A N()U>IAM)[i
2Zi:.
s|il(Mi(li(li's ; la seconde lois i\ llvreiix, où le roi d Aiif^leleiTe recul son IVère (le France avec nne niaiznilicence royale. Les deux rois, dans un Iiel acct's de |iiélé, voidnrenl \isiler lahltaye (•(Uèlire du inoyen âge, i'alihaye dn Monl-Sainl-.Micliel , ce rocher laiil<'> à pic ((ni domine la ineidu liani de ce sauvaiic pronionloire, s(''|»ar('' An conliin'nl par une grève d uiu' liene (|ue la mer con\re de son lliix. Il vous a|i|iarail de loin comme un (l('tme de Ter. In Itonrg enlier esl allacln'' au liane de celle montagne escar[)ée. Le cliàleau loil (jui (l(unine celle roche dt-solée renferme des prisonniers dF.lal , des conpahles aujourd'hui, qui seronl peut-être des iimocenls demain ! Uien ii"esl Irisle el lamenlalde à voir comme celte roche aride el mie, enhmrt'e de son lormidalde l'emparl et de celle mer
qui gronde toujours. C'est un des monuments les plus antiques de la doctrine et de la science de la Neustrie chrétienne, Ncusiria pia. Ce serait toute nne histoire à écrire si notre ceuvre était destinée à être complète. Au sixième siècle déjà, une église s'élevait sur ces liauleurs : un prêtre, saint Auhert, y parlait aux pêcheurs de la grève, du Dieu de l'Évangile. Ce bon duc de Normandie, Richard L', fit élever un monastère à Saint- Michel , — delubnnn mhœ maijmtudinh ; — des remparts |)our les moines, mœnia monachis. — Mais le feu du ciel, (jui a tant détruit, renverse le monastère du duc Richard. Richard, (ils de Richard L', hàtit un nou-
■i/jti LA NOKM ANDI K.
veau moiiaslrre , cl pour que le lutuvel édilicc. pût Itravci" les a|^es, il le pose sur d'iinmenses colonnes eylin(lri([U(;s, que le lenqts n'a pas pu (h'IruiiT. Au onzième siècle, le Moul-Saiiil-iVIirlicl ('lail (Icvcuii nue l'orteresse iin|MU'lanle , mais la loilcrcssc est renverst'c pac le l'eu du ciel. A peine réi)ai'ée, les lialtilanls d'AvranclK^s ari'ivenl duranl les iiuni-res pour la snccesslon de Henri I", qui renversent et qui brisent à leur lour. Plus tard le tremblement de terre vient à bout de ce ([u'avait (q)argné rincendic. Mais vous savez ce que peut la patience de la foi cbrétienne, nous en avons d('jà vu plus d'un exenqde mt'morable. D'ailleurs, quand on parle de ces savantes retraites qui ont été les lumières de l'Europe, de ce lieu sacré que le roi d'Angleterre Étlielred exceptait du saccagement de la Normandie , il ne s'agit plus seulement d'une Insloii-e de voûtes , de piliers , de murailles. L'orage renverse, le feu brûle, la guerre tue, le sol soulevé s'agite de fond en comble ; le divin travail de la pensée humaine s'élève calme et fier, du milieu de ces cendres et de ces ruines. La bibliothèque du Mont-Saint-Micbel mérite nos regrets plus que toute autre dévastation : des livres écrits, pour la plupart, avant le règne de Philippe-Auguste ! des parchemins échappés à tant d'incendies , tant de monuments sacrés, foulés aux pieds, durant cette lutte interminable des Bretons, des Noi-mands , des Anglais, des protestants de la Ligue, des catholiques romains, des révolutionnaires de 17931 Qu'il a été bien nommé ce roc fameux, Saint-Michel nu péril de la mer! — in periculo j»a?7s.' Dites aussi Saint-Michel au péril des tempêtes et des révolutions! Là sont venus se prosterner le roi Childeliert 111 , le roi Éthelred , qui appelait Saint-Michel un lieu saint et vénérable. Là, vous retrouverez le souvenir de ce roi d'Angleterre, Edouard le Confesseur. Le prédécesseur innnédiat de Guillaume le Conquérant, Harold, le héros de nos premiers chapitres , a gravi la périlleuse nR)ntagne , vcnit admontem, quand il accompagnait le duc de Normandie dans son expédition contre les Bretons. Au douzième siècle, F»obert, duc de Normandie, de retour de la Palestine, y vint rendre grâce à Dieu, acconqjagné de sa femme Sibylle. Demandez à l'austère montagne si elle se souvient de saint Thomas de Cantorbéry? Là aussi s'est arrêté, humble dans sa gloire, le roi saint Louis et Philippe le Hardi , son fils. Philippe le Bel y devait l'aire son pèlerinage; Charles VI est aussi un de ses pèlerins. Le roi Louis Xî, le créateur de l'ordre de Saint-Michel, a construit cette salle des chevaliers {\m existe encore. François?' ("t (Charles IX n'ont pas manqué à cette dévotion de leurs ancêtres. Voilà pour l'histoire du couvent. — L'histoire de la forteresse n'est pas moins digne qu'on s'en occupe.
