‹ La NormandieChapitre 81 sur 118 · LA N 0 R \1 A N I · texte numérisé non relu

LA N 0 R \1 A N I

rent naissanco à colto rare iriiomnios inln'iiides, la terreur de la terre ferme sons le nom de IjouciDiicrs, la terreur de la mer sous le nom de /)ô<'s (le la côte. Malheur aux navires de l'Espagne s'ils venaicul à tomber entre les mains de ces bandits luM'oïtiues ! La renonnnc^e et la fortune des frères delà eole parvint bientôt au |t<u't de Dieppe, d'où ils ('laieut jtartis, et de t(MU|)s à autre Dicjipe envoyait ses hardis marins à la cluissc dvs Espagnols. Dans la langue des pfu'ts , rela s'appelait aller à la JlU.ufitc , d'où est venu le mot dcjUbustier. Les plus hardis flibustiers, autant d'enfants du rivage de Dieppe : Dupré, Boutant, Langbtis, Pierre Legrand, sont, dans leur genre, des héros eoninu' Jean Dart. Tout ee que pouvaient faire les flibustiers de Brest ou de La Boehelle, eétail (limiter les fabuleuses aventures de ces flibustiers de Dieppe. Pierre Lcgraml, lui eenlième, a pris un galion de l'Espagne sous pavillon royal, et il ramena cette mine d'or en plein Dieppe! — Telle est cette histoire de la Dieppe maritime: et pour la clore dignement, vous avez enfin cet illustre enfant de la ville et du port, ce grand homme d(> guerre, la terreur de la Manche, des cotes d'Es|)agne et de la mer de Sicile , le vaincpieur de Ruyter, Duquesne le Dieppois, à qui sa ville natale vient d'élever une statue de bronze — La ilécouvertc de la Cuiin'c en 13(H, — le voijaiie aiux Gnnidrs-lndes en 1 11)8, — la découverte de Terre-lSenve en 1528, — Vétablissemoit à la Marlinhiae en lo2o. — Dutpiesne eidin , tels sont les titres de la ville de Diej»pe au respect et à la reconnaissance de l'avenir.

Dans notre Histoire de Cnfa^y/ic (chapitre XIII, pag. 375) ^ nous avons raconté dans les plus grands détails le règne important et si rempli de Louis XI, les progrès delà nati(ui française, la Normandie (jui devient plus que jamais la France. — A la mort du roi Charles YHI, la Normandie avait beaucoup à espérer, car celui-là qui montait sur le trône de France, c'était ce même duc d'Orb-ans, rarrière-[ietit-fils de ce Louis , duc d'Orléans, qui le premier mêla le sang italien au sang des rois de France. Louis XII, à vrai dire, est le créateur du parlement de Normandie: il fit de V échiquier une cour souveraine et permanente. Le roi, était-il dit dans l'ordonnance ', désirant bon ordre être ctabli pour Puniverscl bien du paijs , ordonne que la cour souveraine de l'échiquier sera tenue ordinairement et continuellement au public de Rouen par (juatre présidents, dont deux ecclésiastiques , et huit conseillers clercs et laïtpies , vertueux, justes , sachant et connaissant les lois. L"écln([uier [)erpé'tuel devait juger en dernier ressort les causes des bailliages de Rouen, de (".aux,

' Ordonnante d'rrcc/inn du partonoit de lioucn. (I)aiis Ir locnoil de ImiuImikmi )

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l.\ NORMAN 1)1 K.

Coiilancos, Evreiix et Ciisors; la grande sénéchaussée qui rendait les ari'èls en l'absence de récliiquier est et deuieurc supiuinié-e, seulement le litre de grand sénéchal (c'était le baron de Varanguebec) devait survivre h sa charge. L'échiquier perpétuel do Normandie fut installé le i" octobre, et la séance fut ouvei'te par M. le jtremier président, ('vé((ue de Coutances, GeoU'ioy ll('bert.

