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tiintMicc ('! 1.1 ri\;ililt'' des Aiiijhiis; les Aiii^lais diil l'aviiiiliii;*' de l:i mer. (!(> la iiiariiic; les Fiançais oui la riclirssi; du Icrriloirc, ils oui une i^ciidarmerio qui n'a pas sou ('yalc. Dans ces souvenirs d'un iioniuie (|ui sail voir el iMConler, u'ouldiotis pas le souvenir de la pesle uoii'C. Frèi(* .Itdian IVéuiit encore, rien (|ue (Ten parler. Il se rappelle aussi le leuips où le l'oi de Fiance élail seii^iu'ur de (loiheil el seigneur de Ahuillhéry ; le temps on le roi de France recevait l'auuione de TFirlise; le leiups où les nobles l'oulaienl au\ pieds le Irone de Charles le Simple : le leuips où Ion lirùlait puldiqueuienl les livres d'Arislole. Tristes époques! Telle <'st celle hrillanle. curieuse el naïve histoire de la féodalité, transcrite par le l'rère Jidian, cordelier de Tours.
A la coiTqiuMe de rAni;lelerre par Guillaume le IhUanL lui rompu l'équililire h'odal. A la lin donc l'Europe allait apprendre comuicnl un roi pouvait el devail se faire ohéir, quand à ce roi-là chacun ohéissait par la nécessité méuu; de la coiupiète. Quoi d'élonuanl? Guillaume avait lait de ses compai^nons autant de propi'iétaires el de seiiiueurs, il leur avait donnéuneparl de sa gloire, il lesavail placés au beau milieu de ce royaume fertile, el plus la terre que le niailre leur donnait élail riche, jdus les possesseurs étaienl obéissants, par cette raison que dit Montesquieu: Ui rareté des terres d'ini pays ij établit tiatiirellement la dépeiidance '. Voilà ('omnient, par reconnaissance peut-être, mais à couj) sûr jtai" prudence el pour conserver ce (ju'il avait i;agné, pas un des vassaux de Guillaume ne songea à se défendre contre la volonté d'un homme, qui élail le niailie de tant de gens. Le vassal du roi fui presque aussi huml)le devant Guillaume V que l'étaient les Saxons eux-iiièines. En un mot, ces fiers Normands, dont les brigandages même avaient l'éveillé le courage des Gaulois el des Francs qui donnaient, ils sauvaient l'Angleterre en lasoumeltant à leur intelligence et à leur force ; ils faisaient de l'Angleterre un royaume véritable, gouverné par des rois obéis el tout-puissants!
Oui, c'est Guillaume le Coutpicraiit, aidé de ses Normands, ([ui est le véritable créateur de l'Angleterre. Il lui a donné ses lois, ses mœurs, ses passions, son courage ; il lui a apporté sa noblesse, ses sol^ dais, ses intelligences; il lui a enseigné l'éducation féodale, et tout de suite après, il l'a disciplinée à l'anlorilé royale ; il a porté dans l'ile de la Grande-Bretagne un grand peuple de laboureurs, de philosophes, de savants, de commerçants, de soldats. Certes on ne pouvait mieux obéir que ne l'a fait le Coiupiéra)it « an droit de coufpiéte. S'il est vrai, comme ledit Monîesfpiieu. <pielacon(piète soit une acquisition: l'esprit d'aC(piisition porte
' E'^niiT iiEs I.oH, chip. XVUl.
