‹ La NormandieChapitre 69 sur 118 · I. A NOIl AI A M)l K · texte numérisé non relu

I. A NOIl AI A M)l K

l'I Itanms de l'riiiicc, les |H(''l('iilions du r(d ;mi;i;iis riirciil rcjcl^'cs (rime v(»i\ iiiiiiiiimc, cl Pliilippc de Vidois iiioiila sur le Iroiie. Miiis le rdi dAiiiilcIcrre uiiccciila pas celle (N'cisioii des paii's du reyannie; an eonlraii'c, sel(»ii liisaiie des rctis de Traiiee, Edouard 111 donne à son (ils, le prince Jean, le lilre de dnc de Normandie. Dans lonle l'Anglelerre. aussi Itien. tpu' dans la Krance entière, ^l'ondîiienl soiu'demenl les cfdères nationales. — A la conr du l'oi (rAni^lclerre s'était réfugié lioltcri d Artois, Niommv (jui le plus aida le roi l'Iiilippc à parvenir à la couronne, de I aven même de Froissard. Robert était pelit-lils du comte d'Artois. liK' à (Sourirai. (k'Iiii-ci, par leslamcnt, avait laissé son comté, mm pas à son pelit-lils Podterl, mais à sa lille Malianl, la femme du duc de Bonrj^oiine. A la mort de sa mère en 1315, Holtert d'Artois réclame le comié d'Artois anjirès de Philippe le Long, son meilleur ami, qu'il avait tant servi; le roi, qui déjà jtrévoit que l'Artois reviendra à la couronne, s'en remet an parlement, et le |)arlement non-seulement ne rend pas l'Artois à R(d»ert, mais encoi'e Robert, convaincn d'avoir fabri((ué de fausses chartes, est condanmé au bannissement perpétuel et à la conliscation de Ions ses biens. ^ — Exilé, dépouillé, Robert d'Artois pousse dr; toutes ses forces l'Angleterre et le roi anglais à la guerre contre la France. Il disait tout haut (ju'il donnei'ait la France à l'Angleterre, et déjà il comptait les alliances (piil avail |n'(''|iai'ées dans ce but : Louis de Ravière, empereur d'Allemagne : les ducs de Rrabant et de (îneidres , l'archevètpie de Cologne, les comtes de Ilainant et de Namur avaient |iromis le secours de leur épée. A ces discours d'un prince français, le peuple anglais prèle une oreille attentive; il vole des subsides , il encourage le roi Edouard à aller au delà de l'Océan chercher cette couronne; mais le roi Edouard III hésitait encore, tant il comprenait que c'était là un rêve impossible, lors(pi'un jour son hôte, Robert d'Artois, se mit en route de très-bon malin pour la chasse, portant un faucon sur le poing; « et le faucon tant vola par rivière qu'il prit un héron. » Robert, de retour à Londres, fait rôtir le héron, le met entre deux plats d'argent , et il entre dans la salle où soupait le roi Edouard. « J'apporte, disait-il, le plus couard des oiseaux, et le donnerai à celui d'entre vous (jui est le plus pcdtron. — A mon avis, c'est toi, Edouard, déshérité du n(d)le pays de France dont tu étais l'héritier légitime, et pour ta lâcheté tu mourras privé de ton royaume ! >> Certes, moins que jamais, cejoui'-là, le roi l^douard songeai! à la giuM're. L'amour le tenait pour la belle Alix, la fille de bnd (iranftcm, la plus belle personne de la Craiule-Rrelagne. Le roi venait de la marier au comte de

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LA iNOliMANDIK.

Salisliiiry , /'/ ne pcii.soil poim combuls, wdis en pcn.sers d'antour son rire cloil nirl/n. INuir l:i cdmlcsse de, Snlisliiiry , !<; roi Édoiiiiid III a créé cel nidic (■(''l('l)i(' (le l.i Janeliére, iiii soir (pic la dame laissa tomber en |d('iii hal, le nilKiii lileii Itoidi' dOr (|iii rclenail son bas de soie. — Honni soi! (jui mal ij pense! — Ainsi provoqué au niilien de sa cour, le loi iTAniilelcrre entre dans nne grande honte; son front se couvre de rougeur, et il jure par le Dieu du paradis et par sa douce vière! ([u'dvaiit six mois il ira délier le roi de France. Ce ({n'entendant, le comte Robert se dit tout bas : « A présent j'ai nu)n désir, et par mon héron commencera grande guerre. » Et voilà comment, par le vœu du héron, fut décidée cette guerre entre la France et l'Angleterre, cette guerre ([ui devait, pendant plus d'un siècle, relarder la civilisation (jui s'avan(;ait. Cependant, loul maltraités qu'ils l'élaicnt par le roi de France, ce Philippe de Valois (pii avait besoin de lant d'argent, les Normands restèrent du C('>té de la iM-ance. L'orgueil leur défendait cette adoption de l'Angleterre. Le roi de France avait beau les maltraiter, les Normands se souvenaient enc(ue, ils s'en souviendront toujours, qu'à eux seuls ils avaient conquis I Angleterre. Aux premiers bruits de celte guerre, ils avaient envoyé à Philippe de Valois un des hommes les plus importants de la province,