LA NOIIMANDIK. '2lil
^(»lls avons th'jà it'iicoiili't' sur ces liaulcuis loriiiidalilcs Ciiiillaiiiiic le lioiix , roi (rAiiiilolorro, ti IJoltcrl, duc de iNoriHaiidic ; celui-là plact' au village de Geuetz , celui-là cani|>(' à Avranches, séparés luu de laulre par un bras de mer, et pressant viveiuenl leur l'rère Henri, à (|ui IJnlierl Taisait passeï' de leau et des vivres. Vous verrez plus tard, durant les i-nerres des Anglais, (juainl l(tut cède à la lurie anglaise, le Mont-Saint- Michel garder lidèleuieiit sur ses lianleni's dédaigneuses le pavillon de Charles VU, protégé et défendu jiar Ic'dite des gentilslionunes de la Normandie et de la Bretagne, — à telle enseigne (piiui de ces gentilslionmies s"a|)pelait Chateaubriand! — Mais quoi! ce roc était-il donc assez élevé pour (pie le roi Henri H y put découvrir les royaumes quil se sentait capable de gouverner. ■ A un honmie puissant , disait-il, c'est tro|) peu de l'univers! Totiun wniuluni tini pùlcnti vivo, parvum esse. »
Leurs dévotituis accomplies, les deux rois Henri H et Louis VII se rendirent dans la ville de Rouen. A Rouen, le roi de France revit celte enlaiil de s(Ui second lit, Marguerite, mariée, si jeune, au lils de l'homme (pii lui avait enlevé sa première ('iiouse: l'enranl reconnut s(ui [tère |)ar un sourire. Dans la capitale de la Normandie, étonnée et charmée d'un si bel accord entre les deux rois d'Angleterre et de France, renth(»usiasme fut gt'uéral. Ce fut à tpii fêterait de son mieux le passage du roi de France. Les fêtes les plus magniliques occupaient les nuits et les jom's; car, après la guerre, le roi Henri H n'aimait rien tant que le plaisir. H se plaisait dans l'éclat de la majesté royale; il aimait les magnificences, et quand il fallait faire le roi, il savait être prodigue. Lorsque sa femme Éléonore d'A([uitaine (le roi de France, le }n-emier mari, était retonrné dans son rovaume ; s'en vint d'Angleterre pour visiter la Normandie, la reine trouva autour du roi son époux le luxe et l'éclat de la plus brillante cour. L'hiver de cette année 1 160, le roi Henri H le passa dans la ville de Falaise. Là, il s'occupa de l'administration et de la législation de ses duchés et de son royaume. Les deux enfants avaient été fiancés il v a deux ans Marguerite et Henri eu avaient cinq à peine) ; le roi voulut néannuiins (jue le }iape leur accordât les dis[>enses nécessaires pour qu'il fût procédé innnédiatement au mariage. Les dispenses furent accordées, et les deux enfants furent déclarés mari et femme, ce fut une raison suffisante pour que le loi Henri H s'emparât du Vexin Irancais, qui était la dot de Marguerite. Ainsi cluuiue mouvement de cet habile [lolitique était un progrès vers l'agrandissement de ses domaines. Comme un honnne qui sait tout prévoii-, il voulut prévoir même le lieu de sa sépulture. Ses prédécesseurs. Ri<liard 1 ' et lîichard H, soldats de
2/).S LA NORMANDIK.
