‹ La NormandieChapitre 57 sur 118 · I.A Noi; M A M)|i · texte numérisé non relu

I.A Noi; M A M)|i

viisto royaiiiiK"! 11 (lomiail , il vciul.iil : il jcliiii rjiip'iil ijuniid il n'avail plus (le (l'iic; SCS prodigalilés Iciiaiciil de la l'iirie. Quel lils (l'iiii priv si |»rov(.yaiil cl si sa-c ! Le roi Ilicliar.l, dans ses heures de Itou sens, s'écriail : « N'avoiis-iioiis pas, pour remplir nos collVes vides, les dcliouilles de TAsie? « Insensé! l'Asie élaiL un piège que le roi Philippe- Aitfjustc Icudail à son eoura-e! C'est ici le aiouicnl de jeter un coup d (cil sur les laits accomplis, et de luen expliipier les progrès de celle monarchie Irançaise i\[\c Philippe-Auguste venait de déclarer placée en dehoi's, c'est-à-dire placée au-dessus de tous les pouvoirs féodaux. Quel progrès la royauté Irançaise, piuii- parler et pour agir ainsi, a-t-elle du laire depuis l'invasion des iN(u-mands! Happelez-vous les jurâtes de iîollon dans la Xeuslrie , Roherl le Fort, morl glorieusement les armes a la main; contre ces sauvages du Noi'd, la dynastie carlovincieune succomhanl, énervée, sous l'assaul multi|dié de ces nouveaux venus à la eomiuèle: puis bientôt la Normandie et la France se réunissant p<Mir soutenir la monarchie de liugues-Capet, \)ou\' la déleudre de la doulde invasion (jui la menaçait par le Pihin et par l'Océan. — Plus que la France, la Xormandie gramiil en prospérité et en fortune. Les déserts sont habités, les campagnes incultes se chargent de moissons, les villes s'élèvent comme par enchantement ; ces malheureuses provinces sur lesquelles avait pesé si longtemps l'égoïsme romain, mainienaiit ([u'elles avaient con(|uis un principe nouveau, la liberté de chacun fondée sur la prtqtriété, elles rêvaient des destinées importantes. La propriété, le sol, la terre, le besoin qui s'emparait môme des bandits de posséder et d'être les maîtres permanents dans ces mêmes pi'ovinces où ils passaient autrefois en ravageant, ont enfanlé des forces nouvelles, inconnues. Tout d'abord les nations, incertaines et llotîanles, se sont Hxées à la place même où elles sont devenues propriétaiies. Quand régnait Rome, l'homme était citoyen, et non pas agriculteur : il avait des droits dans la cité, des esclaves dans les campagnes ; au moyen âge, le droit vint de la terre, l'homme emprnnla à la propriété sa force, sa richesse, son nom même ; et comme il voulait que son droit de propriétaire fût respecté, il respecta, il défendit les droits de ses voisins, propriétaires au même titre que lui. Ce qui vous explique comment ce terrible vassal du roi de France, qui était roi d'Angleterre, se prosternait devant son seigneur suzerain, ce roi de France mofns pnissant et moins fort qne son vassal. Le régime féodal, à force de grandir, linit par se résumer sur la tête de deux princes dans toute rEuro|»e, l'empereur d'Allemagne et le roi de France. Peu à peu la royauté de la France s'agrandit de toute la puissance féodale qu'elle représentait. Les ducs de Normandie, même qiumd ils furent devenus

