I.A NOHMAMMK
coiuiut''rir rAnylelerre, un aryen l qu'il devait placer à de si yros iiik^rèls! L'assemblée lelusait ce subside, alors le duc CTuillauuie pril à pari cliacuu de ses uieuibres, le priant et le suppliant de ne pas l'arrêter dans cette grande voie qu'il s'était tracée, de ne pas interrompre cet immense rêve de toutes ses nuits et de tous ses jours ! Au reste, CCS assemblées s'appelaient d'un nom devenu terrible plus tard; elles s'appelaient : ctnivi'iilhDis, et pendant que dans les provinces voisines on se servait des mots : ctats provinciaux, ctats ijéncraiix, ce nom de convention fut porté en Angleterre par les Normands, et repris plus tard en France, vous savez avec quelle énergie et avec quelle terreur !
Voilà pour la représentation générale de la Normandie; mais celte représentation générale de la province entraîne avec elle la représentation de ses villes, c'est-à-dire le régime municipal. Nous avons vu tout à côté, que disons-nous? bien au-dessus de la puissance féodale, grandir celle puissance nouvelle, la royauté ! En même temps vous pouvez voir en dehors et au-dessus de la royauté féodale, marchant de front avec la royauté, une autre force d'une autre origine, d'une autre nature, la force qui est devenue chrétienne, souveraine, la bourgeoisie. M. Guizot, l'illustre et savant historien, explique, avec celle verve sérieuse qui a porté de si nobles fruits, la naissance du tiers état, la formation des communes, le grand rôle qu'a joué le tiers état dans les destinées de la France. Il nous le montre l'allié de la royauté pendant six cents années, se mêlant à toutes les idées, modifiant tous les faits, partageant tous les mouvements de la France; arrive ensuite le tour de la royauté qui renverse les derniers restes du monde féodal, après quoi, enfin, et pour conclure, arrive le tiers état qui se tourne contre la royauté même, et la trouvant privée de ses soutiens naturels, il fait de la monarchie absolue, une monarchie constitutionnelle, une monarchie de bourgeois. « Ainsi sous quelque aspect qu'on le considère, soit qu'on « étudie la formation progressive de la société en France, ou celle du « gouvernement, le tiers élal est dans notre histoire un fait immense... « Il est nouveau et sans exemple dans l'histoire du monde. Jusqu'à l'Eu- « rope moderne, jusqu'à notre France, rien de semblable à l'histoire du « tiers étal ne frappe les regards. Cherchez dans toutes les nations de « l'Asie et de l'ancienne Europe, vous rencontrez presque tous les « grands faits qui ont agité notre histoire: — le mélange des races '< diverses, la conquête d'un peuple par un peuple, des vainqueurs « établis sur des vaincus, de profondes inégalités entre les classes, de « fréquentes vicissitudes dans les formes d'un gouvernement; nulle part
M vous ne rencontrerez une classe de la société (jui, parlant de très-bas, « faible, méprisée, presque imperceptible à son origine, s'élève par n un mouvement continu et par un travail sans relàcbe, se fortifie « d'époque en époque ; envabit, absorbe successivement tout ce qui H l'entoure, pouvoir, ricbesse, lumières, influence ; cbange la nature « de la société, la nature du gouvernement, et devient enfin tellement « dominante, que l'on peut dire qu'elle est le pays même. » En même temps l'éloquent bistorien vous montre, dans toutes ces bistoires de peuples barbares, établis parmi les peuples vaincus, tantôt le vaincu absorbant le vainqueur, tantôt la séparation entre les deux peuples demeurant comme un fait invincible, ou bien le combat éternel de ces races diverses aboutissant à une immense anarcbie. — lien est de même pour l'Europe ancienne, pour l'Europe grecque et romaine. Vous avez, il est vrai, dans Rome, la lutte des patriciens et des plébéiens ; mais en quoi cette lutte ressemble-t-elle à celle des bourgeois du moyen âge contre l'aristocratie féodale? A Rome, la lutte commence aux premiers jours de la république, au contraire, l'établissement du tiers état est la conséquence d'un développement lent, difficile, incomplet, l'établissement d'une classe longtemps méprisée, pauvre et sans crédit, qui finit par engager, contre ses maîtres, un combat véritable. Au contraire, le peuple de Rome esltout de suite une force reconnue, une puissance avec laquelle les patriciens doivent compter. Telle famille plébéienne, transportée