‹ La NormandieChapitre 76 sur 118 · I. A N () !l iM A N I) I K. ;i9y · texte numérisé non relu

I. A N () !l iM A N I) I K. ;i9y

(•iov;iiil<* cl foiiliaiitc (Ml Dieu. Dans son villai;c, on la ciUiil j)oni' sa piété sinipU' »'l aclivc, pour sa cliaslelé passionn('e, [tour sa hcaulé naissante, dont seule elle ne se doutait [)as. De hiuiue heure la jeune yueirière avait tMé pensive, elle avait enteiulu dès le Itereeau les cris allreux de la liueri'c; elle avait a|tpris tant dliistoiies dassauls. de pillai;es , dineendies ! si souvent il avait fallu luic la maison paternelle, pour se cacher dans les hois! Alors elle se demandait — enl'aut héroupie! (piand donc ipichpiim viendrait pour sauver la France'!^ En même temps les voix intérieures parlaient à s(mi oreille épouvantée et charmée; ces voix lui donnaient des conseils et des ordres : « Jeanne, il le faut secouiir le roi de France! Jeanne, il faut lui rendre son royaume! Jeanne, il faut venir en aide an pauvre peuple! » Dans son sommeil lui apparaissaient les saintes du paradis, et surtout les martyrs. Ces nobles visions la [lom-suivaienl la nuit et le jour. A la fin il fallut obéir : elle partit malgré son père, qui la voulait marier, malgré sa mère, (pii pleurait! Llne fois libre, elle obéit à la voix (jui la poussait; elle entra hardiment chez un des capitaines du tiauphin, demandant à èlre présentée à son maitre , car elle le voulait sacrer roi de France. Il y avait tant de conviction sur son front éclairé de l'auréole divine, tant de fierté modeste dans sa n(d)le attitude, (pie chacun fut touché à son aspect, et qu'on lui promit de la mener au roi. On lui donna un cheval et une épée , et elle partit, — par quel sentier, par quels chemins dévastés", à travers quels périls des hommes et des choses? Le fr(dd était grand au mois de février 1429. Elle s'avançait à travers tous ces périls d'un air inspiré , d'un courage inlré|tide; elle (d)éissait à la voix (jui disait : Marche! marche! Rien ne la put arrêter, ni les embuscades du chemin , ni les métiances (|ui l'attendaient à la cour de ce roi qu'elle voulait sauver. Elle se [irésente, le roi la reçoit au milieu de trois cents chevaliers ; elle va droit au roi, qui se cache dans cette noble foule. Sans l'avoir jamais vu, elle l'appela sou ijcntil sire! Elle lui i»arle dune voix pénétrante et pénétrée; elle l'appelle : vrai héritier de France et lils du roi. Elle fatigua les théologiens par ses réponses ; elle enchanta les femmes [lar sa modestie, les hommes par son courage, le vulgaire par sa beauté. Le peuple l'aimait déjà; il espérait en elle, faute d'un es(»oir [dus certain. C'était le dernier cri de la conscience publique, qu'un miracle seul i)ouvait sauver l'héritier de Charles VI; or le miracle ne prenait-il pas une belle apparence : dixhuit ans, un grand œil modeste et fier, les mains d'une jeune fille, la taille d'un jeune héros? Mais qui donc l'a jamais mieux vue, celte mdde pers(uiiie, (pie cette princesse Marie d'Orléans, (pii. d'une main royale.