(iver lui l'cspiit de coiiservaltan et d'usinje, non pas celui de dcHlruclwn^ . n Va, en rlTcl, prendre pour conserver, n'esl-ce pas là le grand secret dn roi riiiillaunie I"? Vons l'avez vn acrir; vous venez de voir coninienl Henri 1", Irdisiènie filsdii Conijuérant, dii;ne (h; monter sur ce trône liien fondé, réiahlil rnnilê de la puiss'ince normande en réunissant dans ses mains, la Normandie et l'Angleterre ; cependant, nous ne laisserons pas passer, sans lui rendre hommage, la persévérance de Louis le Gros. \\ a compris tout de suite la grande force de la rovanté d'Angleterre, et cette force il la rêve déjà pour la royauté de la France. Sa liaine contre le Normandest vigoureuse, ardente etpaliente, tout ensemble. Ilcomprend très- I>ien, et plus activement que les rois ses prédécesseurs, que la Normandie et l'Angleterre ne peuvent pas rester entre les mains du mènTe homme, dette fois enfin, àra[»pel énergi(iue de son digne monarque, îa Fi'ance serait pressentir ; on va ht reconnaître, enlin, àson courage, à sesinstincts, à ses colères, à son génie, à l'envie (ju'elle porte au nouveau royaume d'Angleterre, à cette voix, à cet orgueil, qui lui crie incessamment qu'elle sera grande, un jour, entre toutes les nations de l'univers.
L'Europe en était alors à la seconde croisade, et déjà la guerre sainte avait perdu une partie de ses prestiges; ce n'étaient plus des clii'étiens (|ui combattaient pour délivrer le tombeau du Sauveur, c'étaient des soldats avides qui se battaient pour désintérêts, pour des passions, pour des questions politiques. Le fils de Louis le Gros. Louis VII, Louis le Jeune, venait de monter sur le trône de France. Grâce à la loi féodale (|ni à défaut d'héritiers mâles, reconnaissait les femmes comme les héritières légitimes de tout fief et de tout royaume, sauf le royaume de France, Louis le Jeune avait épousé Eléonore, la fille de Guillaume X, duc d'Aquitaine. Ce GuillaumeX availété un instant l'allié de Geoffroy IMantagenet, il l'avait aidé à ruiner la Normandie (\m était alors le boulevard, la partie llorissante de l'Angleterre; mais enfin, las de tant de cruautés, de tant d'incendies et de pillages qui déshonoraient sa vie, le vaillant duc d'Aquitaine avait résolu d'en finir par un bon pèlerinage à Sainl-Jac(|ues de Compostelle. Eléonore, sa fille, était belle, elle é'Iait jeune, elle avait été élevée dans les élégances poétiques du Midi, aux chants joyeux des Iroubadoui's ; son père résolut de lui donner un mari qui fût digne de sa fille et des domaines qu'elle aurait pour sa dot ; dot niagnifii|ue et royale. En effet, ce beau duché d'Afpiitaine comprenait le Poitou, le Limousin, le Bordelais, l'Agenois, l'ancien duché de Gascogne, l'autorité suzeraine de l'Auvergne, le Périgord, la Marche, la
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Saiiiloii^o, rAngoiimois... Nécrssairenieiil celle princesse (rA(iuilaiiie ne pouvait épouser (lu'nn royaume: on lui donna le roi de France. Louis le Jeune vit ainsi s'agrandir, d'une façon inespérée, le royaume de sou père et dans ce royaume si lieureusenient aijrandi, se devaient manifester comme par euclianlement toutes les forces de la France féodale, à savoir, la palience, l'ardeur guerrière, la confiance de lanl d'hommes d'armes, de lanl d'associations, de tant de châteaux forts.
