‹ La NormandieChapitre 77 sur 118 · I. A N()HMAM)ir.. 'MIT · texte numérisé non relu

I. A N()HMAM)ir.. 'MIT

avîiil plus i\\ii\ envoyer la vidimc ati liiieher; mais ((iioi dour'. les Anglais voulaient une rélraelalion a loiil prix. La niorl de Jeanne ne siil'lisail pas à ces braves i;ens , il leur lallail eneore l'honneur de cette illustre personne ; ils voulaieiil ipTavanl de mourir elle se reconnût l'œuvre du dt-imui. et (pi'elle déshonorât par sa honte, le roi de France, qui l'ahandonnait au Ixuirreau. Vains ellorls! Alors on voulut tenter contre celte créature inirépide une dernière é|u-euve d'épouvante el d'horreur. La scène eut lieu dans le cimetière de Saint-Ouen, à Rouen. lin grand échafaud avait été dressé à la hâte, et sur cet échalaud se tenaient assis les juges et les assesseurs, présidés par le cardinal de Winchester. Au pied de cette tragédie s'agitait la Ibule ; au milieu d<> la foule, sur la charrette et les bras croisés, le bourreau attendait la proie qui lui était promise. L'n docteur, sur le devant du théâtre, déclamait contre Jeanne et contre : le roi hérétique el schisnnttiqiw, disait le docteur. « Non, ré[iomlait Jeanne, l'u-il en feu et la tète haute, dites le plus noble chrétien des chrétiens. » Car elle défendit jusqu'à son dernier souille, l'ingrat monarque qui n'avait pas songé à venir en aide à la noble fille qui lui avait donné Orléans, ipii lui avait ouvert les portes de Reims. Maintenant nous assistons à la lin de ce cond)at terrible. L'évèque Cauchon voulait la mort; qucbpics-uns |»armi les juges ne demandaient que la prison sans lin. >< Abjurez, lui disait-on, abjurez, Jeanne, et vous serez admise à la pénitence, au pain de douleur et à l'eau d'angoisse. » Elle accepta humblement celte dernière peine ; mais ce n'était pas le compte de Winchester et des Anglais : ils voulaient la brûler vive, et peu s'en fallut qu'ils n'égorgeassent les juges qui n'avaient pas encore signé la sentence de mort. Au cardinal Winchester s'était joint, iKtur cette mort, le chevalier Warwick! Oui, certes, le faiseur de rois, le héros de Calais, l'homme (pii revenait de la Terre-Sainte, de tournoi en tournoi, il s'étail dit qu'il aurait la vie de Jeanne! C'est que l'hérome d'Orléans avait vu fuir devant elle tous ces vaimiueurs, (pii eux-mêmes avaient mis en fuite la France entière; seulement les plus cléments se seraient contentés, les infâmes! de la virginité de cette vierge. Même l'un d'eux , un gentilhomme, s'était chargé de déshonorer ce noble corps. A l'exemple de leurs capitaines, les soldats se mêlaient de ce supplice ; ils envahissaient le prétoire avec des menaces contre les juges. A la fin, ce fut l'armée anglaise qui l'emporta. Jeanne fut condamnée, comme relapse et hérétique, à être brûlée. A celte sentence, elle se prit à pleurer : — « Pour- « quoi, disait-elle, réduire en cendres mon corps qui est pur et n'a « rien de corrompu':' Ah! j'en appelle à Dieu des criiaulés qu'on me

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" r.iil ! ' l/liisl(iirc a consci'vt' les inmis tic ces jiigtîs anihiliciix on l'aiiali(|ii('s : Caiiclioii, évriiiie de Beaiivais; I.oiiis de LllX(•llll»(»ln•t,^ cliancelitîr (lAnylelerre; Jean, évètiiie de Noyon; (iilies, al)l)('" Ac K(''raiii|i; Mcolas, alihé de Jtiniiéges; Cinillaiiiiie, ablié de; Coiircelles. Mais laissons là ces jiiyes iij(''eliaiils, éternels i»eiU-èlre pour n'avoir pas su eonipi'endre lanl (le verlu el d'Iiéroïsme. A peine la senlen(;e esl-elle signée, qne Jeanne est avertie qn'il tant inonrir àlinslant même! « Brûlée vive! disait-elle encore; janrais niienx aimé pei-dre sept fois ma tète... Qne la volonté de Dien soit faite ! » Dien Ini rendit scm eonrage. Elle demanda à connnunier; on hésita d"al)ord, mais enlin on n'osa pas Ini refnser cette dernière consolatitni. L'église de Ronen, dans nn long et solennel cortège de miséricorde et de denil, vonlnt porter à celte vierge-martyre la sainte encharistie, et témoigner par ses sympathies ce qne pensait l'Église normande de l'arrêt de l'évêqne Cauchon. Tout le clergé assistait, en chantant des litanies, à la dernière communion de Jeanne. Elle avait quitté ses hahits d'homme : elle était revêtue d'une rohe longue, très-longue, selon ses désirs; à ses côtés se tenaient plusieurs honnêtes gens du zèle le plus austère, mais le plus loyal, et qui avaient pitié d'elle : frère Martin l'Advenu; l'huissier Massière, qui l'avait encouragée de la voix et du geste devant le terrihle trihunal; le moine Augustin Lamltert, qui l'avait protégée avec grande charité et grand courage. Jeanne, à ce moment suprême, — tant elle avait conservé d'estime et de respect poni' le roi de France, — ci'oyait encore à sa propre délivrance ; toutefois, à peine eut-elle fait le premier pas vers le bûcher, elle comprit qu'il fallait mourir. Huit cents Anglais accompagnaient le chariot funèbre ; la ville était remplie, jusqu'aux toits des maisons, d'une (ouïe émue et attentive; la vierge versait de grosses lai-mes sans pousser une plainte. Seulement on lui entendit répéter deux ou trois fois : 0 lioucn, ô liuiicn! je devais donc mourir dans tes murs! ■- Sur ce même marché aux poissons, si rempli aujourd'hui d'une foule active, occupée, heureuse, étaient dress('s six échafands : l'un de ces échafauds portail la chaire épiscopale du cardinal d'Angleterre; les cinq autres étaient destinés aux prédicateurs, aux juges, au bailli. Tout en face, s'élevait le bûcher! — un calvaire! — c'était comme une montagne de bois et de soufre au sommet de latpielle la condamnée sera placée, afin qne le bourreau, dans sa pitié, ne l'étonlle pas; mais, an contraire, pour qne la (lannne ardente, s'élevant peu à peu, la puisse brûler vive et prolonger, au delà des forces humaines, cette lente agonie. 11 faut que l'armée anglaise soit satisfaite; il faut que la mort soit lente, apparente, cruelle; il faut que la victime remplisse l'air de ses cris lamenlables,

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