‹ La NormandieChapitre 78 sur 118 · I- \ \()ll >l AN DIF. /i · texte numérisé non relu

I- \ \()ll >l AN DIF. /i

iiil tout le t(Mii|is (racciiscr la France cl son roi! Ah! si clic poiivail mourir en Iilas[»licinaiil ! si clic pouvail, aux yeux de Ions, accuser ce roi ({ni rabamiouuel si sa lobc , di-vori'-c |)ar la flaïunie , laissai! à nu celle viiM'iiC iinnia;'iil(''c, cl (]ne rarnu'-c aiii;laise la pùl conlenipler dans sa nudilé , à demi consimu'c par les llammcs, rien ne man(picrail au Iriomplie de AVincliesler cl de Warwick!... Le bourreau lui-même prit en pitié celh^ malbeureuse viclime; il voulut réclamer contre ce bùciier iliine bauleur ('liauj^e cl inusiU'e , il ne put (piOlx-ir. Un sermon prononcé par nu lionnne de 1 universilé de I^aris, pi"éc('da 1 alîreux supplice; Jeanne lïil maudite au milieu des impiv-calions de toute l'armée, mais pas une de ces malédictions n'arrivait jusqu'à elle. Elle était à genoux, les mains jointes, la lète ])aissée , invocpiant du fond de son àme et de son cœur les saints et les saintes du paradis qui l'entendaient. « Priez pour moi! priez pour moi ! » disait-elle. Et sa voix était si touchante , son regard si pénétré, son altitude si humble et si ferme t(Uil <à la fois! Les évéques pleuraient, l'archevêque Winchester pleurait; les Anglais eux-mêmes avaient des larmes dans les yeux , larmes bientôt séchées par la flamme du. bûcher qui réclamait sa proie. Jeanne demanda à baiser la croix avant de mourir. Un Anglais rompit un bâton dont il lit une croix; Jeanne la prit comme elle put, la baisa et la pressa contre son cœur. Au bas du bûcher le bourreau mettait le feu ; déjà la flamme montait. Jeanne fit éloigner son confesseur, le frère Martin; et puis, d'un regard plein d'ardeur, elle pria pour que la ville n'eût pas à souffrir de sa mort. Elle priait aussi pour le roi de France, son saint sire! La flamme cependant, la flamme ardente montait toujours; elle touchait les pieds de la sainte, elle touchait ses vêlements. La voix de la martyre montait éomme la flamme, elle se perdait dans les cieux. Ce n'étaient pas des larmes, ce n'étaient pas des cris de douleur, c'était comme un cantique d'actions de grâces, comme le Gloria in excelsis de ce martyre. A la fin. Dieu, ipii l'avait envoyée ici-bas pour accomplir sa mission de délivrance, l'appela à lui la sainte héroïne. Elle expira en disant : Jésus! Son àme remonta au ciel, sa patrie, et le peuple qui regardait partir cette Ame chrétienne, déclara qu'une blanche cobunbe s'était envolée du bûcher embrasé. Soudain une gramle épouvante se répandit dans toute cette ville témoin du siqiplice; le remords envahit ces âmes, revenues de cet all'reux délire; le bourreau éperdu se confessa le même soir, à frère Humbert, du grand crime qu'il venait de commettre. Quelques Anglais s'écriaient : « Nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte! >- Oui, c't'tait mu' sainte», c'était une vierge martyre, c'était

iK» l. A NOIIM WDIK.

l'honneur (le ees leiiïps de bailtaric : c'était, ù mon Dien! voire eliefd'œuvre , c'était la première àme chrétienne qni eût pris en pitié le penple de France livré à tant de malheurs.