Désormais donc le parlemcut de Nomunulie renij)laçait Vcclii(iHicrAA'\H'udant d'où venait ce mot échiquier? Dans les premiers temjjs du duché , le duc lui-même était la justice; la justice le suivait comme l'ombre suit le corps. — Connue dans lejcn (^échecs, le prince était entouré de ses guerriers. L'échi([uier jugeait soiiveraiiu'ment et sans appel au roi de France, car le pays de Normandie se gouvernait par ses coutumes, les unes écrites, les autres non. Quarante jours avant le jour fixé parle prince pour l'ouverture de l'échiquier, se faisait le m' de PéchUimer dans les villes, bourgs et villages normands : des sergents royaux allaient, criant à son de trompe ({ue tel jour, à telle heure, la cour de l'échiquier tiendrait audience, « etque chacun soit tenu d'y assister, prélats, barons, ofliciers de justice, avocats. » — L'échiquier s'ouvrait ainsi : les premières places étaient réservées aux

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maîtres de l'échiquier, et nul autre ne devait s'y asseoir. A droite, étaient assis les évèques; à gauche, les nobles: au ]iied de la cour, les baillis, gref-

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lici's . les [iidiinviirs ilii roi; dnns lo jianjiict, le yrcllier civil , le j^rcriicr criiiiiiicl cl Iciii's clercs: puis les avocals cl /«/rs c/< cchiiiuier. Cliaciiii plaidait avec le calme ciiic cominandc la jiislicc; l'injure n'élail tolérée ni au dedans ni au dehors de l'aMiiUsIe Irilunial. — Sous le roi Phili|)|ie le Bel, deux écliitiuiers se tenaieiil chaque année en Normandie, 1 un à l\i<iues, l'aulre à la Saint-Michel. Louis Xil voulut encore (jue réchiquier ne l'ut plus Uollaul , commi! autrefois, de Riuien à Caen , de Caen à Falaise; désormais léchiquier devait se tenir à Rouen, dans la capitale de la province. Léchiquier était souverain; les barons, les évèques de Normandie , larclH'vèque de Rouen lui-même, pouvaient cire cilés à sa barre. Les mailres de réclii([uier ré'iilaieul souveraiuemenl , pour la province, tout ce ([ui tenait à ladminislralion de la justice; ils taisaient la loi, ils se chargeaient de l'appliquer ; justice loyale, sévère, (pii respectait la liberté de l'homme. — Défense d'employer la qHest/un sans nécessité. — Aux échicpiiers élaient [uddiées les ordonnances du roi, l'étaltlissement des juridicli(uis nouvelles, les lrait(''s ilalliance, mais seulement afm que nul n'en pût ignorer. — Aussi, ne pensez pas ((u'à ce grand tribunal soient apportées les [)etites causes, on n'oserail s'adresser, pour si peu, à l'échiquier; les plus illustres plaideurs ne sont pas encore assez bons pour occuper la justice de pareils juges. ï(uit ce ipii lient aux droits du [U'ince, à ceux des abbayes, des évêchés, des comtes, des barons, des vilains, est du ressort de l'écbiipiier; toute guerre lui est soumise, toute bulle du pape est de son ressort, et aussi ce qui tient à l'honneur de la noblesse féodale ; à lui seul à crier : Haro ! haro! c'est-à-dire : Justice! justice pour tous! Au cri de : Haro! chacun faisait silence, chacun devenait partie de la justice; c'était le devoir de tout sujet, comte ou manant , de courir sus au criminel et de l'amenei' aux pieds du juge. Haro! il fallait que chacun sortit de sa maison pour jn'èter main-forte, toute affaire cessante. — De rudes épreuves et de terrildes châtiments attendaient l'accusé ou le coupable : — l'épreuve du fer rouge, le duel, la conliscaliou, l'amende. « J\Jieux ne sçavoit- « on châtier les vilains que par la bourse. " Même, p(»ur ipie justice fut prompte, le tarif des amendes était tout dressé devant le tribuiud. — <' Coups de poing, douze deniers; dito, avec pierres, cinq sols; de cmc/ur « au vesage, iVarrachei- le chaperon, de tirer le nez (sans sang), cinq sols « (avec sang, dix sols); de plaie au-dessous des dents; ti'ente-six sots; de « test fendu (tète), sept livres cpiatre sols; de fistule engendrée, vingt-cinq " livres, etc. » L'amende honorable se j)ayail non pas avec l'argent, nuiis par 1 humiliati(Ui et la honte : à genoux, pieds iius, sans chapeau. — Venaient