A peine roi, à peine marié avec sa helle princesse, Louis le Jeune pouvait et devait espérer que lui aussi, il allait dominer l'égalité féodale, et que désormais la France aurait un roi, puissant à l'égal du roi d'Angleterre. L'Aquitaine, sou nouveau duché, portait nalurellement le l'oi Louis dans le midi de la France, où sa feuuue et lui se gagnèrent tous les cœurs. Mais pour accomplir toute sa mission royale, la force manque à Louis le Jeune. Il ne sait pas résister au souverain pontife; excommunié pour s'être défendu contre le comte de Champagne, et pour avoir brûlé une église, Louis VII sollicite son pardon, et le ponlife lui ordonne de partir pour la seconde croisade. Comme tout s'affaildit et se perd! Vous rappelez-vous l'ardeur chrétienne de la première croisade; l'Europe esclave se précipitant sur l'Asie pour conquérir le saint sépulcre, el, pendant un siècle et demi, se hallant en désespérée sur celle terre sainte et désirée ? Vous rappelez-vous cet immense mouvement de la guerre sainte, le cri unanime : Dieu le veut! Dieu le veut! la cour de Home poussant, par la croisade, à la domination universelle, et enfin ce royaume de Jérusalem fondé au milieu de l'Orient, par les héros de la première croisade: Uaimond, comte de Toulouse; Bohémond, Hugues de Vermandois; Baudouin, comte de Flandre ; Godefroy et Lusignan, le premier elle dernier roi de Jérusalem? Eh hien, à la seconde croisade, l'inspiration chrélienne avait jeté son feu sacré; cette fois, il ne s'agissait pas seulement de délivrer le tombeau du Christ, il s'agissait de ne pas abandonner à elle-même, sans protection et sans secours, celte France orientale, sentinelle avancée de l'Europe chrétienne, (i'est la belle époque des chevaliers du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem, moines et chevaliers, honunes de fer ([ui attirent à leur école, comme à la plus noble et à la plus rude des écoles, les aspirants à la chevalerie chrélienne. L'empereur Baudouin II venait d'être remplacé par ce fameux comte d'Anjou dont nous vous avons dit l'histoire. Foulques, le père de Geoffroy Planlageuet; mais l'habileté de Foulques ne pouvait pas empêcher les désordres, le schisme, les corruptions d'une colonie composée des ])lus mauvais chréli'Mis de l'Eunqie. Alors revinrent les
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eiifanis de Malioniot, (|ui, dans une seule ville de Syrie, éf,^orgèrenl treille mille cliréliens, laisaiit esclaves vingt mille autres, par pitié ou par mépris.
Pour un prince tout imbu des devoirs de la chevalerie, amoureux de sa femme et des choses nouvelles, dévot, brave cl hardi, cette occasion de la seconde croisade était pleine d'enivrements et de séductions. En vain l'abbé Suger, esprit calme, sagesse prévoyante, politique habile, au coup d'œil ferme et sur, représente à Louis le Jeune que la France a besoin de son roi, saint Bernard répond à toutes les objections de Suger; il parle, il tonne, il parcourt l'Europe entière; et quand les chrétiens qui l'entendent ne comprennentpas la langue qu'il leur parle, il les entraîne d'un geste, d'un regard. Pourobéir à celte voix puissante, l'Allemagne et la France lèvent deux armées formidables. Alors, ô miracle! on vit ces mêmes hommes delà France féodale, habitués à se briser entre eux, ces soldats de divers comtés et de diverses provinces, qui ne se connaissaient que pour s'être rencontrés sur les champs de bataille, maintenant qu'ils sont poussés en Orient par la même croyance et par le même courage, faire entre eux une étroite alliance. Pour la première fois peutêtre, ils comprirent, non-seulement qu'ils étaient des frères en Jésus- Christ, mais encore qu'ils avaient la même patrie, la France ; le même maître, le roi; et soudain le roi de France futentom-é d'obéissances, de respects, de sympathies, comme jamais ne l'avaient été les pâles successeurs deCharlemagne. On entourait le roi par respect pour la patrie commune; on lui obéissait par émulation, et alin que la France démontrât à l'Allemagne, que la France avait, elle aussi, son César. Partis les premiers, perdus dans un désert sans eau, les Allemands furent battus, et le peu qui restadecette armée se réunitàl'arméedela France. Alorslesuns et les autres, ils tombèrent misérablement dans les embûches et dans les perfidies des Grecs du Bas-Empire, cette race d'eunuques, disait le Normand Bohémond. C'était l'heure, ou jamais, d'affranchir l'Orient de ces malheureux Grecs dont la famille de Hauleville avait déjà tiré tant de châtiments. Ah! si le dernier Tancrède avait eu plus de patience, si le Normand de Cohstantinople eût donné la main au Normand d'Angleterre, croyez-vous donc que Mahomet II fiil arrivé si vite, et que l'Eglise de Sainte- Sophie, indignement profanée j fût devenue de si bonne heure la mosquée de Mahomet? Non, l'homme du Nord eût sauvé et retrempé sous ses vigoureuses étreintes celte race abâtardie; et quand l'Arabe, du milieu de son sable enflammé, se fût présenté sous les murs de Byzance, il eût reconnu à leurs coups les dignes fils de Tancrède.