à Rome par la conquête, était ricbe, puissante, redoutée, redoutableàl'égaldes plus liantes familles patriciennes. Ils se battaient les uns les autres à armes égales; mais le bourgeois du moyen âge, à peine s'il existe, à peine s'il a un nom; il lui faut des siècles entiers, pour s'affrancbir de cette infime condition, voisine de la servitude. — Il est nécessaire de remonter plus baut que le douzième siècle pour trouver l'origine de la commune, remontez jusqu'à la nmnicipalité romaine; du buitième au douzième siècle vous en retrouvez les traces puissantes. — La seconde origine du tiers état, c'est l'association des bommes qui s'abritent à l'ombre du cbâteau féodal, et qui, parla seule influence de leur ricbesse toujours croissante, obtiennent peu à peu toutes sortes de privilèges; et enfin, il faut compter les bourgs, les villes « qui à main armée, par une lutte « plus ou moins longue, arracbentà leurs seigneurs, une portion nola- « ble de leur souverainlé, et se constituent en petites républiques! » On ne peut même pas comparer le travail des bourgeois de l'antiquité au travail des bourgeois du moyen âge. Le bourgeois de l'antiquité était agriculteur, libre et pro|>riétaire ; la (erre qu'il avait prise, les armes
à la main, il la faisait labourer pur ses esclaves; élail-ilconimerçanl, ilenvoyail au loin des vaisseaux nombreux. Le Romain se montrait toujours sous le commerçant, sous l'agriculleur. Mais le bourgeois du moyen ài,'C , la terre qu'il cullivc ce n'est pas lui qui l'a conquise , et c'est à peine s'il a assez de terre pour occuper une maigre charrue. Son travail est borné ; son commerce est presque nul ; il habile des maisons obscures dans des villes mal bâties; sa vie est pauvre, timide, malheureuse. Dans les Plaintes des divers états (quinzième siècle), la plainte des bourgeois est la plusamère. — Il y a trois sortes de bourgeois : les francs bourgeois, les grands bourgeois, les petits bourgeois. — Le bourgeois n'avait que deux. marches à son perron, quand il avait un perron; il n'osait guère faire sculpter des médaillons sur sa porte; les vitres, les grandes cheminées, les devises en verre de couleur, les fontaines pyramidales, avec nymphes, dryades, hamadryades, n'étaient pas de son domaine; pour lui n'étaient pas faits les vêtements de drap de soie, les tapisseries de Dinan, les tapisseries de verdure, les lits à pavillons de soie, les chandeliers d'argent, les miroirs à cadre d'argent. — La nourriture des hommes du moyen âge n'était pas la même pour tous; le gros bœuf, le gros porc, convient aux artisans ; le mouton, le veau, les volailles aux échevins; la venaison aux nobles. — Le bourgeois n'a pas de bains, dans sa maison, pour y faire laver ses convives avant le dîner — Sa fille doit porter un chaperon de drap noir ou de drap rouge, laissant à la femme noble le salin ou le velours. — La robe orfévrée n'est point faite pour la fille du bourgeois. L'humiliation était la compagne de la rapine. 3Iais à mesure que la commune grandit, le bourgeois grandit avec elle. Quand la commune fait la guerre, quand elle se gouverne par elle-même, quand elle est, pour ainsi dire, une république indépendante, le bourgeois devient maître à son tour. — Ceci soit dit encore à la louange de la noble province: pendant que chaque ville de la France avait ses privilèges, la Normandie n'était pas en relard, chaque ville de la Normandie avait sa charte, différente de la charte des villes voisines, car le système féodal avait créé, çà et là , tant de petites souverainetés, (pi'il était impossible que l'on pût soumettre à un gouvernement uniforme, non pas seulement les provinces, les villes importantes, mais encore les plus petits villages, les moindres hameaux. Chaque municipalité avait son organisation particulière; les privilèges n'étaient pas égaux, non plus que la force et la population des villes. Telle ville (jui avait résisté à l'attaque des plus illustres seigneurs, était seule, à elle-même, son propre souverain. La ville de Rouen, par exemple, enrichie par le com-
