LA NO IIM ANIME
iciiiic |iiiii(c (les ;iiiilt;iss;i(l('iirs cl des olaj^^es. La cour de; France accueillit à merveille celle ollVe inesi»érée dini si i-raud royaume. Le roi de France fit remercier les barons an^dais , les assurant que , nonoltstant toute opposition du pape, son fils Louis s'embarquerait le jour de Pâques à (Valais, et qu'il serait bientôt à Londres pour les délivrer de la tyrannie du roi Jean. VA en effet (voilà la France réveillée!), le fils du roi de France s'end)ar(jue à Calais. En vain le léi;a( du ]»a|)(' le veut arrêter, rien ne l'arrête. 11 arrive , il foule du pied le sol de la Grande-Bretagne ; le roi Jean, caché dans les murs de Douvres, ne tente pas un seul effort pour arrêter larmée française. Le prince Louis fait son entrée dans Londres, cette capitale des cités qui bordent la Tamise, au milieu de l'allégresse des barons et du peuple. Aussitôt les révoltés lui jurent fidélité et bommage; lui cependant, les mains sur les saints Evangiles, il promet justice à chacun et à tous. A leur tour, les seigneurs et le peuple de Londres proclament le fils de Philippe-Auguste « légitime et présomptif héritier de la cou- " ronne , et comme tel il est oint et couronjié roy selon les cérémonies « accoutumées ^ ! »
On ne saurait dire à quel point le prince Louis eût poussé la conquête de ce royaume, si la mort du roi Jean n'était pas venue changer et renverser les dispositions des partis en Angleterre. La mort de cet indiiïne roi fut digne de sa vie; il venait de signer enfin la Grande charte, célèbre dans Ibisloire parce ([u'elle a servi de base à toutes les libertés que contenait l'avenir. Puis, comme pour s'étourdir de cette défaite suprême , il se mit à crier qu'il voulait reprendre la Normandie à tout prix, et tout de suite; il appelait à lui tous les aventuriers de toutes les nations, Brabançons, Flamands, Poitevins, Gascons : il vou- . lait traiter, disait-il , les Normands comme les Normands eux-mêmes avaient traité les Saxons. Ainsi il s'agitait dans son propre royaume. Agitation stérile. En même temps il se mettait à tout piller, à tout brûler; dans l'ile de Wight, il mena la vie d'un pirate. La passion de cet homme, qui a dépensé tant d'argent dans sa vie, c'était d'avoir toujours un trésor; il avait régné par l'argent, il mourut par l'argent. Son dernier trésor tondia dans l'eau au passage d'un fleuve; Jean sans Teire éprouva ime si grande douleur de cette perte que la fièvre le prit, et il expira dans un désespoir qui tenait de la rage. Singulier accident que le roi Richard et le roi Jean meurent l'un et l'autre, à propos d'un trésor trouvé et d'un trésor perdu !
Délivrée de cette tyrannie, qui était i)our elle plus (pi'un remords,
' Diiinoiilm, Histoire (jéiirrnle de Normandie , p. r).'>,'>.
L A i\ O II ,M A N I ) 1 1-:. 3 1 9
(|iii l'Iail iiiic lioiilc , rAiiiiK'lcnc lu; se li'cmva |»liis de. colèriM'oiili'ci le lils de rcl imliiiiie monariiiie. ixi oiilaril élail iiii Aiii;lais; il élail iimoeent tles ( rimes de son pèi'e, et désormais rAngleterre, mainleiiaiil qu'elle avait sa grande charte, pouvait délier ces infâmes et atroces fureurs de la royauté sans contrôle. Désormais, grâce à ces libertés nouvellenuMit conquises, le roi d'Angleterre ne peut [dus marier sans leur couseulement les tilles et les veuves de ses sujets; il ne peut plus ruiiu'r les pupilles sous prétexte de tutelle féodale ou de garde-noble ; il est forcé de respecter les habitants des villes et leurs franchises; chacun peut aller, à son gré, et venir ; le roi u'em|U'isomie plus personne sans motif, ne dépouille plus [tersonne sans jugement ; il n'a pas le droit de prendre à l'ouvrier les ustensiles de son métier; il ne lève pas de troupes sans le consentement des barons réunis en parlement; toute denrée, voiture, etc., requise pour le service du roi, sera payée par le roi; la cour des plaids ne suivra plus, comme autrefois, le roi d'Angleterre, mais elle restera permanente, an milieu de la cité, à Westminter : les juges, constables et baillis seront choisis à l'avenir, parmi les clercs, les scribes, les légistes, c'est-à-dire que maintenant l'homme de comlition inférieure allait devenir le juge de tous; et notez bien, car ceci a fait l'aristocratie anglaise , que les barons stipulaient , non-seulement pour eux-mêmes, mais en même temps pour la nation anglaise tout entière, sans exception de Normands ou de Saxons, de vaincus ou de vahiqueurs. La liberté accordée au seigneur passait à leurs tenanciers inférieurs , si bien que la grande charte fut la conquête commune , et rejaillit sur tous, comme l'eau du rocher frappé par Moïse. Alors, ce jour-là, il arriva que cette nation , composée depuis si long-temps de Normands et de Saxons , ne fut plus qu'une seule et même nation. Le peuple anglais devait sortir de ces deux peuples, que la liberté commune venait de réunir, le vaincu, cette fois encore, n'ayant plus rien c[ui le distinguât du vainqueur.
