‹ La NormandieChapitre 6 sur 118 · I. A NOH.MAMHI · texte numérisé non relu

I. A NOH.MAMHI

loiilre (le (licviik'iie : puis les ;irlicles tlii coiiUal élaiil signés, le duc lîieliard l'eviiil dans ses Klals. Ici commence celte utile alliance de la maison des Capels avec les princes de Normandie. Les Capels, eux aussi, se vantaient, de leiu- origine saxonne, cl dans ces origines ils rcmonlaicnt assez liant, disaient-ils, pour balancer l'anliquité de la race de (Iliarlemagnc ; vanité de plébéiens parvemis à ébranler une monarcbie! A |»(;ine de retour en Normandie, Ricbard y trouva la guerre. IjC comte de Flandre, le roi de France, l'empereur d'Allemagne, s'élaienl lignés pour cette guerre nouvelle. A lapremière rencontre, lUcbard ttia de sa main le neveu de l'empereur Ollion : " Si rpiebju'nn pi'cnd mon pays,

s'écriait llicliard. ce ne sera [tas loi! » (^eci l'ait, il rentra dans la ville pour la défendre, et il la défendit avec courage, avec prudence. Cette coalition des trois princes se termina par une fuite générale. Le jeune duc Ricbard avait bien gagné ses éperons de cbevalier, à la grande louange de Hugues le Graïul, qui dit à ses fils : Je désire, mes enfants, que vous formiez vos plus belles actions à l'air de celles du duc Ricbard votre tnleur, et que son bon conseil soit la règle de votre [trndence. »

«Peu de temps après, Hugues le Grand passa de la terre au ciel, ci « Ricbard-sans-lN'ur, par la dernière volonté de Hugues, et du consen- « lemenl de ses parents et alliés, se déclara tuteur de Capel et gouverneur <( de toutes ses terres, il s'acquitta de <'e||(> cbarge avec bonueur pour " sdi, et bien pour le pupille.

'( Si le deuil cl les laïuies respandues sur le cercueil de lluiiurs

c< avoieiil luiiiiii lois la joyo du cuMir îles l*ai"isitMis, elle fut irviKiuec [»ar <( la soleiiiiilé dus nopces du dut; i\irliard cl de la princesse Eiiiiiacelle, •( qui lureul accouipai;uees de loules sorl(>s de reerealioiis. et les niaiiés (( conduits avec un train mattuinque dansUouen où le peuple lit paroisire '( ralTeelioii ([u'il avoit à la i;loire de sou prince, et à la bienvenue de u son es[)ouse ,1)()0;. »

Nous ne suivrons pas llirliard dans ses nonii)reuses Italailles, dans ses j^uerres sans cesse renaissantes. Thihaud, comte de (îliartres et de Blois, et le roiLolliaire conspireul conire sa vie; le duc île Normandie découvre la trahison, et alors il est décidé dans son conseil, que désormais, [tour éviter loules surprises, ie duc ne ti'aitera avec le roi de France, sinon, lui étant à cheval accompagné de ses liendarmes, et les autres à pied et sans armes. La vie entière du duc Richard est une suite de sages traités, de batailles hardies, un mélange singulier de sagesse et de courage. Son dernier traité avec Lothaire ne fut pas moins avantageux que son lrail('' avec Louis d'Uutre-Mer. C'était la troisième reconuaissance du duché de Normandie à laquelle se soumettaient les rois de France. Ilichard, dans tout l'éclat delà victoire, avait été facile sur les conditions de la paix. La paix faite, il fallut songer à récompenser les alliés du duc normand. Des soldats danois (jui lui étaient venus en aide, une partie resta dans la Normandie; l'autre armée, poussée par un vent meurtrier sur les rivages de l'Espagne, y lit sentir sa présence à la façon de ces bandits du Noid, (piel que soit le nom qu'on leur donne : Kyniyrs, (laëls. Saxons, l)aiu)is, Normands. Enhn,à force de prudence, autant que par son courage, le fils de Guillaume Longue-Epée loucha le comhle des honneurs et de la louange. Vainqueur partout, ami de la paix, habile, heureux, rien ne manquait à sa iiloire. Pendant que la race indigne de Charlemagne s'éteignait honteusement dans toutes sortes de lâchetés, d'imprévoyance et de misères, le duc Richard agrandissait outre mesure, les destinées de sa maison. Bien plus, car tel était son bon plaisir, il faisait du fils de Hugues le Grand, de Hugues Capet son pupille, un roi de France, deux cent trente-six ans après que la race de Pépin le Bref eut remplacé les enfants de Clovis. Sous ce règne illustre, vous retrouvez, plus que jamais, qu'aide et protection viennent à la France du coté de la Normandie. Le duc Richard, reconnu sans conteste le prince le plus loyal, le plus clément et h' [dus brave de son temps, put jouir de sa gloire avant de mourir; ses • 'luiemis, domptés par sa sagesse autant ({ue par son cfuirage. avaient implorf' leur pardon; et lui il avait oubli»' louli' injure pour nr plu--