ciisiiile los grands chàliinenls : le pilori, réclinlaïKl , le bùdicr, les Iciiiiues enterrées vivantes , car la pudeur di'-lendail dallaelier les l'eninies à la potence. Pour avoir assassiné son père, le clievalier Robert de La Chapelle fut traîné à la voirie. D'abord les ciindannK'S niouraienl sans conl'ession; mais le roi Charles V et le roi (Charles VI, princes pitoyal)les, ne voulurent pas que l'àme fût damnée j)arce (pu; le corps était livré au bourreau. — Même le malheureux (pii allait à la mort était sauvé s'il jxiuvait toucher uiu' croix, entrer dans une église. Qui était sauvé par les franchises était du moins bamii à perpétuité du pays de Normandie; et s'il y rentrait, ou seulement s'il faisait un pas en arrière, la mort évitée retombait sur sa tête. — La condition des femmes normandes n'était rien moins (pie dictée par la chevalerie. — Pour médisance et pour invectives la fenmie était plongée dans l'eau. — Le mari la pouvait battre pour la cimstier. — Le conseil judiciaire était fré([uenl pour les femmes. Autres arrêts : Guillaume Gastechair, chirurgien, pour avoir mal guéri le pied de Jeannin le Saye, est condamné à trente livres d'amende. — Dans l'émeute, ou pour mieux dire devant la Harelle de 1383, dont nous avons dit (jnebiues mots, ({uaïul les bourgeois de Rouen eurent nommé pour leur roi Jean Legras, bien épouvanté de cette royauté inattendue, les bourgeois, pour ([ue rien ne mampu^it au roi de leur choix , s'en vont chercher l'abbé de Saint-Ouen , et , le traînant devant Sa Majesté Jean Legras, ils forcent l'abbé à renoncer à la baronnie de Saint-Ouen. La Harelle apaisée, l'abbé de Saint-Ouen veut revenir sur cette renonciation, et réchi(piier lui donne gain de cause. — Et le varech, (pie de contestations, de disputes, de plaidoiries il a soulevées! Etait varech toute chose (jue l'eau avait jetée au rivage : poissons, marchandises, les hommes eux-mêmes étaient varech. Le roi, le seigneur, les riverains, le premier occupant avaient droit au varech. Ln jour la tempête jette sur les dépendances de l'abbaye de Fécamp un varec/i de trentesix Anglais : procès par-devant l'éclmpiier entre le roi de F'rance et l'abbaye de Fécamp pour ce riche varech. — Un des beaux chapitres de cette histoire du parlement, c'est le privilège de saint lloumin. C'était un des plus vieux usages de la cité (pie le chapitre de la cathédrale de Rouen délivrât, tous les ans, le jour de l'Assomption, un prisonnier (jue le chapitre même avait di'signé au pardon. — La (h'iivrance de l'accusé entraînait l'absolution de tous ses complices. Le délivré portait sur ses épaules, en procession soleniudle, \n fierté, ou, si vous aimez mieux, la chasse de saint Romain. (Miaipie année, trois semaines avant l'Assomption , le clergé métroiiolitain envoyait une d(''|Mitation de (piatre chanoines

