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riiivei", else nounirenl comme par miiacle avec lesi'acines des arbres. Plusieurs l'emmes accouchèrenl au pied de ces remparts inexorables. Alors,plusd'une fois, le père de l'enfant, placé sur lebautdc la muraille, jela une corde pour qu'il pût embrasser son lils; embrassé et baptisé, il rejetait l'enfant sur le sein de sa mère... la mère emportait son enfant pour aller mourir, tous les deu.x, un peu plus loin. Ainsi, ni secours à attendre du côté de la France, ni pitié du côté de l'Angleterre ; il fallait expirer en silence. Seulement lorsqu'arriva le jour de Noël, la fête par excellence, les Anglais, qui célébraient dans leur camp la naissance de l'enfant Jésus, eurent un instant de pitié pour ces malheureux qui n'avaient ni pain ni asile; ils leur envoyèrent de quoi dîner ce jour-là. Le roi Henri V poussa même la générosité jusqu'à offrir à la ville assiégée de la nourrir le lendemain; mais les assiégés répondirent lièremenl qu'ils n'avaient besoin de rien.
Cependant mille rumeurs avaient lieu qui soutenaient le courage des assiégés. On disait que le duc de Bourgogne venait enfin au secours de la ville iidèle ; on ajoutait que le roi de France avait été chercher l'oriflamme à Saint-Denis, sur l'autel qui avait vu partir et revenir tant de grands rois... Vain espoir, vaine illusion ! — Il faut mourir sans secours! — Rien ne vint ; la ville était perdue : cinquante mille hommes étaient morts de faim et de misère. Celte fois il fallait se rendre, se rendre à cet implacable et impitoyable roi d'Angleterre, se rendre sans miséricorde ni merci ! Les gens de Rouen, dans celle extrémité, aimèrent mieux faire sauter la muraille et vendre chèrement leur reste de vie; mais le roi d'Angleterre n'osa pas affronter tant de désespoir, il envoya lui-même la capitulation que voici : « Tous les hommes auront la vie sauve, tous et chacun pourront se retirer, excepté Robert Livet, vicaire général de l'archevêque, Jourdain , maître de l'artillerie, Alain Blanchard enfin, le héros de ce siège. » Blanchard avait été le conseil et l'exemple de la ville entière; il avait élé, dans toutes ces misères, la consolation, le courage, la force de la ville! De ces trois proscrits, il y en eut deux qui se rachetèrent à prix d'or; Alain Blanchard pava pour les deux autres, car il fallait au moins une tôle au roi Henri V. Blanchard marcha au supplice du même pas qu'il eût marché au rempart : — Je n'ai pas de hieti, disait-il, je ne puis me racheter; mais j'en aurais, que je ne l'emploierais jias à empêcher un Aufjlais de se déshonorer! — La ville devait payer trois cent mille écus d'or, en deux mois; horrible amende qui ne put être comblée que par une espèce de contrainte par corps dont la ville de Rouen lui rrajqiéc d'abord, et avec elle la Norman-
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(lie entière. — A la porle de chaque maison un inellail des gardes, et vous n'eu pouviez sortir qu'avec un billet acheté à prix d'argent. Ah! c'était le triomphe dans tout ce (|u'il a de dur, de mallieiireux et de cruel ! Le roi d'Angleterre était entré dans celle ville avec toute l'insolence des barbares d'autrefois. De cet argent, ramassé au milieu des ruines et du sang, Henri V remboursait, aux évoques anglais, les grosses sommes d'argent qu'ils lui avaient prêtées, deux (jui consenlaienl à prendre en payement des terres normandes,le roi leur en donnaitet leur faisait bonne mesure. Le pays de Caux, que l'on peut regarder comme le grenier de la France, cette terre de l'abondance et de la fertilité qui n'a jamais donné de vaines promesses au laboureur, était dévastée à ce point, qu'on n'y rencontrait plus que des loups affamés; et, comme des plaintes se faisaient entendre sur la misère de ces campagnes, le roi anglais, bon prince et compatissant, leur envoya... un louvetier !