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soiii^tîr (iti'iiii repos. Tel ('■liiil le i;riui(l r(;s|H'(i ijiir l'on |ioiiail à sa juslice, que les princes ses rivaux le pi(;naienl pour ailnirc de leurs (lilTérends Les arls de la i)aix Irouvèrenl en lîicliard un |»roleclein' éclairé; il lil construire l'église de Nolre-Danie de Houen ; il aui;meiila le nionaslère de Sainl-Oueii; il Itàlil lï-ylise de Kécamp. « Ainsi, pour (( parler comme son historien, F(;scaii estoit une image parlante de la (( dévotion et pielé du duc liicliai-d, (pii dotia Saint-Michel au i)eril de la « mer, et listreedilier l'ahltaye de Fontenelles (ores dite Sainl-Vandriile . « Sa pieté parut en sa plénitude, quand peu de temps après cognoissant « (pie la vieillesse le leroil hien tosl hulin de la mort, il alla à Fescanel « lithastir son sepulchre, non dans le temple, mais dehors, et sous une « goultière, (ifin (disoit-il ) que la iihijjc (jhi tombera, lave mon corp.s sale « (le tant de péchez: connue on le liaslissoit il entendit une voix divine « qui luy disoit :

« (Juaiit lacis ex imillis, luvc crll uiia lilii.

" Ce palais mortuaire achevé, il ordonna que pendant le reste de «ses jours, on le rempliroit tous les vendredis de froment pour le « distrihuer aux pauvres avec cinq sols romesins (autres disent «vingt), ce qui fust fait pour le hien desdits pauvres et le salut « de son ame.

« Ce prince estoit de riche et haute taille, avoit le visage vermeil, la « harbe longue et les cheveux tout hiancs; estoit père nourricier des « religieux et des pauvres, le soutien du clergé, tuteur des orphelins, le « hras droit des veuves, renuemy mortel des superhes, et l'amour des « humbles, et qui prcsnoit i»laisir a dépendre (dépenser) pour le rachai)t « des prisonniers et la consolation des aftligez.

« Il eut deux femmes : Agnes ou Eumacelte, lille de Hugues le Graml, « comte de Pai'is, qui decedasans enfants, etdonnor, lille d'un chevalier « danois; premièrement elle fusl sa concubine et en devint amoureux de « cette façon :

« Faisant la chasse dans les bois qui voisinent Arques, surpris de la '< nuit, il fut loger chez son forestier à Sorgeuille; la femme duquel « nommée Sainl'rie, par les attraits de sa beauté naturelle, innocennnent <( et sans dessein blessa les yeux et le cœur du duc; de sorte que trans- « porté de passion, il n'eust pas de honte de s'en découvrir au mary « mesme. Le mary entre le dépit, le respect et la crainte, en donne advis « à sa femme, hupielle aussi prudenl<' ((ue chaste, supposa en sa jdace K sa sd'ur (ionnor. ('este lille, belle d'espiil el de corps, sceut si bien

LA N()|;M \M»ir. 2.-,

u iiu'iiai;t'r U's lionnes liraces du Auc, i\\[\\ I .liiiiii Idnsjdnis (l('|niis ri h; (( ri'linl |»res do luy; do leurs illit-ilrs (Mnhrasscnicnls soiliiciil idiisicnrs <( onlanls . Uicliard, qui lui succéda; Uoberl, ai'chevè(|ue do Uoueu ol « oonilo ilEvioux; Mauiior, oonile do Corlioil et poro do (iuillaunio, (( conilo t]c Mdi'lain; KiMnH% qui fui niarioo à Ellioldrol, roy d'Aufile- «lerro; H.ivoiso à rioolTrov, duc do Urolaiino; ol Malliilde à Endos, « conilo do Cliai'lros : d'aulros concubines il ongondra (lodcIVoy, conile (( d'Auiio ol do Urosno, ol (luillauino, conile d'Hyesnios, avec d(nix filles « dosijuollos l'anliquilô nous a dérobé le nom. »

