CHAPITRE IX
Henri H. — Ses conquêtes. — Ses alliances. — Le roi de France au Mont-SaintMiclu
— Son passage à Rouen. — Coiiimencemenls de Tliomas BecUel. — L'archevêclié
de Cantorbérj". — Vie do l'archevèiiue. — Sa mort. — Ses miracles.
— Histoire de la belle Rosamonde. — Tombeau de Rosamonde.
— Les trois fils de Henri II se révoltint contre leur |)ère.
— Mort do Henri II.
S IL l'iiiil tciiir ('(tiHiilt' ;iii\ [(liiicrs (les lidimciirs (M dos ddiilnirs de leur vie, pas un roi ne lui plus digne de notre admiralion et de nuire syinpalliie(piele roi Henri 11, — ce roi d'Anulelerre (pii est né en France, ([iii esl mort en France, qui y lut enseveli, (lomnie Ions les princes haltiles , il lui servi par loiites seules de hasards. Quel avenir plus vaste et plus roval sesl jamais (dl'ert aux vasies peiis(''es ^^*^p d'un i;rand nnuiaripief II appartenait ^^^^^^?3s?=^^^ ^~ •'T^^^ aux Normands. i»ar srui i;rand-père
Henri F' , aux Saxons, par sa ifrainlnière : son [lèi'e «'lait Aniievin : à ces causes, il d(uninail toutes ces races à la lois. — Les vaincus espéraient en lui , les vaimpieiirs crovaiiMit en lui, le pelit-lils du (loiuiuérmit . Elevé à An<.;('is, cpii ('tait au douzième siècle une école savante, il y avait
2A2 h\ NORMAN DIK.
a|i|»ris cclUi i;r;iii(l(' scieiu'c du droit l'onijiiii, si iiivoraldc à la |iiiissaiic(' cl à raiil(»ril(' du inaîlre, pendant (|ii(' tons les antres hommes rcstcnl éganx devant cette [)nissancc nni((ne , ce qni nîssendde pen , il fan! le dire, à la pnissancc féodale. La jeunesse de Henri H, comme celle de tous les grands rois, ne va pas sans anecdotes et sans miracles. Plus dnn anachorète a prédit les grandeurs futures de cet enfant. Sa jeunesse fui confiée au zèle éclairé de son oncle Robert, comte de (jloceslei-, (pii réleva dans la langue et dans les arts de l'Angleterre ; on lui enseigna surtout ce grand art de la chevalerie, qui comprenait tous les autres. Les progrès de Henri furent rapides, autant que son intelligence était nette et vive. Puis, au sortir des écoles angevines, il revint ta Londres, où son oncle, le roi d'Ecosse, l'arma chevalier. Le jeune Henri était alors duc de Normandie, en attemlant mieux.
Une lettre du vénérahle Ailred, aldié de Rival, adressée au jeune duc de Normandie , nous raconte sa modération dans les plaisirs , son esprit indulgent et ferme, sa modestie naturelle et vraie, son zèle et sa charité pour les pauvres. — « Il sera la gloire de l'Anjou, le soutien de la Normandie, l'espoir des Anglais , — jeune homme prédit par tous : Ab omnibus prœdktus. « Nous avons dit son mariage avec Eléonore d'Aquitaine, et ce projet, qu'il devait accomplir, de rentrer dans la conquête de son aïeul. Il était tout prêt à combattre jusqu'à la moi't, pour reprendre sur l'usurpateur Etienne son royaume d'Angleterre: mais le roi Etienne luimême, ([uand il eut perdu son lils Eustache , n'eut plus d'autre }»ensée que de rendre la couronne des rois anglais à ce jeune homme , qui eùl régné par droit de coiu[ucte, quand bien même il n'eût pas régné par le droit de sa naissance. Etienne mourut à l'instant même où le prince , impatient, trouvait (pion tardait fort à lui céder la place. L'avènement du roi Henri H fut un sujet d'espérance et de consolation des deux côtés de la mer. Ou touchait à la lin de la guerre civile ; l'Angleterre allait être délivrée des soldats mercenaires qui la désolaient ; la Normandie allait avoir sa part dans ce repos général. Il faut entendre les poètes célébrer dans leurs vers toutes les espérances des peuples : « Relève-toi, Angleterre ! s'écrient-ils. Reviens à la vie ; tu es morte, je te ressuscite :
Aii^lia, suisse!
Jmnio rc^iirge, tiiaiii reCeri) lil»i, moi tua, \itain
Et plus loin : « Nous avons perdu un roi , mais un roi nouveau nous est rendu, (pii donne la paix à l'Angleterre. 0 roi Henri! tu es le premier qui accomplisse ce nnracle!
Ilifc, llcnncc, cicas iniiacnla piiiniis iii oilicl
LA NOIIAIWDIK. "i'iS
b^ii flli'l, à loirc tic (lisst'iisidiis tcnililcs, de ic'vollfs, de saiii^ t'I diliiiorres civiles , la Norniaiulic cl lAnylclcrnî cii ctaicnl venues à ne pouvoir cire sauvées (|uc \nw un uraïul miracle. Le royaume élail épuist'par les lialailles de Malliilde cl dÉlienuc; le diudié, las d'ohéir lour à loiir aux rois d"Aui:lclcrre, aux princes du coulinenl, ne son;j;eail plus (juà ré}tarer ses ravaiies, à relever ses villes d(''lrui(es, ses villages rétlnits en cendres, l/iucemlie avait dévoré uiu' partie de la ville de Rouen : la lamine élail partout : encore une l'ois celui-là sera le bienvenu ([ui lendra la paix aux laltoiu'eurs, (pii douiu'ra l'alMuidance pour la lamine. Henri II devait être en ell'et cet lionnne sauveur. A ce roi-là, ipiand la race des rois daimis est éteinte, ([uand les r(»is saxons S(uit chassés de l'Angleterre, après ipie la Grande-Bretagne a sulii la loi des ducs de JNonnandie et des comtes de Blois, commence pour l'Angleterre , cette ile si lière de ses libertés nationales, la troisième dynastie des rois français.