La prise de Rouen fut, aux yeux uièmes du roi Henri V, une conquête si importante, que désormais il ne mettait plus de bornes à son ambition ; il rêvait déjà qu'il devenait l'arbitre de l'Allemagne, que la reine de Naples lui donnait Brindes et le duché de Calabre. En même temps, il refusait l'offre du duc de Bourgogne, qui le voulait marier à une fille de Charles VII, avec la Guienne et la Normandie. La princesse était jeune et belle; elle assistait à cette entrevue où elle jouait à peu près le rôle de la princesse Gisèle, lorsque cette fille infortunée du roi le Simple épousa le premier duc de Normandie. « Oui, certes, elle est belle, disait le roi Henri V, et je la veux pour ma femme, mais je prends en môme temps, non-seulement la Guienne et la Normandie, mais encore la Bretagne, l'Anjou, le Maine, la Touraine, sinon je prendrai tout, la lille d'abord, et ensuite le royaume de son père. » Que répondre à un pareil vainqueur? 3Iais Dieu n'a pas mis en vain le remords dans le cœur de l'homme , l'insomnie à son chevet, la honte sur son front, l'infamie sur son nom propre! A force de voir la sainte patrie avilie et souillée , le duc de Bourgogne comprit que celte cause était sa propre cause ; il se tourna du côté du dauphin, à qui il demanda pardon de ses trahisons. Le dauphin était entouré des frères, des parents, des prisonniers d'Azincourl et des égorgés de Paris. La France était arrivée à cet instant de misère abominable où il n'était plus permis à tous ces partis divers de s'entr'égorger. Pourtant à quoi servit cette alliance du duc de Bourgogne et du dauphin? Quelles haines apaisa-lelle? Le pont de Montercau s'est chargé de nous répondre ! Sur le pont de Monlercau fui assassiné, par les gens du dauphin, le duc de Boui'go-
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i;iie , ail iiuuiiciil on le Boiiriiiiii'iKiii ne [xmvait plus l'aiic de mal à la Kraïu'o : liieii plus, à 1 inslaiil iiièiiK; (tù, iorci'Miieiil, |»(>iii' se la\ci' à la l'tiis de sa làcliotô (rAziiirourl, de l'assassinai du duc dOrléans et de la [U'ise de lloueu , [inur l'aire (udtlier tant de lialiisuus el laiil de eriines, le duc de Bourgogne allai! couipreiidre ipiil y allait de riionneiir à servir loyalemenl la pairie l'i-auçaise ! Moil le diu' de Boui'gogne, la France se reiuplil de Bourguignons l'éi'oces, et le nouveau duc de Bourgogne, Jean le lio)i, s'allie aux Anglais pour venger son [tère. Quoi encore ? Paris, poussti à boni par la faiin el par le désespoir, n'eul pas de honte d'ouvrir ses portes au roi d'Angleterre! llélas ! il ne faut pas tro}t accuser la cité malheureuse; elle n'avait plus de roi, elle n'avait plus de chefs, elle n'avait plus d'espoir; la faim hideuse et lente avait abruti ces ànies, naguère si hautes et si vaillantes. A (pii se lier dans celle misère? Le roi était fou; la reine se disait (pie, tout au moii'.s, à défaut de son mari, sa fille Marguerite monterait sur le trône de France. A la fin, le propre neveu du duc de Bourgogne, le comte de Saint-Pol, un enfant que le feu duc avait donné aux Parisiens pour les gouverner, fut
envoyé au roi d'Angleterre, lui olfrant celle ville sans défense Ainsi
le roi Henri V, après avoir mis trois ans à con([uérir la Normandie, se vit, en un jour, le maître de Paris! Allons, encore un peu de courage, achevons cette abominable histoire! Belisons, la rougeur au front, ce traité de ïroyes (iil mai l^il20) '. par lequel le roi Charles VI plaçait la couronne de France sur la tête du roi d'Angleterre. Que disons-nous'^ Au même instant, le roi de France reniait son propre fils, l'héritier légitime; il livrait sa fille, Catherine, à Henri V d'Auglelerie. — Allons, le sort en est jeté! Boi d'Angleterre, prends le roi de France, prends le dauphin, prends la fille de notre roi, prends tout le royaume, prends la gloire de ce vieux peuple. Va! fais des enfants à celle fille de France, pour qu'elle donne le jour à de nouveaux ennemis de la patrie française. Va! porte en tous lieux le ravage, la honte, la terreur; marche sous les murs de Sens, de Monlereau, de Melun , et si les forces te man- ((uent , si les assiégés te résistent, tu peux traîner à ta suite le roi de France, ton beau-père, et ta femme Catherine, et ta belle-mère Isabeau. Tout t'appartient . Vincennes, la Bastille, le Louvre, la tour de Nesie, Paris, le roi, le duc de Bourgogne, ce fils de Jean sans peur qui n'a pas encore vengé son père! Bien plus, roi d'Angleterre, au milieu de cette
' Par le traité ilc Irojes, les deux États de l^rante et (rAiiglctcnt', nMiiiis sous le inêine loi, devaient garder séparément les flioits et piiviii'iies des provinces, des villes, de la noblesse, du clergé ; Henri V iinissail la Normandie à la conronne de France.