Héroïne illustre entre toutes les vertus, entre tous les courages de l'histoire, Jeanne d'Arc a vu grandir, de siècle en siècle, la reconnaissance et le respect des peuples. Le poêle d'Elisahelh, Shakspeare, à qui pas une grande physionomie n'a échappé, aurait fait de cette femme admirable, une de ses plus merveilleuses créations, si, pour être à la hauteur d'un pareil sujet, le poète anglais n'eût pas été obligé de déshonorer l'Angleterre. Schiller, plein d'admiration, de pitié, de celle vive et brillante sympathie qui en ont fait un grand poêle, a raconté, avec les émotions les plus louchantes, la vie et la mort de la Pucelie. Vous savez en revanche par quels excès, indignes d'un homme qui aurait le moindre respect pour la pudeur publique , s'est déshonoré Voltaire , quand il a voulu souiller, de son petit rire strident et moqueur, la mémoire d'une gloire si chaste, d'une infortune si complète, d'un si ferme courage. La mort de Jeanne d'Arc fut bientôt vengée par la conscience des peuples; elle fut le signal de la ruine du parti anglais dans toute la France. L'horreur de ce trépas horrible fut universelle en Europe, et, le mépris se mêlant à la haine, il n'y avait plus d'efforts désormais dont les Français ne se sentissent capables pour briser le joug affreux qui pesait sur leur tête. En vain le duc de Bedford amène à Paris le roi Henri VI; en vain il le fait sacrer à l'autel même de Notre-Dame; pas un Français, sinon l'évêque Cauchon, l'assassin de Jeanne d'Arc, n'assiste à ce sacre dérisoire. Dans le camp anglais, le peuple crie en vain : Largesse! largesse! toute la grâce que font les Anglais à ce peuple affamé, c'est de lui permettre d'assister, de loin, à ces banquets fabuleux dont le peuple de France avait depuis longtemps perdu le souvenir. Dans toute cette nation mal domptée circulaient les plus violents cris de liberté et de délivrance ; cha([ue jour annonçait une tentative nouvelle pour briser le joug infâme de ces Anglais déshonorés, témoin ce brave chevalier de Beauvoisis, nommé Ricarville, qui, au milieu même de Rouen, par une nuit d'hiver, s'empare du vieux château. Les Anglais delà garnison, surpris par une centaine d'hommes, sont tous massacrés; à peine si l'un d'eux peut s'échapper, ((ui donne l'alarme aux ennemis. Une armée entière se porta sur le château de Rouen pour le reprendre, et le chevalier de Beauvoisis fut pendu aux créneaux avec tous ses Normands. Mais (juand la ville de Rouen apprit la noble tentative de Ricarville et son supplice, la ville se souleva. Plusieurs Anglais furent massacrés par cette population indignée; un peu plus d'ensemble dans la surprise du

LA Nt)UMAM)ll'- ^^1'

château et dans le soulève.i.ent de Koiien, el la ville .eve.ia.l tout de suite à la France. Mais patience, la délivi^ance n'est pas loin.