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:i laillë dans le iiiaibre cvAic liclle cl l'avissaiile iina;^e du |)lus cliasle, ilii plus iKMiiicti', du plus sincère courage qui ait illuslré, dcMendu cl sauvé ce paysi' A peine armée chevalier, la Pucelle enlendil Orléans qui lapl»elail, Orléans ipui la France entière pleurait déjà coinine une ville perdue! Elle part, elle arrive, et chacun reconnut son sauveur rien (pi'à la voir; les soldats se mirent tout d'un coup à saluer ce général en chef qui leur venait de si haut; elle leur apportait à la fois l'espérance et le printemps; elle leur apportait le spectacle inconnu du courage sans apprêt, et surtout sans violence. Orléans tout entier s'était porté audevant de cet ange sauveur; la Fvcelle avait lait son entrée au milieu d'une foule ivre de joie; on chantait des cantiques sur son passage : c'était à qui toucherait au moins son cheval. Elle cependant, à peine arrivée, quand elle eut communié et passé tout un jour en prières, elle voulut voir de près la hataille. Dans le comhat elle était infatigahle; elle restait tout le jour à cheval sans hoire ni manger; elle fut hlessée le jour même où elle avait dit : Je serai frappée au sein! Une autre fois , en quittant sa maison , elle commanda qu'on lui préparât à souper pour un prisonnier qu'elle allait faire, et qu'elle fît. Attaqués par cette force surnaturelle, les Anglais fînirent par céder la place, abandonnant leurs bastilles, leurs prisonniers, leurs malades. On les voyait encore, dans le lointain , hâtant leur fuite , que déjà la Pucelle faisait dresser un autel de gazon en pleine' campagne; sur cet autel, l'armée rendit grâces à Dieu de la délivrance d'Orléans. Enfin, le 28 juin, sur le conseil, ou plutôt sur l'ordre de cette fille héroïque, que le peuple appelait la fille (le Dieu, la fille au grand cœur l le roi voulut aller à Picims II fallait qu'il fût sacré roi avant le roi anglais Henri VI; et tel était le coup d'(Eil de la guerrière qui conseillait ainsi ce roi et ce peuple, que, sur le passage de Charles VII, la France entière retrouva l'orgueil et le dévouement des belles années. C'était l'enthousiasme des beaux jours splendides de la cioisade; c'était mieux tpie la croisade en Terre-Sainte [)our délivrer le tombeau du Christ, (|ui na pas besoin de cette délivrance humaine : c'était la délivrance de la France tout entière. Devant le cortège royal marchait Jeanne d'Arc, son étendard à la main ; elle s'avançait comme un éclatant météore que pas un n'osait regarder en face. Elle avait un écuyer et deux pages , deux hérauts d'armes , un aumônier, douze cavaliers : « Elle était armée tout en blanc, une petite hache en sa « main, sur un grand coursier noir; un gracieux page portait son éten- '< dard déployé. Sur l'étendard, semé de lleurs de lis, il était écrit : Jésnsl i< Marie' et elle portait aussi gentiment son harnais (pie si elle n'eùl

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> l'iiil iiiilrc «iKtsc l(Mil le lt'iu|is de sa vie. » KIU' marcliail, cl les fossés ôlait'iil (•(•milles, ol les loms saliaissaioiil , cl les [loilcs des vilh^s s"(>iiviaiciU ilcllcs-imMiK's; liiomiiliaiile, elle mena iiis(iirà laiilcl de Picims le i'(»i C.liai-les Vil, (iiii lui toiicJK' [lar la saiiilc amjKtiile. Le l'disaeii', alors la Piicflle. s(> jclaiil aux [tieds de Charles Vil, lui demanda la permission

de rentrer dans son village, de relonrner dans la ehanmière paternelle: elle voulait revenir à la garde de ses moutons, et quitter l^'-pt-e pour la houlette. Oh! la nohle lille! La voix inspiratrice lui parlait de nouveau, elle lui disait : « Jeanne, lu as Uni ton (cuvre. Jeanne, tu as montré à la France et à l'Angleterre ce (pie peut accomplir une simple lille des champs, quand elle est soutenue par la croyance dici-ltas el par les vertus d'en haut. Et maintenant renonce aux coud)als,àla gloire : meurs ignorée! >> Mais, quoi! Jeanne ne fut pas la maiiresse d'ohéir.