la lirrc l'acc ilc l«ollon, ('lainil (îiilci'ri's, ])i'es([iic sans Ikiiiiicim's, dans im (•(»iii (le l'altltaye de F(''caiii|i ; en vain le nionaslère sc'Iail a^a'andi el endiclli , rien navail él('' fail poiii' iilorilicr la nuMiioire de ces [grands |))inc<'s coiicIk's à relie place eltscnre. !>(• n>i Henri II lil (élever à ces vaillants ca|)ilaines un londtean (jni IVil dii^m' enlin de lenr illnslralion et de lenr toiite-pnissance. H assista, Ini-nième, à cette pieuse cérémonie, enseignant, par son exemple, à respecter les cendres des aïeux. Jamais prince ne fut }»lus actif : il a couvert la Normandie de châteaux , de palais, de prieurés, de momistères , d'hôpitaux. Sa vie a ('ténu conlinurl voya!i;e de Normandie en Angleterre et d'Angleteri'c; en Normandie; les peuples, rien tiu'à le voir passer, l"ra})pés de res[)ect, ohéissaient. Mais, hélas ! dans cette Angleterre, malheureusement destinée à tant de guerres religieuses, s'étaient manifestés détanges symptômes dans la croyance des peuples. Des fanatiques venus du Dauphiné, de l'Allemagne, agitaient à leur gré ces consciences incertaines. En vain, on les marcjue d'un fer chaud pour qu'ils aient à mourir de faim et de misère sur les chemins, sans pitié et sans aumônes, la voix de ces martyrs d'une cause mal définie ne laissait pas que d'être écoutée, car ils parlaient déjà de liherté et d'examen! En même tenq)S les préIres anglais se plaignaient d'ohéir touj(tnrs à des évèijues normands : l'agitation était grande des deux parts. En un mot, ces passions excitées ne manipiaienl plus, pour se montrer au grand jour, qiu^ d'un homme et d'un prr'texle. Thomas Becket fut cet homme, l'intégrité des domaines de l'Église anglicane fut le prétexte. Avant (pie d'être archevêque de (>antoii)éry et primat de la Grande-Bretagne, Thomas Becket avait étt' le conqiagnon du roi d'Aniileterre. Ils avaient ét('' les disciples des mêmes maiires, deux amis d'étude, deux compagnons : Henri et Thomas. Quand l'un fut devenu roi, l'autre resta son ami: il partageait tous ses }ilaisirs, il était de toutes ses chasses, de toutes ses fêtes, et, disons-le, de tous ses amours. ('/(Hait déjà un hel et savant esprit, ce Thomas Becket, un amhitieux hien inspin'', (pii cachait son andiiti(Mi sous toutes les frivoles apparences. On le citait pour seshiuis mots, pour son élégance, pour son luxe, pour la richesse de ses hahits. Fils d'une femme sarrazine et d'un père saxon, qui avait ramené cette femme de la Terre-Sainte, il avait vu se fermer également devant lui les portes de l'Église, à cause de sa mère, qui avait été une Mlle de Mahomet, et l'accès du gouvernement d'Angleterre, à cause de son père le Saxon. Si hien (pie le roi seul, malgré tout l'esprit et le c(Uirage de cet lunume, i»ouvail faire sa l'oi-tunc, cl ce fut justement parce (piil t'-lait une espèce de paria dans celle
LA NOIIM A M)I I-:. 249
S(K"i('t(' loiidét' siii' (les |ii'ivil(''i;('s de cjislrs cl de ci'oyaiict' , que Henri II voulut porter à ce haut (k'i>ié hi IVivciir cl l;i piiissjiiicc doiil il cnloiirn ce jeune honune avec la conliaiice diui ami ((ui n'a rien à icdouter, même des im|)rudcnces de lamilié. Dans son |iroi;i-anunc [»olili([He, le roi Henri 11 voulaiUavanl liuiLsCnlomer de scrvileurs([iii ap}tartinssciil loul entiers à la couronne, (ju il voulait aiii'andir outre mesure. Il avait pour les barons normands une nK'liance (jui lui tenait lieu de haine, et, dans son ardeur de nivelleiucul , il avait entr(ï|»ris contre ces tyrans féodaux, le plus ^raud oltslacle de sa i'<tyaulé, une i^uerre acharnée dans la(pielle, il l'espérait du moins, le i;énie de Thomas Becket le devait seconder. Tout d'abord, Thomas Becket avait parfaitement com[»ris et servi les intentions du monarque. Il l'avait aidé de ses conseils, lui enseii-nant comment, à hu-ce d'ariieul et de soldats étrangers, le roi d"Aui,deterre pouri'ait venir à bout de sa tmbulenle noblesse, (hélait Thomas Becket cpii avait soumis à l'impôt tous ces i;entilshonnnes indompti's; il avait l'asé plus de deux cents de leurs châteaux l'(U'ts; c'était lui ([iii avait poussé le l'oi à entreprendre ces guerres brillantes et populaires dans le midi de la France; lui-même, Thomas Becket, sans être baron ni capitaine, à la tête de douze cents chevaliers et de quatre mille soldats levés à ses frais, il avait suivi Henri II sous les nuu's de Toulouse. On citait le nom de Thomas Becket par toute la France et par toute l'Angleterre, comme le nom d'un favori tout-puissant dont le couVage égalait la galanterie et la bonne grâce. S'il entrait dans les villes, il traînait après soi un immense c(U"lége; ses pages, en habits de fête, chantaient les airs nationaux : il amenait avec lui sa meute pour la chasse, ses chevaux pour la guerre , ses chariots pour le bagage. Dans un chariot était son lit, dans un autre sa cuisine, et sa vaisselle d'argent, et le vin de sa table; sans compter ses écuyers, son fauconnier, réchanson, le panetier, tout Técpiipage royal. >< Comment donc est servi le roi, disaient « les gens du peuple, dont le chancelier marche en si pompeux appareil 'f » Mais ces guerres brillantes veulent beaucoup d'hommes, et par ctuiséquent beaucoup d'argent. L'argent manquait au roi Henri H: il était impossible d'en demander, soit aux Saxons, soit aux Normands, voire aux barons, car personne, ni parmi les vaincus, ni parmi les vainqueurs, n'avait plus rien à doimer. Bestait seidement le clergé de l'Angleterre , ce clergé (qudent, oisif, dispensé des charges de la paix aussi bien que des nécessités de la guerre , à qui Guillaume le Conquérant avait fait une si large part dans la conquête. (îertes, c'était là pour rim|iot une jiroje (qtuleute. Mais |»our dc'pouillei" le clergé' d'x\ngleterre