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M;iis nu(»i ! iiuiîlios de la Norinaiiilie, de l'Anjou, de la Brelagiie, mailres de l'AiigleteiTe, niailres de l'Ilalie, s'ils eussent encore été les mailres de la ville de Conslanlin, les Normands de Tancrède et de Guillaume auraient été Irop grands, presijue aussi grands que les Uoniains de César, juste ciel !
J'ai besoin de raconter, en peu di; mots, celte seconde croisade, parce «|ue,au niilieu de ce pèlerinage armé, se prépare un agrandissement inespéré pour les ducs de Normandie, je dis mieux, pour les rois d'Angleterre. Donc, partis de France dans le plus riche appareil, pleins d'espérance et pleins d'ardeur, Louis VII et sa femme Eléonore longent le littoral de l'Asie. Ils prennent par Éplièse, ils remontent le Méandre ; l'armée française et son roi se haltent d'un grand courage, même peu s'en fallut que Louis le Jeune ne fût fait prisonnier dans celte suile de combats, qui commençaient chaque jour, pour durer du matin jusqu'au soir. Vains efforts! inutile courage! La chaleur, le soleil, l'Arabe, décimaient cette armée, naguère si brillante, aujourd'hui découragée et vaincue. Bientôt il fallut revenir sur ses i)as ; on ballit en retraite jusque sous les murs d'Anlioche; mais, arrivés là, le courage du roi de France était à bout, et aussi, dit l'histoire, la patience de sa femme. Tant que son mari avait été le vaillant capitaine, le roi entouré d'hommages et d'obéissances empressées, la reine Eléonore s'était montrée heureuse et hère; mais la défaite, l'abandon, les misères d'une retraite, la honte d'une fuite, et aussi la légèreté naturelle de celte femme, élevée dans les passions et dans les vivacités oisives du 3Iidi, eurent bientôt apporté un grand changement dans l'humeur de cette reine lière cl frivole. Tant que son mari avait été heureux, Eléonore d'Aquitaine l'avait aimé; vaincu, elle ne sentait plus pour lui que de la pitié. Tonte reine qu'elle était, elle ne dédaignait pas les hommages empressés des seigneurs et des chevaliers qui lui faisaient cortège, et dans ce voyage si bien commencé, elle avait porté la coquetterie de la femme plus loin que la majesté de la reine. Ce bruit des armes, ces combats, cette agitation guerrière des multitudes, toutes ces choses l'amusaient à l'enivrer. Dans cette ardente mêlée des païens et des chrétiens, des peuples de l'Orient et du Nord, la belle duchesse du Poitou avait, dit-on, distingué un jeune guerrier sarrasin de bonne mine, qui, lui, de son côté, avait entouré cette belle reine, venue de si loin, des passions brûlantes de l'amour africain. Le roi Louis VII s'alarma à raison de cette rencontre, el, sans attendre l'issue du siège de Damas, sans s'inquiéter du sort de tant de milliers de chrétiens abandonnés sans pitié, au milieu de tant
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(le périls, le roi de France revint en toute hâte, ramenant avec lui sa femme Eléonorc, Ce retour fnt triste, plein d'ennui de part et d'autre, sans plaisir pour la reine, sans honneur pour le roi ; si bien qu'au bout du voyage, la reine et le roi de France se trouvèrent très-fatigués l'un de l'autre. Alors ils pensèrent au divorce; il se trouva, chose facile à prouver, qu'ils étaient un peu parents au degré prohibé. Le divorce fut prononcé à la grande joie des deux conjoints, mais surtout de la reine, violente et fière, qui ne voulait pas rester unie à ce moine, comme elle disait.