Tel fut le premier bienfait de la grande charte; elle réunit tous ces esprits divisés ; elle ramena toute la noblesse d'Angleterre à des sentiments nationaux; elle fit comprendre à cette nati(ui que désormais la France, — etréciproipiement, — n'avait rien à faire dans leurs disputes domestiques; enfin elle ramena les Anglais au roi Henri 111, bien (pu^ le roi Henri IIÏ fût le lils du roi Jean. Aussitôt commencèrent les défections autour du prince français. Maintenant ({ue les Anglais avaient un roi et une charte, dans cette grande entreprise de celte couronne à conserver, le prince Louis de Frame ne p(»uvail plus compter que sur les aventu-
320 I^ A N O 11 M A N IM i:.
l'icrs IVaiicais (|ui avaient suivi sa Inrlimc. La position dcîvinl plus difliciie (h; jour cil jour. Euliii, pi'essé tle toutes parts, sans année, sans argent, privé même de l'appui de son père IMuli[»p(;-Aui^iiste, trop sage pour rêver des choses impossibles ; abandonné pai' les grands seigneurs de l'Angleterre qui lavaient appelé avec le plus d'emi)ressement, les comtes de Salisbury, de Warens, d'Arundel; après avoir perdu ou laissé prendre les meilleurs capitaines de sou armée, le coude du Perche, mort dans le château de Lincoln, qualre cents chevaliers laits prisonniers, le jeune prince français renonça enfin à cette couronne pour laquelle il avait été sacré roi d'Angleterre. Toutefois cette retraite fut digne du tîls de Phili[q)e-Auguste ; elle fut entourée de dignité et de respect. Le prince Louis partit, comme un roi qui pardonne; il déliait les Anglais du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté , mais en même temps il faisait garantir par le roi d'Angleterre tous les privilèges, libertés, garanties, domaines, de ses adhérents et de la ville de Londres. Sa retraite fut la retraite d'un homme d'honneur, qui ne veut pas que personne l'accuse d'oubli ou de lâcheté. Il partit estimé de tous : on eût dit le roi d'Angleterre quittant son royaume pour visiter les provinces au delà de la mer. Ainsi fut justifié ce passage de l'épitaphe de Jean sans Terre : — Un prince dont la mort devait apaiser bien des tumultes :
Qui iiioriens imiltiiin sedavit in orbe tiinuiltimi.
On raconte que, dans cette tombe déshonorée, il se faisait la nuit des
bruits étranges ; c'étaient des blasphèmes , des baisers , des orgies , des
choses terribles... « Ce qui donna sujet aux moines de Worcester de
« déterrer son corps et de le jeter hors de la terre sainte. Ce malheureux
« Jean fut Jean sans Terre jusqu'à la fin des siècles. Ainsi soit-il. Amen! »
De cette façon devaient s'accomplir les destinées de cette belle
province , qui depuis trois cents ans était séparée de la France.
Désormais la Normandie , c'est la France ; elle n'obéit plus au vassal
du roi , elle est partie intégrante de la monarchie, « Que donc-
' ques les François qui ne sçavent les histoires et comme les affaires
« se sont passées , ne parlent jamais des prétentions des Anglois sur la
« Normandie, puisipie toutes les solennités ont esté gardées en la con-
« fiscation d'icelle , et que nous sommes tres-heureux de vivre sous le
« sceptre des rois de France , qui ne sçurent jamais ce que c'est que
'< tyrannie , qui chérissent leurs peuples et les mettent à couvert des
' ravages des étrangers, plutôt que sous les lois des Anglois , dont les
« rois mesmes ont cédé aux François, pour eux et leurs successeurs,