chargé d'olIVir au roi (piatre mille chevaliers et (piarante mille fantassins,

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— loiilc une jiriiK'c de NninijUMls. I.c roi n'acrciil;! (|u une |»;irli(' de n-s l'oiTcs iiii|»()s;iii(('s-. ct'poiulaiil il proiiiil à ces iNoriiiaiids (\nc , l'Ani^It'lerre cniKiiiisc, il la donnerait à la Nunnandic. L'Aiiglclerre ne serait plus (lésoniiais (pi'iiii arrière-liel' de la ((lurctiiue ; ses terres, ses richesses seraieiil dislriluK'cs aux éiilises, aux iKddes et aux hoiiues villes de Noi'iiiaiidie. hji ceci le roi de iMancc proiuellait plus (pie (luillaïune leCon- (jucnnii lui-mèiiie n eût pu Icnir. Toutes ces vaines promesses vinrent se liriscr contre la pieniière lialaille navale, en vue du port de lEcliise. (le rude cuniltal annonçait, diine sanglante façon, les batailles navales de lavenir. Le roi de Frain'e , en ed'et , avait réuni, à l'aide des (iénois el des Normands, une llcdie considérable. A celle nouvelle, Edouard lli déclare (piil ira au-devant de la llotle française, et en e lie t les deux Hottes se rencontrent en pleine mer. La flotte de Philippe de Valois se composait de denx cents navires de gnerre et de bon nombre de petites baiMpies: chaqne navire portait nne petite tonr munie de pierres. Les Anglais abordent, de front, les navires normands el génois, et en nn clin d^eil n(Uis avions contre nons la mer, le vent et le soleil) les archers anglais viennent à bout de notre première ligne. La deuxième ligne ne résiste i)as davantage, tout cède à l'Anglais; seulement, à notre arrièregarde, el quand la bataille est tout à fait perdue, (pielques gros navires, montés par de braves gens, se défendent encore. (iClte bataille navale lie IKcluse fui perdue d'une facmi complète, cruelle: elle est resiée au nombre des plus mnglanis combats de la nur. [^a France [)erdit li'ente mille hommes, matelots ou soldats. Autour du roi de France, il se lit soudain un terrible silence , et son bouffon fut le seul qui osât l'instruire de ce désastre. — » Sire, dit-il, les Anglais sont des lâches, ils n'oni pas eu le courage de sauter dans la mer, connue les Français et les Normands! >. Edouard triomphe, les Anglais restent les maîtres de la mer, la Normandie déplore la perle de ses vaisseaux et de ses plus intrépides marins.

Voici donc la guerre qui éclate: elle fut lente d'abord: on se faisait de part et d'aulie tout le mal (juon pouvait se faire. C'étaient des rencontres, des trahisons, des vengeances, des meurtres réciproques, toute sorte de petits combats inutiles, bons tout au plus à fomenter ces haines qui durent des siècles. A la fin cependant, comme la France était occupée à regarder en Bretagne les luttes généreuses des maisons de Blois et de Monlforl, on a|iprend (|ue le roi d'Anglelei're, poussé cette fois encore par un Irailre nommé Geolfroy d'ilarcourt , réfugié français, a mis à la voile à Soulhamplon , (uiil a jelé lanci-e dans la rade de la

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Iloi^iic ^12 juillet 1340), et quil ;il(;i(|iic l;i Kiniicc piii' sn pi-ovince la moins (lélViKliie. 0 misère! celte ])r(tvinee, c'élail la Normandie!