L'armée el le roi ne veulent pas la laisser partir ; elle ohéil, elle suit jusqu'au hout son sentier de gloire et d'épines. Maintenant l'Anglais n'était plus l'egardé connue un oltstacle inviucilde ; bal tu par nue feuune, il avait perdu, sous les murs d'Orléans, tout le preslige de la victoire. 11 était encore le maître dans Paris; mais Paris, la ville r(tyale, Paris, au premier a[tpel, devait réi)ondi"e au l'oi de Fraïu-c. Au roi de l'iaïuc Compiègne el Beauvais venaient d'ouN rir leurs p(Mtes : c'(iait le chemin de la Normandie: ci la Pucelle voulait (pi'avanl loiil les Anglais Insscn!

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chnssés de la pciiviiirc ; cuv la iNonnaiidic «Hail le passage des An^ilais, ils la regardaieiil coiiiine leiii' doiiiaiiie légilinie. Rebelle à ces sages conseils, le roi pousse sur Paris; Paris esl attaqué par la porte Saint- Honoré : tout d'abord la Pucelle emporte le boulevard. Comme elle allait francbir le fossé, elle est blessée; mais, toute blessée qu'elle était, elle ne voulait pas quitter la place , tant elle comprenait que le premier écbec devait la perdre. Grand malbeur , en effet, quand le peuple vous regarde comme infaillible; tant que la fortune vous est favorable, le peuple, il est vrai, bat des mains et vous adore à genoux; au premier vent contraire, vous n'êtes plus qu'une idole, bonne à briser. Toujours courageuse, mais moins sûre d'elle-même, Jeanne poursuit le cours de ses triompbes. Si l'enlliousiasme des courtisans, si l'admiration des capitaines, n'entourent plus l'illustre béroïne , l'entbousiasme des peuples reste fidèle à l'envoyée de Dieu. C'est que le peuple, malgré le roi, malgré les seigneurs, devait sauver la France! mais l'œuvre qu'elle avait commencée, Jeanne d'Arc ne devait pas l'accomplir. Elle venait de se jeter dans la ville de Compiègne , que tenait assiégée le duc de Bourgogne : le jour même de son arrivée, la Pucelle commande une sortie. Elle sort, elle jette l'alarme dans le camp ennemi jusqu'au moment où, restée seule bors du rempart , — elle ne se rendit pas ! — elle fut prise par un arcber picard, qui la vendit à Jean de Luxembourg. Tout était dit pour la guerrière; elle n'avait plus à espérer que le martyre. Une btis prisonnière, elle comprit qu'il fallait mourir. Elle l'avait dit ellemême : elle n'avait qu'' lin an de durée; au plus fort de sa gloire, dans l'enivrement éclataul de l'assentiment populaire, elle pensait déjà au jour où elle serait vendue et livrée à la mort. Elle était en debors de toutes les lois liumaiues, et même des lois de la cbevalerie. Elle était trop vierge et trop cbasle pour être respectée par ces cbevalieis, qui avaient cbassé toute idée sainte de l'amour. Et comment le roi de France, aux pieds d'Agnès Sorel; comment le duc de Glocester, le mari d'une servante; comment le duc de Bourgogne, à qui la légende donne autant d'enfants qu'il y a de jours dans l'année; comment Pbilippe le Bon, avec ses seize bâtards, ses vingt-sept femmes et ses vingt-quatre maîtresses; comment tous ces soudards pris de vin et d'amour auraient-ils respecté une sainte, une jeune, une chaste héroïne? C'était une époque sensualiste et vicieuse; le vin, la bonne chère, les orgies de la nuit et du jour occupaient ces hommes de fer dans l'intervalle des batailles. D'ailleurs, l'Anglais n'était pas habitué à la défaite; il n'était pas venu en France pour être battu |>ar une bergère des champs: il lui fallait une