ville (Miverle, ciiIcikIs rclenlir à (es (irf'illL's (Icdai^iiciises, les vivais ri les cris <lc joie de ce peuple lameiiUihle ipii ne pense plus qu'à manger el à (lonuir. Roi d'AngleleiTe, lu es le maître de la France; lu es le njaiUe des corps el des consciences : règne donc! Proscris le dauphin; dis qu'il esl déboulé de loul droil à la couronne, dicle des ordonnances, monlre-loi dans Ion doulde triomphe à tes deux peuples; couvre de honle le duc de Bourgogne, Ion allié; déshonore môme les prisonniers, el le roi d'Ecosse, el le duc de Bourbon, et lous ces ambassadeurs des princes chrétiens qui t'adorent à genoux ; fais que l'Anglelene soil aussi grande par la politique que par les armes. N'est-ce pas assez encore r le faut-il des honnnes et de l'argent':' Prends lous les hommes, prends loul l'argent de la France anglaise, un moment viendra enfin où le Dieu (jui veille là-haut sur les destinées humaines, aura pitié de la France de Charlemagne et de saint Louis !
Deux ans après la signature du traité de Troyes, le roi Henri V meurt (le 31 août 1422) dans son château de Vincennes: il meurt en reconnnandant aux Anglais de ne mioncer jamais à la Normandie. Trois ans plus lard (31 octobre), le roi Charles VI meurt à son tour, pleuré par son peuple, dont il s'était fait aimer à force de malheurs. Le roi anglais Henri V, le plus glorieux el le plus heureux des monarques, esl ramené à Londres comme un triomphateur dont la mort môme est encore une victoire; on l'ensevelit à Westminster, à côté d'Edouard le Confesseur. Le cor[>s de Charles VI est porté dans les caveaux de Saint- Denis, en silence, comme un enfant (jui meurt avant d'avoir vécu. Oui, mais cet enfant devait nujurir après le roi Henri V, sans doute pour que l'histoire n'osât pas écrire sur le tomlieau de Henri V : « Iloiri V, roi de France et d'Angleterre. » Pauvre roi Charles ! au nu)ins il emporta, dans sa tombe, ce hochet, ou, si vous aimez mieux, celle couronne que le roi d'Angleterre avait tenue entre ses mains : mais la mort ne lui avait pas permis de la poser sur son front. Tout le reste de cette histoire n'est (pie famine, peste, mendicité, néant. Maintenant (pie les voilà lous morts, le diM'd'Orléans elson meurtrier Jfr//<.v«//67;('((/-, le roi de France (Miarles VI el son vainqueur Henri V ; nuiinlenanl (pie les Armagnacs sont tombés à Azincourt, que les Bourguignons sont devenus des Anglais; maintenant que les Anglais eux-mêmes, pour leur bénéhce de tanl de travaux, (;l de tant de batailles, et de tant de victoires, en sont venus à reconnaître pour leur roi un enfant ([ui esl le pelil-lils du roi de France, il se fait t(!n)ps i\\U' la Providence intervienne, el la Providence interviendra, soyez-en surs. — Lliomme s'agite. Dieu te mime! C'est l'archevêque de Cambrai (|iii l'a dil.