Plus ([lie jamais l'Angleterre est en présence de la France, plus que jamais les deux nations vont comprendre la rivalité qui les pousse. Elles avaient les mêmes mœurs, elles parlaient la même langue, et leur commerce était le même; elles formaient un monde à jiart dans l'Europe, mais entre ces deux mondes il y avait la Flandre, un cliamp de bataille et un comptoir ! Cette fois, en effet, le secret des batailles se rencontre dans les comptoirs des marcbands de Londres, de Bordeaux et de Bruges. En ce temps-là, la grande révolution, c'est le commerce; les rois du monde, ce seront les marcbands. Les conquérants, ce sont les bommes isolés qui s'en vont, au péril de leurs jours, à Tyr, à Novogorod, à Alexandrie, conquérants pacifiques qui, pour découvrir quelque route nouvelle a la marcbandise, s'exposent à de jikis grands dangers que tous les fils de Tancrède pour fonder le royaume des Deux-Siciles. Le marcband, c'est le véritable cœur de lion de cette époque. 11 s'en va à Alexandrie, à Venise, partout où il peut vendre et acbeter; il s'enfonce dans le Nord par le Tyrol, par le Danube; il traverse les forêts et les cbàteaux du Bbin; il pénètre en France par des cbemins à peine frayés, et de là il atteint les Pays-Bas. La France, encore féodale, ne comprit pas cette force nouvelle, la marcbandise et le marcband, et alors que les rois de France auraient dû encourager ces nobles ellbrts, ils sattacbaient, au contraire , à éloigner, par toutes sortes d'injustices et de violences , le commerce, qui a besoin, avant tout, de bonne foi, de liberté, de protection. Pbilippe le Bel eut le grand tort d'all'aiblir la monnaie et de se mêler aux transactions du commerce. Louis ie Hutin fut si mal inspiré ((ue d'interdire le trafic avec les Flamands, les Génois, les Italiens, les Provençaux. A ces causes, le commerce de l'Europe eut l)ientôt oublié le chemin de la France , ces cbemins tout tracés par la Providence aux productions diverses de l'industrie et de l'agriculture. Le commerce passa par l'Allemagne pour aller en Flandre; il agrandit la navigation de Venise ; il abandonna ce royaume de France tout grevé de passages, de cbàteaux forts, de droits seigneuriaux. Ce que la France n'avait pas voulu comprendre, l'Angleterre, avec le vaste instinct qui en a fait une seconde Cartbage, l'avait compris à merveille. En France, (jui disait un marcband disait une proie; en Angleterre, qui était marcband était gentilbomme; ils étaient tous les bienvenus, de ([uelques pays qu'ils arrivassent, de la France, de l'Espagne, du Portugal, de la Navarre, de la iNormandie, de la Toscane, de la Gascogne, de la Flandre. Les mar-

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• liiiiids ;ilhii(>iii (|;ms hmi |," inyaiiinc (l'Aii-lcIci rc cl (l;iiis (ont," l'Ecosse <•! <laiis llrhiiidc, s;ms payer (h; droils i'i l.i |)(.rl(> de cluuiiie ville. Les portes les plus luiiiles s'ouvrirent dev;iiil eux, excepté dans le royaiiiiie de Fraïu-e : de I.miIcs les parties du monde connu , ils rapportaient ton! ee .proii pouvait en apporter : de Tor. et les perles, et les tissus |)réeieux. En ce nionn-nt, et p(uir la première lois, l'Angleterre nous apparaît sous ce douMe et curieux aspect d'un pays marchand el d'un pays liuerrier. Klle tenait, par ses i^entilshommes, à la leodalilë de l'Europe, elle tenait, par ses navires, à 1 Europe entière. Donc, à tout prendre, si, dans cette guerre entre Edouard lil et Philippe de Valois, il ne s'agissait pour le roi Edouard (pie <le la coui'onne de France, pour le peuple d'Angleteri-e il s'agissait .de la hutune, de la domination, de la lihei-té du connnerce. Les troupeaux de l'Angleterre, améliorés par les béliers que le duc de Lancaslre avait tirés de l'Espagne et du Portugal, étaient devenus nn des grands produits des campagnes de l'Angleterre; le peuple anglais s'inquiétait peu qu'Edouard III s'appelât, sur les chartes, roi d'Amiletcnect de France, mais ahsolinnent il voulait vendre ses laines au monde entier. Les drapiers, les tisserands, les brasseurs, les l»ouchers de Londres, voila les maîtres de l'Angleteire ; ils poussent à la bataille, et soutiennent de leur argent les princes (jui vont se battre: révidution importante que Philippe de Valois ne pouvait pas deviner : il ne pouvait pas comprendre (pie lui, qui avait dispersé comme la paille les bourgeois dVpi-es el de Bruges, (pii avait étoufle ces gros Flamands dans leurs lourdes cuirasses , il serait lorcé de lâcher pied devant les alliés el les amis de ces mêmes bons hommes dont il avait éi-ori^é tieize mille en un jour. A coup sur, il eùl lallu être un plus grand politique que Philippe de Valois pour [)révoir la défaite (lui le menaçait. D'ailleurs le roi Edouard III ne s'était pas posé loul d'abord comme l'ennemi de la Fiance, au contraire il était venu lui-même à Paris pour laire hommage de ses provinces Irançaises. Rien n'égalait la magniiicence de celte cour. Paris était renommé connue le séjour le plus brillant du monde: son roi était le plus graml des rois ; il était riche, honoré, entouré de chevalieis, de comtes, de barons, d'une armée l'éodale. Le pape lui-même, Denoil XII, Irenjblail devant le roi de France. El lorsque le roi d'Angleterre retourna à Londres « la reine Philip|ie de Hai- « naul le reçut moult joyeusement, et lui <lemanda des nouvelles du roi « Philippe son oncle, et de son grand lignage de France : le roi son « mari lui recorda assez el du grand .■lai cpi'il avoit trouvé et des hon- ■< neurs qui éloient en Fram-e, auxqiu-ls de faire ni de IVul reprendre à

