I.e ch;Meau de Robert le Diable
.\l |(liis furl (le ces luuiuUes,(iui iiuiis (.lonucia lin peu (le silence? d'où nous viendra le repos, après le travail <lc toutes ces ambitions; el rpielle main assez puissante, quel esprit assez intrt'uicux pour jeter quelques douces clartt\s dans ces t(^nèbres? In seul lieu de refuge, mais d'une pai.K profonde, se rencontre pour les âmes en peine el pour les calmes esprits du moyen àce ; ce refuce, cet asile, cette paix dans la prière, c'est le monastère, c'est la cliapellc. cest l'église. L'église réunit à son ombre bienveillante cl redoutée tout ce qui est Tart , l'étude, la science, la pbilosophie cl la médilalion. — Vita phUosophabantur et coiitemplatione. — Austère parole (jui se peut très-bien appliquer aux pliilosopbes cbrétiens.
Donc, pénétrons, d'un pas réservé, dans une de ces retraites savantes dont le souvenir se rattacbe, d'une façon impérissable, à l'iiistoire, à la poésie, à la politique, à la grandeur el à la moralité des nations cbré-
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tiennes. Le cloilrc lui l'iisile des lellres anli(|ucs, il ;i Hé le berrean (l«'s lettres modernes. Le rloîlrc ne ( onimence son œuvre bienfaisante que trois siècles après la mortel la résurrcclion duCbrisl. La vie rhrélieiuip était alors dans sa plus haute ferveur. Mais quand l'Évangile eut Iriompbé dans tout l'univers, lorsque l'empereur Constantin eut adopté le vrai Dieu, alors il arriva que la ferveur chrétienne s'inquiéla du relâchement des mœurs primitives. Saint Paul fut le premier anachorète, saint Antoine fut le premier cénohile; celte vie nouvelle des chrétiens austères fut fondée sur l'activité et sur le travail De l'Orient, son be?'ceau, la vie monastique passa dans les Gaules, à la suilede saint Martin. La solitude se remplit de ces saintes voix qui prient, la lerre est fécondée par ces pieuses mains qui travaillent. Le travail et la prière ne sont pas séparés : à la contemplation, les Pères de l'Eglise primitive préfèrent la vertu qui agit, actiialem scientiam. — Le grand saint Basile appelle : la vie parfaite, celle communauté de laquelle toute propriété particulière est bannie; nulle discussion, point d'inquiétude, tout en commun : l'âme, la pensée, le travail. Dieu lui-même, et les combats, et les couronnes... «Au contraire, dans la vie solitaire, ce que nous possédons « est inutile à nos frères, et ce qui nous manque ne peut être suppléé.» — La légende chrétienne a son point de départ dans les monastères du sixième siècle. Les lettres antiques sont mortes à cette heure; les imaginations brutales ont remplacé les esprits élégants; aux barbares nouvellement convertis, il faut des miracles. Le miracle est devenu le titre de noblesse du monastère chrétien, comme il en est la poésie.
Qui voudrait raconter la vie de saint Wandrille, aurait un poème comparable à la vie de saint Martin, recueillie avec tant de verve par Grégoire de Tours, son historien, ou par Siilpice Sévère, son poêle. Saint Wandrille était le parent du roi de France par une de ses aïeules, nile de Clotaire 1". Poussé par la vocation religieuse, Wandrille choisit, à sept lieues de Rouen, non loin de Caudcbec et de la rive droite de la Seine, dans le fond d'un vallon sauvage qu'entourait une sombre forêl, l'emplacement de sa solitude. Là, il éleva son nouveau monastère sous l'invocation de saint Pierre, de saint Laurent et de saint Pancrace. Le couvent s'appela d'un joli nom : Fontanelle, FontaneUa; et en effet, le ruisseau circulait avec un doux murmure, autour du monastère. Le premier soin du pieux fondateur, ce fut de réunir dans cette savante et poétique retraite les plus rares éléments delà science et de l'histoire; les poêles d'autrefois, les Pères de l'Église chrétienne, Athènes et Rome, et déjà la France. De c<tte abhave de Fontenelle sont sortis de beaux
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oiivr;i^es ; là fui élevé plus (l'iiii t,M':uitl cspril ilcsliiié à éclairer le monde ilu iiiuyeii à-e : ^Vul^^an, le eoiiverlisseiir des Frisons; dom Luc d'Ailieiy, railleur du fhronicon FoutanclU'iisc. Chronique de l'abbaye de Fofttenelle. Adirés par la reiioniiuée de ees niailres de la science, plus de quatre cenls religieux vinrent demander leur pail du Iravail évangélique, peiulant que les jeunes gens des plus noliles et des meilleures ramilles de la France, accouraient aux leçons cpii leur étaient données. Les disciples de saint Waiulrille enseignaient à ces jeunes gens la science comme elle s'était recomposée dans la révolution chrétienne lorsque l'enseignement dirélicn eut remplacé, non pas sans peine, les écoles du paganisme.
