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l'oniinciu'c. On lioil, on m;\iii;»', on linit p;ir piiilcr dos rroisailcs, l;i i;riiii(le |)rt''(ucii|);ilion de ce siècUM'i'oyanlel tiiicrrici". — Une fail le i(u Hichard.'lJiR'ls sont les plus diijues chevaliers de l'armée ani;laise?Cenx (jui se ItaUeiil le mieux sonl-ils Normands ; sonl-ils Saxons? Peu s'en faut (jue le repas du d\'^uelh(tiii' ne se lei'mine d'une façon peu amicale; mais la belle Saxonne mel le Jiolù enire les convives; puis, (piand elle les voit plus calmes, elle-même elle se relire dans son appartement. C'est encore une description des plus curieuses, un appartement d'une dame du moyen âge en Angleterre; les murs, pleins de crevasses et mal crépis, sont tendus de la[)isseries lirodéesen soie et en or, le lit est garni de rideaux teints en jxiui'pi'e, l'appartement est éclairé par quatre grandes bougies posées dans des candélabres d'argent. Vous passez en revuecetle riche et peu confortable maison, depuis l'écurie jusqu'à la chambre à coucher de la noble dame. — L'instant d'après, nous verrons ce même peuple, ce double peuple anglo-saxon et normand, aux prises dans un tournoi solennel. Le tournoi, c'était la grande fêle, la fêle nationale. 11 était de la politique du prince Jean, (|ui retenait son frère Richard dans les prisons de l'Autriche, d'amuser ce peuple que son IVère lui avait remis en dépôt, et de se faire des partisans nombreux pour les jours de la révolte. Ce prince Jean rêvait déjà que son IVère était mort et qu'à sa place il montait sur le trône d'Angleterre, au lieu et place de l'héritier légitime, Arthur, duc de Bretagne, le (ils de feu Geoffroy Plantagenet, le frère aîné du prince Jean. Autour du prince se réunissaient comme dans une ambition commune, les ennemis personnels du roi Richard, les vagabonds qui revenaient des croisades, les capitaines sans argent, les gentilshommes qui avaient fait de leurs châteaux autant de forteresses, ou, pour mieux dire, autant de repaires dans lesquels ils cachaient leurs déprédations et leurs ravages. C'étaient là autant de motifs de craintes légitimes; mais le prince Jean savait Irès-bien qu'un peuple que l'on amuse ne songe guère à la révolte, et voilà pour([uoi il donnait ce tournoi.
Ce tournoi est magnilique et répond, au delà de nos espérances, à la description des plus beaux romans de chevalerie. Les plus nobles jouteurs accourent à cette fête dont la récompense la plus enviée est un sourire des nobles dames; la reine de beauté est assise sur son trône, les hommes d'armes crient: Largesse! Lcmjesse ! T oui chevalier porte les couleurs de sa dame; les chevaux hennissent, les armures étincellent, les écuyers ont peine à suivre leurs maîtres dans la mêlée; on se rencontre, on se heurte, on se brise; la palme du vainqueur est vive-
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iiu'iiL ilis|)iil('e, It; jiciiplc liai (h's mains aii\ plus Iteaiix c(ni|is. (jui t;sl vaiiMiiunir? un Saxon? un Normand? (^ar au fond de toutes les questions, dans les toni-nois aussi i»ien que dans les combats sn'ieux, reparait ce i^rand intérêt de peuple à penple. Après la lutte des (dievaliers, arrive la hilte des manants. (Mi s'est Itattn à la lance, àrépée; voici maintenant ([u'on se dispute le prix de l'arc, et les plus habiles tireurs accomplissent des prodiges. Telle est la fête. — Les plus nobles persoiiuages des deux sexes se font une joie d'y assister; les plus brillants chevaliers prennent leur part de cette gloire, de ces combats. La fêle se donne en l'honneur des dames, et pourtant nous avons vu le moment où, par une inconvenance qui eut indigné les deux peuples, le prince Jean allait faire de ce tournoi une vraie bataille. En el'fet, ne voulait-il pas nommer liébecca, une tille juive! reine dn tourimi?