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« l'aire nul aiili'c pays iic s"acc(>iii|iaiaii;(;. » l.c roi (rAiit-Iclerrc (';lail donc, à loul complei', un }telil roi comparé au roi (l(! France. Oui : mais en revanche le roi d'Angleterre avait pour lui lés vceux de la Flandre, l'appui unanime de son royaume, les Pays-Bas et l'empereur Louis de Bavière : il avait pour lui ce litre de roi de France (pie venait de lui conférer Arteweld, ce Rienzi de la Flandre; il avait celte première bataille navale de l'Ecluse, gagnée par des archers anglais en compagnie des soldats de la Flandre; il avait la mer, ([ui était l'estée libre ; il avait la Bretagne , qui venait de se révolter contre la France; il avait enfin ce Geoffroy d'Harcourt le Normand, baron de Saint-Sauveur-le-Vicomte , long-temps dévoué à la France : ce d'Harcourt, après avoir proposé à Philippe de Valois la conquête même de l'Angleterre, avait passé au roi Edouard pour venger on ne sait quelle injure. Le traître, au commencement de la guerre, avait donné au roi anglais ce funeste conseil : « Sire, le pays de Normandie est l'un des plus gros du monde ; pays ouvert, gras et plantureux en toute chose , (jui n'a pas vu les guerres deiuiis cent ans ', vos gens y trouveront si grand profit qu'ils en vaudront mieux vingt ans après. » Fatal conseil ! En effet, rien n'égalait en ce moment la prospérité de notre chère province ; elle se voyait à bout de ses batailles ; elle avait tourné son génie du côté de l'agriculture et du commerce ! Hélas! que de ravages l'attendaient. On était au 20 juin de l'année sanglante 1316; l'Angleterre, confiante dans sa fortune, faisait force de voiles pour la France. L'escadre anglaise se composait de mille vaisseaux , quatre mille hommes d'armes, dix mille archers, seize mille hommes d'infanterie légère. Sur la nef royale étaient embarqués Edouard HI et ce même Geoffroy d'Harcourt, et le jeune prince de Galles, qui avait à peine quinze ans. Les plus grands seigneurs de l'Angleterre, les Cornouailles , Warwick, Suffolk, Oxford; les plus braves chevaliers, les trois Bontemps, Mortimer, Lucy, Felton, Berkley, Jean Chandos, Richard de Cambridge, étaient du voyage. L'intention d'Edouard était d'attaquer par la Guienne. Si la (lotte anglaise fût entrée dans la Gironde, la France était sauvée ; le conseil du traître Geoffroy perdit la France. Edouard, facilement persuadé, change de route, il fait tourner la proue de la nef royale vers les côtes de Normandie. Depuis quatre siècles, c'était la première fois que la province était envahie. Edouard, monté sur son vaisseau, dont la voile blanche et rouge s'enflait d'un vent favorable, toucha les côtes de la Noi -

' Fioissanl, I. Il, p. 30;î.