Ce roi-là savait (|ue sans l'autorité il n'y a pas de véritable grandeur pour un prince. A peine sur le trône, Henri 11 veut ([ue chacun rentre dans l'obéissance et dans le devoir. Il fait dénn)lir les châteaux forts , il renvoie les soldats mercenaires, il crée à Londres même un conseil d'administration présidé par sa mère Mathilde ; il convoque un parlement qui consolide , en les reconnaissa'it, tous ses droits à lui et tous ceux de sa race. En un mol, il commence par réussir et jtar vouloir, ce ([ui est bien commencer.
L'année même de son avènement, la femme de Henri II, cette Eléonore d'Aquitaine, qui avait déshérité les deux lilles nées de son premieimariase avec le roi de France, accouchait à Londres d'un lils nommé Henri , et pour que cet enfant eût tout de suite un apanage qui ne coûtât rien à son père, Henri H reprit à Geoffroy, son frère, les terres que leur père lui avait laissées. GeoflVoy, vaincu, se contente d'une pension; mais un jour les gens du comté Nantais font de Geolfroy leur comte et seigneur. Certes, si (pudcpu^ terre était indépendante de raut(U'ité de Henri H, c'était ce comté, domié librement à GeollVoy son frère. Pourtant, son frère mort, Henri 11 réclame le comté de Nantes comme le bien de son frère. En vain Conan le Petit, duc de Bretagne, revendique cette terre comme sienne, Conan est forcé daccepler la loi de l'Angevin- Anglo-Normand. Henri veut (|ue son troisième lils (il en avait déjà trois) épouse Constance, la UUe de Conan: le comté Nantais sera la dot de ces deux enfants, et si le duc de Bretagne vient à mourir avant son gendre, le duché de Bretagne appartiendra au lils de Henri IL Ce comte de Nantes, ce duc fulur de la Hrelagne, ce mari de Conslance. élait âgé
2'\'i LA i\()iniAM)[K.
(le deux mois, cl siiii |iéi-(', llciiii sCiiipiiriiil du cdiiih' de Nanles poiii- plus de siirrl»'. (icolfroy liancé à la duchesse de Bretagne, il ni'lail pas juste (pie Henri, sou aîin''. Henri, <pii avait Irois ans d(''jà , ne lût |ias marié à (piehjue nol»le et riche princesse; aussi lin' iloima-t-on hicn vile la jtrinccsse Marguerite, fille du roi de France Louis V[(, et (h; sa seconde femme Constance. — Triste mariage! mais comment donc le roi de France eût-il pu résister à ce formidahle vassal (piirenvahissail d(! toutes Ijarts":' — JNatlendez pas cependant (pie nous suivions le roi Henri H dans loiites ses conquêtes. Vous le retrouverez tour à tour, et jiresque en même temps, dans le pays de Galles , dont il ajtaise les tumultes : sous les murs d'Am])oise, qu'il reprend au comte de Blois; en F'iandre, dont Thierry d'Alsace, lui conlie la garde pendant que lui-même il part poiii- la Palestine. Dans ces comiuêtes hrillanles autant qu'utiles, le roi Henri H était aid(' par d'habiles et intréi>ides capitaines, le roi d'Ecosse, le comte de Barcelone, le comte de iS'imes, le comte de Montpellier, le comte de Blois. Même peu s'en fallut (ju'il ne s'emparât du comté de Toulouse, qui eût arrondi à merveille son duché d'Aquitaine. Le comté de Toulouse, disait le roi Henri, avait été donné en gage au comte de Poitou , le jière de la reine Eléonore, et, sous ce prétexte, le voilà qui envahit le midi de la France. Peu s'en fallut que, cette fois encore, Paris n'eût pu voir du haut de ses nuu'ailles le chef des guerriers normands appeler le roi de France à la hataille. Mais, grâce à Dieu , le roi d'Angleterre se contenta d'un traité dont il dicta lui-même tous les articles. Dans ce traité, Henri H rendait hommage au roi de France pour la ]\(U"mandie, son lils Henri rendait hommage pour l'Anjou et le Maine , son fils Richard pour la Giiienne. Quant au comté de Toulouse, le roi d'Angleterre devait en faire plus tard une dot pour sa lille Jeanne, veuve de Guillaume H, roi de Sicile. Ceci conclu, le roi d'Angleterre remet entre les mains des chevaliers du Temple, qu'il a choisis pour les gariliens de ses conipiêtes, la ville de Gisors et les terres qui composaient la dot de sa bru , la princesse Marguerite ; sa bru elle-même , le roi la réclame comme une de ses conquêtes. Yoilà pourtant à quoi tenaient ces trêves ('phémères! Une enfant à ((iii on ne laisse ni sa patrie, ni sa nourrice, ni sa mère, et (pi'un roi ('ti'anger emporte endormie dans son berceau! Cette paix dura cinq ans. Le pape Alexandre HI avait besoin que les deux rois de France et d'Angleterre fussent amis, pour les opposer à reniper(iur Barberousse , qui avait introduit violemment dans Rome ranti-pa]ic Victor. Dans l'espace de ces cinq années, le roi de France et le l'oi d'AiitrlcIcrrc se rcncoiitiTrcnt . d'abord à Paris, au milieu de fêtes