Nous l'avouerons, cette insolence du prince Jean envers les plus illustres dames de l'Angleterre nous a paru longtemps une sorte de démenti que l'auteur d'/t'o/z/iOf' donnait à plaisir aux belles mœurs de la chevalerie; mais avec un pareil homme, il l'aul bien se garder des jugements téméraires. Même ce détail est si vi"ai, (jue nous avons retrouvé, dans un livre qui n'est pas un roman , des détails sur les mœurs de l'Angleterre au treizième siècle, qui ne ressemblent guère aux nuèvretés que racontent les romans de chevalerie. Ces détails, qui appartiennent à la nation anglaise, sont pouitant d'un grand intérêt pour l'histoire des mœurs de la France. L'origine des deux aristocraties est la même ; entre la France et la Normandie, on ne trouve guère de dilTérences, qu'à commencer du seizième siècle, quand les guerres religieuses qui devaient isoler l'An-" glelerre du reste de l'Europe ont fait de la joyeuse Albion une nation imnvelle, effaçant jusqu'au souvenii' de son origine normande et française; mais l'Angleterre était toute française au temps du roi Uichard. Or voici cette histoire qu'on pourrait appelei' Vcilucatioti des filles, si M. l'archevêque de Cambrai n'avait pas fait, sous ce titre, un très-beau livre. Le seigneur Geoffroy Landi'y de Latour a perdu sa femme, (|ui lui • a laissé trois jeunes filles, et déjà le bon père, abandonné à lui-même, se demande ce que ses filles vont devenir? Maître Geoffroy Landry est d'autant plus inquiet, qu'il a mené une vie quelque peu égrillarde, et qu'il sait mieux (pie personne à cpiels dangers sont exposées les jeunes filles. Il se rappelle très-bien les folies de sa jeunesse et les malheureuses qu'il a compromises. Voila pourtpioi il s'inquiète si fort; pour- (pioi il entoure de tant de soins ses trois filles. Maître Landry est un bon vivant, père de famille, s(>nes|irit positif ne s'est pas laiss(^ prcndn^
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iiii\ fausses itromesses de la clievalerie. Il sait liès-l)ieii (jiic loiilcs les lem mes lie sont pas des reines, qiieces lieaiix senil)laiils dedévouenienlel de respect, laiit célébrés par les trouvères, sont, à tonl prendre, de pieux menso!ii;es. Poureonuneneer rédueation des petites Landr\ , ce l)on père, en liounue prudent, ne veul pas ([u'ou leur apprenne à écrire. L'écritiu'e esl un art danj^^ereux pour les uiaris, un art favorable aux auianls. Les l'eniines bien élevées doivent savoii' lire à peine, et encore quand bien ujènie elles ne sauraient pas lii-e, trouveraient-elles facilement un mari. A (juoi bon, en effet, entretenir les filles de ces bistoires d'amour, do ces vanités mondaines? « Ayez soin de le faire jeûner, dit « maître Landry, l'cstoniac à jeun est obéissant. Jeûner trois fois par <( semaine, manger du pain et boire de Tenu, c'est le commencement de X la vertu. L'Eglise est ranlicliamltre de la bonne renommée, mais à «< condition que dans les églises on ne verra pas entrer les cbevaliers >• leiuint en laisse leurs cbiens de cliasse, les femmes le faucon au « poing, les jeunes gens tout prêts à faire une déclaration d'amour « même au pied de l'autel. iSou, non, mes filles, s'écrie maître Lan- « dry, ce n'est pas vous (pii regarderez les jeunes seigneurs par-dessus « l'épaule ou bien entre vos doigts. J'ai connu la fille d'un roi de Dane- « mark(|ui devait épouser un roi d'Angleterre, et qui en fut dédaignée « parce que le roi s'aperçut qu'elle faisait la belle et qu'elle était co- « (juctte, qu elle clignait de l'œil et qu'elle parlait hnul pour être écou- « tée. » Tout cela est dit avec beaucoup de grâce et de naturel. Dans ce cbapitie, digne de la Bruyère, vous pouvez comprendre comment les dames d'Angleterre, et par conséquent les dames de la France, poussaient le luxe à ses dernières limites. Du onzième au seizième siècle, la passion de la parure fut poussée si loin, surtout en Angleterre, qu'on fut obligé de faire des lois tout exprès pour réformer cette vanité déplorable. En lôOô, une pétition des communes au parlement désignait aux réprimandes du législateur cette passion du paraître, comme dirait le baron de Foeueste, qui forçait les valets de s'iiabiller en écuyers, les écnyers en cbevaliers, les cbevaliers comme des princes. Ce que voyant, on tomba d'un excès dans un autre. Le législateur s'inquiéta des moin- <lres détails, du menu de toutes les tables, du prix des liabits, du drap dont chacun était vêtu ; défense aux manants de manger de la viande deux lois par jour. Le drap des personnes de la dernière condition ne devait pas couler plus de cinquante deniers ; la soie et l'argent, les broderies, l'émail, les boulons de métal, les anneaux, les bagues, les jarretières, lescbaîncs, étaient défendus aux fentmcs (jui n'étaient pas des femmes de
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cundilion. Oui n'avait pas un l'cvenii de ceiil livres sLcrlin;^, ne pon- \ail porter ni oi", ni argent, ni fourrures. L(; niarneuvre et le l'erniier ne pouvaient s'habiller que de laine ou de loiie grossière. Mais, coninie toujours, la loi était moins forte que la vanité. Môme le salut de leur ànie n'eni[)è(;liait pas les fennues de se faire plus belles (|u'il n'était permis, et en preuve, maître Landry raconte cette bisloirc du diable et d'une jeune dame Irès-lionnète dont l'àme montait au ciel. (Miemin faisant, l'àme est arrêtée par Satan (jui la réclame comme son bien. Cependant saint Michel vole au secours de l'àme en peine. — " L'àme est à moi, « dit le saint. — « L'àme esta moi, » dit le diable. On apporte des balances; dans un des plateaux de la balance, le bon saint Michel place toutes les bonnes actions delà dame, ses larmes de repentir, ses prières, ses morlilications, ses aumônes; dans l'autn; plateau, Satan apporte les joyauxde la dame, bagues, colliers, bracelets, boucles d'or, six robes de couleurs différentes et autant de jupons, si bien que le plateau de la Braveiie l'emporte sur le plateau de la Verlu. En conséquence, le diable jette la dame, et ses bijoux et ses babils, dans le feu éternel.