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et (le »|ualre l'Iiajielaiiis eu iirand coslmue, eliargt'îs (\ iiisitmci U' jtrivil*'^!'. (le saint Uoniaiii. — La re(in('*le ('lait aceeplée, et, de ee moment jiis(|irà rAssoin|ili(iii , pas un prisiinnier ne pouvait ('li'c condamiK', jiii;('', l(n'luré ou mis à mort. — Le joiw venu où le chapitre usait de son privi- !(^ge, trois conseillers clercs, trois ccmseillei's laïipies, le lieutenant du bailli de Rouen, le vicomte, rav(»cal et le procureur du roi , attendaient dans la gi'ande salle les ciiapelains, l^'clievin, et plusieurs Irères de la conlVt'rie de Saint-Uomain. — Voilà, disaient ceux-ci, en remettant un billet cacliett', le ]nis(umier (jue (h'divre la fierté de Sainl-Uomain. Aussitôt le prisonnier hormis les cas de lèse-majest(î ) était remis aux cha|»eUiins et lirres de Saint-Romain. Noble et touchant usai;e, dont la Normandie tUait heureuse et fière, et qu'elle regardait comme son plus beau privilège. Privilège de la clémence des juges, de la charité des pr(''tres-. un instant di' it'pil dans la vie des misérables! (^)uelle plus

grande l'été cpie celte fête de la dt'livrance! Tout le peuple ('lait là, les

ZlZjZi LA NOIIMANDIK.

mai-islrnls, les i)rr(res, les cliaiiuines, et r;ir('li<ivr(|iic ei les pairs, les seii;iieiiis, eiiliii le captif rcdeveim libre, le eondaniné rendu à la vie, sauvé d(; la lorture, et maiuleuaiit le protégé du saint patron de la cité ! — Beaux join-s de récliifpiier ! Mais à force de \oïv\' échiquier de Normandie tenu |iiir des conseillers au parlement de Paris, par des archidiacres de Pxiuryes, de Cliarires, de Paris, ii;n(U'anls des coutumes el instituli(ms normandes, le tribunal suprême perdit peu à peu son cn-dil dans le respect et dans l'estime des peuples. Plus le droit devenait une science, plus les barons et les abbés com{iosant l'échiquier devenaient inhabiles à juger nettement les causes compliquées. D'abord, |)our les aider dans une lâche (pii n'était ni la tikbe de gens d'épée, ni celle de gens d'église, les barons et les prédats se firent assister par des hommes versés dans la science du droit, des légistes, des commis, humblement prosternés aux pieds des barons et des prélats. Ces légistes s'étaient glissés, comme par hasard, à celte place auguste. A peine si d'abord le baron ou l'évêque savait que cet homme-là était à ses pieds ! Cependant on les consultait dans les cas difficiles; ils avaient de bons avis à donner, ils savaient la loi; les barons et les prélats, peu inquiets de ces nouveaux venus , portaient leurs jugements de Yams de l'assistance. Or, Y assistance, c'étaient tous les hommes placés sur ces bancs; l'assistance était aussi bien le haut baron que l'bumljle clerc. — Maintenant le premier pas est fait, le plus difficile est gagné. Nos nouveaux venus, les pères du parlement, v(uil peu à peu devenir les maîtres de celte cour souvei-aine. Qu'importe le banc où ils sont assis, pourvu qu'on les écoute, pourvu (pie l'avocat sache bien que c'est à ceux-là qu'il faut parler, car de ceux-là vient la justice? Donc, le découragement, le dégoût, l'impuissance des hommes d'église ou d'épée, et en même temps le zèle, le travail, l'intelligence, la s<;iencc habile et profonde des jurisconsultes appelés à prêter le concours de leurs lumières aux membres légitimes de Yéchiquier, eurent bientôt achevé cette révolution commencée. Vous pouvez lire dans les Mémoires de M. le duc de Saint- Simon son indignation et ses vives colères, quand il se met à songer à l'autorité irréparable que la noblesse de France a perdue le jour même où l'administration de la justice échappa à ses mains inhabiles. Mais qu'y faire? C'était là une de ces conquêtes de la nécessité d'abord, et ensuite du génie des peuples. — L'anivre fut complète lorsqu'enfin la justice, nécessaire connue l'eau et le soleil à la vie des nations, devint une nécessité de tous l(>s jours. Alors l'écluipiirr fait place au parlement de Normandie , tribunal permanent, souverain dans cette vaste [tro-