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r(»is (rAiii;lelerr(! cl d'Ecosse, an |>liis liant dcyic de leur |)iiissancc, ndiil pas dis|mlc sa siizerainclé au roi de France; ils comprenaient (|ue les (laïK'liens étaienl, de droit, à la tète de la féodalité française, et ils se (-onlenlèrent de réclamer comme arrièi'c-lief de la <"onr(nine de Fram'e la Hretagne, la piovince voisine, sanf à en demander la snzeraiiu;té [dns lard. — Chose admiral)le ! à se rapprocher de la Brelat^ne, les Normainis comprenaient (|n'ils se rapprochaient de l'Angleterre. Ils n'avaient pas oulilié leur origine commune, ils n'avaient pas cessé de regretter l'ile abandonnée aux Saxons , ils savaient que de la petite Bretagne , ils passèrent plus facilement dans la grande. Les Bretons, en effet, quand Guillaume le Conquérait parla daller prendre l'Angleterre, se présentèrent comme gens dépouillés par la race saxonne ; les premiers , ils coururent aux armes poussés par la haine des nations dépossédées; en même temps qu'il se présentait comme le vengeur des Bretons, Guillaume s'annonçait comme l'envoyé de la France; il était Breton , il était Français tour à tour; il vengeait le passé, il préparait l'avenir; il s'emparait en maître des deux côtés de l'Océan, il était le maître au midi, le maître au nord; il tenait tout... moins la suzeraineté du roi de France, et ce droit de suzerain seigneur, le seul qui échappât à l'usurpation du Conquérant, sauva la France. La France n'a résisté à l'Angleterre aux douzième et treizième siècles que grâce à la loi féodale, le roi anglais, quoi qu'il pût faire, restant attaché à la couronne de France par l'obéissance que le vassal doit au seigneur. Entre les deux peuples , le lien féodal devait maintenir, et maintint en effet une grande bienveillance, une communauté de gloire et de cond)ats , une alliance presque fraternelle augmentée de beaucoup par le travail des croisades, par la communauté des mêmes passions chantées dans la même langue. De celte émulation des deux peuples, le roi Richard Cœnr-de-Lion et le roi Philippe-/Iz/ryas^t; sont les représentants les plus conqilets. L'un, c'est le puissant qui montre au grand jour les brutalités de la force; l'autre, c'est l'homme habile qui prévoit et qui prépare. Philippe-Auguste, dans les derniers elTorts de Henri II pour échapper à l'ascendant de la France, avait très bien compris que les rois d'Angleterre, s'ils voulaient conserver leurs terres françaises, étaient les plus intéressés à maintenir les lois féodales , car c'était là leur seul titre à rester propriétaires dans le royaume de France. La royauté française n'était encore qu'un pouvoir assez peu défini; elle s'enveloppait d'ombre et de mystères; ses projets étaient vastes, son and)ilion n'avait pas de limites, mais elle ne s'en expliquait guère. Où elle commençait? où elle s'arrêtait? nul n'osait le dire. Etaitelle absolue ou limitée? On s'en expliquera plus laid. En ce moment, elle

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se conleiile de bien recoiinailn' le. teiTain sur le(|U('l elle «loil iiiellre le pied. Jamais, en elfel, la royaulé n'a eu besoin d'une plus i^rainle prévoyanee (jne sous IMiilippe-Aui^usle. Les grands vassaux de la conronni! avaien! huit envalii ; Kléoiu)re d'Aqnilaiue, en retirant sa dot superbe du royaume de Kianee, l'avait lait rentrei' dans ses plus éli'oiles limites. Le royaume de IMiilippe-Anguste, qu'est-ee, à tout prendre? un peu moins de quatre des dépiulemenls de la France actuelle : ce qu'on appelle aujourd'hui le département de la Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne, Oise et Loiret, voilà toute la France de Pliilippe-Augusle. Mais qu'importe? avec si peu, et seulement parce qu'il eslseigneur suzerain, le roi de France saura bien se faire un grand royaume.