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merce et les nianufacliires, pur le travnil iiicessanl de la paix, par la sécurité que donne la force, par l'ulile el libéral exercice des Iteaux-arls, la ville de Rouen, qui déjà sous les premiers ducs de Normandie était vaillante, florissante el respectée, avait été investie peu ta peu des franchises commerciales les plus vastes et les plus étendues. Une charte commune aux villes de Falaise et de Ponl-Audenier, et qui remonte au temps de Philippe-Auguste, nous fait connaître l'organisation municipale de la noble cité. La municipalité se composait de cent pairs élus par les citoyens de chaque ordre ; ces cent pairs présentaient au duc de Normandie une liste de trois candidats parmi lesquels le duc choisissait le maire de la ville. L'assemblée nommait ensuite vingt-quatre de ses membres, qu'elle renouvelait chaque année. Douze de ces élus s'appelaient échevins; les douze autres avaient le litre de conseillers ; ils juraient, en entrant en fonctions, de défendre les droits de l'Eglise, de servir fidèlement le prince légitime, de rendre à chacun la justice, suivant la loi el leur conscience. Ainsi celte magistrature populaire prenait tout d'abord un grand air de majesté el de bonne foi ; la loyauté, le bon sens, le courage, servaient de base à ces citoyens élus par leurs égaux, pour faire respecter les lois, pour protéger, pour défendre, pour embellir la cité qui leur donnait, par l'élection, celte grande preuve de confiance el de respect. Mais aussi, si les droits étaient beaux, les devoirs étaient sérieux; la moindre faute de ces élus de la cité était sévèrement punie. Pour le maire, la peine était double, car, disait la charte : celui-là doit donner Vexemph à tous les autres. Plusieurs dispositions d'un intérêt moins général se rencontrent dans ce sage monument de la législation d'autrefois, el entre autres ce passage oîi il est dit que la femme qui fera querelle et médisance sera plongée dans l'eau. « L'homme qui insulte une femme payera dix sous d'amende ; si c'est la femme qui insulte l'homme, elle payera l'amende et elle sera -plongée dans Veau. »
Qui donc disait : la ville de Rouen, en l'an 1207, disait une principauté souveraine. La ville traitait par elle-même, pour elle-même. A l'avénemenlde Philippe-Auguste, el quand enfin Rouen eut compris que celui-lcà était vraiment le roi de l'avenir, l'habile cité, avant de se rendre au roi de France, eut grand soin, non-seulement de dresser sa grande charte, la charte complète de ses libertés, mais encore d'exiger des privilèges nouveaux. Ainsi la ville obtint du roi Philippe-Auguste plus d'une concession qu'elle eût vainement demandée à ses ducs. — Par exemple, la bourgeoisie de Rouen ne payait pas, sinon de son plein gré, les droits de taille et de fouage. — Elle était libre de marier ses filles. — Nul
l)onri;cois ne pouviiil être appelé en juslicc par iiii honinic condamiu^. polir crime. — Le roi ne pouvait exiijer de la bourgeoisie rouennaise, ni la iianle tics prisons, ni la garde de Tliôlel des monnaies. — Les susdils bourgeois pouvaient porter leurs marcbandises sur toutes les terres prises au roi d'Angleterre, et ces marcbandises étaient exemples de tout droit, sauf pourtant le comté d'Evreux, le Vexin normand, Pacy et lout le territoire compris entre le Pont-de-l'Arcbe et la France. — Tout le vin destiné à la ville ne payait point de droit au souverain. Le roi, s'il acbetaitdu vin sur le marcbéde Uouen, payait le vin au prix du marcbé. xVucun marchand étranger ne pouvait traverser la Seine devant Uouen, avec des marcbandises, sans la permission de la commune. — Nul étranger ne pouvait déposer, pour le revendre, du vin dans les unirs de la ville. — La rivière appartenait aux bourgeois. — Leurs bateaux pouvaient monter et descendre sans obstacle. — Ils pouvaient démolir et reconstruire leur pont, à leur gré. — Pour qu'une marchandise eût le droit d'être dirigée sur la France, il fallait qu'un marchand de Rouen y eût intérêt ; comme aussi pour achètera Rouen des marchandises tirées d'outre-mer, alin d'en faire le commerce, il fallait l'autorisation des marchands de la ville. — A Rouen seul appartenait tout le commerce avec l'Irlande, moins un seul vaisseau que la ville de Cherbourg avait le droit d'envoyer tous les ans... et bien d'autres privilèges d'une sagesse et d'une prévoyance qui feraient honneur aux plus habiles et aux plus industrieux commerçants de l'univers. — Les villes de la Normandie n'étaient pas seules à avoir leurs privilèges; les barons normands, eux aussi, avaient leurs droits politiques. Nous avons