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vengeance, il résolut île se venger sur la l'ucelle. Mais avant tout il lallail la tirer des mains des Boiiiguignons. Jeanne dWie avait été achetée le ±3 mai par Jean tle l.uxendtoiug : im messager partit de Rouen pour sommer !e iUu- de |}(»urgogne et Jean de Ligny, comte de Luxembourg, de livrer à l(»rd Wai'wick , gouverneur de Ilouen, qui la réclamait au nom de rin(|uisitit»n , Jeanne /(/ soirià-r. A ce tribunal de l'iiuiuisition lui ajouté lévèipie de Beauvais, Caiicbon , un iionnue de l'universiié, andtilirux . dévoiu; à lAnglais, et rêvant déjà (juil était archevêque de Rouen. Voilà donc deux justices en présence, lintpiisileur et l'évèque de Beauvais. Mais la Pucelle n'était pas encore livrée ; il était douteux que le duc de Bourgogne et Jean de Ligny consentissent à violer avec si peu de vergogne les lois les [)lus saintes de la guerre. Tout au moins devait-on penser que le prince (pielle avait sauvé, le roi qu'elle avait sacré à Reims, ce Charles VII (pielle avait lait recimnaitre

pour le roi légitinuî, viendrait en aide à la lemme envoyée de Dieu

vaines prévisions dune politique qui ne tient pas compte des lâchetés et des passions du cieur de l'homme! La Vucelle, exitosée à la haine de l'Anglais, à la jalousie des gentilshommes de la France, la Pucelle était perdue. Le duc de Bourgogne eut peur (pie les Anglais ne vinssent plus acheter dans ses marchés, les toiles de la Flandre; le roi Charles Vil oublia, dans les bras de sa maitresse, l'ange sauveur qui l'avait défendu; Jean de Ligny tendit la main à l'argent de l'Anglelerre : la Pucelle lut livrée aux Anglais. Pourtant, du fond de sa prison, elle priait encore pour la France ; elle pensait à sauver la ville de Conqjiègne; elle voulut fuir pour combattre encore, mais elle tondra au pied de la tour où elle était enfermée; on releva Jeanne à demi brisée. Quand elle fut guérie, le duc de Bourgogne la conduisit à Arras, puis au donj(ui de Crotoy, sur les bords de la mer. A travers les barreaux de sa prison , elle [loiivait distinguer ces côtes anglaises, où elle avait espéré rejeter la guerre. Son seul instant de joie fut d'apprendre que Conqiiègne était délivrée; mais cette nouvelle humiliation étoulla les derniers scrupules du duc de Bourgogne, et la Pucelle fut abandonnée aux Anglais qui étaient à Rouen.

Dans la pensée politique de l'Angleterre, il était inqtorlanl que la Pucelle périt par un supplice infâme. La cause anglaise était à peu près perdue dans toute la France. Louviers et Chàteau-Caillard a|qtartcnaienl au roi Charles VH; Melun avait chassé l'Anglais ; Paris hésitait à sacrer Henri VI : il était important de déshonorer la loi-ce vivante et inspirée qui avait produit ces grands miracles. Le procès de la Pucelle commeiK^a le 9 janvier 1^31, et cette infâme proc('-dure fut dignement entreprise

'lO'i I. A ^OlliM \ M)l i;.