Les résultats de ce divorce étaient déplorables. Le roi renonçait nonseulement à la main de celte princesse, mais encore à ses domaines, qui étaient déjà devenus la France, et qui allaient devenir l'Angleterre! A coup sûr, le roi Louis le Jeune, rendant une si belle dot à la femme qui l'abandonne, ne ressemble guère au roi d'Angleterre Henri I", qui conserve, malgré le comte d'Anjou, la dot apportée à son fils Guillaume, qui venait de mourir dans le naufrage de la Blanche-Nef. Certes, si le Normand eût tenu le duché d'Aquitaine, il eût mieux aimé cent fois être damné, que de le rendre. Le roi de France le rendit. A peine de retour de cette expédition dont il ne rapportait que la honte, dans ce royaume appauvri, dépeuplé, et pourtant sauvé par la sagesse de Suger, Louis VII n'eut rien de plus pressé que de retirer ses soldats des villes et châteaux de l'Aquitaine. N'était-ce pas bien démembrer la France à plaisir? Cependant les seigneurs féodaux voyant le roi Louis VII ainsi appauvri, se demandaient qui donc la duchesse d'Aquitaine allait choisir pour remplacer le roi de France? Toutes les ambitions, tous les regards étaient tendus vers cette belle proie, véritable proie de prince normand, de roi anglais.
Cet heureux Normand, ce vainqueur, n'était autre que le roi Henri II, le fils de Geoffroy Plantagenet, qui venait lui-même, et avec l'assentiment du souverain pontife, de se nommer duc de Normandie en attendant la couronne d'Angleterre. Son grand-père Henri I", son aïeul Guillaume, n'eussent pas mieux fait que ce Plantagenet. Il était brave, actif, prudent, et à ses heures, il savait être amoureux. C'était donc celui-là que la reine Eléonore d'Aquitaine avait choisi; celui-là qu'elle venait chercher de si loin et au milieu de tant de périls de toute sorte, périls du côté de sa fortune, périls du côté de sa beauté. Même un jour, elle passait par les domaines de je ne sais quel duc peu ambitieux, mais grand amateur de nouveautés, qui voulait absolument souper avec la dame, et trop heureuse fut la duchesse, que ce bandit
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consentit à soiipol' avec une de ses suivantes, qui se dévoua volontiers pour sauver sa maîtresse. Le lendemain, nouveaux dangers : il s'agissait de traverser saine et sauve, et sans y laisser plume ou aile, le formidable comté de (Chartres. Thibault, comte de Chartres et de Blois, voulait enlever la princesse Eléonore et l'épouser à tout hasard; mais (juand il arriva, il était trop tard, la princesse avait évité le danger. IMus loin, elle pensa tomber entre les mains du comte de Cliinon, le deuxième lils de Geolïroy Plantagenet; mais la fortune aidant, et aussi l'amour, le jeune Henri Plantagenet, duc d'Anjou, l'arrière-petit-fils de (îuillaume le Conquérant, duc de Normandie, et avant peu roi d'Angleterre, put entin se parer de sa double conquête, à savoir la reine de France, et, avec la reine, toute la France occidentale, de Nantes aux Pyrénées. Voilà donc que, même avant d'être roi d'Angleterre, ce Plantagenet possédait, en France même, un royaume deux fois plus grand que celui du roi de France. Les deux nouveaux époux arrivèrent en même temps dans la Guienne. Le mariage se fil vite et malgré la défense du roi Louis VII, qui s'opposait de toutes ses forces au mariage de son vassal. Le vassal, par une ironie de très-bon goût, répondit à son seigneur suzerain, en lui rendant hommage pour l'Aquitaine et pour les autres domaines de la reine Eléonore. Ceci fait, Henri s'empara de la Guienne sans coup férir; puis, quand il eut envoyé dans ses nouveaux Etals, des châtelains deson choix, il revint, avec sa femme, en Normandie. Cependant, à cette nouvelle que Henri Plantagenet, son vassal, avait osé, malgré sa défense, épouser