Aussitôt que les liarltares lurent entrés dans les Gaules (au v» siècle), disparurent les écoles municipales, et les écoles particulières ouvertes sur tous les points de l'empire par d'habiles rhéteurs. L'argent manquait à l'entretien de ces études que les barbares regardaient connue d'inutiles loisirs. Ce fut alors que le christianisme s'inquiéta de l'éducalion des jeunes esprits; il couqirit que l'éducation des âmes lui appartenait par une volonté de la Providence, et en effet il se chargea de l'enseignement universel. Ainsi rien n'était changé dans l'éducation publique, sinon le point de départ, Dieu lui-même. Toute l'antiquité était acceptée, moins ses croyances : la philosophie grec(jue et latine, les mathématiques, l'astronomie (autant qu'on en pouvait savoir), les belleslettres, tout le système de la rhétorique telle que l'avaient faite les rhéteurs à mesure qu'ils s'éloignaient deCicéron, leur maître à Ions, restèrent autant d'études obligées dans les écoles chrétiennes '. En même temps l'Eglise, toujours prévoyante, se faisait à elle-même une belle part dans cette éducation de la jeunesse qui devait préparer l'autorité de l'avenir. Autour de chaque maître, des écoles s'ouvraient pour l'enseignement de la doctrine et du culte. L'enseignement monastique avait en lui-même les plus grandes qualités d'un enseignement bien fait. Le moine était un laïque, et non pas un prêtre ; il avait Ion te la liberté de ses pensées; il conservait toute la vigueur de ses opinions. Il touchait à toute science, à tous les arts, il enseignait à lire et il enseignait l'architecture, il donnait des leçons d'écriture e'i de peinture, il était mai- Irc de philosophie, il était maître de chant; la liberté de cet enseignement était grande et complète ; la science était si rare, si diflicile à obtenir! Aussi, celui-là qui avait pu toucher des lèvres, à cette coupe de
' Vu cliapiire IX de la Bretagne, page I8II, rauteiir explique, à propos d'Abeilanl, rnmnient s'est formée l'uuiversilé de Paris.
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la sciciKA', il failail i|ii'il IVil l»icn lorl jhjiii' iic pas sciilii rivicssc lui iiïoiilcrà lalèle. Trisle (Iccadencedoslcllresaiicicmics ! Daiiscelle Gaule jadis itoinainc, un hoiiiiue qui savait parc(cui' un clianl de V Enéide élail eilé coniuie un [U'odijie. — Dans les niouaslères célèbres du moyen â^e, à Sainl-Ouen, à Juuiiéf^es, à Saiul-Wandrille, les lois Iiail»ares eliuisissaienl leurs seeiélaires inliuies, ci par celle poile de l'érudilion (|ui lui ('lail oiivci'le, le moine eulrail dans la conduite des alTaires humaines; il élail cliaciié des missions difliciles, il rédigeait, de son latin le plus éléyanl, les plus odieux traités, violateurs des nations. Cela plaisait aux conquérants barbares de resscnd)ler, par le langage, aux empereurs, de Home ; Cbilpéric faisait des vers latins. — Voilà pour la vie littéraire du uionastère chrétien. Plus d'une fois les écoles des jeunes gens devenaient le refuge des vieillards ; dans celte même abbaye de Fontenelle est venu mourir Théodoric, lils de Tbéodoric, le dernier roi de la race mérovingienne.
Par bien des vicissitudes et bien des misères l'abbaye de Saint-Waudrille a passé. L'église brûle en 754, elle est rebâtie par le roi Pépin ; deux ans plus lard, en H4-2, arrivent les Normands ; à leuiaspecl, les campagnes blanchissent sous les cercueils des morts, coiumc dit Albert dans son poëme du Siège de Paris :
Campi cœsorum siccatis ossibus albent.
Tout s'enfuit ; seuls les habitants des abbayes, dans ce moment funeste où personne ne resie à son poste, où pas un homme ne gouverne, desunt ubicumque régentes, font tète à l'orage. Ils attendent l'ennemi, et par la prière, par l'argent du monastère, ils rachètent la maison de Dieu et son temple. Ainsi fut sauvé Saint-Wandrille, en 842; mais vingt ans plus tard revinrent ces mêmes Normands , la torche et le glaive à la main ; celle fois l'église tomba sous leurs coups. Pendant tout un siècle il n'y eut que la ruine et le silence dans la vallée attristée. Vient enfin Saint-tlérard, qui releva ces murailles en attendant les merveilles de l'architecture gothique dont nous vous dirons avant peu le commencement, les chefs-d'œuvre, la décadence enfin ^.
Rendue, par l'autorité prévoyante des ducs de Normandie, à sa destination première, l'abbaye de Saint-Wandrille n'est plus remplie de celte sorte de bruits et d'événements que recherche riiistoire. Ce ne sont pas des honmies qui rêvent le pouvoir et l'autorité, mais bien des stdilaires qui passent el (|ui meurent. ]\ir le peu (jui reste de ces nobles
' Cli:i|i;irc vu, p:i^,'c «"i.