|iiif ['('Vcmiik; Caiiclion. Il aviiil , pour l'assisler, le vicuiri; de l'iiKiiiisilioii , cl, |K>iii' le prolégcr de sa loule-puissancc , rcvè(|iic de Lcmdies, VViiM^ln'sler, venu loiil exprès pour dominer le jiiii^eineiil. I.e!21 lévrier. In !*iicelle lui auieu('e devani ses juges. Ses réponses l'uri-nl siniph's cl caluies; elle lépoudil (pTelIe avait dix-neiil' ans envii'(Mi, (pielle a\ail nom Jeann(3, elle navona pas son surnom; elle se [daiynil (pion lui eût mis les lers aux deux jandies. Du reste peu à peu ses réponses s'enhardirent, la iuoi't s'éloigna de ses yeux, elle laissa parlei- son àme et son cœur : » llenvoyez-moi , disait-elle, à Dieu, d'où je suis venue. » Peu à peu la lutte séchaullait entre les juges et l'accusée; et comme c'était un duel à moi't, tout ce que put trouver l'astuce monacale di; tours et de délo^irs , dans les (piestions les plus compliquées de la théologie, fut inventé pour perdre l'héroïne. Jeanne avait pour elle son innocence, son bon sens, son courage. Aux questions de théologie, elle rép(uidait par ces mots toujours et éternellement orthodoxes : la charité et l'espérance! Vm'\i\'\i-on de son étendard: « On le renouvelait, disait-elle, quand la lance en était rompue. » Lui demandait-on son mot d'ordre : « Je disais : Entrez hardiment parmi les Anglais, et j'y entrais moi-même. » Quand on lui reprochait d'avoir assisté au sacre du roi, son drapeau a la main : « Mon drapeau était à la peine , il était juste qu'il lût à l'honnem". » Celte simplicité dans le courage, celte résignation calme et lièi'e, cet ascendant invincilile d'un noble esprit illuminé des plus vives clartés, étonnaient les juges jusqu'à l'épouvante; le peuple en était touché jusqu'aux larmes. Lévéque de Beauvais, qui voulait à tout prix la mort de la sainte, conquit bientôt (piil lallait dérober au public cette procédure inqiie, et Jeanne d'Arc ne lui plus inlerr(»gée que dans sa prison; ce n'était plus un procès régulier, c'était un assassinat juridique. On reprochait à celle pauvre lenime les voix intérieures qui l'avaient poussée si loin; on lui Taisait un crime d'avoir quitté son père et sa mère pour venir en aide au l'oi de France ; on lui demandait p(uir(jU(u" donc elle avait voulu s'enluir de la tour du Crotoy^ Elle répondit : « C'est qu"(Mi m'avait dit (pie les gens de Compiègne seraient tués tous, jus(prau berceau; c'est (pie j'étais vendue aux Anglais. « Et lonjours elle troublait ses juges, l'un après l'autre, par celte éloquente simplicité à laquelle on n'avait rien à répondre, dans latpiclle la sainte, la vierge et le héros reparaissaient t'uijours. Ah! ce procès de Jeanne d'Arc pèsera jus(prà la lin du monde sur la m('moir(! (h; lAngleterre et dans les douleurs de la France. C'est là, sans contredil , laclion la plus abominabb^ (pii jamais été commise par des (•hr(''tiens. Se réunir, lant de gens aiuK'S, conlre une lemme de

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viiiiil ans! loiicoiilror un ('vètiiic IVaiiçais pour jelcr (-0110 glorieuse iiinocenle dans une espèce de l'eu de joie ipii brûle à la louange de TAnulelerre, ne donner à lanl de gént-rosilé el de courage ni paix ni Irève ; e>l (pumd Jeanne d'Are en appcîlle au pape el au concile, lui nier son droil dappel, — en voilà de la lionle 1 Disons-le cependant, à la gloire éternelle des législes de celle ville normande qui avaient conservé, dans toute leur majesté, la force et la loyauté de la loi, ils refusèrent de prêter l'autorilé de leur parole et de leur assenlinient à ce procès infâme: ils séloignèrenl avec horreur de ce tribunal dinirpiilé. lUi d'entre eux , un honmie Idanclii dans l'exercice des lois, maître Jehan Sohier, consullé par l'évèipie de Beauvais, répondit avec un geste d'horreur tpie ce procès élail un crime ahominahle; que rien n'élait respecté, ni le fond ni la forme; que la défense n'était pas libre, que le chef d'accusation n'était pas soutenable, et que c'était grande pitié et grande douleur de voir celte pauvre (ille exposée aux (lueslions et aux ambages de pareils docteurs. « Prenez garde, ajoutait maître Jehan Sohier, vous déshonorez le prince dont cette femme est le soldat. >■ Ceci dit, le légiste normand, comme un homme prudent ([ui a acconqili un devoir et qui cependant ne veut pas en être la victime, s'en va chercher à Rome même un asile où les juges anglais ne pouvaient pas l'atteindre. Repoussé par les légistes n(U-mands, (jui refusent leur appui à cette cause mauvaise , l'évêtiue accusateur lit un appel à l'habileté des théologiens , et même, parmi ces ambitieux et ces fanali(iues de bonne foi , si disposés à prendre le parti des puissants et des forts, Jeanne d'Arc rencontra des défenseurs. Les plus savants hommes de ce temps-là ne pouvaient pas Irouver un sujet d'accusation dans cette inspiration divine, à laquelle obéissait Jeanne la Pncelle. Lévêque d'Avranches, un saint vieillard, se prit de pitié pour raccusée; lévêque de Lisieux n'osa pas dire qu'elle était une sorcière; quelques-uns de ces théologiens, la trouvant coupable, ajoutaient que c'était peut-être par un ordre de Dieu; le chapitre de Rouen faisait attendre sa décision, tant il était peu jaloux de partager cette honte sanglante. Rien n'y fit, la Pucelle était condamnée à l'avance; à défaut de tout autre crime, on lui eût fait un crime capital de s'être habillée comme un soldat ! El elle n'osait pas répondre à ses juges que, dans sa prison, gardée qu'elle était par quatre bandits armés, enchaînée à la nmraille , sa seule défense contre les violences de ces hommes, c'était ce vêtement viril ! « De nuyct elle estoit couchée ferrée « parles jambes de deux i»ieces de fers à chaisne, et allachee moull « etroistement d'une chaisne traversante par les pieds «le son liet, te-