C'est qu'en etîet l'inqierfection des aris, la cherté de la main-d'œuvre, la rareté des manufactures domiaienl aux vètemenls des prix incroyables. Une seule robe très-modeste coûtait plus de 500 francs de noire monnaie. En conséquence, la femme richement vêtue se croyait élégante. Pourvu qu'une parure eût été payée Irès-cber, elle était de trèsbon goût. Va\ ce temps-là on ne savait être que riche, les arts étaient dans l'enfance; personne ne se doutait du bien-être que peut conlenir le foyer domestique et des élégances de l'intérieur. Les plus grands seigneurs du quatorzième siècle passaient leur vie dans de vastes appartements tout mis, dans des salles humides, jonchées de paille ou de feuilles vertes; les chevaliers et les damoiselles n'avaient pas de chemises, ils se couvraient d'or, de velours et de brocart. A tout prendre, les nueurs étaient relâchées. Le mari et la femme se montraient rarement ensemble ; très-volontiers une jeune femme allait seule, sans son mari, dans les sociétés les plus perverses. Pendant que le mari était à la guerre ou à la cour du roi, madame visitait les châteaux et les seigneurs du voisinage. Elle-même elle donnait assez soiivent des fêtes splendidcs. 11 arrivait parfois, à la lin du repas, c'était la mode, qu'on souillait sur toutes les lumières : Momeiil diflicile, dit maître Landry, et prenez soin, mes « eiilauls, d'avoir toujours quelques vieux parmls auprès de vous. »
.Mais ( 'est surloul dans la liberté et au milieu des joies du tournoi»
LA Non M \M)li;. 2!M
(lue les jtMiiit's lillcs el les jeunes reiiiines coiir.iieiil de i;i;m(Is (l;iiiuers. On voyait an'iver, sur de Ixdles el jurandes luujiienées, des Iioiipes de leninu^s (jui avaient pris l'Iiabil des lioninies, mais des liahils spiendides. Les plus belles porlaienl des (uni(|ues de couleurs éelalanles, des jn[)ons eo!Wls, des turbans étineelanls de pieiTei'ies, des «'einlnres d'or ou d'argent, de petits poignai'ds el des esearcelles remplies. Elles livraient aux nu'uestrels et aux rbevaliers qui leur agréaient, leur argent et leur beauté: eliaeiin les p(uivail prier d'amour, el les maris n'étaienl jaiuais plus contents (jue (piand leurs lemmes étaient entourées d'adoralion et d'Iiommagcs. Mais eu revanclic, ces mêmes époux si Faciles ('taienl d'une brulalitt' sans exemple; à la moindre di'-solM'issance , la plus noble dame était battue par son mari. « J'ai vu, dit maître Landry, une dame de Irès- « bon lignage, (jui, pour avoir été insolente, l'ut jetée |)ar teire d iiu <i coup de poing que lui donna son mari; puis, tjuandelle fut par terre, " il lui décbira le visage d'une façon si violente, qu'elle en fut déligu- " rée iioui' le restant de ses jours. » Il raconte qu'une autre fois, un mari qui trouvait sa femme insolente et Hère la lit diner avec un muniDit cl tout ce qui s'ensuit. Telle est celte bisloirc de maître Geoffroy Landry. Elle est nette et vive, ellle jette une grande clarté sur ces moMirs moins clievaleres(iues qu'on veut le dire, enfin elle v(»us explique à merveille les insolences (pie se permet le roi Jean dans son tournoi. Nous savez comment, soudain, tonte cette fête est dispersée par ce billet que le roi de France écrit au prince Jean : Preucz ijurde! Je diable est dcchmné ! (Test Ricbard (|ui est de r(Monr.
