toute maison bien réglée, on fait ciiiii re|»as par jour. — (liiez les gens riches, les murailles sont

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