la femme qu'il avait répudiée et qu'il aimait toujours, Louis VII entre soudain dans une grande colère. Il jure, par Notre-Dame ! qu'il arrachera à Henri ses Etals du continent; il appelle à son aide les mécontents de l'Anjou et de la Normandie. Déjà l'armée française étail en route, lorsque Henri Plantagenet, sur le point de partir pour l'Angleterre, revient sur ses pas; il brûle la partie du V' exin qui appartenait au roi de France. Louis le Jeune, qui ne s'attendait pas à ce retour rapide, évite tant qu'il peut l'armée du jeune duc; mais celui-ci le presse et le pousse, et enfin il le rejette jusqu'à Mantes. Libre de ce coté, Henri partit pour le royaume qui allait être son royaume, car il fut reconnu pour le roi de l'Angleterre, non-seulement par les barons anglo-normands, mais encore par le roi lui-même, Etienne, fils d'Etienne de Blois. Sur une seule tête , comptez cependant que de fortunes incroyables, que de couronnes! — comte d'Anjou, duc de Normandie, mari d'Eléonore, maitre de la Guienne, vainqueur du roi de France, et poussant l'audace jusqu'à traverser la mer, au mois de
janvier, en dépit de l'orage et de la tempête (1155). Il aborda au rivage (rAngleterre, le jour même de l'Epiphanie; sa suite était peu nombreuse. Dans une pauvre cliapellc, au bord de la mer, un prêtre disait la messe ; Henri entra dans la chapelle, au uu)ment où le prêtre chantait ces paroles prophétiques : Voilà lemaître quïarr'we! —
Certes il était temps qu'un peu d'autorité vînt en aide à l'Angleterre; jamais l'absence d'un roi ferme et tout-puissant ne s'était fait plus cruellement sentir. L'Angleterre était au pillage; le baron normand, abandonné à sa propre voracité de l'autre côté de l'Océan, s'appesantissait de tout le poids de son avarice, sur ces peuples malheureux. Entre le maître et l'esclave, la puissance était sans contre-poids, le despotisme restait sans châtiment. Les seigneurs anglais, devenus aussi puissants que le roi lui-même dont l'élection dépendait de leurs suffrages, ces hauts barons, liés entre eux par les mêmes intérêts, tenaient en échec la royauté d'Angleterre, naguère si respectée et si entière. En effet, n'étaient-ils pas les juges du roi? N'élaient-ils pas consultés à chaque nouveau règne? Chacun de ces hommes, s'il l'eût voulu, aurait pu se faire prince indépendant, mais c'eût été affaiblir la force de tous, en la divisant. Placés au milieu de ces haines nationales, les Normands sentaient le besoin de s'entr'aider et de se secourir. Le Saxon, il est vrai, s'avouait vaincu , il se sentait accablé sans rémission ; et cependant le Saxon avait toujours sous son manteau une flèche pour le Normand qui passait, ou, tout au moins, une malédiction au fond de son cœur. Le roi anglo-normand était naturellement le but de ces haines implacables; il avait pour ennemis les Saxons, toujours, et souvent les barons normands eux-mêmes, qui le défiaient au sommet de leurs tours féodales. Le moyen de gouverner ces vaincus qui vous haïssent ; le moyen de se faire obéir de ces vainqueurs enrichis et jaloux, sans y mettre de son côté toutes les violences, voilà pour les Saxons ; toutes les ruses de la tyrannie, voilà pour les Normands? Ceci vous explique comment les rois d'Angleterre, pour être un peu les maîtres dans ce royaume si vite conquis, si péniblement dompté, s'entouraient d'une armée étrangère: des Flamands, des Bretons, quelquefois même des Saxons, car au besoin, pour rester roi d'Angleterre, un Normand qui n'aurait eu que cette ressource , se fût fait Saxon, de Noruiand qu'il était, renversant ainsi tout ce qui était la conquête. Mais la conquête avait été trop bien enracinée dans l'île de la Grande-Bretagne par Guillaume le Coiuiiicrdut, pour que jamais le Saxon l'emportât sur le Normand.