Le duc Uicliai'd linil par opouseï- sa uiailresso afin do léi,nliniorà la fois Ions ces enfants. L'éi-lise bénit les deux époux, ol le premier soir de leurs noces, comme la princesse tournait le dos à son mari, elle se mit à rire en disant : «C'est qu'autrefois, seiiiucur, j'étais dans votre lit comme mignonne et servante, ol maintenant j'y peux dormir comme maîtresse de la moitié. »

Ce duc, Ricbard-s«»6-i*<'«/", mourut plein do gloire, à l'^lgc do soixantequatre ans ;90()), après en avoir régné cinquante-quatre.

Que si dans toute cette liisloire do la Normandie vous demandiez ce que fait la France et ce que devient la brandie capétienne, nous vous répondrons qu'il faut attendre, avant de la voir à l'œuvre. Le tour de la Franco n'est pas encore venu. Elle regarde, elle attend, elle rVose pas encore moltrolamain aux affaires du monde; en cet instant, les Normands sont les roisderiiistoire. Ils sont partout où l'on se bat; ils assistent, de près ou de loin, à tous les grands événemcnls, à toutes les révolutions, h toutes les grandes querelles. Du reste, il n'y a pas encore de France : c'est l'beure solennelle de la féodalité où cliaqueprovinceestun royaume, où cbaquc village a son bisloiro. L'empire romain s'est précipité on ne sait dans quel abîme, l'empire de Cbarlemagne est divisé à l'infini ; c'était au tour des Normands de fonder un empire et de trouver quol- (jue part un royaume, le dernier des royaumes qui restât à conquérir. Quoi de plus juste? leur province était do médiocre étendue, couqiarée à leur ambition; ils obéissaient à des lois justes et sévères, chacun était forcé de rester dans sa terre sans empiéter sur celle du voisin, et cependant ils supportaient impatiemment l'oisiveté et le repos. Car maintenant iju'ils ont bâti dos cliâtoaux, peuplé des villages, rendu fertiles les terres les plus incultes; maintenant que la pi'ovince, enrichie par ces rares labeurs, s'est chargée d'églises, de monastères, d'abbaves splondides et savantes dans lesquelles ont voulu être ensevelis tant do princes loul-puissanls, ne faut-il pas bien (|uo le i^énio nor-

•U l-A NOIiMANDII-:.

iiiaïul, le i;<';iiit' tic la (oikiikMc, celle piissioii inm'c pour |(»ii( ce (jiic pcuvcnl mppoi'lcr la bataille, riiidiislrie, ragiiculliire, iciilt! encore une fois des roules iiicoiiimes? Oui, certes, les Normands de ces siècles aveninrenx ne jxmvaienl passe conlenlerde celle vie palienle el calme, dans cet liori/on réiréci el borné. A défaut même d'un royaume à prendre, le Nornuind du douzième siècle devenait un poêle; il enlreprenail ce roman du Rou, la première poésie (jui ail annoncé le grand Corneille. Mais le temps de Corneille le Romain, le dii;ne enfant de celle race normande à laquelle l'Angleterre doit Sliakspear, était bien loin encore: les Normands avaient bien d'autres destinées à accomplir. Ils voulaient, avant tout, devenir ricbes et j)uissants. Donc ils s'en allaient au loin cliercber aventure. Tantôt ils vendaient, tantôt ils acbelaieni, selon le gain; à défaut d'autres marcbandises, ils trali- (juaient des reli(iues des saints. ClnMiiin faisan!, ils étudiaient les contrées parcourues, ils cbercliaient à deviner, ils cbercbaicntà comprendre les passions, les liaines, les colères, les ambitions de tant de peuples divers. C'étaient déjà les mêmes Normands pleins de ruse el de prudence, qui préparaient, à force d'intelligence et de sang-froid, la forlune politique, les batailles et les conquêtes à venir.

'iWh'i,

CIIAI'ITUK II.

La vie (lu ilollre.— Saint Waiuliille.— I.es croies diroliennes au moyen âge.— Itidiaid II, V duc de Ndriiiaiidii

— Richard III, 3* duc de Normandie. — Robert \", 6^ duc. — Ses guerres. — Son voyage à Rome. —

Sou pèlerinage eu terre sainte. — Li Romans de Uohert le Dyalile. — Mort du duc lîolierl. —

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