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iiiaiiilic. (Jiicllc lui (i<»iic Sdii (''|t(Mi\;iiil(' (|ii:iiiil elle se \il ciiviiliic , lu ii(»l)l(' |tr(tviiic(', par ccUc ariiirc dlrlaiKhiis , lU; (iallois, d'Écossais, (le luercciiaircs! Kdouard déitaniiia, sans côiii) IV'iir, dans la prcsiin'iic (In (lolenliii, on rlail le licl" de ce trrillie d llarcouil . il lit marclier son armée en (rois colonnes parallèles, pendant (pie la IloKe aii^ilaise suivait le i'ivai;e. Cerles, les Normands ne s'allendaienl i;u("'re à (Hre aila- (|nés par ces Anjilais, (ju'ils regardaient connue les liàtai'ds des vieux Normands. AK'me ils avaient proposé au roi de France de faire de nouveau, et à leurs Irais, la coiuiuète de l'Angleterre. D'une lacon leriilde les Normands furent tirés de cette paix profonde ; l'Anglais senipare de tout ce ([ui tomlte sous sa main, ilonJleur, (llierliourg, Valoiznes, Carentan, Saint-L(j, avec une fureur et une rage (pii rappellent les premières invasions venues du Danemark. Jamais butin plus nombreux ne se rencontra , et plus facile. I.a Normamlie regorgeait de prospérités el d'abondance; les maisons étaient pleines d'argent, les granges étaient pleines de blé, les pâturages cliargés de moutons et de bœufs, les villes encombrées de marcliandises. Tut fut pillé, et, comme pour ajouter à l'avidité et h la fureur de ses soldats , le roi Edouard 111 fit traduire en anglais la lettre des Normands à Pbilippe de Valois, et la réponse du roi de France qui leur permettait de prendre l'Angleteri-e. Cette letti'e était lue avant la messe, dans les églises, à la ttMe du camp; elle faisail de celte guerre la guerre de Ibonneur anglais. En ce moment, il nous faut recommencer tout ce ([ue nous avons dit des ravages des conjpaguons de Rollon : le feu, le glaive, le pillage, le blaspbème. Vernon , Verneuil, le Ponl-de-l'Arcbe , tout est brûlé; surtout le siège de Caen fut horrible. Caen était, autant que toute autre cité normande, une ville marchande et peuplée, pleine de riches bourgeois , de nobles dames el de belles églises. Trois cents Génois formaient toute la garnison. Ea Hotte anglaise était à l'embouchure de l'Orne, la douce petite rivière qui promène aujourd'hui une onde si limpide et peu profonde entre les saules de son rivage.

En vain les bourgeois de Caen veulent résister, tout cède à la furie anglaise. La ville est prise et livrée au pillage. Chacun se défend comme il peut dans sa maison , jusqu'à ce que la flamme dévore la maison et ceux qui rhabitent. Il fallut (|ue Geofl'roy d'Harcourt vint en aide à tous ces infortunés, mais il ne put les sauver du pillage. Le pillage dura trois jours; tout fut de bonne prise, les meubles, les joyaux, les maisons, les terres, les édilices; les cendres mêmes de Ciuillaunie le (lotnjuéntui , enlerr('' a Caen dans la fosse (pii lui avait

été dispiilée, ne rmciil piis respectées par ces soldats nourris dans lAniileteriT de Giiillaiinie. Dans toute la France, la lanienlalion fut universelle. Les peuples éperdus élaieut tout prêts à répéter dans leur désespoir le cri laraentalde : A furore Normannorum libéra nos! Seigneur! Seigneur! entendez-nous, Seigneur! Hélas! les trois hommes de race noi-niande. — Edouard III, le comte d'Arundel, GeollVoy d'IIarcourt, — ont mis au pillage la France épouvantée. — Cependant Philippe de Valois accourait en toute hâte pour arrêter les envahisseurs. De Paris à Rouen, tous les ponts sur la Seine étaient rompus. Arrivé à Poissy, le roi anglais voit accourir l'armée de Philippe de Valois. L'armée, nomhreuse, indignée, française, est pleine de colère contre cette horde de pillards. — L'aventure était périlleuse pour le roi Edouard et pour ses gens. Il comprenait qu'il avait poussé trop loin; le retour n'était pas facile. Le roi de France amenait avec lui le plus heau de sa chevalerie, le roi de Bohème, le duc de Lorraine, le comte de Savoie et le comte de Namur ; un instant, le roi Edouard III voulut se tirer d'adaire par un cartel au roi de France; le roi accepta le cartel, mais pour un temps meilleur, quand serait châtiée l'armée anglaise. En ce moment , l'Anglais se fût estimé trop heureux de gagner la Flandre par la Normandie et le Vermandois, en longeant les côtes. Son plan était tout fait; mais il fallait passer la Seine et la Somme, les ponts étaient coupés; à Rouen, une partie de l'armée française gardait la rivière • force était donc de remonter jusqu'à Poissy. A Poissy, Edouard passa la Seine, et, à grands pas, il courut rejoindre les milices llamandes, qui l'attendaient sur les hords de la Somme : manœuvre hahile. Mais le Valois gagnait de l'avance sur Edouard; il arrivait menant avec lui huit mille chevaliers, six mille archers génois, quarante mille fantassins. Cette fois, le roi anglais était pris, lui et son armée. Toute retraite était défendue, tous les ponts sur la Somme appartenaient aux Français; le gué d'Ahbeville était gardé par ([uatorze mille hommes, que commandait le Normand Gondemar Dufay; nécessairement il fallait que l'armée anglaise passât de nouveau par les villages quelle avait ravagés, [tar les villes qu'elle avait brûlées. Cette armée, naguère si insolente et si féroce, était tond^ée dans le désespoir; le pain lui mantiuait et surtout la viande; ces mercenaires à la solde des nuu'chands de l'Angleterre, se sentant pressés par cette armée féodale, |iar cette armée de comtes, de barons, de gentilshommes, ne demandaient plus (pi'à jeter les armes... Nous (Mious cependant à la veille de la dél'aile de ("aé'cv.

