CHAPITRE XIII
Gouvernement pendant la minorité du roi Henri VI. - Le duc de Bedfort résent de France. — La vie
et la mort de .Jeanne d'.Arc. — Sarre de Charles VIL — Jacques Cœur. — Le duché
de Normandie réuni à la couronne de France.
Les fails nous pressent et nous poussent pins vile que nous ne voudrions nller. A «■elle heure de Ihisloire nioilerne , la Normandie est tellement mêlée avec le reste de la France, qu'il est presque impossilde de les séparer Tune de l'autre; et cependant comnu'ut tout dire':* Comment suivre ces deux rois, Charles Vil et Henri VI, (pii portent l(Uis les deux la couronne de Krance' » \y dauphin se trou-
< vait à Kspeley, cliAleau situé à Velay.
< d'autrcsdisent àMelim sur-V('vres,en '< Herry, husipiil apprit la mort de son . père. Proclamé r<ii parle petit iumihrc ' de lidèles (pii renvir(Uinairul . il slia-
hille de noir et entend la messe d;ms la clia|»elle du cliiiteaii : puis on
.H9() l-A NOIIMAN DU-;.
" déploie la bannière aux Heurs de lis d'or: une donzaiiu^ de serviteurs « crienl : Noël! ei voilà un roi de France! » La inorl seule du roi Henri V poiivail sauver la France de sa ruine coniplèle. Maintenant, pour peu tpie Dieu ail placé dans l'àme du dauphin le courage des grands c(eiirs, le dauphin, soutenu par les vœux d'un grand peuple, saura bien reconquérir sur un enfant de neuf mois (le fds de Henri V et de Catherine) le trône de ses ancêtres, et couronner une longue suite de succès parla soumission de la Gascogne, dernier fragment de l'ancien patrimoine des monar- (pies anglais en France. — La Loire formait la ligne de démarcation entre les deux partis. Au sud de la Loire, toutes les provinces, excei>lé la Gascogne, avaient servi la cause du roi de France; au nord, l'Anjou (3l le Maine restaient neutres; tout le reste obéissait au duc de Bedfort, régent pour le jeune roi. Alors la guerre recommence de plus belle; le pays fut pillé des deux parts. Que de batailles! que de misères! Dans ces deux armées qui sont en présence , nous l'encontrons les plus grands capitaines de l'histoire et même les héros de la poésie : Richemont , La Trémoille,le b<àtard du duc d'Orléans, le comte de Dunois, et La Hire, ci Xaintrailles, les plus illustres épées,bien dignes de sauver un royaume. Quand nous disions tout à l'heure t[ue la Providence allait se montrer enlin, nous pressentions la sainte et courageuse héroïne qui devait venir. Non, la France ne pouvait pas rester plongée dans ces barbaries et dans ces hontes! Non, l'Anglais ne devait pas franchir la Loire comme il avait passé la mer! Certes, le roi de France est bien malheureux. Orléans seul lui reste encore; mais cette ville une fois prise, il ne trouvera plus personne dans son royaume pour l'appeler roi de France. Déjà Orléans est serré de très-près; les meilleurs soldats de l'Angleterre ont élevé, autour de celte enceinte formidable, une suite de forts et de bastilles. Les plus grands généraux qui se sont battus sous Henri V, les mêmes (|ui étaient au siège de Rouen et qui savent ce que c'est qu'une ville bien iléfendue, bien attaquée , ceux-là ont voulu assister à la prise d'Orléans : Salisbury, Suffolk , bud Talbot , l'illustre ami et compagnon d'Edouard 111 et du pr/vce Noir; n'oublions pas les chefs moins célèbres, mais plus féroces , mais plus furieux, qui avaient juré de ne rien laisser de vivant dans la ville, pas un homme, pas une femme, pas un enlant, p;is un chien. Orléans, c'était à la fois le centre et la clef du Midi, c'était la ville lidèle remplie de bourgeois dévoués et qui acceptaient le péril en riant. Jamais, depuis longtemps, on n'avait dit en France tant de quolibets, de bons mots et de pi(piantes railleries que dans cette ville assiégée. Ce n'était pas comme au dci nier siège de Rouen , où (ont était
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soiiilnc (i liislc, dû les assit'i^i's iiiiiiii|u;ii('nl de pain, nù les assit'gcanls ('laioiil coiimiaiKU's par un foi auslôiv (pii iiavail. à la Itouclie que des paroles clirélicniies cl des moiiaccs de iiiorl. Orléans, enlonré de tonte nne armée, se troiivail dans lalMindaiH-e ; la ville avait des canons qni laisaienl merveille el des eanomiiers (|ni Taisaient reenler les Anglais. Kntre dcnx canonnades, les ménétriers jouaient des sarabandes; on faisait des sorties, on s'envoyait des duels : deux Gascons se hallaienl contre deux Anglais, à la vue des deux armées. Les Anglais cependant y allaient sérieusemeni ; ils savaient qu'Orléans pris, le Berry, le Poitou, le Bourbonnais