Les outlaws, les hors la /oj, tiennent une place bien méiitée dans celle bisloire ; Walter Scott ne les a pas oubliés ces béros des forêts sond)res, et même il leur fait jouer un très-beau rôle. \ coup sûr celle société de révoltés, ces bandits qui s'étaient fait à eux-mêmes une justice, ne devaient pas déplaire au roi des aventuriers el des aventures, à Uicbard (;(Cur-de-Lion. Hien plus, le roi Micbaid s'estime trop beurenx de trouver sous sa main ces braves gens, pour assi(''gcr de compagnie le clialeau de l'insolent. Front-de-IJœnf, un Normand qui tue et qui pille a trois lieues à la l'onde. Dans sa tour féodab^ le Normand a renfermé la lilledn Saxon, son voisin; dans son cacbot, le Normand a reniei'mé le juif, et il arracbe à ce misérable, à force de tortures, les trésors (pie le malbeureux juif a gagnés à force (Tusure el de patience, ('e lie sou! (|ue massacres, trahisons, blasphèmes. Le clergé lui-même, <pii devrait en toutes ces misèi'es, jouer le r(Mede |»acilicaleur, obéit la plupart du temps aux
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vik's passions dont il csl k; léinoin ; l'alibé vend sa conscience ponr ai,M"an- (lir son abbaye ; le moine vend son Ame pour un dîner; pas une maison qui ne soit exposée à l'incendie, pas un château qui ne soit exposé à un siège dans les formes. Partout la force, cl nulle part l'aulorité; partout la vengeance, et nulle jtarl la pilié. Cet abominable Fronl-de-Hieul, qui meurt en blasphémant sous les ruines et dans l'incendie de sa forteresse, cet homme gorgé d'or et de vices, qui ne retrouve pas une jtrière dans sa mémoire, pas une bonne action dans sa vie, pas un noble sentiment dans son cœur, nous représente à merveille la partie brutale de cette noblesse normande, que la conquête et la fortune avaient pervertie. Ah! quand vient le jour de l'histoire, c'est souvent un grand malheur d'avoir été le conquérant et le victorieux, c'est souvent une grande honte d'avoir tenu sa place parmi les maîtres ! Quand on entre dans le récit de ces misères, il n'est pas un honnête honuue (|ui ne préférât même à la gloire de Guillaume le Conquéranl la mort glorieuse du roi saxon à la bataille d'Hastings. Un des caractères les mieux tracés du beau livre de Waller Scott, c'est le caractère du roi Richard : c'est bien là le roi chevalier qui aime mieux accomplir par lui-même de petites choses (|ue d'en accomplir de grandes à l'aide de secours étrangers; c'est bien là le glorieux vagabond qui aime le péril pour le péril, et qui ne se rappelle jamais que lorsqu'il n'en est plus temps, qu'en jouant sa vie, il joue une couronne. La juive Rébecca est une des plus touchantes créations et des plus vraies qui soient sorties du génie de ce grand poêle, sir Waller Scolt. Le courage de celle jeune lille, sa résignation, sou dévouement, celle mélancolique façon de se mêler à des événements qu'elle ne peut pas comprendre, à des hommes qui la regardcnl à peine comme une créature humaine, et enfin toute la reconnaissance cachée au fond de ce cœur si malheureux el si tendre, voilà de quoi est composé tout ce beau drame, (juant à ceux qui demandent où est l'intérêt d'un pareil livre, el sur quoi cet intérêt repose, et s'il n'y a pas, en clfel, une grande tristesse au fond de celle histoire ([ui nous donne en dernier résultat, dans un loinlain trèsrapproché, la mort de Richard Cœur-de-Lion, le l'ègne déshonoré de Jean-sans-Terrc, le triomphe complet de la race normande sur la race vaincue... à ceux-là il est facile de répoudre que vérilablemenl, au fond de ce grand livre intitulé : Ivanhoé, il y a tout l'intérêt (jui se retrouve dans V Iliade, par exemple. Dans V Iliade, la Grèce se révèle et triomphe; dans Ivanhoé, une nation va surgir de celle double nation. Il n'y aura plus tout à l'heure ni Anglo-Saxons, ni Normands,
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au iiiilicii (le rAii^lflorre ; il n'y aur;i i)liis(iiie des Aui;l;iis. Les Siixoiis vont disparaître de celle histoire, l<»iil eommc ils oui disparu de l'histoire de Fraiiee, cl c'est doiuMiage. C'était un jteuple (jui avait eu Ininiènie le seutiuieul des graudcs choses. Peuple que persouue u'a étudii', parce qu'il a été vaincu trop vite. Leur laui^ue uièuie, ({u'a-t-clle protluit, (pra-t-elle laissé? Qui p(unrail dire les noms el les dissonances des dialectes (jui suhdivisaieul eu diverses hranches ces langues aujourd'hui perdues? Par quelles variations, par (pielles déi^radalicuis successives, le tudesque, le f]fOlhique, la langue rrau(]ue. la langue danoise, se sont-elles mêlées et confondues? (lommenl de leur altération, <Hi, pour mieux dire, de leur fusion avec la langue romane, les idiomes de l'Europe moderne ont-ils été composés? Demandez-le aux académiciens, qui n'en savent rien. Toujours est-il (pic la langue anglo-saxonne, d'origine teulonique, est d'une grande simplicité; cet idiome est le type de l'anglais moderne; il y a même des savants qui disent que l'anglais moderne est une langue corrompue, tandis que l'ancien anglo-saxon est la langue pure. Tous les grands écrivains de l'Anglelerre ont adopté des phrases, des tournures anglo-saxonnes. Les heaux esj.iils de la reine Anne, tout imhns des éludes classiques, n'ont pas pu se défaire de l'anglo-saxon. Shakspeare, qui s'inspire des poël(;s de l'Italie; Milton,tout rempli de la poésie romaine, appellent l'unel l'autre à leur aide l'idionie saxon. Plus la langue anglaise s'exprime avec énergie el avec grâce, plus elle ressemhle à la langue primitive, à la langue anglo-saxonne. Peuple naturellement élégant et poétique, ces Saxons! Les acclamations des guerriers s\ir le champ de hataille ont été les premiers modèles de leurs poésie; les hardes anglo-saxons se sont chargés de raconter la vie des rois, la vie des peuples. Ils ont un chant de triomphe pour toutes les gloires, des lamentations jiour toutes les douleurs. Leur inspiration est calme, honnête; leur périphrase hardie et grandiose. On dirait des hardes de la suite d'Ossian. C'est pourtant saint Augustin, cet esprit tout athénien, qui le premier a doimé l'éveil au génie poétique de ce peuple. Voulez-vous savoir les noms des Anglo- Saxons les plus illustres, on v(uis nommera Alcviin, Uudée, Allred le (Irand; ou vous nonnnera aussi Bouirace, ai'chevèque de Metz, Etienne Eddius,Jean Scot, Eginhard, le favori de Charles le Chauve. C'est Eginhard qui fil celle réponse au roi de France; ils étaient à laide, celui-ci eu face de celui-là. «Quelle dislance y a-l-il, dit le roi, entre Scot et un sol 'f — La tahle, » répondit Scot. — Pour nous résumer, nous dirons, avec un critique de l'Anglelerre, (pie le saxon, l'anglo-saxon, le franco-saxon.