250 I.A NOKMAM)!!:.
(I iMic |);iili(' (le SCS lerres cl de ses privilèges r(>ii(i<''S de l;i l(>iil('-[Miiss;mce inêiiic do, rEglisc ('livêlicniio , telle était la loi de (iuillaiiine lui-nièine, il l'allait avoir KKi-lise dans sa main. Oi' l'Eiilise aiiiilicane aj»|>art,enait à rarclievèqne de Cantorbéry. L'archcvècine de (îanlorlx-ry, le sonverain liontile de l'Angleterre, élail établi le tnlcnr (ît le dél'ensenr naturel de tons les biens d'Eglise. Il fallait donc, inu-essairemenl, qne l'aiclicvcque voulut ce que le roi voulait, pour cpie la v(donlé du roi lut coniplète et accomplie. A ces causes, et pour se délivrer du voisinage doublement dangereux d'un prêtre et d'un gentilbomme , le roi d'Angleterre imagine d'élever, à cette royauté lormidable, son ami, son conqtagnon, son serviteur obéissant et lidèle. Quand il sera le maître de cet arcbevèque, qui lui api>artient jtar tous les liens de la reconnaissance et du dévouement, le roi d'Angleterre ne sera-t-il pas, en elfet, le maître absolu des biens de l'Eglise? Vous le voyez, ce roi-là rêvait déjà la royauté complète, telle que devaient l'accomplir Henri Vlll et sa digne tille Elisabetb, ({uatre siècles plus tard. Une fois cette ambition dans la tète du roi Henri II, le r(u n'eut pas de cesse qu'il ne l'eût satisfaite. En vain on lui l'eprésente que Tliomas Becket est un Saxon , que l'arcbevècbé de Cantorbéry était une de ces dignités dangereuses qu'un roi normand devait, avant tout autre, confier à un Normand; que ces archevèciues de Cantorbéry avaient toujours marché fièrement à la tète des oppositions et des résistances, même avant le temps de la con(juète; en vain on rappelait au roi, que Cantorbéry était la capitale du comté de Kent, la patrie des hommes l^s plus indépendants de l'Angleterre , en vain Thomas Becket lui-même, quand le roi lui voulut imposer cette fortune, qui était plutôt une charge politique (ju'une dignité religieuse, s'écria, comme jiar un pressentiment invincible : « Prenez garde, sire! une fois archevêque , je deviendrai votre plus cruel ennemi ! » le roi Henri II ne voulut rien entendre. 11 ne comprit pas qu'il y avait dans l'àme de Thomas Becket toute l'indépendance qu'avaient montrée l'évêrpie Lanfranc et saint Anselme, arcbevêipies de Cantorbéry. il ne comprit pas (pie nécessairement, une btis archevêque, le courtisan Thomas iîecket allait devenir le père, le protecteur, le défenseur de ses frères les Saxons. Donc , en dépit de toutes les remontrances , Thomas Becket fut nommé primat d'Angleterre, archevêque de Cantorbéry, le maître absolu de cette Église anglicane que le roi Henri II voulait dompter et dépouiller. Mais aussi vous pouvez comiu'endre quel l'ut rétoiinement et quelle fut la douleur du roi , (piaiid il vit ipie Thomas IkM'ket, son ami, S(ui coni|tagnoii , S(ui conseiller, celui (jui partageait ses victoires, ses plai-