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ComnuMil racoiilcr telle Italaillc sans tMre iiém.'ti'('' dt' riiiiiuciisc, «louleiir (lonl le souvenir fail Itallre les eteiiis les plus iiidillérenls , même après lanl de siècles "f Le roi Edtuiard , après avoir loreé le ffiié d'Altbeville , élail arrivé dans le Ponlliieii; il se Irouvait acculé de ce côlé , sans un vaisseau ((iii lui \inl eu aide; ses Ani-lais, liarrassés par (iuaranle-cin([ jiuirs de marche, s'étaient retranchés dans leui" camp. Ils allendaient eu silence et résii;nés. En ce moment, le roi Edouard était perdu. Il allait enlin être châtié comme un incendiaire , comme un pillard! Toute l'armée anglaise était accablée à ravauce. Us regret- (aient leurs fenmies, leur patrie, surtout leur butin. Le roi Edouard, acculé dans cette positi(ui teri'ible , regardait son lils , ce bel enfant i|u"il avait armé chevalier sui- le rivage de la Erance. De cette armée naguère si brillante, à }teine sil restait trente mille hommes : quatre mille hommes d'armes, dix mille archers anglais, et pour le reste des (lallois, des Irlandais, des sauvages. Cependant l'arnu^e Irançaise accourait en criant : Victoire! Elle avait fail , tout d'une haleine , cinq grandes lieues par un temps horrible. Dans cette foule marchaient quatre rois : Philippe, roi de Erance; Jean l'Aveugle, roi de Bohême; Charles, roi des Romains, lils du roi de Bohême, et le roi de Majorque ; les hommes les plus illustres de la noblesse de France : le comte d'Alençon, frère du l'oi ; le comte de Blois, le comte de Elandre et son jeune lils, les comtes de Sancerre, d'Auxerre, de Beaumont; les 'ducs de Lorraine et de Savoie , et le brave d'Harcourt, lidèle à la Erance celui-là, bien qu'il fût le frère du traître Geoffroy. Les gens d'armes, les archers , la milice , arrivaient dans l'empressement d'une victoire assurée. Ils s'indignaient de l'insolence de ces Anglais qui osent les attendre de pied ïenm. Divisée en trois corps, l'armée anglaise occupait les hauteurs de Crécy; les chevaux et les bagages étaient protégés par un fossé; les hommes d'armes avaient mis pied à terre; à droite la forêt, à gauche le village, ou, i)our mieux dire, une montagne d'arbres coupés. Pour arriver jusqu'aux Anglais, l'espace était étroit, diflicile; lavant-garde se tenait au Itas de la <-olline, commandée par le prince de Galles, qui lui-même était entouré des plus nobles épées et des plus braves gens de l'armée : le comte de Warwick, le comte de Kenfort, Jean Chandos, et le traître d'Harcourt. Le deuxième corps, destiné à soutenir l'avant-garde , avait pour chef le comte d'Arundel ; arrivait enfin le roi Edouard ÎII, dominant de toute la tête ces neuf lignes de gens d'armes que soutenait le désespoir; sans comitler de nouvelles machines de guerre, pres(|ue inconnues el silencieuses, ipii ('laienl à

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