En liSo, le duc de BedC.rt et Richard, duc d'York, el le comte de Warwick, restent les seuls défenseurs du parti ant^lais dans la France entière, nous pourrions dire en Norn.andie; car déjà des diverses provinces qu'ils ont conquises il y a dix ans, les Anglais ne possèdent idus cruère que la Normandie. En 1440, le duc de Bourgogne et le duc d Orléans, par une réconciliation trop longtemps attendue, mettent un ternie a cette funeste division des Bourguignons et des Armagnacs Que de sang avait coulé! que de trahisons! que de meurtres! Le duc de Bourgogne avait hésité hien longtemps sans doute; il y allait de son serment de chevalier, il y allait de sa vengeance ; mais au fond de 1 came il était latigué des Anglais. En effet, les Anglais ne vieunenl-ils pas de s aviser qu'ils pouvaient très-bien Hier, eux-mêmes, leurs propres lames, iabriquer leurs draps, et même vendre des draps à ce même pays de Handre qui depuis si longtemps vendait à l'Angleterre les toisons de ses brebis. C'était là un urand motif de mécontentement et de rupture. Ajoutez que cette alliance^des Anglais ne pouvait plus servir au duc de B(u.rgogne; car eux aussi, les échappés de la Grande-Bretagne, ils avaient leurs Bour-uiunons et leurs Armagnacs , leur duc de Bourgogne et leur duc dOrléairs : ici, la maison d'York; la, la maison de Lancastre, les révolutions et les combats de la Rose blanche et de la Rose rouge. Sur l'en- Irelaite, le duc de Bedfort, chanoine de la cathédrale de Rouen (certes le chapitre de Rouen n'eut jamais deux chanoines de cette force , Bedlort était mort, laissant la réputation d'un homme habile et cruel, el maintenant il reposait dans les caveaux de Notre-Dame de Rouen, a la droite du maître-autel. C'était une place honorable dont un conseiller du roi Louis XI voulait chasser le cadavre de Bedfort; mais le roi ; — « Je ne « veux pas , dit-il, faire la guerre aux ossements d'un i.rince qui nous « valait tous, el qui, sil vivait encore, nous ferait tous trembler. Les <. cendres sont bien là, qu'elles y restent. Dieu ait pitié de son àiiie! » Cette mort du duc de Bedfort facilita d'autant plus les négociations du congrès d'Arras, car le duc de Bourgogne, dans son alliance avec les Anglais, avait traité avec le duc de Bedfort, c'était une raison de plus pour hésiter moins à se réconcilier avec le roi de France. L'alliance fut donc conclue entre le maitre et le sujet; mais ce fut le seigneur suzerain qui demanda grâce el pardon à son vassal. A cette nouvelle que le Bourguignon, leur allié, les abandonnait, les Anglais coururent aux Flamands. A Londres la populace les égorge; de sou côté la Flandre

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se soiilf'vc ; \c {\uc de lioiii'gogiie s'en v;i |i(nii' ;issiéger Calais, en même tem|)s que le parti hour^iiigiion, maîliiî de; l^iris, ouvrait les poi'les de la ville à (Charles Vil. Alors les Anglais rêrugiés à la Bastille sous les ordres du lord Willonghby demandent hiuid)lemenl la vie sauve et la permission de fuir jusqu'à Rouen ; ils l'iiieut au milieu des huées du peuple. Ces Anglais, autrefois la terreur universelle, n'étaient plus ([u'un sujet de dérision : e'est qu'ils avaient au front, comme une tache ineft'açalde , le sang d'une fennne, le sang de Jeanne d'Arc!

Pourtant qu'avaient-ils fait de la France? Depuis tantôt vingt-cinq ans, ils l'avaient indignement démembrée, ils l'avaient couverte de sang et de ruines, ils l'avaient replongée dans la barbarie dont elle commençait à sortir avec tant de grâce et d'éclat, vous le savez! Ils avaient fait de ces campagnes florissantes un désert , de ces villes populeuses une ruine , de ces belles moissons des broussailles , un cimetière de ces jardins ; de ces palais et de ces temples ils avaient fait des citadelles ou des tombeaux. Ils avaient chassé de leurs nuiisons , chassé de leurs terres les propriétaires légitimes, et les maisons et les terres ils les avaient données ou vendues. Calais était devenu tout à fait une ville anglaise. L'Angleterre y avait envoyé ses magistrats, ses docteurs, ses fabricants; elle y avait établi ses plus riches comptoirs, ainsi que l'avait ordonné le roi Edouard III. Dans Paris même, que laissaient-ils, ces ravageurs de provinces? des loups hors des murs, et dans les murs des mendiants et des voleurs! Toutes les plaies étaient à fermer, toutes les maladies à guérir. Plus perdue et plus malade que tout le reste était la royauté de France : la royauté s'était perdue, abîmée, déshonorée dans toutes ces guerres ; elle était restée en lambeaux sur les champs de bataille, pêle-mêle avec les débris des armées et le tronçon des épées féodales ; et maintenant la paix seule pouvait la sauver, et , avec la paix , cette force nouvelle trop méconnue, la bourgeoisie. Roi sans puissance, peuple qui meurt de faim, Bourgogne et son duc qui pèsent sur la France et sur son roi , triste et humiliante position du successeur de Philippe- Auguste! C'était un rude labeur à entreprendre. Il faut d'abord mettre un frein au pillage et au meurtre ; il faut délivrer le pays des hommes d'armes qui ne lui laissent ni paix ni trêve; il faut enlin se montrer roi et capitaine : conserver et reprendre, voilà désormais l'œuvre du roi de France. Cependant le roi de France, où est-il? Hélas! dans cette guerre d extermination et de i)illage , vous ne trouverez le roi nulle part. Dans ces guerres civiles, furieuses et sanglantes mêlées qui déchirent le royaunu', le roi Charles VII ne prend parti pour personne. Figurez-