étaient à eux. Chaque jour amenait sous les murs assiégés des forces nouvelles, des nmnitions , des vivres. La ville, serrée de plus près, devint sérieuse à son tour; les plus prudents se hâtèrent de fuir; rarchevèque de Reims et même l'évèijue d'Orléans suivirent leur exemple. Dunois resta, défendant hardiment l'apanage de sa maison. Dunois, c'est le vrai gentilhomme, le vrai chevalier; il est dévoué au roi de France , en raison même de la faiblesse du roi ; son exemple n'a pas peu contribué à rallier, autour du trône chancelant , ce qui restait de la noblesse féodale. Cependant la famine tomba sur la ville assiégée, el avec la famine la trahison ; et (juand la ville envoya des députés au roi de France pour lui demander au moins des vivres, le l'oi de France répondit en montrant son chétif dîner, conq)osé d'un morceau de pain et d'une queue de mouton. Toutel'(tis la pitié et la sympathie se lirenl entendre pour celte ville qui se défendait si bravemenl, au nom de son seigneur le duc d'Orléans, prisonnier des Anglais, à qui la ville voulait conserver son apanage. Ce duc d'Orléans prisonnier était le poète, le fils du duc assassiné, dont les ballades et les virelais étaient chantés par tous les ménestrels. Par Valentine de Milan, sa mère , il appartenait à l'Italie. Vingtcinq ans de captivité en Angleterre nous ont valu le livre le plus original de la poésie au quinzième siècle; ce sont des vers où, pour la première fois peut-être, l'esprit n'exclut pas le talent. De cette langue si rude encore, le duc d'Orléans sait tirer les plus naïves et les plus douces images. Sa tristesse est pleine de charme, son style est plein de couleur, son émotion est simple et vraie. Sous le ciel gris de l'exil, il pleure la France, son beau soleil, ses fraiches campagnes, ses faciles amours. Il est l'auteur de ces vers charmants :
Lt! temps a lais.-ié son inaiiltaii De vent, de IVoidiirc et ilo pluie, Et s'est vostn de hroyderie De soleil liant, elair et l)ean.
:',98 lw\ NO U iM A iN I) 1 1:.
Il n'y a beste iiy oiseau
Qu'on son jargon ne clianlc et cric...
Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie
Gouttes d'argent d'orfèvrerie;
Cliacun s'habille de nouveau.
Le temps, etc.
Les femmes ne fiii-enl pas les dernières à apporter leur dévouement dans cette canse sainte; les femmes de France étaient restées lidèles à la France, et rien n'avait pu, dans toutes les magnificences de l'Angleterre triomphante, faire changer ces nohles âmes. Pourtant les progrès des Anglais étaient rapides, et chaque jour la ville était serrée de plus près. Mais Dieu soit loué! pour sauver la France, il ne fallait (piuii miracle, et Dieu fera ce miracle: Dieu enverra à la France et au roi l'ange sauveur, ta Pucelle! C'est grand dommage que cette biographie illustre entre toutes ne soit pas de notre sujet, que la sainte héroïne n'appartienne à la Normandie que par son supplice, et ne paraisse à Rouen que pour y mourir. Cette vierge, cette sainte, représente à elle seule tout le hon sens de la France en 1 i29. Elle vint tout exprès pour deviner ce qui se passait dans l'àme des peuples. Placée entre ces deux rois, Henri VI et Charles VU, celui-ci Français par sa mère et petit-fils de Charles VI, celui-là fils de Charles VI, mais aussi (ils d'une mère d'une vertu douteuse et compromise, la France ne savait guère quel était, de ces deux-là, le prince légitime. Fa Pucelle d'Orléans dit à la France, en désignant Charles VII : Celui-là est ton roi! En môme temps elle le menait à Reims, où le roi français fut sacré, avant même que le roi d'Angleterre ne fût sacré à Notre-Dame de Paris. Dès ce moment le peuple de France n'hésita plus. Certes, sa misère était grande, profond était son désespoir; il ne croyait plus ni aux prêtres, ni au roi, ni aux seigneurs, mais il croyait en Dieu, et voilà pourquoi il adcqtta la rucelle! Son conseiller naïf et inspiré tout à la fois, ce fut elle, cette fille du peuple, cette fille des champs ; elle portait d'une main si hardie l'épée et le drapeau de la France! D'où venait-elle? Le peuple, qui sait tout, disait qu'elle était l'envoyée de Dieu. Toujours est-il qu'elle venait des campagnes de la Lorraine, qu'elle était née dans le même pays que l'historien de saint Louis, le sire de Joinville; elle était la troisième fille d'un laboureur pauvre et d'une femme nommée Isabelle, sainte de cœur, qui ap|»rit à sa fille à t-oudre et à filer, et en môme temps les plus belles hisloiies de la rcliuion chrétienne. De bonne heure Jeanne avait été