raconté conmient, en certaines circonstances (les guerres de Richard Cœur-de-Lion et de Philippe-Auguste), les barons pouvaient imposer au besoin leur médiation entre le duc et son ennemi, décider la paix sans consulter personne, et renvoyer deux armées sur le point d'en venir aux mains. De tous ces droits des uns et des autres, des villes et des bourgs, des barons, du clergé, des bourgeois, a été composée la charte aux Noimands, qui fut rédigée sous Louis le Uutin et confirmée par tous les rois de France, jusqu'au moment où le roi Louis XI, ce roi qui rêvait l'unité royale, et le cardinal de Richelieu, son digne disciple, refusant de reconnaître tous ces fragments de privilèges, de franchises, de libertés, çà et là èpars, se mirent à composer l'autorité absolue, qui elle-même a donné naissance à la centralisation des pouvoirs telle (ju'elle existe de nos jours. Entre autres dispositions salutaires et bien digne d'un peuple libre, la charte aux Normands statuait que
ilésoniiais rien ne pourrait être changé à la cnulunic du pays et de ses usages; la province ne pouvait être frappée d'aucun impôt sans le consentement des trois états assemblés; le lril)unal de l'écliiquier, qui jugeait en dernier ressort toutes les causes, devait être maintenu, et enfin pas un citoyen ne pouvait être cité devant des juges étrangers.
Ce célèbre tribunal de l'échiquier de Normandie, sur lequel s'est établi l'échiquier d'Angleterre, se réunissait tous les ans pour juger dans ses assises les procès les plus graves. Le tribunal se portait partout où besoin était, dans ce vaste duché. Les juges élaient élus par les trois ordres; le président naturel des assises était le duc de Normandie lui-même, où, à son défaut, le sénéchal, ou, — en l'absence du sénéchal, — le connétable. Par ce tribunal, le droit de haute et basse justice qu'exerçaient les seigneurs féodaux et les abbés pouvait être suspendu, le duc évoquant toutes les grandes affaires devant son échiquier.
Le duché était divisé en comtés, ces comtés étaient divisés en centeniers, subdivisés en dizeniers. Les cas de simple police étaient dans les attributions des dizeniers; on appelait de leurs jugements devant la cour du comte, qui tenait ses assises deux fois l'an. La citation se faisait par le cri de : haro ! On nommait la cour du comte : assise des nobles; celle du vicomte, destinée aux roturiers, s'appelait : seconde assise; elle se portait partout où était besoin, et même elle entrait chez le bourgeois qui demandait justice. Arrivons enfin au sommet de l'édifice judiciaire, à l'échiquier, qui prononçait en dernier ressort.
Il résulte de savantes recherches toutes récentes, à propos de cette charte aux Normands, qui était tout à fait la reconnaissance authentique, entière, absolue de la nationalité de la Normandie, que l'institution du jury, à peu près telle que nous la connaissons, existait en Normandie au commencement du onzième siècle, et qu'elle y était en usage dans les affaires civiles aussi bien que dans les affaires criminelles, tout connue elle l'est aujourd'hui en Angleterre. Ces juges étaient choisis par un fonctionnaire responsable; parmi les hommes libres, nobles ou roturiers, qui habitaient dans une certaine circonscription et qui jouissaient d'un revenu qu'on pourrait évaluer à trois cents livres de rente. On prenait les jurés dans le plus proche voisinage du lieu où le crime avait été commis : « les plus prud'hommes et les plus créables du voisiné « qui sachent le mieux la vérité de la chose, » dit le coutumier normand. Mais le jugement par jury, cejugement de l'homme par les pairs, utile garantie de tant de justicesetdelihertés, a plutôt été inventéqu'appliqué parmi nous pendant le moyen cage ; il a toujours été en Normandie un procédé
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e\or|tli(tiin('l dttiit on tic l'aisitil usage ({iic l(>rs(|ii'tiii iir poiivail se pidriirer un iiiovcii plus sur d'aniver à la vi'iili' , jtai' cxcMiiple, lavcii lutMiKMlu cotiiiablt'". si celle Inrinc judiciaire avail élé t;t''iu''ralc, on ne l'eût pas vue peu à peu londter dans lOuldi cpii menace les lois mal faites : bien au contraire, elle |trévalut en ■N'ormaiulie ;uissi rm'tenu'nt (pi'eu Angleterre, où elle a été importée avec tant d'autres iiislilulions excellentes qui sont d'(U'ii;ine toute française.