LA NOUMANDIK. /il;î

vous, conmic ((iii dirait le nii Louis XV, un bel esprit plongé dans la mollesse, nt; s"occu[tanl liui'i'c {[[u\ de loUes amours, rèvanl le caluK; el la [taix, et qui eùl domié volontiers la bonne moitié de son royaume l)onr (pie licu ne vint le distraire de celle vie élégante, l'aciU;, amoureuse, (piil aimait tant, (le roi (Charles VU est le modèle des égoïstes couronnés: d'abord il ne veut pas lutter contre l'impossible; il se ligure (ju'à tout jamais la France est perdue; alors il courbe la tète, il ne songe pas à se défendre, il s'avoue vaincu; ce rpii le lanime, ce (pii le sauve, ce ([ui en l'ait un roi enlin, c'est res|térance de l'éussir. Aussitôt (piil a com|)ris (pie tout n'est pas désespéré dans le royaume que les Anglais occupent isolément , Cbarles VI[ devient mieux qu'un grand Iiommc, il devient un bomme babile ; il jjrolite à njerveille des circonstances et des bonniies qui veulent le sei'vir, et, lors((u"à force lie jH'udence et de l)onlieur il Unit par remonter sur le trône de ses pères, il est reconnu un roi sage, jirudeut, paternel, bcureux surtout. C'est qu'au fond de l'àme le roi Cbarles Vil avait en lui-même le profond sentiment de la justice; il avait le bon sens, il avait le sang-froid. Ces cajiilaiiH's (pii se battaient, non pas pour l'bonneur, mais i)Our le butin, faisaient boricur au bon sens et à l'équité du petit-lils de Cbailes le Sage. 11 compi'enait ipien l'absence de toute cette aristocratie loHd)ée dans les plaines de Crécy, dans les fanges d'Azincourt, mille petites seigneuries avides et belliqueuses allaient surgir. Donc il attendait; il laissait }»asser une à une ces défaites et ces bontés; il abandonnait à eux-mêmes ses amis les plus fidèles : La ïrémouille, La Ilire, Xaintrailles, Cbabannes, Boussac, courageux et féroces soldats, dont il eût fallu, pour être juste, récompenser les services el cbàtier en même temps les concussions. Sous les yeux même du roi, qui était compté pour rien, la France était mise au pillage; le roi le voyait, il le savait, il s'indignait... mais il s indignait tout bas. Seulement il disait de temps à autre ce que disait le roi Louis XV : Le roi , messieurs! — Prêtez l'oreille! Ce sont des villes qui brûlent, des cbàleaux que l'on pille, des bandits qui s'organisent eux-mêmes, — les écurclieurs. Personne n'obéit plus ni au roi, ni au connétable, ni aux ministres; la peste et la famine firent le reste. Jeanne d'Ai'c, Jeanne sur le bûcber, et priant poiu- le roi sacré par elle, n'avait pas pu tirer le roi de France de sa torjieur. A ce moment funeste à sa gloire , le roi de Fi'ance appartient corps et âme à sa maîtresse bien-aimée, Agnès Sorel, la dame de beauté, une lille belle et bien née, que la femme de René d'Anjou avait amenée toute jeune a la cour en 1431. Savez-vous où ils sont à cette lieure, Agnès et

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