viiR'o; i'«''iiiiitiii (le jiiiit's lialiilcs, lr('s-v(M'S('S dans la science des lois, us, styles cl coulmiies de Noi'inandie. — r»(''V(diili(ni excelleiilc!, hien digne d\Mre r(eu\re du roi Louis XII! Kl niaiuleuanl, soniicz à l'élal nouveau de celle ju'ovince , ai;raudie par la paix, sauvc'e par la jiislice. Soniit'z donc, (|ue de prospérili's après lanl de malheurs ! Plus dAnylais eu France, plus di; i^rands vassaux loiijiun's loul pr(Ms a hriser le roi léiiiliiue: pour coiulde de l)ieus, les précieuses conquêtes de ritalie po('li(pie, lart, la jtoésie, la ju'aliipie des chels-d'œuvre, llieureuse adorai ion de loutes les beautés éparses de lunivcrs. La création des parleuieuls mil la justice à la portée de tous les hommes. Ces heureux .\(U"mauds obéissent non plus à la force, mais au droit ; non plus aux terribles barons, mais aux magislrals paciliques. Dans cette transformation de Vécinquier en parlement de Noi'maudie, le cardinal dAmboise emj)loya hardiment lautorilé de son nom el de sa ju'é'voyauce. Il exj)liqua lui-même les inconvénients du vieil échi([uier. Il reccumut « (jne les Nor- « mans se (loibvcnt juger par eulx-mèvies, ninsi (fut tout Ca enseigné ; » mais le bien de la justice demandait ((ue l'assise fût continuelle et tenue par des présidents et conseillers. De cette cour souveraine devaient disparaître, avec les commissaires que le roi de France envoyait ta chaque inslant, les barons ignorants de toute loi, les prélats inhabiles et iua[tpliqnés. Désormais la justice sera rendue [tar des juges instruits el versés dans ce grand art de la justice, sans égard pour chacun et pour tous. Et comme cette admirable étude du droit entraine avec elle loutes les autres, il arriva que cette excellente réunion de magistrats, noblement épris des plus nobles passions littéraires, devaient donner à la province entière l'utile exenq»lc de l'étude et de l'admiration des belles œuvres de la double antiquité. Rome et la Grèce envahirent cette capitale de la Neustrie barbare. Entre Rouen et Caen, Rouen, la patrie de Corneille, Caen, la patrie de ce Malherbe attendu avec laul d'impalience, s'établit une ('mulalion puissante. Le parlenu^nt conslilui', restait à lui construire un })alais ipii fût digne de C(uitenir cette illustre compagnie : Roger Ango , l'habile architecte , fut chargé de cette (euvre magnifique, sous l'ordiuinance du cardinal-légal Georges dAmboise. Créateur du parlement , le cardiual-légal avait de droit la première place, au-dessus de tous les présidents présents et à eenir. Avant de prendre place, chaque président ou conseiller à rcdte rouge, à geiutux, les deux mains sur l'Evangile, prêtait le serment solennel de faire justice au pauvre comme au riche. Ou comprenait, à les voir p(U'ler I hermiiu'. — -distinction royale, — ([u Cn ellel le parlement est le roij même. — Larchevètpie de