Tous les |Hivil(''i!es de la province étaient garantis par le nmiveau prince ipiaud il pienail possession de sa couronne; la cérémonie de l'investiture était solennelle. Après avoir été reconnu par les états, le duc, accompagné de toute sa noblesse, se rendait à la catbédrale : Tarcbevè(iue le recevait à la tète de son clergé. On disait les prières, après (juoi le duc, les mains levées au ciel, prononçait le serment : « Je promets « de conserver lldèlement et en tout temps l'Eglise de Dieu et le peuple « cbrélien , et de le maintenir en paix ; de jéprimer les concussions et « les injustices, sans acception de classe et de rang; de prescrire dans « tous les jugements l'équité et l'indulgence, alin de mériter moi-même « la clémence de Dieu. » Alors rarcbevè({ue |)résentait au {irince l'anneau ducal; il lui ceignait l'épée, et le prince se relevait maître légitime des iVormands,
Résumons en quelques lignes les travaux du roi Pliilippc-Auguste. Il réunit à la couronne, par la confiscation féodale, la Normandie, le Maine, l'Anjou, la ïouraine et le Poitou. Il fit l'acquisition des comtés d'Auvergne et d'Artois. — Il recouvra la Picardie, — une partie du Berry. — En un mot, il fit souir la monarchie. — Vous avez vu le fils du l'oi de France couronné roi d'Angleterre à Londres même ! — La bataille de Bouvines est véritablement une bataille française, gagnée par des soldats français, sous un roi de France. Danssalutte avec RicbardC(eur-de-Lion, (jui revenait du combat la cuisse hérissée de flèches, comme une pelote couverte d^aiguilles, Philippe-Auguste montra autant de prudence et de sagesse
royale que son rival montra d'imprudence et d'héroïque folie. La
grande sagesse et prudence de ce roi de France se manifesta surtout dans la façon dont il fit de la Normandie, une partie du rovaume de France, la traitant connue une terre ardennnenl désirée et heureusement retrouvée. Il avait promis, il est vrai, de respecter les franchises de la province, mais en même temps il s'était juré à lui-même qu'il en finirait quelque jour, avec la division féodale. Ces vassaux superbes qu'il ne voulait pas attatjuer de front, il les acheta à prix d'or, ces vastes domaines qu'il ne voulait jias envahir les armes à la main, il les obtint
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au moyen des échaiij^es. J^ar ces Iraiisaclious utiles et |jaeili(|ues, Philippe-Auguste enseigna aux rois ses successeurs le grand art d'acheter la leire quon ne veut pas prendre à main armée, de réunir au droit de la couronne les droits qu'on ne peut pas anéantir })ar la force, de composer, en un mot, un grand royainne avec toute sorte de seigneuries éparses et divisées. Cependant, sous la conduite éclairée de cet habile monar- (pie , la N(UMnaudie ne s'apercevait guère, sinon à la paix profonde (jui l'entourait, des envahissements successifs de l'autorité royale ; la noble province s'abandonnait en toute sécurité à ses destinées nouvelles; sans adopter tout à fait les mœurs et les habitudes de la France , elle se laissait envahir par elles; en un mol, peu à peu la Normandie s'éloignait de l'Angleterre. Mais les Anglais ne pouvaient pas renoncer si vite , et sans tenter de la reprendre, à cette noble province qui était le berceau de tant d'Anglais. De cette terre ils étaient sortis, de cette terre étaient partis leurs pères pour conquérir Irois royaumes. Là était le berceau des enlanls, la tombe des aïeux. Il leur semblait, à voir de loin ces plaines verdoyantes , à se raconter les hauts faits de ces poétiques domaines, à répéter les grands noms des illustres Normands , qu'on les avait chassés d'un royaume qui leur avait appartenu toujours. En ellét, n'avaient-ils pas assisté aux mêmes batailles contre le Poitou, contre l'Anjou, contre la France? N'étaient-ils pas allés. Anglais et Normands, en Palestine, dans l'empire d'Orient, dans la Sicile, partout où il y