C'est ainsi que vous est apparu, r(uiime le type des rois d'Angleterre,
ce lyran de sang-IVoiil, co lils iinpiloyable de Guillaume 1", Guillaume /(' Roux. 11 a élê le premier roi qui ait payé, sans eu rien rahattre, son tribut de violences et de méfiance à la royauté nouvelle. Il a été un tyran, non pas qu'il eût, en effet, l'àme d'un despote, mais uniquement pour obéir à cette loi implacable, la nécessité! Le premier des rois aiiiilo-normands, car son père, Guillaume le CoïKiuérant, n'avait eu que le tenij)s de passer en triompbe et de mourir, Guillaume le Roux avait été condaimié à cetle double colère contre le Saxon qui mendie, contre le Normand qui menace, à celte double insomnie de celui qui réclame et de celui qui demande. Sa vie, elle s'était passée dans un continuel voyage, à traverser ce mallieureux royaume conquis, dont cbaque parcelle était restée frémissante et indignée. Et comme la tyrannie ne va jamais seule, la tyrannie avait amené avec elle les fatigues, les malaises, les misères qu'elle entraîne inévitablement : l'avarice, la débaucbe , le meurtre, la rapine, les licences et les scandales abominables de la conquête sans frein et sans loi. Quelle vie, juste ciel! et ce sera pendant longtemps la vie des rois à venir! S'entourer de soldats pris partout, excepté dans son ducbé, excepté dans son royaume; et pour payer ces étrangers, dévorer la fortune des sujets; commander à la fois à deux peuples, celui-ci qui est égorgé à vos pieds, celui-là qui marcbe sur votre couronne; briser d'un côté, ruser de l'autre; dire : Mes esclaves ! à ceux-ci, et à ceux-là : 3/f.s comixujno^is ! supporter le poids d'une couronne qu'on n'a pas gagnée; et, dans cette division partielle de la conquête commune, recbercber, pour les revendre à vil prix, quelques parcelles inaperçues de ce royaume volé dont cbacun a fait sa proie ; en un mot, se croire un gr^ind politique, lorsque, dans cette exhérédation du peuple conquis, on aura découvert quelques malbeureux i|ui, par hasard, nous ne dirons pas par bonheur, amont sauvé un lambeau de l'héritage paternel; — mourir sans savoir qui va être roi à votre place, car ce royaume que votre père a volé sera volé par votre cousin, peut-être : telles sont jusqu'à présent les tristes nécessités de la monarchie normande; monarchie pleine de rivalités avides, de jalousies sanglantes, pleine d'enfants indignes qui se révoltent contre leurs pères. Certes, de pareils récits nous gâtent singulièrement ces belles ruines, ces frais paysages et les plus doux aspecis de cette terre bénie et féconde entre les royaumes de ce monde ! — Henri F' une fois mort, nous avons vu son propre neveu, Etienne de lUois, qui le premier avait prêté serment de fidélité à Mathilde, sa cousine, s'emparer violemment de la couronne de son oncle, cetle même couronne
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pour laquL'lIc le roi (léluiil avait pris laiil do précaulions iimlilcs. Ce prince Elienne clail le fils de ces excellents comtes de Blois et de (Miampai^ne dont le nom populaire et pacifique se rallaclie à lantd'inslitulions utiles et savantes. Ils ont été des philosophes et des poêles ; ils ont protégé Aheilard, l'amant d'Héloisc. Aussi, (juand le jeune Etienne se fut emparé pour un instant de la couronne d'Angleterre, lous les vœux du clergé anglais furent pour lui. Mais comment résister longtemps à la mère de Henri Plantagenet, à Malhilde, Mathilde, fière, insolente, superhe, dont les veines étaient remplies du même sang que le Conquérant? Elle alla conquérir son royaume sur le Normand, tout connue le Normand l'avait conquis sur le Saxon. Elle se hatlait à outrance, et avec toutes les chances de la guerre : tantôt victorieuse, tantôt vaincue; triomphante aujourd'hui, ou hieu s'eufuyant à perdre haleiiie , et couverte d'une rohe hlanche pour qu'on ne la vît pas traverser ces campagnes couvertes de neige. A la fin, elle reprit son hien et son domaine; elle reprit le royaume de son père, ou, pour mieux dire, le royaume de sou fils Henri Plantagenet, le mari d'Eléonore d'Aquitaine, le hardi soldat, et l'amoureux politique qui avait doublement vaincu le roi dévot et amoureux : Louis VII.