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•> iienle à iiiie grosse pièce de boys de longueur de cinq ou six pieds el. « lennenle à clef, par quoi ne se pouvoil mouvoir de la place. » Ainsi enchaînée , ainsi gardée par les plus vils soudards de l'armée anglaise , la noble fille était soumise à une surveillance de clnuiue heure, (h; chaque instant. Ses deux juges, ou plutôt ses deux bourreaux, Cauchon et Winchester, arrivaient brusquement dans ce cachot funèbre, comme pour surprendre quelque mystère (jui pût mettre en repos leur conscience 0 l'horreur! ils avaient donné à riiéroïne chrétienne un

confesseur à leurs gages; et quand, à genoux aux pieds du prêtre, l'inn(jcente disait tout haut les pensées les plus cachées de son cceur, le confesseur apostait des hommes pour éci'ire la confession de 1 humble pénitente prosternée à ses pieds! Ce confesseur, lui-même , ce malheureux qui savait le mieux, entre tous les hommes, l'innocence et la vertu de cette fille des anges, il fut pourtant un des trois conseillers qui voulaient que Jeanne d'Arc fût livi'ée à la torture! La torture, quand la vie s'en allait chaque jour avec l'espérance, cpiand tout manquait à la suppliciée, le pain et la prière ! On était dans les jours austères de la semaine de Pâques ; le vendredi saint , la Pucelle fut interrogée de nouveau. Ses juges la croyaient abattue à force de souffrances; jamais, au contraire, elle ne fut plus grande et plus belle, tant elle était soutenue par le souvenir de la passion île Notre-Seigneur. Les juges étaient à bout; cette noble fierté les lassait. L'accusée fut plongée de nouveau dans cette tombe anticipée, où elle n'entendit même pas les acclamalions des fêtes de Pâques , pas une des joies de la terre et du ciel dans ce jour béni de Dieu et des hommes! Jeanne se mourait lentement, en silence, sans une plainte, sans une larme, sinon ces larmes cruelles qui retombent sur l'ârne et qui laissent les yeux secs. Ni par la menace, ni par la crainte , ni par l'excommunication , ni par la torture qu'on lui montra présente, — le bourreau faisant déjà rougir ses fers, — cette armée anglaise, acharnée à sa proie, ne put obtenir un mot de la Pucelle qui déshonorât le roi, sacré par la Pucelle! Elle restait calme, sereine, sublime. Les Anglais, perdant patience, voulaient (juon sadressàt, pour obtenir la sentence désirée, non plus au chapitre de Rouen, mais à l'université de Paris, qui y mettrait plus de complaisance. Uétait temps, en effet, que les interprètes de la loi catholique prêtassent leur concours aux juges ordinaires; car plus d'un, parmi ces juges, ébloui par l'auréole divine qui entourait cette tête inspirée, se refusait d'aller plus loin.

.\ la fin, on reçut de l'université de Paris cette réponse si longtemps attendue, qu'en effet Jeanne était possédée du démon. Maintenant il n y

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