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lîoïKMi cl liiltlx' (le Sailli -Oilcii ('laiciil cunscillcrs-ucs çii \'('c\iujukr jmm'- |M'lii('l ; ils pivlait'iil seniieiil à genoux , ils laissaiciil à la porlc hnu" croix alil»aliale. Qiiaiil aux barons (U aux pri-lals coiuposan! naguère l'échiquier (le Normandie, (|ui étaient depuis tant de siècles l'échiquier même, et dont l'aljsence entraînait une amende, ils ne conservaient de leur antique diyiiité que le droit de s'asseoir, à leur gré, aux audiences de l'écliicpiicr. Stériles honneurs auxquels les uns et les aulres curenl l»ieiilôl renoncé. Si la province, à celle révolution salutaii'e, gagna de la justice et de la liberté, le roi de France y gagna une large extension de ses prérogatives. La pensée royale fut sans cesse présente à ces parlements institués par elle. Elue d'abord par le roi , la cour souveraine se recruta elle-même par sa projtre élection. Elle présentait, au choix de la couronne, trois candidats aux places vacantes dans son sein; les candidats étaient choisis à haute voix, afin que chacun put répondre du choix qu'il avait fait. Honorable condition, qui met obstacle aux protections et aux fraudes , qui empêche les lâches complaisances , qui accorde le prix au plus digne, car Télection de l'homme qui parle tout haut a plus de crédit et de valeur qu'une boule inerte jetée dans l'urne complaisante. Un jour même que le choix général s'était égaré sur deux ignorants, le chancelier de l'Hôpital, revenant sur cette élection, voulut que les deux élus expliquassent publiquement un texte de loi; et, les trouvant ignorants, il les renvoya aux écoles, « bien qu'ils eussent cinquante ans. » A défaut du chancelier, le parlement se réservait le droit d'examen, et l'examen durait trois heures. Celui (pii fut , le premier, premier président du parlement de Normandie , c'est Jean de Selves , homme éminent du seizième siècle. Le Milanais, cette conquête fugitive de François L"", s'entretenait encore de la sagesse et prud'homie de Jean de Selves. — A Charles-Quint, le roi tout-puissant et qui voulait démembrer la France, Jean de Selves avait tenu tête. Quand il entrait chez le roi, François I" se levait pour le saluer. Il s'était élevé à ce poste suprême à force de zèle, de travail, d'abnégation, de vertu, simple et pauvre écolier qu'il était de la rue du Fouarre et de la place Maubert. Enfant du droit romain et <le la loi écrite, il eut bien vite appris le droit et la coutume de Normandie. -- Austère et sinq)le vertu, — élotpience grave et calme, — pit'té sincère, — infatigable travail. De pareils juges imprimaient au cd'iir des peuples la plus sainte vénération; ils étaient comme la loi présente et vivante, divine et bumaine. — Cette austère toute-puissance de la justice ainsi rendue se faisait sentir d'un bout à l'autre de la Normandie. — Quiconque plaidait diîvant les magisirats devail jurer.

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sur liiiiiiut' (lu (,liiist, i|u"il crdyiiit à l;i li(iiil('' de sa cause. -- Maiiilciianl, nialliciii- au ('(Uipablel ni h; dvdil , ni le nom, ni la puissance ne poiii roui le saiivci'. Mèuie coiili'c les Ictlrcs de iiiàce siiiiiées par le roi, Jean de Selves se levait de loule sa force; même pour le priviléue de saini ruMiiain , il avait d élocpuMites répidsicuis. La Ixun'iicoisie aimait ces lionunes parlementaires, connue ses pi'olecteurs milnrels. Cependant les ii»Mitilsli(Mnmes , iiuliuni'-s dèlre les égaux de tous devant la justice, se plaiiiiuuent, mais tiuit bas, de Vcchiqiiierpcrin'iucl sous le roi Louis Xll, du purlnncnt de Normandie sows le roi François I". — Le roi pouva.il muuiir, la coui" ne miuirait pas : Jamais !a cour ne meurt, disait M. de Thon. — Us étaient, les premiers, admis aux pieds du nouveau monarijue, ils étaient, les premiers, avertis du nouveau rèj^ne. Le nom de parlement l'ut donné à lécliifiuier de Normandie par François I" luimême. — A liiistant nu'me de sa créatiiui, le itarlement de Normandie lut reconnu 1 éual de tous les parlements de France. Aussi Ideii que le parlement de Paris, le [)arlement de Normandie eut sa toumelle , c'està-dire une c!iand)re criminelle qui vint en aide à l innocent jeté dans les cachots , qui lit pnunpte justice aux coupables. Mais, hélas ! ne lisez |)as ces registres remplis de sang, de misères , de tortures ; justice impie à force d'être cruelle et sanglante. — Pas de châtiment moindre que la UKU't. — Le feu et la corde, la corde et le feu : <ui ne savait pas d'autres peines. La lille qui tuait son enfant était Itrùlée vive, le faux mojinayeur bouilli tout vif, les bandits des grands chemins tenaillés, le poing coupé, le bras arraché, la tète tranchée; le meurtrier avait la langue brûlée, et ensuite on le jetait au bûcher du Vieux-Marché. Le bourreau rompait les quatre membres, et les reins et les ilancs: ce qui restait de l homme était roulé autour d'une roue, et cela vivait encore vingt-quatre heures, quelquefois trois nuits et trois jours. — Supplices furieux , dans lesquels la justice perdait sa dignité , le criminel son repentir, l'assistance le peu d'honneur et de pitié qui lui restait. — Ceci est la faute des temps : les mœurs sont encore sauvages ; lieccaria n'a pas écrit ce livre merveilleux qui méritait de trouver son jtareil dans im autre chef-d'ieuvre de l'Italie, le grand livre de Silvio Pellico. La société, quand elle châtie ainsi , donne à son châtiment les inspirations haineuses de la vengeance. - Pourtant, la loi romaine l'avait dit avant la loi chrétienne : « Respectez le visage lunnain, ne mutilez pas la face de rhmnnie, faite « à l'image de Dieu ! ■ — Ce qu'on appelait les yrands jours du |»ai'lemenl de N(U'mandie, c'étaient de véritables assises ambulatoiriîs ([ue des membres du pai'lement allaieni tenir aux extri'inilés de la [trovince.