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le, (l.'uiois-saxdii el l<' tiulosijtu! soiil des diahM'les de la même lanmic, (les rameaux du même Ironr. Malheureusement relie poésie, eu lumncur pendant si longtemps, fut enveloppée dans la proscription uni verselle qui devait jjcser, jusqu'à la fin de toute histoire et de loulc poésie sur le peuple vaincu.
Revenons au roi Richard. De retour à Londres, son premier soin lui de réunir dans un grand conseil tous les évèques et tous les harcuis de l'AnglelerrcLà, il se plaignit, en niaître irrité, des trahisons du princr Jean ; le prince Jean fut excommunié par les évêques , les haions
prononcèrent la conliscalion de ses terres et de ses châteaux, |)our cause de félonie. En même temps Richard reprenait les forls de Marihorough, de Lancaslre, de Nollingham, en Angleterre; ciiose plus diflicile, il reprenait le monl-Saint-Michel, eu Normandie. Pour effacer les traces de ses chaînes, Richard voulut êlre couronné une seconde fois. En même temps il reprenait les hiens (pi'il avait vendus à prix d'argent avant sou dépari pour la Palestine, et il les reprit sans rendre l'argent qu'il en avait retiré, (leci fait, .la Normandie l'appelait à son aide. Déjà Philippe-Auguste élait maitre d'Evreux par la trahison du [trince Jean; déjà il menaçait de mettre le siège sous les murs de Verneuil. A cette nouvelle, Richard veut |)arlir à l'iiislant même; il
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jure (lu'il 110 (létcuirnera pas sa lace de la Nt)nnaiulie (lu'il ii'ail cliàlir le roi lie Kraiiee; bien plus, il ne veut pas sortir parla porte de son palais (il était à Winchester U il sortira par la brèche, pour aller plus vile; el du même |»as le voilà qui s'embar(|ue à Portsmoulh, suivi de cent navires, cliaii;és d'hommes el de chevaux, (jui s'arrêtent en même temps que lui à Harlleur. C'est à ce moment que le prince Jean, le vil conspirateur, traître an roi d'Ani^lelerre, traître au roi de France, un de ces honnnes ([ne le mépris de l'histoire ne saurait assez châtier, voyant accourir le roi Hichard, réunit dans un festin trois cents genlilsliommes Irançais, qui se trouvaient à Évreux ; on dîne, on cause, ou boit à la santé du roi de France et de son allié le prince Jean... A la lin du repas, les trois cents gentilshommes mouraient égorgés par ce prince, leur hôte; leurs têtes sanglantes étaient lixées à des poteaux sur les murailles, et le prince Jean alla raconter ce bel exploit à sa mère! Voilà donc la Normandie qui redevient le théâtre des anciens combats ; IMiilippe-Auguste et Uichard vont vous ramener aux sièges, aux batailles, aux fureurs si souvent racontés. — Dans ces rencontres nombreuses, Uichard est toujours l'avenlurier plein d'inspirations soudaines dont l'Orient a si fort admiré le courage. 11 harcèle le roi de France avec une ardeur inévitable; l'un el l'autre, ils se battent partout où ils s<; rencontrent, dans la Normandie, dans l'Aquitaine, dans la Saintonge. Les forces étaient égales de part et d'autre. Du coté du roi de France, il y avait des Français, des Bourguignons, des (Champenois, des Flamands, des soldats du Berry. Le roi d'Angleterre menait avec lui, emportés par son courage, des Normands, des Anglais, des hommes d'Angers, de Tours, de la Saintonge et du 3Ians. On se battait aujourd'hui, on traitait le lendemaiu pour reprendre les hostilités huit jours [dus tard. La malheureuse Aquitaine supportait tous ces ravages, placée ([u'elle était entre ces deux puissances ennemies.