avait (juel([ue chose à prendre et quelque gloire à gagner? Sans compter les alliances, les communautés d'héritages, les relations du commerce, les mêmes poètes qui chantent les mêmes exploits, les mêmes historiens ^\m racontent, dans la même langue, la même histoire. Ces regrets bien légitimes de l'autre coté de la Manche, n'étaient pas sans être partagés par les Normands de vieille souche , car la iierté nationale leur disait souvent que le roi d'Angleterre, lils de Normand, valait mieux pour les libellés et pour les privilèges du duché de Normandie, dont il était séparé par l'Océan, ipi'un roi de France, ce voisin redoutable, maître de la Seine et qui avait Paris pour la capitale de son royaume. Ces vieux Normands se rappelaient, confusément il est vrai, qu'ils avaient servi d'arbitres entre plusieurs rois de France et leurs enfants, entre plus d'un })ape et plus d'un empereur. Mais, Dieu merci! ces regrets de la gloire d'autrefois s'en allaient diminuant toujours. Eh ! ne faut-il pas (pie les nations, tout comme les hommes, obéissent à leurs destinées? Heureuse province, après tout, la Normandie, de partager les destinées de la France à l'instant même où la France va devenir une gramle
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piiissimco ! Voyez aussi (|iu' de cliaiiccs lit'iircuscs, iii('siirr<'('s, dcxaiciil courir ces tirandeurs souveraines de imlie duelK'! I.a Normandie a lit' 'grande sous les six rois d'Anglelerre , grande sous les sep! ducs de Normandie, et mainlenanl elle va partager les gi-audems de la Krauce. Bientôt elle prendra sa i)arl, et sa bonne part, de ces combats de géauls (pii vont donner aux Anglais et aux Français le secret de leur courage, de leur force, de leur patience. — Cependant Pbilippe-Augusle vient de mourir à Mantes (toujours la Normandie!), après un règne illuslre de quarante-trois ans. AvanI de mourir, il avait prédit la mort de son (ils : « Les ducs ', disait-il, insisteront pour que mon lils Louis se cbarge « de l'all'aire des xVlbigeois; et comme il est délicat et faible, il iw " pourra en supporter loutes les fatigues, et il mourra en cliemin. » Et, comme l'avait dit son père, Louis Yllï mourut de ses fatigues, laissant Tautorité royale reconnue de la mer de La Rocbelle jusqu'au Rbône, et du détroit de Calais jusqu'au rivage de la Méditerranée à Montpellier. Cerles , à cette beure (1223), la Normandie, pins (pie jamais, se doit féliciter d'être devenue la France. La loi et le droil se sont fait jour, avec la royaulé, dans les institutions IV'odales. Avec les progrès de la liberté de tons, vous pouvez assister aux progrès de la prospérité nationale. La France enfin, après les (piatre siècles d'bmniliation qui séi)arent le règne de Cbarlemagne du règne de Pbili|qie- Auguste, se rappelle avec un orgueil bien légitime la majesté et la gloire passée; le souvenir de Cbarlemagne est remis en bonneur dans cette nation ressuscitée ; elle saluait les pairs de Pbilippe-Auguste (Mjmnu? s'il se fut agi des douze pairs de la Table ronde. Cette fois surtout, il était bien reconnu de tous que la royauté était béréditaire , et le père de Louis VIII, plus fort en ceci et plus avancé que Louis le Gros lui-même, n'avait pas eu besoin avant sa mort d'associer son lils à la couronne. Bien plus, par sa mère elle-même, Isabelle, première femme de Pbilippe-Auguste et fille de Baudouin, comte de Flandre, Louis YIII était doublement le roi légitime. En efl'et, le comte Baudouin, l'aïeul du jeune roi, descendait en ligne directe d'Ermengarde, comtesse de Namur, fille de Cbarles de Lorraine, qui était le dernier des princes carloviugiens; donc il se trouvait qu'à ce roi Louis VIII s'arrêtait l'usurpation de Hugues Capet; avec le petit-fils de Cbarles de Lorraine remontait sur le trône de France la race dépossédée de Cbarlemagne.
' Histoire des Français, ])ar Sisinondo de Sisniomli , t. IV, p. y.vx.