Tant que le roi Henri II, son puissant vassal, avait vécu, IMiilippe de France, comprenant qu'il avait été deviné, ne se hasai'da guère qu'à tendre au roi d'Angleterre quelques embùclies secrètes, — des misères, dont l'babile Henri II s'impiiélait peu. Mais bientôtquandil se vil délivré, parla mort, de ce grand politique ((ni l'observait de si près, et qui le contenait d'une main si ferme, Philippe-Auguste, plus libie désormais de ses mouvements, comprit que maintenant la partie était égale entre lui et le roi Richard. Telle devait être, telle a été la polilii|ue du roi Philippe-Auguste : abandonner cà sa propre folie le courage de Richard ; préparer sans violence les coiM[uêtes à venir; réunir autour de la royauté de Fiance les grands vassaux, qui s'en tenaient trop éloignés pour le repos du roi et pour sa gloire; les constituer en assemblée, en parlement; les consulter sur la paix, sur la guerre, sur les lois, sur la politique ; en un mot, manifester en tout lieu, en toute circonstance, sans inquiéter personne, cette influence bienveillante de la royauté française, tel fut le plan du roi. Prévoyance redoutable, sans doute; mais de son côté, le roi Richard, courageux, tout-puissant, jenne et lier, entouré de la chevalerie de Normandie, d'Angleterre, de Bretagne, pouvait-il donc s'inquiéter de ce petit royaume, moins grand (pie son moindre duché? A quoi bon s'in- (|uiéter du roi Philippe? N'esl-il pas d'ailleurs notre ami, notre allié? Sa cour est la mienne; je lui ai f.iil serment de lidélilé, mais, enflu, je suis le vrai maître! Ainsi pensait Richard, à l'instant même où la troisième croisade faisait son appel éclatant dans toute l'Europe (H<S9- U92). Cette fois, plus de retard, il fallait partir. Le l'oi Louis VII et le roi Henri II, sui- la fin de leur règne et de leur vie, avaient pris la croix, il est vrai, mais ni l'un ni l'autre n'avait voulu ipiilter son royaume,et leur retard avait entraîné la ruine de Jérusalem (1187). Mais cette fois, il fallait partir. Point de retard, point d'excuse; il le faut!

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hi('ii le iu'hII ! Sans (léslioiiiiciir on ne ponviiil p;is pins lnni:lcni[is ;iIi;mi- (lonncr ;i cnx-nuMncs ces ('licvaliers do lonlos les n;ili(>ns : Fiiinrais, Ani^lais, Allemands. (|ni C(>niI)aUaienl en Syrie; car, en lin de coin])le, ils ('laienl les clinnipions (h; l'Europe clirélienne. A moins de l'appeler Ions les croisés de la lei're sainle, c'élail nn devoir d'iionnèle homme de leur venir en aide, et de leur rendre au moins la ville el le port de Sainl- .lean-d'Acre. D'ailleurs l'Orienl élail devenu le champ «dos d(; l'honneur européen, eMout chevalier lenail à honneur d'y venir faire ses premières armes. Les cincpianlc années qui séparent la troisième croisade de la seconde avaient été remplies de calamilés et de misères. La monarchie éphémère des rois de Jérusalem élail cioulante ; la helle race de vaillants ^enlilshonuiies qui avait fondé el maintenu cet empire était hien vile devenue inhahile à i.;ouverner, el même incapahle de porter une épée. Un enfant malade, Beaudoin le Lépreux, occupait ce trône chancelant, (|ue Saladin, le vainqueur de l'Egypte, de Damas et d'Alep, le maître des cinq royaumes musulmans qui entouraient la terre sainle avait, — par [dlié I dédaii;né de renverser. Vous savez le resie et comment, dans une seule halaille, lomhèrent prisonniers : Guy de Lusignan, Reinaud de llhàlillon, (ieolïroi, prince d'Antioche, Boniface, marquis de Monlferral, Amaury de Lusignan, connétahle du royaume, le grand maître du Temple et le grand maître de Jérusalem; en un mot, celle halaille de T ihériade, dans laquelle péril, sous l'épée de Saladin, lonle la noidesse de la terre sainte. — Jérusalem était prise, le hois sacré de la vraie croix appartenait aux enfants de Mahomet, Saladin restait le maître de l'Orient. La nouvelle de cette cruelle défaite des soldats de Jésus-Christ remplit le monde chrétien de désolation et d'épouvante ; le pape Urbain III en mourut de douleur. Voilà comment, à la voix de l'éloquent historien, (luillaume, archevêque de Tours, les deux rois de France el d'Angleterre, réunis à leurs priiuîipaux harous, prirent la croix : le :21 janvier 1178. Ce fut un an plus tard, au mois de décembre, l'an du Christ 1179, que Uichard d'Angleterre se mil en route pour la Palestine, après avoir conlié son royaume à l'évéque d'Ely et à l'évéque de Dnrham. Richard devait traverser la Normandie pour se rendre au lieu du départ; il avait avec lui sa mère, la reine Eléonore; la princesse Adélaïde, sa fiancée, cette fiancée si fort compromise par le feu roi Henri II, était venuede France, pour recevoir Richard. La cour du roi anglais s'était grossie de tons les évêques et de tous les harous d'Angleterre el de Normandie. — L'histoire a conservé les noms des principaux chefs de celle croisade : Hugues le Crand, comte de