Cependant la fatigue et la famine forcèrent les deux rois à une paix sérieuse. Voici même un événement remar(|uable dans celte histoire : du coté de la France et du côté de la Normandie, les barons et les capitaines convinrent entre eux de suspendre, même sans le concours du roi 'Philippe et du roi Richard, ces hostilités inutiles. C'était le bon sens des hommes sérieux qui se mettait au lien et place d(î la fougue ambitieuse d'un soldat. Dans celte trêve il êlait dit : « 1" Le roi de « France, pour l'honneur de Dieu, et aux prières du cardinal légat et de " l'abbé de Cisteaux, accorde tresves an roi d'Aniîleterre ; i2" le roi d'An- •< gleterre [lourra fortilier le Ncubnuig, Couches el Breteuil, les autres
•ilir. LA NOHMANDIK.
(( rorlci'csses démolies pai' le loi de France restant ;» Testai où elles sont; .. 3" It; loi (le l'rance reste en possession de Louviers, et autres lieux <i jiis((n';'i la Haye, Malherbes et au Ponl-de-rArc!ies ; 4° le l'oi de France « entend les hommes qui estoient mieux à lui durant la guerre, que «non pas au roy d'Angleterre, soient compris en ces Iresves, avec » ceux d'Arqués, de la comté d'Eu, les sujets du comte de Bologne, u Hnges de Gournay, d'Aumale, Gisors, du Vexin normand, Vernon, " Pacy, Gaillon, NonancourI, le comte de Meulan, leurs terres et tous « ceux qui demeurent en icelles. » Comme on voit, les conditions étaient meilleures du côté du roi de France que du côté du roi d'Angleterre; aussi Richard eut-il hienlôt refusé d'accçpter cette trêve. Il s'emporte contre son chancelier, Guillaume de Longchamps, évêque d'Ely; il s'écrie que le chancelier a ahusé du sceau de son maître; il veut que l'on hiisc à l'instant les anciens sceaux et qu'on en fasse de nouveaux , comme si lui, Richard, il entrait dans un nouveau règne! Ces sceaux divers de Cœtir-de-IJoi ont heaucoup préoccupé les historiens de la Normandie. Dans une excellente dissertation de M. Deville \ nous trouvons que le roi Hichard lit plus souvent usage de son sceau dans le duché de Normandie que dans le royaume d'Angleterre. C'est qu'en effet, en dix années de ce règne agité, Richard n'est allé que deux fois dans sou royaume : en 1180, pour s'y faire couronner roi, en 1191, après sa captivité. Son ])remier séjour fut de quatre uu»is ; le second fut de cinquante-neuf jours. — La terre sainte, et les prisons de l'Autriche, et les champs de halaille de la Normandie «nt pris le reste de ce règne, plus agité encore que glorieux. Le sceau du roi d'Angleterre portait a son inscription : Rlcltardus, Dei gratuL rex Aiujlunim; — le conlresceau : Hichardus, rex Àn(fU)ram et AtjuUanoruni, et cornes Andeijavoram. Sur le sceau, Richard est représenté en costume royal, la tète conronnée d'une couronne à Heurs de lis; il est assis sur une Irône de forme gothique. De la main droite, il tient une large épée à deux Irani'hants; de la main gauche, il tient un glohe, en forme de grenade, surmonté d'une croix, — sur le contre-sceau, Richard est représenté armé et à cheval ; il porte les chausses et la cotte de mailles, munie de sa capeline. Son casijue est très-simple et sans aucun ornement, c'est le pot de fer sans nasal ; sur le houclier, de forme convexe et pointu par le has, est dessiné, debout, un des deux lions d'or (|ue portail sur ses armes Geoffroy Plantagenet, le grand-père de Richard. Le second sceau
' Mihnoires de l<i Sticiéti; îles Atiliqiutirus de iS'oniKUidir. Idiiic \ , )>;ii;r (W ci >iiiv
LA NOHMANDIK. 2i)7
(|iii (lt'v;iil ôtre apjKtso ;i Itmlcs les cliiirU's de son rèiiiie: OmucsiUtrUis m reguosuo emptas, defurmdii cl iiovi siiiilli 'niiprcsaionc rohorari ; ce fui là iioiisenloiuenl un prétexte pouf Iiriser la Irève avec Pliilippc-Aumisle, mais une occasion de soiiiiietlreà nu nouvel impôt, rAn^leterre, la Normandie, et tous les domaines de lîicliard. IN'élail pas valable le contrat qui ne portail pas le nouveau sceau du roi. Les di'oits du sceau, déjà doublés sousle roi Henri H, avaient été décuplés par son successeur. Dans ce second sceau, Richard esl représenté en costume royal; il est assis sur sou troue, seulement It; trône a des bras comme un fauteuil; à droite de la télé, ou voit le croissant de la lune; à g^auche, le soleil jette ses rayons; le menton du prince esl rasé. — Au contre-sceau, le casque du roi orné de son panache; la visière du casque est baissée; — seulement, celte fois, uous remarquons sur l'écu du roi non pas un lion, mais trois lions, y)<^ss(ntt, et regardant: ces trois lions sont l'estés dans les armes d'Anj;leterre. Entre autres arrangements ([u'avait pris, dans cette