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afin (jiio In justice lïit administrée el que les opprimés n'eussent pas decraiule d'appeler à leur aide ces protecteurs qui veuaienl, pour ainsi dire, les trouver. — Malheur aux juives prévaricateurs! Nous vous avons raconlé la dégradation du chevalier félon , celle du juge déshonoré n'était pas moins solennelle. Pour la dernière lois on le faisait asseoir sur les fleurs de lis; \h, on lui lisait l'arrêt du conseil (jui le condamnait à la flétrissure, au hannissement, à la confiscation d(; tous ses hiens. Ceci dit, l'exécuteur des hautes ceuvres le tiaîuail à genoux sur la grande tahle de marhre au milieu de la cour du jialais , et là, un cierge à la main, il criait : Merci à Dieu! — xMerci au roi! — Merci à la justice ! Le hourreau déchirait l'hermine , la rohe , le manteau de ce inisérahîe : dépouillé de ces insignes, on l'attachait au pilori, on lui appliquait , sur le front, la fleur de lis des galériens de la chiourme , et enfin on le menait hors de la ville , qui le poursuivait de ses malédictions! — Qui voudrait compter les hienfaits du parlement de Normandie"^ Il a fait fortifier la ville de Rouen ; en 1S44, durant cette profonde misère des taxes de François I", le parlement a été la providence des pauvres. — Durant la peste de 15 i6, quand chacun désertait son poste pour échapper à la mort, ces magistrats intrépides restèrent fidèles au devoir. — La vie du magistral était austère; à huit heures du matin, l'hiver comme l'été, le travail du jour commençait. Le conseillei' au parlement, monté sur sa mule, se rendait au palais; le trajet dans ces rues mal famées, et de si honne heure, n'était pas sans dangers : plus d'un fut tué à coups de poignard. x\rrivés en cour du parlement sains et saufs, ils travaillaient jusqu'à midi, l'heure du diner; chacun dînait chez soi, puis à deux heures commençaient les audiences de relevée, jusqu'au soir. — Quand il a hien étahli son cchujuier perpétuel, le roi Louis XII, comme un roi qui a déjà fait ses preuves royales, quitte Rouen, et s'en va prendre la coiu'onne à Saint-Denis. Là il fut reçu par les notaltles de Paris , par les paroisses avec leurs croix et leurs hannières , en un mot par tout ce qui était quelque chose dans le royaume : le prévôt des marchands, les échevins, les présidents de la coui" du parlement au manteau d'écarlale fourré de menu vair, le prévôt de Paris, les harons , écuyers et chevalieis de Y Ilede-France. Le cortège royal n'était pas moins nomhreux que la foule même , accourue au-devant du roi : les suisses , les pages , le grand écuyer portant le heaume royal, et enfin le roi lui-même. Il était armé 0 blanc, il ])ortait par-dessus son armui'e une tunique en tissu d'or lin ornée de pieiicries ; il montait ime liatpien('e caparaçoun(''e de dra[> d or.

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