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linp. ,1,- G. S.ll..ini,.jni . :. ^ilia^Lmii-y.

i'I BI.IKK l'AK KIOKSI 11(11 ltl>l>, KDirKlU.

Verniandois , lo frère du roi de France, Uoljerl, coml<; de Flandre, Haudonin, conile de Hainant, Hainiond, conile de Tonlonse, Godefroy de Bonillon, due de Lorraine, Alain Feri;ent, duc de Bretagne ', Etienne, comte de (Chartres, Holiéniond, prince de Tarcnte, lils dii célèbre Guiscard, et avec cenx-là pins d'un poète (pii devait rapporter de la terre sainte ses plus beaux vers, par exemple : Quésnes de Héthnne, un Normand, un des ancêtres du i^raiid ministre de Henri IV, jtrave soldat, poète, orateur, « un des })rem'u'rs (lui arbora l' étendard sur <' les nuirailU's de ("(nislautiiK^ide '. »

(le Quésnes de Bètbune a été l'amant aimé d'une des plus grandes dames de son temps : la comtesse de Ghanipagne, Marie de France, la digne fille d Fléonore de Gnienne, beuieuse et fière d'être aimée d'un aussi jeune ménestrel. Lui aussi il avait entendu « les messagers « arrivant de la mer, desnonçant la douleur et la persécution qui estoit « advenue de la chrétienté d'outre-nier; que Sbaledins, roi d'Egypte et « de Sirie, avoit pris les cbasteaux et les cités des cbrestiens, et mains « milliers en avoil menez en Mailivoizon '. »

La guerre sainte entraînait avec elle toutes sortes d'exemptions et de privilèges. En premier lieu, plus un soldat de la croisade ne pouvait être inquiété, pendant trois ans, pour le personnel de ses dettes ; il était permis aux barons de lever sur toutes leurs propriétés le dixième de leurs revenus ordinaiiespour être employés aux frais et préparatifsde la guerre contre les infidèles. L'histoire ne dit pas ce que la dimesdladine produisit en France, mais en Angleterre elle produisit une somme énorme. Les juifs seulement furent taxés à soixante mille livres sterling, les chrétiens en payèrent soixante et dix mille. Dans cette armée levée à gi'aiids frais, plus d'un chantait la chanson de Quésnes de Béthune :

Pou li m'en vois, souspirant en Surie, Car je ne tlois faillir ma créatour...

Et sachent bien 11 grand et li minour Que là doit on faire chevalerie, Où on conquiert, paradis et honour, Et prix et los, et amour de sa mie ^.

Ce départ de Richard pour la troisième croisade était, en cITel, un moment solennel : les forces réunies de l'Angleterre, de la Normandie et de la Guienne allaient être précipitées sur l'Orient. L'archevéïiue de Cantorbéry, l'évêque de Salisbury, l'archevêque de Honen, l'évêq^ue

* Voir LA Bretagne, chap. VIII : toute l'Iiisluiie du duc-piiëlc .\l,iiri l'rrpiiit ' Mémoires de Si-lly.

* Chromque de SArsi-DirNjs.