trêve consentie par les barons, au nom de son maître, le chancelier Guillaume de Longchamps, il avait été dit que Richard ne relèverait pas une des citadelles renversées par le roi de France; surtout on s'était pi'éoccupi', de part et d'autre, de celle admirable position des Amlelys, ce roc formidable qui domine tout le cours de la Seine, — un rocher que Richard voulut rendre imprenable. En vain, l'archevêque de Rouen, Gautier, seigneur des Andelys, s'oppose à la tentative du roid'Anglcterre; en vain les terrassiers elles manœuvres sont frappésde mille visions funestes; en vain le souverain ponlife, invotjué à l'aide d'un traité librementconsenti, jelte l'inlerdit sur la terre du roi Richard, le Cœur-de-Lion veut que l'on achève l'entreprise commencée, et sa citadelle s'élève comme par enchantement. Au sommet de celte roche menaçante, le château devait dominer à la fois la ville d'Andelys, le cours de la Seine, les vallées qui débouchent vers la rivière, enfin la route principale qui conduit de Paris à Rouen. Celle citadelle devaitêlre, etellea été, en effet, le plus inexpugnable rempart du douzième siècle; ligurez-vous un rocher triangulaire ariué de trois grosses tours, entourées d'un large fossé taillé dans le roc. Une double enceinte protégeait les travaux avancés; tout au sommet du roc, se dressait un donjon menaçant qui devait servir de dernier refuge aux assiégés. Cet imposant uiassif de toms, de créneaux, de contre-forts, de remparts, de ponls-levis, de souterrains, donnait l'idée d'une position imprenable. Encore aujourd'hui, après six cents ans de guerres, de des- Iructi-ons et de tempêtes, ce (jui reste de ces ruines vous rappelle les œuvres fabuleuses des géants.
Celte forteresse normande, que Ricliard i\\)\wh\c Cluiteaii-daillard,
lui bàlie en moins d'une année, (l'est là une de ces <euvres lorribles devant lesquelles l'antiquaire et le philosophe, l'historien et le poêle, s'ahandonnent aux plus tristes réflexions. Heureux les peuples lorsque ces i(randes machines de guerre ne sont plus qu'un sujet d'admiration et d'étude, un ornement pour la rive d'un fleuve, des pierres inofrensivcs que le voyageur salue en passant!
Cette œuvre terrible du Château-Gaillard étonna fort le roi de France., et le fit entrer dans une grande fureur. « Je viendrai à bout du Château-Gaillard, quand il serait de fer, s'écria Philippe-Auguste. — Je le défendrai quand il serait de beurre 1 » répondait Richard. Autour de celte roche des Andelys se livra plus d'un combat sanglant. Les deux partis qui étaient en présence s'abandonnaient à toute la férocité de la guerre. Ce n'étaient que crimes, incendies, familles égorgées, pillages du côté de la Normandie, et pillage du côté de la France. A ses prisonniers, Philippe-Auguste faisait crever les yeux; Richard précipitait les siens du haut de la roche d'Andelys ; l'un s'était renfermé au château de Vernou, l'autre tenait sa cour au Château- Gaillard. A coup sûr, ils étaient trop rapprochés, celui-ci de celui-là, pour ne pas en venir aux mains; ils se rencontrèrent l'un l'autre, dans une plaine située entre Vernon et Gamache. Mais rien ne résistait à l'impétuosité des routiers; cette fois encore, les Anglo-Normands mirent en déroute les Français. Richard prit, le même jour, le château de Courcelles et le château de Rrie. Philippe-Auguste dans sa fuite se dirigeait vers Gisors, lorsqu'en traversant le pont qui conduisait à la porte delà ville, le pont s'écroula souscette foule armée, et le roi de France lui-même fut précipité dans la rivière. Il se sauva à la nage' : «^'est ainsi qu'il entra dans Gisors, laissant après lui Matthieu de Montmorency, Alain de Rouscy, Foulques de Giberval, abattu sous la lance de Richard; Philippe de Nanteuil, Guy de Nevers, Guillaume de Melun, un héros des croisades; en un mot, plus de quatre-vingt-douze gentilshommes, sans compter un grand nondue de soldats et de chevaux. Cependant Philippe-Auguste resta maître de Gisors, Richard revint à Andelys, où il bâtit un nouveau vil-
' Le poëte français, le Breton, qui a écrit en vers latins la biographie de Philippe-Auguste (la Philippide), raconte, non sans grâce , cet accident de la rivière d'Epte, dans laquelle furent noyés Mille de Puisel, le comte de Bar, Jean des Barres, et dix-sept autres moins heureux ((ue le roi de France :
Interea pugnanl Francœ décora inclyta gentis, Damnilicanlque hostes, rubricantque cruoribus herbas... Pons quoque Gisorti, quo ferrea porta subitur, Dum tôt i'errc nequit, cursu properante, meantes, « . Frangilur, et secum plures in fluniine fundit.
