‹ La NormandieChapitre 64 sur 118 · I. \ NOHM ANDIE. 52l · texte numérisé non relu

I. \ NOHM ANDIE. 52l

« lout ce qu'ils pouvoieiil piôlemlre cii Normandie et autres provinces « de deçà la mer, comme on peut voir par ce traité de paix entre le «< roy saint Louis et Henry III, leipiel le sieur du Chesne a donné au « puldicaprès l'avoir tiré de la l)ibliolliè([uede Saint-Viclor de Paris'. » Au reste, cette illustre révolution s'accomplit sans résistances; après une séparation de deux cent quatre-vini^n-douze ans on eût dit que toutes choses rentraient dans l'ordre naturel, L'Anjou, le Maine et la Touraine suivirent l'exemple de la Normandie (l'^juin 120 'i); les grands propriétaires normands hésitèrent, à peine, entre leurs fiefs de France et leurs fiefs d'Angleterre : ils restèrent Français. Au mois de novembre l!203, une assemblée de nobles fut convoquée dans la ville de Rouen pour arrêter contradictoirement les droits des nobles et les droits du clergé. Dans cette première assemblée, la vieille Normandie se rappelait en détail les usages de ses anciens ducs : elle essayait de retrouver ses lois et ses mœurs bouleversées par tant de batailles et par tant de conquêtes; de son côté, le clergé de Normandie se réunissait franchement au clergé du royaume de France, pendant que la bourgeoisie normande faisait reconnaître le droit des communes. Philippe-Auguste était trop fier et trop heureux de sa conquête pour ne pas accorder, à ses nouveaux sujets, tout ce qui élaitjusle et loyal ; il respecta en son entier Ja coutume de Normandie, car il savait qu'il est plus facile de renverser les murailles d'une telle province que de lui ôter une seule de ses lois. Il est bien vrai dédire que les Normands reconnurent d'abord Philippe-Auguste, non pas comme leur roi, mais comme leur duc; d'ailleurs, à quoi bon se disputer sur les noms ? Toujours est-il que l'abandon de la Normandie par le roi Jean fut une révolution qui sauva la France; elle établit sur les rivages mêmes de l'Angleterre un Etat franco-normand qui devait menacer l'Angleterre à son tour. La monarchie fondée par

■ Dumoulin, p. 561; plus, le traité entre les deux rois... Et par cette paix faisant, avons quitté et quittons du tout, nous et nos deux fils, au roi de France et sas successeurs et à ses tiers et successeurs, aucune droiture avons eue ou eusmes, en ce duché ou en toute la terre de Normandie... ou ailleurs en aucune partie du royaume de France ou isles des susdites.

Notez bien cependant que le duché de Normandie ne fut pas tout d'abord réuni h la couronne de France ; il fut déclaré seulement, par la cour des pairs, que la Normandie appartenait a la couronne par droit de confiscation, et par la cession faite depuis, par le roi d'Angleterre, Henri III, au roi saint Louis. « Ce ne fui qu'environ cent ans après que les « Normands eurent reçu Auguste i)0ur leur prince, et qu'il leur eut accordé, par ses « lettres dites la charte aux Normands, beaucoup de privilèges et libertés dont la sou- « veraine auihorilé des roys les a privés, que le roi de France Jean, par les patentes du « mois de novembre Tan mil trois cent soixante et un, réunit la Normandie à la couronne, « avec le duché et les comtes deThoulouse et de Clianq)ai;ne. »

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(îlovis se trouvait rélahlic, maiiitciiiuit (|ii(! les Normands, les diffiirs descendants des peuples de celle Scaiuliuavie, ap|)elée à bon droit la fabrique (les hommes libres, se rendirent, au roi Philippe-Auguste, en sauvant riionneur de la cité et en stipulant d'utiles conditions sérieusement débattues, comme cela se fait d'éj^al à éj^al. Les hommes du Danemark n'avaient pas traité autrement avec RoUon, leur premier chef; leur droit d'abord, l'obéissance ensuite. On ne pouvait pas les gouverner sans leur consentement : telle était la première loi de ces pirates. N'étaient-ils pas les compagnons de leur chef? n'étaient-ils pas ses frères d'armes? n'avaient-ils pas vieilli, les uns et les autres, dans les mêmes travaux, dans les mêmes périls? — Notre liberté sera la tienne, ta fortune sera notre fortune ! ainsi pensaient-ils. Ce peuple normand s'administrait par des assemblées ; que la réunion fut politique ou guerrière, le Normand était également consulté. Rollon, cet homme d'un génie si rare, qui comprenait très-bien qu'on ne fonde pas une nation, uniquement avec des soldats, avaitréuniaux capitaines qui lui servaient de conseillers un nombre égal de citoyens; il avait voulu entourer sa royauté naissante des épées et des têtes les plus intelligentes ; il avait mêlé le camp à la cité, le bruit des armes à la parole, les affaires aux exploits. C'était un homme qui savait prévoir, il savait qu'un prince doit avant tout être aimé et estimé des peuples qu'il gouverne. Maître d'un pays conquis, il fit rentrer chacun dans son devoir et dans son droit; il respecta les instincts de cette Neustrie qui lui appartenait par la force et par l'habileté. Dans ce royaume, qui allait devenir si important sur les destinées de l'Europe, la féodalité s'était établie comme elle s'était établie dans toutes les autres provinces de la France, à la faveur de l'étrange confusion ([ui suivit la mort de Charles le Chauve. Tout ce qui appartenait à la féodalité, llollon le respecta. Il appela à siéger dans les réunions de la Normandie les possesseurs de fiefs d'abord, le clergé ensuite, et bientôt les bourgeois eux-mêmes; en un mot, tout ce qui était la force, l'intelligence et le crédit de ce peuple qui allait devenir une nation ; et comme il faut, en lin de compte, i[\ie la toute-puissance réside quelque part, ces assemblées étaient souveraines. Si elles ne donnaient pas le trône, elles réglaient l'ordre de succession ; pour que l'impôt fût légal, il fallait qu'elles l'eussent consenti. Vous avez vu le plus grand et plus illustre des ducs de Normandie, le Guillaume qui allait êlre Guillaume le Conquérant, implorer, mais en vain, de celte nation libre; sous ses maîtres, l'argent dont il avait besoin pour

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