* Lf Romancero lr.uii;ni>i. y.ynr 'JTi,

d'Évreux, (^laienl les compagnons de ce voyage illustre. Déjà le vieil empereur, dotil l'Allemagne raconte tant de fables, Frédéric Barberoussse, à l'âge de soixante-huit ans, avait pris le devant à la tèle des forces de l'Allemagne. Victorieux, il marcbail, plein de confiance et d'audace, quand il tomba dans le Cydnus, le même fleuve qui avait pensé arrêter Alexandre le Grand à ses premiers pas vers la conquête universelle. Privée de son illustre et excellent empereur, l'armée des Allemands s'était rendue sous les murs de Saint-Jean d'Acre, et elle y avait perdu son dernier général, le fils de Frédéric Barberousse, le prince Frédéric. Plus que jamais, il fallait se hâter; aussi, comme \e roi de France partait du port de Gênes, Bichard s'embarquait à Marseille. L'un et l'autre roi avait à sa suite vaillante, non pas la multitude armée des premières croisades, mais ses meilleurs chevaliers, ses plus nobles lances, ses plus illustres épées. Les voilà donc partis, les Français sur les vaisseaux des Génois qui les conduisent en droite ligne à Messine, les Anglais, sur les navires de Marseille, moins bien gouvernés et moins rapides. — Partis trop tard, les deux princes sévirent forcés de passer l'hiver en Sicile ; et celte fois, ces deux hommes, fiers l'un et l'autre de la couronne royale, chefs d'armée, celui-ci et celui-là, fiers de leur noblesse, de leur courage, comprirent, à n'en plusdouter, qu'il fallait que l'un cédât la place à l'autre, et que désormais la France n'était plus assez vaste pour les contenir tous les deux. Toutefois Philip}te-Augusle resta fidèle à la règle qu'il s'était faite. 11 laissa toute liberté au roi Richard, qui, de son côté, s'abandonna sans frein à ses violences, à ses folies. Un jour, les habitants de Messine, poussés à bout par cette furie anglaise, se révoltent et massacrent les Anglais, maîtres de leur ville. Messine est reprise par Richard, et maintenant le roi d'Angleterre veut que son étendard soit placé plus haut, même que l'étendard de la France. Voilà déjà les rivalités qui commencent entre les deux royaumes ; laissezles éclater tout à l'aise, et au bout de ces rivalités héroïques et sanglantes, vous aurez deux grands peuples.

En attendant les joies de la bataille, les croisés recherchaient les émotions et les joutes du tournoi. Dans cette arène presque guerrière, celui qui brillait le plus, c'était Richard. Il n'y avait que pour lui des acclamations et des triomphes, et les sourires des belles dames ! Le seul chevalier qui osât tenir tête à ce roi fabuleux, était un Français, Guillaume des Barres, et celui-là, le roi Bichard ne put jamais le vaincre. — Nouvelle colère de Bichard! Il s'écriait que ce Français lui manquait de respect! Il fallut que l'armée entière, les archevêques, les évêques, les

comtes, les barons, vinssent se jeter aux pieds de ce louguenx, ponr qu'il consentit à l'aire la paix avec Giiillauine des Barres. — Dans les contestations plus sérieuses, Uidiard ne montrait pas moins d'emportement. Un jour même, il olTrit au roi IMiilippe de lui prouver que la lille de son père Louis \\\, sa propre sceur, Adélaïde, Alix, ainsi l'appellent d'autres historiens, celle enl'ant iiancée, à lui Uicliard, (|uand il était au berceau, elle avait eu un enlanl du roi Henri 11 ! Ainsi Uicliard d'Antilelerre déshonorait la mémoire du roi son père, pour souiller plus à l'aise la sœur de son allié! — En présence de ces insultes, soit que Richard eût menti, soit (lu'eu elVet le roi Henri 11 eût indiiiiicmenl abusé de l'innocence de la jeune Alix fiancée de son (ils, IMiilippe-Aiii^uste resta patient et de sanii-froid. Le printemps et le départ mirent fin à ces premières discordes. L'armée de Richard était complète. Deux cents vaisseaux lui avaient apporté ses soldats partis d'Angleterre, de Normandie, de son duché d'Aquitaine. L'armée ani;laise reprend la mei:; chemin faisant, Richard s'empare de l'ilede Chypre, et il cliari;e Isaac C-omnène, roi de celte île, de fortes chaînes d'argent ; — après quoi il met l'île en vente, comme une conquête légitime.