LA NOHMANnil'. Ji»!»
lago, If ju'lil AmU'Iys. Lt; Ca'iir-di'-Lioii en (''l;iil ;irrivé à cel iiislîitil de fatigue dans la vie des lioniiiies de guerre, (lui leur fait désirer le repos. Uu uioiue l'avail abordé eu lui disant : Ri'j)t'iis-toi^ liichard ! sihkjc à la mort! et le roi avait répondu linnihlenient : Merci, moupèrc ! Il parlait, en effet, de rentrer dansla paixjusiiu'àsa mort, lorsfiu'uu paysan du Poitou, (|ui labourait sou eliami», ayant trouvé sons h; soe de sa cliari'ue un basrelief auliciue, le roi anglo-normand voulut avoir ce bas-relief. Aussitôt il se rendit eu Poitou, et sur le refus du comte de Limoges de lui livrer ce morceau d'or ou d'ai'geut, Uicliard assiège le clmteau de Cbalus. D'abord la garnison voulait se rendre, tant cet impitoyable soldat, à tous ces gens, faisait peur. Mais le roi d'Angleterre ne voulut rien entendre : « Entré dans la ville, je pendrai, disait-il, les assiégés comme autant de « larrons. » Donc les soldats du comte de Limoges et la garnison du cliàteau de Cbalus résolurent de se défendre à outrance. Le capitaine de ces assiégés s'appelait Bertrand de Gordon; il était l'ennemi personnel du roi Ricbard qui avait fait tuer son père et tuer ses deux frères. Ce jeune bouniie, dont la vue était perçante et le bras sûr, découvrant au loin son ennemi qui sortait de sa tente : «Dieu du ciel, s'écria-t-il, laisse-moi venger mon père! » et, d'une flècbe bardiinent lancée, il loucbail au bras le *roi Ricbard. Celui-ci, se sentant blessé, se prit à rir(! d'abord; puis, la fièvre s'en mêlant, il s'abandonna à ses fureurs; la mort vint en dépit de toute ironie et de toute colère. Quand il se vit à sa dernière lieure, le fils de Henri II disposa en toute bâte de ses dncliés. de son royaume et du peu d'argent qui lui restait. Comme il n'avait pas eu d'enfants de sa femme Bérengère, lille du roi de Navarre, il laissai! ses Etats à ce jeune prince, l'amour de la Bretagne, Arlliur, le lils de son frère, longtemps persécuté par son oncle Ricbard, mais qui commençait à trouver grâce devant son oncle. Le roi légua ses joyaux à son neveu Otbon, qu'attendait l'empire d'Allemagne. Ses trésors devaient être distribués en aumônes. Il laissait à la catbédiale de Rouen trois cents niuids devin chaque année, « à prendre en la médiation qui nous appartient à Rouen, » donation (\m fut confirmée par le pape Innocent III. Ricbard Cœur-de-Lion expira le G avril 1 199. Son corps fut porté dans l'église de Fontevraull, où était enterré Henri II, son père; sou cœur fut porté dans l'église calbédralc de Rouen. On lui lit des épilapbes pleines de cruautés, pleines de louanges :
Virus nvaritigc, scelus, enormisque liliulo, Fœda famés, atrox clatio, cœca cupido , Annis ro?iianint bis rpiinqnies...
LA NOHMANDIK.
« Peiuhuil deux luis ciiui ans, nous avons vu sui' le liôiie, la lièvre, l'a- " varice, le ciiuie, la déhaut'lie iiniuoiule, la l'auiiiie, la l'olic saiii^laiile, « les passions aveugles... »
Et celle aulre iiiscri|tlioii où l'on i»leure le lion lue pur la foiiiini :
Isliiis in inorir |i(niiiiil luiiuita liMiiieiii. ' . l'toli cidior! m Uiiito ruiicic iiiiiinlis uhit, etc.
Kichard Cœnr-de-Lïon est un de ces rois plus heiireu.x que sages, dont la vie et les aventures frappent rimat;ination des peuples, et que la poésie prolége contre les sévérités de l'histoire. En vain l'histoire raconte les exactions et les cruautés de ce soldat couronné, sa prodigalité insensée et son avarice, ses colères et ses folies, sa vanité et son orgueil, et ses lois harhares contre les délits de chasse renouvelées de son aïeul Guillaume, la poésie arrive, qui de sa voix éloquente et passionnée surmonte facilement les clameurs et les récriminations les plus justes de l'histoire. La captivité du roi Richard, son courage en Palestine, sa vie remplie de dangers et de périls, l'instinct poétique qui le poussait, l'amitié qu'il portait aux ménestrels, aux Irouhadours, les récits singuliers dont il était le héros, par exemple, le Blondel aveugle qui s'en va dans toute rAllemagne en chaulant la chanson du roi Richard, ce sont là autant de motifs, sinon justes, au moins Irès-raisonnables pour comprendre comment la méuioire du Cœur-de-Luni a été entourée, en dépit même des plus sévères historiens, de tant de hienveillancc et de faveur.