Cependant le roi Philippe-Auguste, arrivé le premier sous les murs de Sainl-Jean-d'Acre, avait trouvé la ville prèle à se rendre; en chevalier courtois, Philippe avait voulu attendre son allié Richard, afin ([ue celuici fût présent à l'honneur. Richard arrivé, on se battit, du côté des musulmans et des chrétiens, avec les élégances les plus recherchées de la chevalerie. Dans celle armée qui appartenait à tant de princes dillérents, et qui n'obéissait à personne, chacunse battait pourson compte personnel. Chacun sebatlaitde son côté; les lemi)liers avaient soin de ne passe mêler avec les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; les Pisans obéissaient à leur général, les Génois à leur doge; les Français de Philippe-Auguste se seraient bien donné de garde de marcher du même pas que les Normands, les Anglais, les Aquitains ou les Bretons de Richard. -— On se battait pour soi d'abord, pour sa nation ensuite. — Le chevalier qui avait pour lui nn beau fait d'armes, ne s'inquiétait guère de la cause commune.— Ainsi faisaient, chacun de son côté, les deux rois de la croisade, Auguste et Richard. Voilà donc bien du courage et bien de l'audace, inutilement dépensés ! Sur l'enlrefaite, les deux rois sont pris de la même maladie; la peste les devait emporter, elle les brise, sans les abattre. Saint-Jean-d'Acre ne demandait pas mieux que de se rendre, les remparts étaient abattus, la ville était sans défense, mais encore fallait-il saveir à qui se rendre? — A la fin, la ville se rendit, et aux plus rudes.

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conditions. Saladin devait reniellie aux vaiiKjneuis h; Ituis de !a vraie croix ; il devait leur rendre les prisonniers qu'il avait lails en toutes ces rencontres : deux cents chevaliers, quinze cents fantassins ; enfin il avait à payer une somme de deux cent mille hesauts d'or. On accordait au sultan (piarante jours pour s'acquitter; ce terme expiré, les captifs de Saiut-Jean-d'Acre seront passés au lil de l'épée. — (Miose horrible! ce terme expiré, et sans attendre tpie le sultan eut ramassé tout cet or, sans vouloir se rappeler les nobles procédés, récents encore, de Saladiu pour les chrétiens de Jérusalem, Richard fait trancher la tête à deux mille six cents captifs qui lui étaient tombés en partage! — Le roi d(> France eut horreur de cette boucherie déloyale; il rendit la liberté à ses prisonniers, puis il partit, abandonnant à elle-même cette guerre commencée par des chevaliers, achevée par des sauvages. Philippe- Auguste était las enfin des forfanteries et des exploits de son allié Richard. Tout lui déplaisait dans ce rival, qui oubliait trop souvent que le roi de France était son seigneur. Les grands coups d'épée de Richard, sa bravoure pleine de hâbleries, ses témérités souvent heureuses qu'applaudissaient également les deux armées, c'étaient là autant de motifs pour que le roi de France se nuiintint dans sa réserve un peu dédaigneuse. Il comprenait que là n'était pas le véritable champ de bataille entre lui et le roi d'Angleterre. Il partit donc; ce départ du roi de France fut encore un sujet de triomphe pour Richard,

Désormais donc le seul roi de la croisade, Richard se battit tout à son aise contre Saladin et son armée. Il gagne d'abord plusieurs batailles, victoires inutiles, dont nul nepeutdire où est le profit, où est la gloire? On marchait cependant sur Jérusalem, et celle fois, si Richard eût élé Philippe-Augusle, la ville était prise. Déjà les Sarrasins parlaient de se rendre, ils ne demandaient que lavie sauve. — Richard, au contraire, voulait la ville sans merci, ni miséricorde. La ville ne se rendit pas, et Jérusalem ne fut pas prise!... Alors Richard de s'emporter contre le roi de France, qui avait lâchement abandonné son parti. — « lied' « Franciœ qui ita propositurn peregrinationis suce turp'iter dereUquit '. » Bien plus, non content d'en écrire, Richard III faisait cbansonner le roi Philippe-Auguste par les beaux esprits de son armée. Il es.t curieux de rencontrer déjà, à la troisième croisade, la toute-puissance de la satire et du couplet :

« Pour de bons motifs, je ne veux pus ctianler, « Et je ne veux faire de chanson

i l-'.pisl<)la> Hirhardi

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